Chapitre 1 — Le cahier d'étoiles
Il y avait, dans une petite maison de pierre sur la colline lunaire, un petit dragon bleu nommé Lumo. Lumo était fin et discret. Il avait des ailes petites comme des feuilles et une longue queue qui brillait quand il était content. Il gardait toujours près de lui un cahier d'étoiles. Ce cahier avait des pages noires. Lumo y collait des souvenirs, comme on colle des étoiles sur le ciel.
Ce matin-là, Lumo ouvrit une nouvelle page. Il posa la gomme d'une fleur, la plume d'un oiseau de comète et un grain de sable du désert rose. Il souffla doucement. Les objets se mirent à scintiller sur la page. Lumo sourit. Il aimait donner une place aux petits moments.
Quelque chose toucha la fenêtre. Toc. Toc. Lumo regarda. Dehors, la cour était vide. Mais au loin, sur le toit, une petite lumière sautillait, verte comme une pomme. Lumo descendit l'escalier en silence. Son pas faisait un petit bruit comme un tambour de goutte d'eau.
« Qui est là ? » chuchota Lumo.
La lumière répondit par un petit bzzz-tintement. Puis elle se posa doucement sur la table. Ce n'était pas une lampe. C'était une bille qui bougeait, et elle parla avec une voix ronde : « Je m'appelle Pof. Je viens d'un endroit où les arbres chantent. »
Lumo rit d'un rire doux. « Entres, Pof. Veux-tu voir mon cahier d'étoiles ? »
Pof roula jusqu'au cahier et cligna deux fois. « Oui. J'apporte aussi un souvenir. » Pof étala une poussière brillante qui sentait le caillou chaud et le miel. Lumo la colla sur la page. La poussière fit « piou » et la page s'illumina. Une petite image d'une place de pierre apparut. Les deux amis la regardèrent. Ils eurent chaud et calme en même temps.
Chapitre 2 — Le gymnase désert
Pof posa une question. « Où trouves-tu tous ces souvenirs ? »
Lumo montra ses ailes. « Je vole. Je cherche. Parfois, je découvre des lieux oubliés. »
Pof eut une idée malicieuse. « Et si nous explorions le grand gymnase désert ? »
Le grand gymnase était une boîte de bois et de lumière au pied de la colline. Il avait des paniers comme des lunes, des cordes qui faisaient des sons, et un sol lisse comme du miel sec. Personne ne venait souvent. Les murmures disaient qu'il était vide. Lumo aimait les lieux vides. Ils laissaient place aux surprises.
Ils arrivèrent ensemble, petits pas et petits bzz. La porte grinça, puis se ferma derrière eux avec douceur. Lumo et Pof avancèrent. Le gymnase était immense. Les échos tapaient des mains invisibles. Si Lumo criait « Bonjour ! », son mot revenait en vagues douces.
Soudain, un bruit de roulement les fit sursauter. Un objet rond, rouge et tout cassé, roula jusqu'à eux. Il avait trois yeux collés comme des billes. Il cliqueta : « Bonjour. Je suis Zik. Mon vaisseau a perdu un boulon. »
Zik sentait la rouille et la confiture. Il était un petit extraterrestre qui avait l'habitude de se promener sur les planètes en ballon. Ses trois yeux se mirent à briller de curiosité. « Vous pouvez m'aider ? » demanda Zik.
Lumo ouvrit sa trousse. Il sortit un bout de ficelle, un petit morceau de métal et un sourire. Pof apporta la poussière qui sentait le miel. Ensemble, ils réparèrent le boulon. Ils posèrent le métal, firent un nœud, puis soufflèrent dessus. Le boulon fit un petit bruit de clochette. Zik sauta de joie et fit un tour sur lui-même. Un morceau de sa carapace tomba. C'était une étiquette vive. Lumo la mit dans son cahier d'étoiles.
« Merci ! » cria Zik. « Pour vous remercier, je vais vous montrer quelque chose. »
Il appuya sur un bouton. Une porte secrète s'ouvrit dans le mur du gymnase. Une lumière douce glissa hors de la porte. Dedans, il y avait des instruments qui volaient sans toucher le sol. Ils étaient ronds, avec des plumes et des doigts. Ils faisaient des sons comme des risettes. Zik les appelait des « jouets de vent ». Ils fabriquaient des images dans l'air.
Lumo, Pof et Zik firent des figures dans la lumière. Des étoiles, des poissons, des chapeaux, puis des cœurs. Les images passaient sur le sol lisse. Le gymnase se transforma en ciel intérieur. Les trois amis se mirent à danser. Le grand silence s'était fait doux comme une couverture chaude.
