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Histoire de voyage spatial 11 à 12 ans Lecture 25 min.

Arcadie, la station où l’on partage l’air

Léo, ingénieur-diplomate, doit résoudre une dispute autour de fragments de satellite à la station Arcadie tandis qu’un drone mystérieux et un nuage de débris obligent des factions rivales à coopérer pour protéger la station.

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Léo, ~35 ans, visage doux et concentré, cheveux châtains courts, en combinaison spatiale blanche avec insignes bleus, flotte hors de la station attaché par un câble, inspecte un panneau endommagé et met un éclat sombre dans un tube transparent ; Yara, ~32 ans, cheveux ras, regard mêlé de malice et d'inquiétude, en combinaison grise, se tient derrière la baie vitrée du sas, mains sur la vitre, soutenant Léo ; un petit drone métallique sombre à lumière bleu-vert suspendu à trois mètres a largué un disque plat au motif effacé et à faible lueur orange ; la station Arcadie, anneau métallique brillant avec panneaux solaires, bras mécaniques et conduits visibles, intérieur métallique propre avec tuyaux colorés et étiquettes, vue partielle de la Terre bleue courbée en arrière-plan ; scène tendue en apesanteur, technique et émotionnelle, contrastes nets entre l'argent du métal et le bleu profond de la Terre. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La valise qui vibre

Quand Léo Marcenat ferma sa valise, elle vibra deux fois, comme un petit animal impatient. C'était le signal : le scellé diplomatique venait de s'activer. À l'intérieur, il n'y avait pas d'arme ni de secret explosif, seulement un cylindre de verre rempli de poussière sombre — des micro-fragments d'un ancien satellite. Rien qui fasse peur, mais assez pour mettre trois délégations sur les nerfs.

Léo était ingénieur spatial, spécialisé dans les systèmes d'amarrage et les réparations en gravité zéro. Et depuis deux ans, il portait aussi un autre badge : médiateur. “Ingénieur-diplomate”, disait son passeport. Un métier étrange, comme si on lui demandait de réparer des tuyaux tout en empêchant des voisins de se lancer des casseroles.

Son appartement donnait sur la baie de Marseille, mais aujourd'hui, ce n'était pas la mer qu'il regardait. C'était le ciel, où un point très pâle montait lentement : l'ascenseur orbital. Un fil de lumière presque invisible, tendu entre la Terre et la haute orbite.

— Tu pars vraiment ? demanda Nani, sa voisine, en lui tendant un sachet de biscuits maison.

— Je pars vraiment, confirma Léo. Et je reviens… avec des histoires.

— Ramène surtout la paix, dit-elle en plissant les yeux. Ça prend moins de place qu'un souvenir en cristal.

Léo sourit. Il glissa les biscuits dans une poche de sa combinaison. Dans la valise, la poussière de satellite attendait, silencieuse. Au port spatial d'Arcadie, en haute orbite, on se disputait pour savoir à qui elle appartenait. Et quand des gens se disputent en apesanteur, les mots vont parfois plus vite que la raison.

Au pied de l'ascenseur, un agent scanna son bracelet.

— Monsieur Marcenat. Ingénieur et… table ronde, c'est ça ?

— C'est ça.

— Bon courage. Là-haut, ils ne sont pas assis depuis longtemps.

La capsule monta. La Terre s'éloigna en douceur, comme si quelqu'un baissait le volume du monde. Léo sentit son ventre protester, puis s'habituer. Il se força à respirer lentement. L'espace n'aimait pas la précipitation.

Dans le hublot, la mer devint une tache bleue, les villes des étincelles, et les nuages de la crème fouettée. Puis la nuit arriva, et avec elle, Arcadie : un anneau argenté, brillant comme une pièce de monnaie, accroché au bord du vide.

Chapitre 2 — Arcadie, l'anneau des passages

Arcadie n'était pas seulement une station. C'était un port spatial, une gare, un marché, un atelier géant, et parfois un tribunal. On disait qu'on pouvait y entendre toutes les langues de la Terre, plus quelques unes inventées au passage.

Quand la capsule s'amarra, Léo sentit la petite secousse familière : deux masses qui acceptent enfin de se tenir la main. Il vérifia le voyant vert, puis ouvrit.

Dans le sas, l'odeur était différente de la Terre : métal propre, plastique tiède, air filtré. Une femme aux cheveux ras et aux yeux malicieux l'attendait, flottant avec la facilité de quelqu'un qui dormait en apesanteur.

