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Histoire de voyage spatial 11 à 12 ans Lecture 30 min.

La balise qui refusait d’abandonner

Malo, ingénieur spatial, enquête sur une microfissure dans le salon des hublots et découvre une mystérieuse balise qui le conduit à une capsule de détresse, lançant une mission pour répondre à un appel oublié depuis des années.

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Malo, ingénieur spatial la trentaine avec une barbe de quelques jours, en combinaison spatiale bleue accroché au rail par une ligne de sécurité, tient une petite balise triangulaire noire qui pulse d’une lumière pâle; derrière la vitre du vaste hublot ovale de la station Hublot-Lys, Rina, cheffe des installations aux cheveux ras, bras croisés et tablette à la main, le regarde inquiète tandis que Nils, un garçon d’une douzaine d’années au gilet trop grand, le nez collé au verre tient un plateau aimanté; on distingue le cadre métallique argenté, rails et attaches, reflets d’étoiles, une fine vapeur d’air et une nébuleuse bleue en arrière-plan, silhouettes floues, tasses aimantées et rubans lumineux à l’intérieur; scène principale: une EVA délicate au crépuscule spatial — Malo décroche une balise coincée dans le joint du hublot pendant qu’une ombre lisse et sombre glisse discrètement en arrière-plan, composition dynamique contrastant la lumière froide de l’espace et les tons chauds de l’intérieur avec rehauts blancs sur les bords du verre et particules flottantes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Arrivée au salon des hublots

Le vaisseau de liaison glissa comme une goutte de mercure dans l'ombre d'une station en forme d'anneau. Sur la coque, des panneaux captaient la lumière lointaine et la transformaient en énergie. À travers le petit hublot de sa cabine, Malo Varenne suivait du regard les balises lumineuses qui clignotaient pour guider les arrivants.

Malo était ingénieur spatial, un de ceux qui aiment que chaque vis soit à sa place et que chaque chiffre raconte la vérité. Il portait une combinaison bleue, simple, avec une bande blanche sur l'épaule : maintenance des structures.

La voix de l'ordinateur du vaisseau, ronde et calme, résonna :

— Accostage dans trente secondes. Merci de vérifier vos attaches.

Malo tira sur la sangle de son sac. À l'intérieur, son kit : clé dynamométrique, capteurs, mousse d'étanchéité, mini-drones de diagnostic. Et un carnet en papier, oui, en papier, parce que ça ne tombe jamais en panne.

Le sas s'ouvrit sur l'air filtré de la station Hublot-Lys, connue dans tout le secteur pour son fameux “salon des hublots”. Ce n'était pas un café ordinaire : c'était une longue galerie vitrée, une promenade où des dizaines de hublots géants donnaient sur l'espace. Certains étaient ronds, d'autres ovales, d'autres encore en forme de losange. On venait là pour se reposer, observer les nébuleuses, et parfois signer des contrats — car un bon panorama aide souvent les gens à se parler sans s'énerver.

À peine sorti du sas, Malo fut accueilli par une femme aux cheveux ras, avec un sourire franc.

— Malo Varenne ? Je suis Rina, responsable des installations. Merci d'être venu si vite.

— On m'a dit “microfissure sur un hublot principal”, répondit Malo. Je préfère arriver avant que “micro” ne devienne “macro”.

— Voilà un homme qui parle ma langue, dit Rina. Suivez-moi.

Ils traversèrent un couloir où les murs vibraient doucement, comme si la station respirait. Sur le sol, des flèches lumineuses indiquaient des itinéraires : “Habitat”, “Dock”, “Salon des hublots”. En approchant, Malo entendit un brouhaha feutré : des voix, des rires, le tintement discret de tasses aimantées.

Le salon s'ouvrit soudain, immense, courbe, bordé d'un verre épais. Au-delà : le noir profond, piqueté d'étoiles, et la bande laiteuse d'une nébuleuse bleutée. Des visiteurs flottaient doucement grâce à de petites bottes à gravité réglable. Certains prenaient des photos. D'autres restaient simplement immobiles, la bouche entrouverte.