À un moment, la musique fit une pause. Une silhouette mince glissa dans la porte. Elle avait des jambes longues comme des branches et des yeux tout ronds. Elle portait un casque transparent. « Bonjour, j'ai suivi la mélodie », dit-elle. Sa voix était claire comme l'eau. Elle se présenta : « Je suis Nima, du nuage bleu. J'ai perdu mon rire pendant le voyage. »
Lumo posa la main sur le cahier d'étoiles. « Nous allons t'aider. Le rire se trouve parfois dans les petites choses. »
Ils cherchèrent dans le gymnase. Ils ouvrirent un panier, fouillèrent sous un tapis qui sentait la peinture, et regardèrent dans les cordes suspendues. Rien. Mais Pof trouva une petite plume rieuse qui faisait « plouf » quand on la pressait. Nima la plaça près de son oreille. Elle fit un petit mouvement. Un son léger monta, tressé de papillons. Nima sourit. Un petit rire sortit, puis un autre. Le rire revenait.
Nima était heureuse. Elle offrit en échange une boîte étincelante. « C'est pour vous. Elle garde les silences les plus doux. » Ils ouvrirent la boîte. Dedans, un petit souffle de nuit, tiède et rassurant. Lumo prit une pincée. Il l'offrit au cahier d'étoiles. La page se fit plus douce.
Chapitre 3 — L'avion en papier posé
La nuit tomba. Les rayons de la lune filtraient par la grande fenêtre du gymnase. Les amis se sentirent fatigués et contents. Ils avaient tant découvert : un boulon réparé, un rire retrouvé, des images dansantes.
Zik regarda le ciel par la fenêtre. « Je dois repartir », dit-il. Il rajusta son petit moteur. « Mais je veux vous laisser un souvenir. »
De sa poche sortit une feuille fine. Il l'avait prise d'un carnet ancien. Avec ses doigts maladroits, il plia la feuille. Pof l'aida en soufflant sur les plis pour les rendre doux. Lumo toucha la feuille. Elle était lisse comme un nuage recent. Zik fit un dernier pli et souffla. L'avion de papier se mit à vibrer. Il avait des petites étoiles dessinées dessus.
« Gardez-le », dit Zik. « Posez-le sur quelque chose que vous aimez. Il protégera vos souvenirs. »
Lumo mit l'avion au centre de son cahier d'étoiles, sur la page où ils avaient collé la poussière de Pof, l'étiquette de Zik et la plume de Nima. L'avion se posa comme sur une main. Il ne bougea plus. Il semblait dire : ici, tout est à l'abri.
Ils s'assirent ensemble au milieu du gymnase. La lumière rebondissait sur les murs. Lumo ouvrit le cahier et regarda chaque image. Il sentit un calme doux lui monter au ventre, comme une couverture qui réchauffe. Il souffla lentement. Les amis prirent chacun un souvenir et le regardèrent en silence. Ils se disaient : nous avons trouvé de l'inconnu, et il s'est fait ami.
Nima prit la plume rieuse et la remit à Lumo. « Pour que tu te souviennes toujours que le rire se trouve parfois dans une plume. » Pof roula une dernière poussière qui sentait la pomme et la mit dans le cahier. Zik colla l'étiquette brillante. Tous trois posèrent leurs petites mains ensemble sur la couverture.
« Maintenant, nous pouvons dormir un peu », dit Lumo. « Le cahier gardera les images. Et l'avion veillera. »
Ils se couchèrent sur le sol lisse du gymnase. La boîte de silence de Nima souffla un petit air qui fit tomber les yeux lourds. Les étoiles peintes au plafond semblaient plus proches. Lumo sentit son cœur se remplir d'un apaisement doux. Il pensa à la maison, à la colline, à son cahier qui brillait.
Avant de fermer les yeux, Lumo prit l'avion de papier. Il le posa délicatement sur la page, comme on pose un dernier baiser. L'avion resta calme. Il regarda la lune une dernière fois. Puis tout devint chaud et calme.
Quand le premier rayon du matin entra par la fenêtre, le gymnase était silencieux. Les amis étaient encore endormis, serrés l'un contre l'autre. L'avion en papier était posé sur le cahier d'étoiles. Il avait l'air heureux. Les étoiles sur sa feuille semblaient briller juste un tout petit peu plus.
Lumo ouvrit les yeux. Il regarda son cahier. Il sourit. Il savait que, grâce à ses amis, son cahier avait une nouvelle page pleine de lumière. Il prit une petite plume et écrivit, sans bruit, trois mots sur la dernière page : calme, rire, ami. Puis il referma le cahier. L'avion était posé, tranquille. Le monde, autour, paraissait un peu plus doux.
Et ils partirent bientôt, chacun vers sa route, en se promettant de revenir. Mais le cahier resta là, dans la petite maison sur la colline, avec l'avion de papier posé dessus. Il gardait les souvenirs, comme une main douce qui berce la nuit.