Il était une fois une petite sorcière qui s'appelait Lune-Petite. Elle ne portait pas de cape noire ni de chapeau pointu très méchant. Elle portait un manteau violet avec des poches pleines de crayons. Elle aimait le vent, les chansons et surtout les poèmes. Lune-Petite mettait de la poésie partout. Dans ses poches. Sur son balai. Même dans sa marmite.
Un matin, elle réveilla son chat Biscotte. Biscotte était tout rond, tout doux et toujours étonné. Lune-Petite souffla sur le chat. Une pluie de mots tomba sur lui. "Bonjour", dit Biscotte en ronronnant. "Bonjour", dit le jardin en ouvrant une fleur. Les mots roulaient comme des billes. Les mots brillaient comme des bonbons. Lune-Petite riait. C'était sa magie du matin. Sa magie qui met de la poésie partout.
Elle prit son balai. Ce n'était pas un balai ordinaire. C'était un balai qui fredonnait quand on le montait. "Hiiiii", fit le balai en sautillant. "Hup, hup", fit Lune-Petite. Elle et Biscotte partirent voler vers le village. Le ciel était un grand papier bleu. Les nuages faisaient des confettis.
Dans le village, elle voulait aider. Elle aimait aider. Aider avec douceur. Elle aimait aussi que tout soit joyeux. Le premier arrêt fut la boulangerie. Le boulanger, Monsieur Croc, avait un grand four. Il avait aussi un grand nez qui sentait le pain. Mais ce matin, ses pains ne chantaient pas. Ils étaient tout sérieux. Lune-Petite sortit un petit carnet. Elle écrivit un poème qui ressemblait à une chanson. Elle le souffla sur les baguettes.
Les baguettes commencèrent à danser. Elles tournoyaient comme des bâtons de parade. "Regardez !" s'écria Monsieur Croc. "Mes pains font la fête !" Les clients rirent. Les enfants battirent des mains. Biscotte fit un petit pas de danse. Lune-Petite sourit. La poésie avait tout transformé en rire.
Elle repartit sur son balai avec une idée. Et si la poésie pouvait aider partout ? Elle alla chez la maîtresse d'école, Madame Rose. Madame Rose avait une classe pleine d'enfants aux yeux curieux. Ce jour-là, les couleurs étaient fatiguées. Les crayons avaient perdu leur voix. Lune-Petite ouvrit une de ses poches et sortit des mots colorés comme des gommettes. Elle les posa doucement sur les cahiers. "Un petit mot vert", dit-elle. "Un mot rouge", dit-elle. Les mots sautillèrent comme des grenouilles. Les crayons reprirent leur chant. Les enfants écrivirent des poèmes sur des pommes qui rougissaient quand on les regardait. Tout le monde chuchota de bonheur.
Mais la magie qui met de la poésie partout n'était pas toujours très précise. Parfois, elle faisait des petits dérapages gentils. En chemin, Lune-Petite vit Mademoiselle Pivoine, la fleuriste, qui cherchait ses gants. Lune-Petite souffla un poème sur le panier de fleurs. Les fleurs se mirent à chuchoter. "Regarde dans le pot bleu !" murmurèrent-elles. Mademoiselle Pivoine rit et trouva ses gants au fond du panier. "Merci !" dit-elle, toute rouge de joie.
Puis Lune-Petite passa près de l'étang. Les canards se promenaient en rang. Quand elle souffla dessus, chaque canard se mit à déclamer trois mots rigolos. "Croa-croquette !", dit le premier. "Plouf-poésie !", dit le deuxième. Les canards firent un concours de petits rimes. Les grenouilles applaudissaient. Les enfants du village regardaient et tapaient des mains. Tout était drôle et doux.
Mais la magie peut parfois faire de petites bêtises. À midi, Lune-Petite voulut rendre le ciel encore plus joli. Elle écrivit un poème très long que les nuages commencèrent à lire. Les nuages se mirent à se transformer. Ils devinrent des oreillers, des chapeaux, des gâteaux. Le soleil éclata de rire. Mais le maire du village était un peu surpris. Sa montre se mit à danser la polka. Les chaises du parc se retrouvèrent au sommet d'un toit. "Oh là là", dit le maire. "Que se passe-t-il ?"
Lune-Petite sentit que la poésie s'était un peu échappée. Elle n'aimait pas quand les choses dérapaient sans gentillesse. Elle aimait réparer. Alors elle prit son grand carnet et écrivit un poème tout doux et tout clair. Elle souffla ce poème comme on souffle une bougie. "Calme, petit monde, reviens à ta place", dit-elle. Les nuages finirent leur rêverie et redevinrent nuages. Les chaises redescendirent doucement. La montre reprit son tic-tac. Tout rentra dans l'ordre, tout en douceur.
Les villageois applaudirent Lune-Petite. Elle se sentit heureuse et un peu timide. Biscotte se frotta contre ses jambes. "C'est gentil d'aider", dit le maire en souriant. "Ta poésie met des étoiles dans nos yeux." Les enfants crièrent : "Encore ! Encore !" Lune-Petite rit, mais elle savait qu'il fallait être prudent avec la magie des mots.
Le soir arriva. Les lanternes s'allumèrent comme des poèmes flottants. Lune-Petite retourna chez elle, sur son balai chantant. Elle rangea ses crayons. Elle rangea ses poèmes. Elle mit un dernier mot sur la porte. C'était un mot d'amour pour les voisins. Le mot brilla toute la nuit.
Avant de dormir, elle embrassa Biscotte. "Bonne nuit", dit-elle. "Bonne nuit", ronronna le chat. Les étoiles, curieuses, vinrent lire le mot sur la porte. Elles sourirent et clignotèrent plus fort. Lune-Petite ferma les yeux. Elle pensa aux baguettes dansant, aux crayons chantants, aux canards rimeurs et aux nuages qui faisaient des chapeaux. Tout s'était bien terminé. Tout était doux et gentil.
Et dans le village, on se souvenait encore de ce jour où la sorcière mit de la poésie partout. On se souvenait des rires, des chansons et de la grande gentillesse de Lune-Petite. Les enfants apprirent que les mots peuvent être comme des fleurs : ils font du bien quand on les donne. Et Lune-Petite, chaque matin, continuait de souffler des poèmes, mais toujours avec soin, toujours avec gentillesse. Ainsi le monde restait drôle, tendre et un peu enchanté.