Rina montra du menton un hublot à gauche, barré d'un ruban rouge.

— Celui-là. On a entendu un “tic” pendant la nuit. Le système dit : variation de pression minime, mais réelle.

— Un hublot qui fait “tic”, murmura Malo, c'est comme une casserole qui siffle. Ça finit toujours par parler plus fort.

Il sortit un capteur, le posa contre le cadre, et ferma les yeux une seconde. Il aimait ce moment : écouter avec ses doigts, comme si le métal racontait sa fatigue.

— Vous avez des caméras ? demanda-t-il.

— Oui, mais… elles ont enregistré quelque chose d'étrange. On vous montrera après.

“Étrange” et “hublot” dans la même phrase, ce n'est jamais très reposant, dit Malo. Mais d'accord.

Il releva la tête. À travers le verre, il crut voir une lueur passer, très vite, comme une étincelle dans l'obscurité.

Il cligna des yeux.

— Vous avez vu ça ?

Rina haussa les épaules.

— Ici, on voit toujours quelque chose. L'espace est un endroit qui aime surprendre.

Malo nota néanmoins : “lueur externe — possible débris ?”.

Il ne savait pas encore que le salon des hublots allait devenir, pour quelques heures, l'endroit le plus important de sa vie.

Chapitre 2 — Le verre qui chuchote

Malo installa deux mini-drones sur le cadre du hublot. Ils s'accrochèrent comme des scarabées métalliques, puis commencèrent à parcourir la surface, projetant une lumière fine en lignes régulières. Sur sa tablette, une carte apparut : température, tension, micro-déformations.

— Ici, dit-il en pointant une zone près du bord supérieur. Une fissure capillaire. Elle est petite, mais elle s'allonge.

— On remplace ? demanda Rina.

— Pas tout de suite. On stabilise d'abord. Remplacer un hublot géant, c'est comme changer une vitre de bus… sauf que dehors, il n'y a pas d'air et que le bus traverse le vide.

Un garçon d'une douzaine d'années passa à proximité, un plateau aimanté dans les mains. Il portait un gilet du salon, trop grand pour lui.

— Hé, monsieur l'ingénieur, dit-il en s'arrêtant. Vous allez coller un autocollant “ne pas toucher” sur l'espace ?

Rina soupira, mais Malo sourit.

— Si j'avais un autocollant assez grand, je le ferais, répondit-il. Et toi, tu t'appelles… ?

— Nils. Je livre les chocolats chauds. Parce que les adultes regardent les étoiles et oublient de manger.

— Très bon service, Nils. Reste à distance de ce hublot, d'accord ?

— Promis. Mais… il est malade ?

— Disons qu'il tousse un peu.

Nils repartit en se dandinant, comme si la gravité était un jeu.

Rina conduisit Malo dans une petite salle derrière le salon, où des écrans montraient les enregistrements.

— Regardez, dit-elle.

Sur la vidéo nocturne, le hublot apparaissait, paisible. Puis, à 02:14, une forme sombre s'approcha. Pas un débris : trop régulière. Elle avait l'air… d'un objet qui cherchait quelque chose. Une seconde plus tard, un flash. Et le fameux “tic”, capté par les micros.

Malo se pencha.

— On dirait une microsonde. Une machine.

— Une machine de qui ? demanda Rina.

— Bonne question.

Il recula, réfléchissant. Dans cette zone, il y avait des routes commerciales, des stations, des missions scientifiques. Et parfois, des choses oubliées, dérivant depuis des décennies.

— Si c'est une sonde, elle a touché le hublot, dit Malo. Peut-être qu'elle s'est accrochée. Ou qu'elle a laissé quelque chose.

— Super, dit Rina. Un cadeau collé sur notre vitre principale.

— Les cadeaux de l'espace ne viennent jamais avec un mode d'emploi, répondit Malo.

Ils retournèrent au salon. Malo demanda qu'on coupe la circulation autour du hublot. Une barrière se déploya, élégante, comme un ruban de lumière.