— Léo Marcenat ? Je suis Yara Sato, sécurité et accueil. Je fais aussi “responsable des gens qui ont envie de se crier dessus”.

— Ça fait beaucoup sur une carte de visite.

— Je la garde dans ma tête. Ça tient mieux.

Elle lui attrapa la valise d'une main.

— Scellé diplomatique. Je ne touche pas, je tiens juste. Nuance importante.

— Merci. Où en est la situation ?

Yara roula des yeux.

— Trois délégations, un couloir trop étroit et une rumeur qui court plus vite qu'une fuite d'air. La Ligue des Orbites dit que ces fragments viennent de leur satellite. L'Union des Ceintures affirme que c'était sur leur trajectoire. Et les Navigateurs Indépendants jurent qu'ils l'ont récupéré “dans l'intérêt de tout le monde”, ce qui veut dire : “dans l'intérêt de nous”.

Ils glissèrent dans un tunnel de liaison. Des panneaux lumineux indiquaient : DOCK 12, HANGAR D, SALLE DE NÉGOCIATION. Au-dessus d'eux, un enfant poursuivait une bulle d'eau flottante, essayant de la manger sans la faire éclater. La bulle lui échappa et vint se coller contre la visière de Léo.

— Salut, dit Léo à la bulle.

— Ne t'attache pas, murmura Yara. Ici, tout finit par être recyclé.

Ils arrivèrent devant une grande baie vitrée. Derrière, on voyait des cargos amarrés, des bras mécaniques, des drones qui couraient comme des insectes sages. Arcadie tournait lentement, assez pour offrir un semblant de gravité dans l'anneau. Dans le cœur central, on flottait encore.

— La table ronde est prête ? demanda Léo.

— Prête, oui. Les personnes autour… pas encore.

Yara lui tendit une tablette.

— Voici les règles de la réunion. Pas d'objets non autorisés. Pas de cris dans les conduits d'air — ça se propage. Et surtout, si quelqu'un menace de “couper l'oxygène”, c'est un délit.

— Charmant.

— Ne t'inquiète pas. La plupart préfèrent les menaces passives-agressives. “Nous prendrons note de votre attitude.” Ça tue moins vite.

Léo hocha la tête, mais son regard se posa sur un écran au fond du couloir. Une alerte clignotait : MICRO-IMPACT NON IDENTIFIÉ — SECTEUR EXTÉRIEUR.

Il sentit sa valise vibrer une troisième fois, plus longuement. Comme un avertissement.

Chapitre 3 — Le choc dans la coque

Un impact minuscule en orbite pouvait être un gros problème. À cette vitesse, un grain de peinture devenait une balle. Léo posa sa main sur la paroi et sentit une légère vibration, comme si Arcadie grincait des dents.

Yara reçut un appel.

— Équipe externe, rapport ! … Oui… D'accord.

Elle coupa, puis regarda Léo.

— On a un micro-trou dans un panneau secondaire, près des antennes. Les systèmes ont colmaté, mais ils ont trouvé… ça.

Elle afficha une image : un éclat sombre, exactement de la même couleur que la poussière dans la valise.

— Les fragments sont partout ? demanda Léo.

— Non. Juste là. Et ça, ça ressemble à un message, pas à un accident.

Léo inspira. Son cerveau d'ingénieur commença à aligner les faits : fragments disputés, impact ciblé, tension politique… et une station remplie de gens qui respiraient le même air.

— Il faut inspecter l'extérieur, dit-il.

— Toi ?

— Je connais ces panneaux. Et si quelqu'un a bricolé les trajectoires des débris, je veux le voir.

Yara hésita, puis sourit d'un air fatigué.

— Parfait. Tu es diplomate et tu vas te promener dehors avec une clé dynamométrique. C'est le genre d'idée qui me donne des cheveux gris. Heureusement, je n'en ai plus.

Dans la salle d'équipement, Léo enfila une combinaison extravéhiculaire. Il vérifia les joints, la pression, le système de propulsion de secours. Chaque geste était une procédure, mais aussi une promesse : “je reviens”.

— Communication test, dit Yara dans son oreillette.

— Je t'entends.

— Rappel : ne joue pas au héros.

— Je ne joue pas. Je fais la maintenance.

Le sas s'ouvrit, et le noir de l'espace avala le bruit. Devant lui, la courbe bleue de la Terre semblait peinte sur du verre. Arcadie brillait, et ses ombres coupaient le soleil en tranches nettes.

