Chapitre 1 — La fille qui aimait taper
Mila avait cinq ans. Elle aimait taper des mains. Elle tapait pour les oiseaux, pour les vagues et pour les petites pierres qui roulaient sur le chemin du bord de l'eau. Ce matin, le soleil faisait des miettes d'or sur la rivière. Les canards glissaient comme des boutons dans un manteau bleu.
Mila portait sa salopette jaune. Son sac à dos avait un bouton en forme d'étoile. Elle sautillait sur la promenade en bois, frappant un petit rythme : clap-clap, pause, clap-clap-clap. Les rythmes lui parlaient. Ils lui racontaient des histoires.
« Tu veux jouer ? » demanda un petit garçon aux cheveux en pointe, tenant une boîte qui brillait comme une pomme. C'était Tomi, son ami.
Mila sourit. « Oui ! On fait un jeu de rythmes. »
Tomi appuya sur la boîte. Un petit son sortit, rond comme une bulle. D'autres enfants se joignirent. Ils tapaient, claquaient et chantaient. Le jeu était simple : chacun répétait le rythme donné. Si quelqu'un faisait une erreur, tout le monde riait et recommençait.
Soudain, une lumière douce apparut au-dessus de l'eau. Elle n'était pas forte, juste comme une lanterne sous l'eau. La lumière faisait danser des éclats sur le visage des enfants. Un petit vaisseau, fait de verre et de feuilles métalliques, se posa sans bruit auprès de la rive.
Un hublot s'ouvrit. Trois petites silhouettes en sortirent. Elles avaient des yeux comme des billes bleues et des bras qui scintillaient. Elles portaient des petites boîtes qui cliquetaient. Elles souriaient.
« Bonjour ! » dit la plus petite des silhouettes avec un mot tout rond qui devint un son connu. Les enfants sursautèrent puis rirent.
Mila sentit son coeur battre comme un tambour. Elle avait rencontré des oiseaux, des grenouilles, mais jamais des visiteurs d'une autre étoile.
Chapitre 2 — Le jeu des rythmes spatiaux
Les extraterrestres parlaient en musique. Leurs mots étaient des notes. L'aînée, qui avait des tâches vertes, tint sa boîte. Elle posa une mélodie simple. Cli-pli, cli-pli. Les enfants reprirent, mains en l'air.
Mila regarda ses nouveaux amis. « On joue au jeu des rythmes ! » dit-elle. Sa voix était douce. Les extraterrestres applaudirent avec leurs petites mains brillantes.
Ils apprirent à se battre les mains ensemble. Des bruits doux résonnaient contre le bois de la promenade. Les vagues suivaient le tempo. Les mouettes hochaient la tête comme si elles comprenaient.
Un alien fit un bruit qui ressemblait à un rire. Il fit ensuite quelque chose d'étrange : il sortit une petite plante minuscule de sa poche. Elle brillait et changeait de couleur quand on la touchait. « Cadeau », fit-il, en montrant la plante.
Mila prit la plante. Elle la posa dans son sac à dos avec précaution. « Merci », dit-elle. Elle montra aux enfants comment il fallait prendre soin d'une plante : de l'eau, un peu de soleil, et beaucoup de paroles gentilles.
Les visiteurs observaient. Ils semblaient curieux de cette habitude humaine. Un des plus jeunes aliens toucha doucement le visage de Mila. C'était un geste doux, presque timide. Mila rit et fit un clin d'oeil.
Le jeu continua. Les extraterrestres inventaient des rythmes qui faisaient courir des images dans la tête de Mila : des ponts qui se levaient, des étoiles qui dansaient, des poissons qui applaudissaient avec leurs queues. Les enfants s'enroulaient dans le son et riaient.
Chapitre 3 — Une petite responsabilité
Au milieu du jeu, un courant d'eau prit une direction étrange. Une petite barque en papier, décorée par un enfant, dérivait vers une petite écluse en métal. L'écluse était une machine ancienne, abandonnée sur le bord, avec un petit panneau qui clignotait. La barque allait finir coincée.
Mila vit la barque. Elle sentit une gêne dans son estomac, comme une note qui n'était pas à sa place. « Oh non ! » s'exclama-t-elle.
Un extraterrestre fit un son rapide et montra vers la barque. Tous regardèrent. C'était l'instant pour agir. Mila prit une grande respiration. Elle savait qu'être responsable, c'était aider quand quelque chose est fragile.
« Venez, on la suit ! » dit-elle. Elle courut le long de la promenade. Les autres la suivirent. Les extraterrestres firent des petites lumières pour éclairer le chemin. Tomi attrapa le coin du papier pour ralentir la barque. Mila sauta, comme une petite grenouille, et la poussa doucement vers la rive.
La main de Mila trembla un peu, mais elle ne lâcha pas. Elle sentit le coeur de la barque battre comme un petit tambour. Ensemble, ils posèrent la barque sur le bord. Les enfants applaudirent. Les extraterrestres firent une danse légère, un son qui voulait dire merci.
Mila gardait la plante dans son sac. Elle pensa que prendre soin, c'était comme jouer au rythme : il fallait écouter et être doux.
Chapitre 4 — Le sifflement pour dire au revoir
Le soleil descendait. Les couleurs devenaient chaudes comme du miel. Les extraterrestres devaient repartir. Ils ouvrirent leurs boîtes. Des petites perles de lumière s'échappèrent et dansèrent au-dessus de l'eau.
« On reviendra », chanta l'aînée en une chanson qui ressemblait à un vent d'été. Les enfants dirent au revoir en tapant un rythme doux, tout lent : clap... pause... clap... clap.
Mila sortit la petite plante et la posa sur le rebord. Elle la baisa du bout des doigts. « Je vais la garder et l'arroser », promet-elle. Sa voix était ferme et tendre.
Les extraterrestres firent un dernier geste. Ils soufflèrent une petite mélodie dans l'air. C'était un sifflement qui n'était ni triste ni fort. Il était comme une couverture chaude. Le sifflement apaisait les vagues et les coeurs.
Mila ferma les yeux. Le son glissa sur son visage comme une caresse. Elle sentit la promesse d'autres jeux, d'autres rythmes, et la force d'aider quand c'était nécessaire.
Le vaisseau s'éleva doucement. Les lumières devinrent des étoiles et disparurent. Les enfants restèrent sur la promenade, les mains encore chaudes du jeu. Ils se regardèrent, heureux.
Tomi tendit la main. « Tu as été très courageuse », dit-il.
Mila sourit. Elle avait cinq ans, une plante dans son sac, et une promesse dans son coeur. Elle savait qu'être responsable, c'était écouter les petits bruits et agir quand il le fallait. Elle reprit son rythme préféré, très doux : clap-clap, pause, clap.
Le monde sembla garder ce rythme. Et dans la nuit, au loin, on entendit encore le petit sifflement qui disait : à bientôt.