Il ajusta ses gants, puis fixa un harnais de sécurité au rail du plafond. La gravité du salon était douce, mais il ne plaisantait pas avec la prudence.

— Je vais sortir un micro-periscope dans le joint, dit-il. Si quelque chose est là, je le verrai.

— Et si ça explose ? demanda Rina, mi-sérieuse.

— Alors je dirai “Oups” très fort, répondit Malo. Mais non. On procède calmement.

Il inséra l'outil dans une fente d'accès. Sur l'écran, une image apparut : la tranche du verre, le joint, les couches de matériau transparent. Et, coincé contre le cadre extérieur… un petit objet sombre, triangulaire, comme une graine.

Malo sentit son estomac se serrer.

— Il y a bien quelque chose.

Rina s'approcha.

— On peut le retirer ?

— Peut-être. Mais d'abord, on doit comprendre s'il est actif.

Sur sa tablette, Malo lança un scan électromagnétique. Les chiffres défilèrent. Puis une ligne de données clignota : émission faible, répétitive. Un signal.

— Il parle, murmura Malo.

— À qui ? demanda Rina.

— À n'importe qui écoute. Ou à quelqu'un de précis.

Dans le salon, les visiteurs continuaient à rire et à boire. Derrière la vitre, l'espace restait silencieux. Et pourtant, dans un coin de joint, une petite machine envoyait obstinément son message.

Malo inspira lentement.

— D'accord. On va répondre correctement. Sans panique. Et sans casser la vitre, si possible.

Chapitre 3 — L'objet dehors

Pour travailler sur l'extérieur du hublot, Malo devait sortir. Pas une sortie héroïque avec musique dramatique : une EVA, une activité extravéhiculaire, avec procédures, check-lists, et un casque qui gratte un peu au niveau du menton.

Dans le sas, Rina l'aidait à fixer les attaches.

— On a déjà fait des sorties ici, dit-elle. Mais pas pour décrocher des “graines mystérieuses”.

— C'est la première fois pour moi aussi, répondit Malo.

Sur un autre banc, Nils avait réussi à se faufiler, les yeux ronds.

— Je peux regarder ?

— Depuis la salle d'observation, oui, dit Rina. Et sans toucher aux boutons. Surtout ceux qui ont écrit “urgence”.

— Les boutons “urgence” sont les plus tentants, avoua Nils.

Malo glissa son carnet papier dans une poche intérieure. Ridicule, peut-être, mais rassurant. Puis il ferma son casque. L'air se mit à circuler, frais et propre. Sa respiration devint un bruit familier, comme une vague dans une coquille.

— Contrôle, ici Malo. Pression stable. J'ouvre sas externe à mon signal.

— Reçu, répondit une voix dans l'oreillette. Bon courage, Malo.

Le sas s'ouvrit sur le vide.

L'espace n'était pas vide, en vrai. Il y avait des particules, des rayonnements, des traces de gaz. Mais pour l'œil, c'était une immensité noire qui vous donnait l'impression de tomber dans un rêve.

Malo se hissa le long de la structure, accroché à une ligne de sécurité. La station s'étendait comme une ville silencieuse : panneaux, antennes, modules. Et, plus loin, le salon des hublots, avec ses vitres brillantes comme des lacs gelés.

Il atteignit le hublot concerné. De l'extérieur, le verre semblait parfait. Mais en approchant, il vit l'objet triangulaire, collé au cadre, à moitié encastré dans un joint.

— Je le vois, annonça-t-il.

— On le voit aussi, répondit Rina. Il est… petit.

— Les petits trucs causent souvent les plus grands soucis, dit Malo. Un grain de sable, une chaussure, et hop, vous marchez de travers toute la journée.

Il sortit un outil à pince, mais s'arrêta. L'objet émettait une lumière très faible, à peine un battement. Comme un cœur mécanique.

Malo lança un scan visuel. Sur une face, des symboles gravés : pas une langue connue, mais des formes qui se répétaient, comme un motif.

— Ça ressemble à un code, dit-il.

— Une signature ? demanda Rina.

— Ou un mode d'emploi. Ou un avertissement.