Léo se déplaça le long d'un rail, s'attachant à chaque point. Il atteignit le panneau endommagé. Le colmatage automatique avait fait une croûte brillante. À côté, un capteur pendait, arraché.

— Je vois l'impact, annonça-t-il. Angle étrange… pas aléatoire.

Il ramassa un minuscule fragment coincé dans une rainure. Il le plaça dans un tube.

— Ce n'est pas de la simple poussière, murmura-t-il. Il y a une couche… conductrice.

Un flash sur sa visière : un drone approchait, silencieux, non identifié. Il ne portait pas les couleurs d'Arcadie.

— Yara, j'ai un visiteur.

— Un drone ? Ici ? On n'a pas autorisé de sortie.

Le drone s'arrêta à trois mètres. Une petite lumière clignota, comme un clin d'œil. Puis il lâcha quelque chose : un disque plat qui vint se coller sur la coque, près de Léo.

— Qu'est-ce que…

— Reviens au sas, maintenant ! ordonna Yara.

Le disque vibra. Pas comme une bombe, plutôt comme un haut-parleur qui prend son souffle.

Une voix métallique, brouillée, sortit de la coque elle-même :

“LA POUSSIÈRE N'EST À PERSONNE. LA RESPIRATION EST À TOUS.”

Puis le disque se désactiva. Le drone recula et disparut dans l'ombre d'un bras mécanique, comme s'il n'avait jamais existé.

Léo resta un instant immobile, le cœur battant.

— Yara… quelqu'un veut nous faire peur, ou nous faire réfléchir.

— Les deux, répondit-elle. Et j'aime aucun des deux.

De retour à l'intérieur, Léo posa le tube sur la table d'analyse. La poussière n'était pas seulement un objet de propriété. C'était un symbole, et un avertissement.

Et il restait une réunion à tenir.

Chapitre 4 — La table ronde qui flotte

La salle de négociation d'Arcadie avait été conçue pour éviter les “effets de coin” : personne ne devait se sentir coincé. Au centre, une table ronde était fixée sur un plateau qui compensait la gravité. Les chaises, elles, avaient des sangles. Même en plein débat, on ne pouvait pas partir en roulant.

Les trois délégations étaient déjà là.

La Ligue des Orbites : costumes impeccables, badges polis, regards aiguisés.

L'Union des Ceintures : combinaisons de travail, mains marquées, voix qui ne tremble pas facilement.

Les Navigateurs Indépendants : vestes multipoches, sourires rapides, et une façon de se tenir comme si la station leur devait de l'argent.

Léo s'assit, sangla ses pieds, posa la valise devant lui sans l'ouvrir.

— Merci d'être venus, dit-il. Je sais que personne n'a “envie” d'être ici. C'est déjà un début.

Un homme de la Ligue, cheveux argentés, parla le premier.

— Ces fragments proviennent de notre satellite de communication, détruit l'an dernier. Ils sont notre propriété, et leur analyse est essentielle.

Une femme de l'Union tapa du doigt sur la table.

— Votre satellite a explosé sur une trajectoire qui coupe nos convois. On a dû détourner des cargaisons d'eau. De l'eau, monsieur.

Un Navigateur haussa les épaules.

— On les a ramassés pour éviter d'autres impacts. Vous devriez nous remercier.

— Vous les avez vendus en petites fioles à des touristes, répliqua Yara depuis le fond de la salle.

— C'était… de l'éducation spatiale, se défendit le Navigateur.

Léo leva la main. Silence, relatif.

— Écoutez. Il y a eu un micro-impact sur la coque d'Arcadie il y a une heure. Avec des fragments similaires. Et un drone non autorisé a collé un disque sur la station. Il a diffusé un message : “La poussière n'est à personne. La respiration est à tous.”

Les visages changèrent. Les Navigateurs se redressèrent. La Ligue se crispa. L'Union fixa Léo comme on fixe une fuite d'air : avec peur et colère.

— Vous nous accusez ? demanda l'homme aux cheveux argentés.

— Je ne sais pas qui, répondit Léo. Mais je sais quoi : quelqu'un joue avec notre sécurité pour vous pousser à réagir.

Il tapota la valise.

— Cette poussière… elle peut servir à reconstituer ce qui a détruit le satellite. Accident, sabotage, mauvais calcul. Mais si vous vous battez pour la posséder, vous vous privez d'une chose plus importante : comprendre. Et prévenir.

