Début
Écoutez, écoutez, petits cœurs. Dans un village au bord de la savane, là où l'herbe danse comme une mer verte, vivait Awa. Awa était une femme douce. Son rire était une petite pluie qui rafraîchit les joues.
Un matin, le marché chantait fort. Les paniers de mangues faisaient des sourires jaunes. Les tissus brillaient comme des morceaux de soleil. Awa vendait du millet. Elle comptait ses graines, une par une, comme on compte des étoiles.
Mais voilà : quelqu'un prenait un peu dans les paniers des autres. Pas beaucoup, juste un peu. Et tout le monde murmurait. Les yeux se plissaient. Les cœurs devenaient lourds comme des pierres.
Un petit garçon tremblait. Il avait peur d'être accusé. Il serrait la main d'Awa.
« Awa, j'ai peur… »
Awa s'accroupit, tout près de lui.
« Chut, petit. La peur est un oiseau. Si on lui donne une branche, il se pose. Si on crie, il s'envole partout. On va lui donner une branche. »
Milieu
Awa alla voir le chef du marché, un vieux aux yeux brillants.
« Grand-père, dit Awa, la justice doit être une calebasse : pour tous, la même eau. Pas de cris, pas de honte. Cherchons avec calme. »
Le vieux hocha la tête.
« Parle, Awa. Ta parole est claire. »
Alors Awa eut une idée simple. Elle prit une grande natte et la posa au milieu du marché.
« Que chacun vienne avec une poignée de grains, juste une poignée. On les mettra ensemble. Et ce soir, on partagera pour la soupe commune. Ainsi, personne ne manquera, et celui qui a pris pourra rendre sans être pointé du doigt. »
Les femmes vinrent. Les hommes vinrent. Même les enfants vinrent, avec des mains petites comme des feuilles.
On entendait : « Une poignée, une poignée… »
Le marché respirait mieux.
Mais Awa ne s'arrêta pas là. Elle ajouta, doucement :
« Et pour que ce soit juste, nous comptons ensemble. Nous regardons ensemble. Comme ça, la vérité marche à petits pas, mais elle arrive. »
Soudain, un jeune vendeur de noix de kola baissa la tête. Sa voix était fine.
« Awa… j'ai pris un peu. Ma petite sœur avait faim. J'avais honte. »
Le marché fit silence, un silence doux, comme un soir sans vent.
Awa posa sa main sur son épaule.
« Merci d'avoir parlé. La honte est une corde qui serre. La vérité est une porte qui s'ouvre. »
Le chef du marché demanda :
« As-tu compris que prendre sans demander, ce n'est pas juste ? »
Le jeune homme répondit :
« Oui. Je veux réparer. »
Fin
Alors on fit justice, une justice qui soigne. Le jeune homme rendit ce qu'il pouvait : des noix de kola, un peu de travail, un peu de temps. Il porta des paniers, il balaya la place, il aida les anciens. Et le marché dit :
« Bien. Réparer, c'est grandir. »
Le petit garçon, lui, respirait enfin.
« Awa, ma peur est partie. »
Awa sourit.
« Elle n'est pas partie loin, petit. Elle s'est endormie, comme un chat au soleil. Quand on est juste et qu'on se parle, la peur se calme. »
Le soir, la soupe commune mijota. L'odeur monta dans l'air, comme une chanson. On partagea, bol après bol. Et chacun eut sa part, ni trop, ni trop peu.
Le chef du marché conclut d'une voix de griot :
« Écoutez, écoutez. La justice, c'est donner à chacun sa place. Et le courage, c'est dire la vérité pour réparer. »
Awa rentra chez elle sous un ciel plein d'étoiles. Les étoiles clignaient, comme pour dire : « Oui, oui, c'est bien. »