Il posa doucement une sonde sur l'objet. Aussitôt, son casque grésilla : un son court, trois notes, puis une pause. Encore trois notes.

— Il envoie quelque chose en acoustique convertie, dit Malo. Comme une vieille balise. Trois notes… pause… trois notes…

— C'est du SOS ? demanda Nils, qui écoutait sur le canal autorisé.

Malo eut un petit rire.

— Bien vu, Nils. Oui. Ça y ressemble.

Rina se raidit.

— Donc, quelqu'un est en détresse ?

— Ou quelque chose, répondit Malo. Une sonde perdue, un module abandonné, un appareil automatique qui demande de l'aide.

Malo se força à ralentir. Quand on se précipite, on oublie une étape. Et dans l'espace, oublier une étape, c'est comme oublier de respirer.

— Je vais la décrocher doucement, dit-il. Mais si elle est connectée à un système extérieur… elle peut se défendre, ou se désintégrer.

— Elle peut… se défendre ? répéta Nils.

— Beaucoup de machines ont des réflexes, expliqua Malo. Pas pour être méchantes. Juste pour survivre.

Il changea d'outil : un découpeur thermique réglé très bas, pour ramollir la colle du joint sans toucher le verre. Il travailla lentement, en suivant une ligne précise. La station tournait imperceptiblement, et les étoiles glissaient dans son champ de vision.

L'objet se détacha enfin. Malo le saisit dans une boîte isolante.

— Objet récupéré. Je rentre.

À cet instant, une ombre passa, plus grande, derrière lui. Pas un nuage, pas une étoile. Une silhouette lisse, comme un galet noir.

Malo se figea.

— Contrôle… vous voyez ça ?

Silence, puis :

— Nous… on ne voit rien sur nos caméras. De quoi parlez-vous ?

— Quelque chose vient de passer, dit Malo, la gorge sèche. Très près.

Il regarda autour de lui. Rien. Juste la station et les constellations.

— Peut-être une illusion, murmura-t-il. Ou un débris hors champ.

Il reprit sa route, mais son cœur battait plus fort. Dans sa boîte, la petite balise continuait à pulser, obstinée, comme si elle insistait : “Par ici. Par ici.”

Chapitre 4 — La balise de détresse

De retour à l'intérieur, Malo posa la boîte sur une table du laboratoire. Rina activa un dôme de sécurité : un champ transparent qui empêchait toute émission dangereuse de sortir.

Nils, autorisé à observer derrière une vitre, collait presque son nez contre la paroi.

— On dirait un triangle de chocolat, dit-il.

— Ne le mange pas, répondit Malo. Celui-là risque de te répondre.

La balise émit à nouveau ses trois notes. Puis, sur la tablette de Malo, un paquet de données apparut, comme si l'objet venait de trouver enfin quelqu'un qui comprenait sa langue.

— Elle cherche une fréquence standard, dit Malo. Je peux lui envoyer un accusé de réception.

— Fais-le, dit Rina. Si quelqu'un appelle à l'aide, on ne laisse pas son message dans un coin.

Malo hésita une seconde. Répondre, c'était ouvrir une porte. Mais ignorer, c'était pire.

Il tapota quelques lignes simples, des protocoles universels : “Réception confirmée. Identité station. Demande de coordonnées.”

La balise répondit presque aussitôt.

Sur l'écran, un schéma se dessina : une position relative, un vecteur, une distance. Pas très loin. Une zone d'ombre, derrière un petit champ de roches.

— Il y a quelque chose là-bas, dit Malo.

— Un vaisseau ? demanda Nils.

— Ou un module, ou une capsule. Les données sont anciennes, ajouta Malo. L'appel dure depuis longtemps.

Rina blêmit.

— Depuis combien de temps ?

Malo calcula rapidement.

— Les marqueurs temporels… environ seize ans.

Un silence tomba, lourd comme une couverture mouillée.

— Seize ans… répéta Nils, plus doucement. Personne n'a répondu ?