La femme de l'Union croisa les bras.

— Et votre solution, monsieur le diplomate ? Un discours ?

— Une procédure, dit Léo calmement. Et une trêve.

Il fit glisser un document sur la table : un protocole simple, en trois points, écrit en langage clair.

1) Analyse partagée dans un laboratoire neutre d'Arcadie.

2) Résultats publiés simultanément aux trois parties.

3) Patrouille commune autour d'Arcadie pendant 72 heures, le temps d'identifier le drone et de sécuriser les trajectoires.

— Une patrouille commune ? s'étrangla le Navigateur. Avec eux ?

— Avec eux, répéta Léo. Parce que le vide ne choisit pas son camp. Et parce qu'ici, on respire tous le même air.

Un silence tomba, lourd mais pas hostile. Léo sortit alors de sa poche le sachet de biscuits de Nani.

— Je propose un acte de haute diplomatie : on mange quelque chose. Ça aide à penser sans mordre.

Yara étouffa un rire. Même l'homme aux cheveux argentés eut une hésitation, comme si son visage se souvenait du goût des choses simples.

— Des biscuits… en réunion, murmura-t-il.

— Ils sont neutres, assura Léo. Diplomatiquement inoffensifs.

La femme de l'Union prit un biscuit, le croqua, puis soupira.

— D'accord pour l'analyse partagée. Mais si on nous cache quoi que ce soit…

— On ne cachera rien, dit Léo. Pas sous cette table. Elle est ronde.

Un Navigateur mâcha lentement, puis lança :

— Pour la patrouille, j'ai des pilotes. Mais je veux une garantie : pas d'arrestations surprises pendant qu'on travaille.

Yara s'avança.

— Trêve signée, aucun piège. La sécurité d'Arcadie ne joue pas à ça. On veut juste que tout le monde rentre vivant.

Léo sentit quelque chose se desserrer dans sa poitrine. Une trêve n'était pas une paix éternelle. C'était un pont. Et un pont, ça se construit planche par planche.

— Alors, dit-il, on signe.

Les trois délégations posèrent leur empreinte sur le protocole. La table ronde, immobile, semblait approuver en silence.

Mais dehors, le drone était toujours quelque part.

Chapitre 5 — La course des trois navettes

La patrouille commune se mit en place plus vite que prévu. Quand le danger est réel, même les plus fiers savent courir dans la même direction.

Trois petites navettes sortirent d'Arcadie : une de la Ligue, lisse et brillante ; une de l'Union, robuste comme un outil ; une des Navigateurs, rafistolée mais vive. Elles formaient un triangle autour de la station, à distance prudente.

Léo, lui, resta au centre de contrôle, avec Yara et une équipe technique. Sur les écrans, des lignes vertes représentaient les trajectoires, les vitesses, les zones à risque. L'espace ressemblait à une page de cahier couverte de flèches.

— Si le drone revient, on le verra ? demanda Léo.

— S'il ne se cache pas derrière les structures, oui, répondit Yara. Et s'il se cache… on espère qu'il éternue.

Léo consulta l'analyse du fragment qu'il avait ramené. Une couche conductrice, oui. Et quelque chose d'autre : une signature de fabrication.

— Regarde ça, dit-il à Yara. Ce matériau n'est pas standard. Il contient un code de traçage industriel… ancien.

— Ancien comment ?

— Avant la réglementation des ports. Avant Arcadie.

Yara fronça les sourcils.

— Donc quelqu'un utilise du vieux stock… ou quelqu'un qui ne veut pas qu'on sache d'où ça vient.

Un signal sonore retentit. Sur l'écran, la navette des Navigateurs avait repéré un objet.

— Ici Vif-3, annonça une voix. Objet petit, manœuvres irrégulières, proche du bras nord. On poursuit.

— Restez à distance, ordonna Yara. Pas de collision.

Les deux autres navettes s'approchèrent, plus lentement. Sur les caméras, on vit une silhouette minuscule filer entre les ombres. Le drone. Il glissait près des antennes, comme s'il connaissait parfaitement les angles morts.

— Il cherche quelque chose, murmura Léo. Ou il veut qu'on le suive.

La navette de l'Union s'interposa.

— Ici Marteau-1. On bloque la sortie vers le couloir de débris.

