Dans un village chaud comme un pain de mil, vivait Aïssata, une femme au rire doux. Elle aimait les enfants, les oiseaux, le vent. Elle voulait jouer du balafon pour faire danser la paix. Son balafon dormait sous le grand baobab, le vieux sage au dos ridé.
Un matin doré comme une mangue, Aïssata posa ses doigts sur les lames.
« Toum… tam… tin… » Les sons étaient timides, comme des poussins qui sortent de l'œuf.
« Je dois apprendre à écouter », dit Aïssata.
Elle alla sous le baobab.
« Grand-père arbre, que faire ? » demanda-t-elle.
Le baobab ne parla pas avec des mots. Il parla avec son ombre fraîche. Il dit: « Écoute. »
Alors Aïssata marcha vers le fleuve, long ruban qui chante.
La Tortue sortit la tête.
« Je suis lente, dit-elle. Commence doucement. Une note après l'autre. »
Le Tisserin, petit oiseau jaune, sautilla.
« Je tisse des nids. Toi, tisse des sons. Un fil, puis un autre. »
Le Caméléon sourit.
« Je change de couleur. Toi, change de rythme. Un peu fort, un peu doux. »
Le vent passa, léger comme une plume.
« Respire », souffla-t-il.
Le fleuve ria.
« Laisse couler. »
Aïssata ferma les yeux. Elle écouta. Elle respira. Elle sourit.
Elle tapota le balafon.
« Toum, toum. Tam, tam. Tin, tin. »
Les notes tombèrent comme des perles de pluie. Elles sautaient comme des graines de sésame.
Au marché, deux enfants tenaient le même ballon de raphia.
« C'est à moi ! » dit l'un.
« Non, à moi ! » dit l'autre.
Leurs sourcils étaient serrés comme deux petits tambours.
Aïssata s'approcha.
« Écoutez ma chanson de partage », dit-elle doucement.
Elle joua: « Toum, tam, tin. Un pour toi. Un pour moi. Toum, tam, tin. On partage, on sourit. »
Les notes firent des ponts invisibles. Les enfants se regardèrent. Leurs sourcils devinrent des arcs de lune.
« On peut jouer ensemble », dit l'un.
« Oui, on peut », dit l'autre.
Ils rirent. Ils poussèrent le ballon à tour de rôle. Le marché respira de joie.
Le soir, le ciel devint une grande calebasse bleue. La lune brillait comme du lait. Les étoiles, petites cauris, clignaient.
Aïssata s'assit sous le baobab. Le village s'approcha, en rond.
Elle joua la paix, simple et claire.
« Toum, toum. Tam, tam. Tin, tin. »
Les mamans souriaient. Les papas dodelinaient. Les enfants balançaient leurs pieds.
Le balafon parlait. Il disait: « Patience. Écoute. Partage. »
Et la paix dansa, douce comme le beurre de karité.
Aïssata rangea son balafon.
« Quand on écoute et qu'on partage, la paix grandit dans le cœur », dit-elle.
Le baobab soupira. Le village dormit léger, comme un chant qui reste dans l'oreille.