— Parfois, les signaux se perdent, dit Malo. Parfois, ils passent dans des endroits où personne ne regarde. Et parfois… les gens sont trop occupés.

Rina se redressa, comme si une décision venait de claquer dans sa tête.

— On doit y aller.

— On ne peut pas déplacer toute la station, dit Malo.

— Non. Mais on a une navette de service. Et vous, vous êtes ingénieur. Vous savez piloter ?

— Je sais surtout réparer ce que les pilotes cassent, dit Malo. Mais… oui. Je peux.

Il sentit le poids de la responsabilité sur ses épaules, mais aussi quelque chose d'autre : une clarté. Comme quand on comprend enfin ce qu'il faut faire, même si c'est difficile.

— On déploie aussi une balise de détresse officielle, dit-il. Pour prévenir le trafic et demander assistance si besoin.

— Vous pensez qu'on va avoir des ennuis ? demanda Nils.

— Dans l'espace, si tu pars sans prévenir, les ennuis viennent te chercher. Si tu préviens, au moins, ils savent où te trouver.

Rina acquiesça.

— D'accord. Malo, prépare la navette. Je m'occupe des autorisations et du salon. Nils, tu restes ici.

— Quoi ? protesta Nils. Je suis petit, je prends moins de place !

— Justement, dit Rina. Tu restes pour dire aux gens que tout va bien. Et pour ne pas toucher aux boutons “urgence”.

Nils croisa les bras, vexé, mais il hocha la tête.

— D'accord… mais vous me raconterez tout. Et vous me rapporterez un souvenir. Un vrai. Pas un bout de filtre à air.

Malo sourit malgré la tension.

— Marché conclu.

Dans le hangar, la navette de service attendait, compacte, avec des ailes courtes et des propulseurs propres. Malo fit le tour, vérifia les joints, la réserve d'oxygène, le carburant. Il suivit sa checklist comme une prière.

Puis il installa, sur le toit de la navette, une balise de détresse réglementaire : un cylindre rouge, avec un anneau lumineux. Il l'activa.

— Balise déployée, annonça-t-il. Signal automatique. Si on a un problème, elle criera pour nous.

— J'espère qu'on n'aura pas besoin qu'elle crie, dit Rina dans l'oreillette.

Malo s'installa aux commandes. Rina prit le siège à côté, tablette en main.

— Prêt ? demanda-t-elle.

— Pas vraiment, répondit Malo. Mais prêt quand même.

La navette quitta la station. Le salon des hublots s'éloigna, devenant un arc lumineux. Et devant eux, l'espace s'ouvrait, immense, indifférent, mais pas entièrement silencieux : quelque part, une ancienne voix mécanique appelait encore.

Chapitre 5 — L'épave qui attend

Le trajet fut court, mais chaque seconde semblait longue. Malo suivait les coordonnées, ajustant la poussée par petites impulsions pour économiser le carburant. Rina surveillait les radars.

— Rien sur les capteurs, dit-elle. Comme si l'endroit avalait les ondes.

— Les champs de roches font ça, répondit Malo. Ils brouillent, ils cachent. Parfois, ils protègent.

Ils contournèrent un groupe d'astéroïdes, irréguliers, qui tournaient lentement comme des animaux endormis. Entre deux blocs, une lueur apparut : une structure métallique, abîmée, couverte de poussière.

— Voilà, souffla Rina.

C'était une capsule de recherche, petite, cylindrique, avec un anneau de manœuvre tordu. Un vieux modèle, d'une époque où les stations avaient des coins plus pointus et des écrans plus épais.

La navette s'approcha. Malo ralentit.

— Pas de mouvement. Pas de chaleur notable.

— Seize ans, murmura Rina. Si quelqu'un était vivant…

— On ne sait pas, coupa doucement Malo. On vérifie. Étape par étape.

Il aligna la navette et accrocha un câble magnétique à un point solide de la capsule. Puis il commença une analyse de l'air intérieur : composition, pression, contaminants.

Les résultats s'affichèrent.

— Il y a de l'air… mais très pauvre. Et beaucoup de CO₂. Comme si quelqu'un avait respiré longtemps et que le système de recyclage était presque mort.