La navette de la Ligue ajouta :

— Aigle-2 en position. On active le filet de capture.

Un filet fin, presque invisible, se déploya. Le drone tenta une pirouette, trop tard. Il se prit dedans et se mit à tourner sur lui-même, prisonnier comme un poisson dans une toile.

— Capturé, confirma Aigle-2.

Dans le centre de contrôle, tout le monde expira en même temps, comme si Arcadie avait repris une grande bouffée d'air.

— Ramenez-le au sas d'inspection, dit Yara. Doucement. Et pas de triomphalisme, s'il vous plaît. L'espace déteste les vainqueurs trop bruyants.

Quand le drone entra enfin dans le laboratoire sécurisé, Léo s'approcha derrière la vitre. Petit, discret, presque élégant. Sur sa coque, une marque à moitié effacée : un ancien logo de chantier orbital.

— Ce drone appartient à…

Yara lut le reste du code. Son visage se figea.

— À personne. C'est du matériel abandonné après l'accident du satellite. Un modèle autonome de récupération.

Léo sentit un frisson.

— Autonome… donc il n'y a peut-être pas de pilote.

— Ou il y en a un, mais il se cache bien.

Ils ouvrirent le drone avec précaution. À l'intérieur, pas d'explosif. Pas d'arme. Juste un module de mémoire et… un petit projecteur.

Léo branchait déjà le module.

— On va savoir ce qu'il veut.

Sur l'écran, une suite d'images apparut : l'explosion du satellite, vue de près. Puis des trajectoires calculées, corrigées, encore corrigées. Et enfin, une carte des couloirs de circulation autour d'Arcadie, avec des zones en rouge.

Un message s'afficha en lettres simples :

“LES DÉBRIS VONT FRAPPER. BIENTÔT.

PARTAGEZ OU VOUS TOMBEZ ENSEMBLE.”

Le silence revint, différent. Ce n'était plus la peur d'un sabotage, mais l'inquiétude d'un problème réel.

— Ce drone… essayait de nous prévenir, dit Léo doucement.

— En perçant la coque ? répondit Yara.

— Il a choisi le seul langage que tout le monde comprend ici : l'urgence.

Sur un autre écran, une alarme apparut : NUAGE DE DÉBRIS — APPROCHE RAPIDE.

Léo se redressa.

— On n'a pas le temps de se disputer. Il faut agir ensemble. Maintenant.

Chapitre 6 — Le message au ciel

La salle de contrôle devint un orchestre. Chacun avait un rôle, et pour une fois, personne ne jouait pour couvrir la musique des autres.

— Ligue, vous avez les propulseurs de correction les plus précis, lança Léo. Il nous faut un léger changement d'attitude de la station.

— Reçu, répondit l'homme aux cheveux argentés, désormais connecté en visio. Nous calculons la poussée minimale.

— Union, vos équipes peuvent sécuriser les modules externes et fermer les cloisons ? demanda Yara.

— Déjà en route, répondit la femme de l'Union. Et on le fait sans casser, cette fois.

— Navigateurs, vos pilotes connaissent les couloirs de débris. On a besoin d'un écran de dispersion : drones, filets, ce que vous avez.

— On a des idées et du matériel “pas officiel”, répondit le Navigateur avec un sourire qu'on entendait dans sa voix. On s'en sert pour une bonne cause, promis.

Léo entra dans le laboratoire et posa la main sur la valise. La poussière de satellite n'était plus un trophée. C'était une pièce du puzzle, et le puzzle arrivait à grande vitesse.

Il parla calmement, comme on parle à une équipe avant une manœuvre délicate.

— On va faire trois choses : dévier légèrement Arcadie, disperser le nuage, et protéger les zones vitales. Pas de gestes héroïques. Que des gestes justes.

Les minutes suivantes furent tendues, mais claires. Les propulseurs d'Arcadie soufflèrent une poussée douce, presque polie. Les navettes déposèrent des filets et des micro-drones qui libérèrent des nuages de particules pour perturber les trajectoires. Les cloisons se fermèrent. Les réservoirs se sécurisèrent. Partout, des gens se passaient des outils, s'attachaient à des rambardes, se donnaient des nouvelles.

Dans un couloir, Léo croisa un technicien de la Ligue et une mécano de l'Union qui tenaient ensemble une plaque de renfort.

— À trois, dit le technicien.

— À trois, répéta la mécano.

Ils la fixèrent. La plaque tint. Le couloir resta intact.