Rina porta une main à sa bouche.

— Donc il y a eu quelqu'un.

— Ou il y a encore quelque chose. Une réserve automatique. Une serre. Un animal. On ouvre avec prudence.

Le sas de la capsule répondit à peine, comme une porte rouillée. Malo envoya un micro-drone par une fente. L'image apparut : un intérieur sombre, avec des panneaux arrachés, des câbles pendants. Et au milieu… un compartiment de survie, fermé, couvert de givre.

— Un caisson, dit Malo. Ça ressemble à une stase.

— Une mise en sommeil ? demanda Rina.

— Oui. Les chercheurs l'utilisaient en cas de panne grave. Tu dors, la machine économise, et elle appelle à l'aide.

Malo sentit une bouffée d'espoir, tout de suite rattrapée par la peur : si la stase avait mal fonctionné, ils ne trouveraient que du silence.

Il connecta la balise triangulaire récupérée au système de la capsule via un adaptateur. Instantanément, les lumières intérieures clignotèrent, faibles mais présentes.

— Elle est la clé, dit Rina.

— Ou le messager, répondit Malo. Elle cherchait quelqu'un capable de la remettre à sa place.

Un message apparut sur l'écran : “PROTOCOL SURVIE — ÉTAT : STASE — ÉNERGIE : 12% — REVEIL : RISQUE MODÉRÉ.”

En dessous, un nom : Docteur S. Elmar.

— On fait quoi ? demanda Rina.

Malo regarda ses mains. Elles tremblaient un peu. Il les serra, puis parla, comme il le faisait quand il devait rassurer un jeune technicien.

— On n'est pas obligés d'aller vite. On est obligés d'être justes.

Il lança la procédure de réveil partiel : d'abord réchauffage, puis rééquilibrage de l'air, puis ouverture progressive.

Le caisson siffla. La glace fondit en gouttes qui flottèrent un instant avant d'être aspirées par les filtres. Un couvercle se déverrouilla, lentement.

À l'intérieur, il y avait… un être humain. Un homme âgé, visage pâle, barbe courte, les yeux fermés. Sur son poignet, un bracelet médical clignotait.

Rina murmura :

— Il est vivant ?

Malo colla un capteur sur le bracelet.

— Fréquence cardiaque faible mais stable. Il revient.

L'homme ouvrit les yeux, très lentement, comme si la lumière pesait. Il inspira, toussa, puis fixa Malo et Rina sans comprendre.

— Où… où suis-je ? demanda-t-il d'une voix rauque.

— Vous êtes en sécurité, dit Malo. Je m'appelle Malo Varenne. On a reçu votre balise.

L'homme cligna des yeux.

— Ma balise… elle a marché ?

— Elle a été très têtue, répondit Malo. Seize ans de ténacité.

L'homme eut un rictus, moitié rire, moitié grimace.

— Je détestais déjà les machines qui insistent… Je suis le docteur Elmar. Je… mon équipe…?

Le silence répondit. Rina baissa les yeux.

Malo choisit ses mots.

— On n'a pas trouvé d'autre capsule. Je suis désolé. Mais vous, vous êtes là. Et on va vous ramener.

Le docteur Elmar ferma les yeux une seconde, comme pour encaisser une vague. Puis il murmura :

— Alors il faut continuer. Même si ça fait mal. Continuer.

Malo sentit ces mots se planter en lui, simples et solides. Continuer. C'était exactement ça.

Chapitre 6 — Tenir bon jusqu'au retour

Ramener quelqu'un en stase partielle n'était pas une promenade. Il fallait stabiliser sa température, lui donner de l'air propre, surveiller ses constantes. Et surtout, éviter de tomber en panne au mauvais moment.

Malo fixa le caisson sur un support de la navette. Rina préparait une perfusion nutritive. Le docteur Elmar, encore faible, observait autour de lui avec une curiosité douloureuse.

— Seize ans… répéta-t-il. La station la plus proche était déjà loin à l'époque.

— Vous étiez sur une mission ? demanda Malo.

— Recherche sur des micro-organismes dans les roches, répondit Elmar. Des formes de vie qui survivent au vide. Ironique, non ? Nous, on a failli ne pas survivre.

Une alarme discrète coupa la conversation. Sur le tableau de bord, un voyant orange.

Rina se pencha.

— Poussée secondaire instable.

Malo serra les dents.

— Je m'en occupe.

Il ouvrit un panneau, sortit un outil, et se mit à travailler en apesanteur partielle, avec des gestes courts. Un câble était usé, probablement frotté par une vibration. Rien de spectaculaire, mais suffisamment pour gâcher un retour.

— Vous réparez pendant qu'on vole ? demanda Elmar, impressionné.

— C'est mon hobby, répondit Malo. Certains font des puzzles. Moi, je remets des fils à leur place.

Rina lui lança un regard qui disait : “Très drôle, mais fais vite.”

Malo respira lentement, pensa à sa checklist, à ses années d'habitude. Quand la peur monte, les procédures sont comme des rails. On avance dessus.

Il remplaça le câble, sécurisa l'attache, relança le test.

Voyant vert.

— Stabilisé, annonça-t-il.

Rina souffla.

— Bien.

Ils reprirent la trajectoire vers Hublot-Lys. À mi-chemin, le radar grésilla. Une masse apparut, proche, se déplaçant en silence.

Malo sentit le même froid que lors de la sortie.

— Rina… tu vois ça ?

— Oui. Un objet sans transpondeur. Il nous suit.

L'objet ressemblait à la silhouette lisse qu'il avait aperçue : un galet noir, sans lumière, sans angles visibles.

Elmar murmura, les yeux fixés sur l'écran :

— Ce n'est pas un débris.

Malo ajusta la trajectoire pour tester. L'objet imita le mouvement.

— Il nous observe, dit Rina.

— Ou il veut la balise, répondit Malo.

Dans la boîte sécurisée, la balise triangulaire pulsa plus vite, comme excitée.

Malo prit une décision.

— On ne joue pas à cache-cache avec ça. Je vais activer notre balise de détresse plus fort, et envoyer un message à la station : objet non identifié en approche.

— Ça va attirer du monde, dit Rina.

— Tant mieux. Parfois, être vu, c'est une protection.

Il augmenta la puissance de la balise. Un anneau rouge se mit à clignoter sur le toit de la navette, visible de loin. Et il envoya un message court : “Retour avec survivant. Objet non identifié suit. Assistance demandée.”

L'objet noir ralentit, comme surpris. Puis il s'éloigna légèrement.

— Il n'aime pas quand on appelle à l'aide, dit Rina.

— Moi non plus, avoua Malo. Mais j'aime encore moins l'idée de disparaître sans que personne ne sache pourquoi.

Ils continuèrent. L'objet resta à distance, puis finit par s'effacer dans l'ombre des astéroïdes, comme s'il avait perdu intérêt… ou comme s'il avait décidé d'attendre une autre occasion.

Quand la station Hublot-Lys apparut, lumineuse et rassurante, Malo sentit ses épaules se relâcher d'un coup.

— Accostage dans vingt secondes, annonça l'ordinateur.

Rina sourit, fatiguée.

— On l'a fait.

— On a surtout tenu bon, répondit Malo.

Et tenir bon, dans l'espace comme ailleurs, c'était souvent la plus grande des victoires.

Chapitre 7 — Un badge souvenir

Dans le salon des hublots, tout semblait identique : les gens, les tasses aimantées, les rires. Mais pour Malo, chaque lumière paraissait plus nette, comme si le monde avait été remis au point.

Nils accourut dès que la porte du hangar s'ouvrit.

— Alors ?! Vous êtes revenus ! Et vous avez… un monsieur congelé !

— Pas congelé, corrigea Rina. Très fatigué. Et très vivant.

Le docteur Elmar fut pris en charge par l'équipe médicale. Avant de partir, il attrapa doucement le bras de Malo.

— Merci, dit-il. Vous avez répondu. Vous avez insisté. Vous avez… continué.