Sur l'écran principal, le nuage arriva : une pluie d'étincelles invisibles, détectée seulement par les capteurs. Puis, grâce aux manœuvres, il passa un peu plus loin. Pas assez pour être beau. Juste assez pour être vivant.

Une vibration traversa la station, comme un souffle retenu trop longtemps.

— Impact mineur sur un panneau externe, annonça Yara. Pas de fuite.

Dans le centre de contrôle, personne ne cria victoire. Ils respirèrent. C'était déjà énorme.

Quelques heures plus tard, la table ronde se réunit à nouveau. Cette fois, les regards n'étaient plus des couteaux. Plutôt des outils fatigués.

Léo posa le module mémoire du drone au centre.

— Ce drone était un récupérateur autonome. Il a analysé les trajectoires des débris depuis l'accident. Il a compris le danger avant nous. Et il a tenté de nous forcer à coopérer. Maladroitement, oui. Mais son message était vrai.

L'homme aux cheveux argentés baissa la tête.

— Nous avons perdu du temps à protéger notre prestige.

La femme de l'Union souffla.

— Nous aussi.

Le Navigateur tapota la table.

— Et moi, j'ai vendu des fioles de “poussière historique”. Je retire ce que j'ai dit : ce n'était pas de l'éducation. C'était… du business idiot.

Léo prit une respiration.

— Alors faisons mieux. On garde la trêve. On crée une équipe commune de surveillance des débris, avec des données ouvertes. Arcadie devient un port où la sécurité est partagée, pas marchandée.

Ils approuvèrent, un à un.

Avant de se séparer, Yara sortit un petit projecteur et le posa près de la baie vitrée. Dehors, la Terre tournait lentement, et les étoiles semblaient plus proches que les pensées.

— On devrait répondre, dit-elle.

— À qui ? demanda le Navigateur. Au drone ?

— Au ciel, répondit Yara. À tout ce qui nous regarde… ou nous attend.

Léo eut une idée. Simple. Solide.

Ils prirent les trois filets de capture utilisés pendant la crise. Ils les découpèrent en fines bandes, puis les assemblèrent en un ruban unique, tressé de trois matériaux différents. La Ligue fournit un micro-émetteur précis. L'Union ajouta un marqueur lumineux résistant. Les Navigateurs programmèrent la trajectoire : un petit arc autour d'Arcadie, visible depuis les hublots, sans danger.

Quand ils lâchèrent le ruban dans l'espace, il se déploya comme une comète apprivoisée. Une ligne claire, qui tournait doucement autour de la station.

Le micro-émetteur envoya un message court, répété en boucle sur une fréquence d'accueil, accessible à tous les vaisseaux :

“ICI ARCADIE.

NOUS PARTAGEONS L'AIR, LE RISQUE, ET L'ESPOIR.

SI VOUS ÊTES SEUL, APPROCHEZ : ON VOUS FERA DE LA PLACE.”

Léo regarda le ruban lumineux tracer son cercle.

— Ça tiendra ? demanda la femme de l'Union.

— Pas éternellement, répondit Léo. Mais assez longtemps pour que quelqu'un le voie. Et pour qu'on se souvienne.

Yara lui donna un biscuit, le dernier du sachet.

— Diplomatie réussie, dit-elle. Zéro explosion, juste des miettes.

Léo croqua et regarda le ciel.

L'espace restait immense et froid. Mais autour d'Arcadie, il y avait maintenant une chose chaude, petite, et têtue : une promesse faite ensemble, écrite en lumière.

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Scellé diplomatique
Une fermeture officielle qui protège un objet pour qu’on ne l’ouvre pas.
Micro-fragments
Très petits morceaux cassés d’un objet, presque comme de la poussière.
Apesanteur
État où l’on ne sent presque plus son poids, comme dans l’espace.
Ascenseur orbital
Un moyen de monter jusqu’à une station dans l’espace, imaginé comme un câble très long.
Colmatage automatique
Réparation faite par une machine qui bouche un trou toute seule.
Combinaison extravéhiculaire
Tenue spéciale que portent les personnes pour sortir dans l’espace.
Module de mémoire
Petite partie électronique qui garde des informations et des images.
Micro-drones
Très petits robots volants qui peuvent regarder ou transporter des objets.
Trêve
Accord temporaire pour arrêter les disputes ou les combats.
Trajectoire
La route que suit un objet quand il se déplace dans l’espace.

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