Malo hocha la tête, incapable de trouver une phrase parfaite.

— Votre balise a fait la moitié du travail, répondit-il. Elle a refusé d'abandonner.

Elmar sourit faiblement.

— C'est ce que j'avais programmé. Une machine, parfois, peut porter une forme de courage.

Quand il disparut derrière une porte, Malo resta un instant immobile. Il pensa aux seize ans de silence, au petit triangle obstiné, à l'ombre noire. Et au fait que, malgré tout, une vie avait été ramenée.

Rina le rejoignit, tenant une petite boîte plate.

— Le conseil de la station a décidé de vous remercier officiellement. Et… aussi de remercier Nils, parce qu'il a “maintenu le moral des visiteurs”, ce qui apparemment est un talent rare.

Nils bomba le torse.

— J'ai servi huit chocolats chauds et empêché une dame de franchir la barrière. Je suis un héros discret.

Rina ouvrit la boîte. À l'intérieur, il y avait deux badges métalliques, ronds, avec un dessin gravé : un hublot et, au centre, une petite étoile. En dessous, une phrase : “TENIR BON”.

Elle en donna un à Malo, un à Nils.

Nils le fixa sur son gilet trop grand.

— Je vais le garder pour toujours. Même quand j'aurai un gilet à ma taille.

— C'est le plan, dit Malo.

Rina fixa le sien sur sa veste, puis se tourna vers Malo.

— Et l'objet noir ?

— Disparu, dit Malo. Mais on a envoyé les données aux autorités. On surveillera. Et on renforcera les capteurs.

— Donc… on apprend, résuma Rina.

— Oui, dit Malo. On apprend, on répare, on recommence.

Ils marchèrent jusqu'au salon des hublots. Le hublot réparé brillait, impeccable. Les étoiles semblaient encore plus proches, comme si elles s'étaient penchées pour écouter.

Nils posa sa main sur la barrière et demanda :

— Malo… t'as eu peur ?

Malo regarda le noir splendide dehors. Il pensa à la fissure, à la capsule, à l'ombre.

— Oui, répondit-il simplement. J'ai eu peur.

— Alors comment t'as fait ?

Malo toucha du doigt son badge, froid et rassurant.

— J'ai fait ce que je pouvais, étape par étape. Et quand ça tremble à l'intérieur, tu t'accroches à ce qui est vrai : tes procédures, tes amis, et l'idée que ça vaut la peine d'essayer encore.

Nils hocha la tête, très sérieux.

— Tenir bon, dit-il.

— Tenir bon, répéta Malo.

Et dans le reflet du hublot, on voyait deux silhouettes et deux petits badges qui brillaient, minuscules, face à l'immensité. Mais parfois, c'est précisément comme ça qu'on change l'espace : avec des gestes modestes, une réponse à un appel, et la décision tranquille de ne pas abandonner.

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Vaisseau de liaison
Petit vaisseau qui sert à transporter des personnes ou des choses entre deux lieux.
Hublot
Fenêtre ronde ou plate dans un vaisseau ou une station spatiale pour voir dehors.
Coque
Enveloppe extérieure d'un vaisseau ou d'une station qui protège l'intérieur.
Nébuleuse bleutée
Nuage d'étoiles et de gaz dans l'espace avec une lumière un peu bleue.
Clé dynamométrique
Outil qui sert à serrer une vis ou un boulon avec une force précise.
Mousse d’étanchéité
Matière souple qu'on met pour empêcher l'air ou l'eau de passer.
Sas
Petit espace clos entre deux portes qui sert à entrer ou sortir en sécurité.
Microfissure
Très petite fissure qui peut s'agrandir si on ne la répare pas.
Harnais
Ceinture ou système de sangles qui maintient une personne en sécurité.
EVA
Abréviation pour sortie dans l'espace faite par un astronaute pour travailler dehors.
Balise
Appareil qui envoie un signal pour indiquer une position ou appeler à l'aide.
Stase
État où une personne est mise en sommeil artificiel pour économiser l'énergie.

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