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Histoire de voyage spatial 11 à 12 ans Lecture 30 min. (1)

La porte d’argent au cœur du grand vide

Maëlys et l'équipage de l'Argonaute répondent à un signal mystérieux dans une région vide de l'espace et découvrent une présence ancienne qui communique par des arcs de lumière, les poussant à écouter, comprendre et agir avec précaution.

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Maëlys, femme expressive en combinaison spatiale claire, cheveux châtain attachés, flotte en EVA la main tendue vers une fine porte lumineuse argentée en forme d'arche partielle qui pulse doucement ; elle affiche une curiosité bienveillante et une posture calme et confiante. Jun, ingénieur d'environ 35 ans en EVA proche d'elle, déroule un câble de sécurité sombre à trait lumineux, concentré et protecteur. Sur l'écran du vaisseau, Ivar, capitaine d'environ 50 ans aux cheveux grisonnants et veste sombre, observe la scène avec sérieux protecteur. Dans la navette argentée Argonaute à gauche, Naya, navigatrice d'environ 30 ans aux cheveux noirs courts, suit la manœuvre depuis une console derrière une grande baie vitrée. Fond : vide spatial profond très noir avec quelques étoiles et nébuleuses violettes pâles, la navette flottant doucement et une petite station cylindrique ternie au loin ; l'arche translucide diffuse un éclairage doux créant des reflets argentés sur les casques, atmosphère calme, poétique et mystérieuse. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

En l'an 2479, voyager entre les étoiles était devenu aussi ordinaire que prendre un train, sauf que les gares flottaient dans le vide.

Les vaisseaux ne se contentaient plus d'avoir des moteurs puissants. Ils avaient des peaux intelligentes, capables de se réparer comme une cicatrice, des fenêtres qui filtraient les rayonnements comme des lunettes de soleil parfaites, et des laboratoires miniatures où l'on pouvait faire pousser des mousses d'une autre planète dans un bocal qui chantait presque de joie. Les communications passaient par des relais d'ondes gravitationnelles : pas de délai, pas de “Allô ? Tu m'entends ?”. On parlait, et la réponse arrivait comme si l'univers avait rapproché ses oreilles.

À bord de la station diplomatique Tisserand-9, on croisait des cartographes des nébuleuses, des médiateurs culturels, des ingénieurs des glaces cométaires et, plus rarement, une biologiste exoplanétaire diplomate. C'était le métier de Maëlys Corven.

Maëlys savait reconnaître une algue extraterrestre au premier coup d'œil, et elle savait aussi quand il fallait se taire pour laisser quelqu'un garder sa dignité. Son badge portait deux symboles : une feuille stylisée et un cercle ouvert — science et dialogue.

Ce matin-là, elle observait la carte du secteur Zéro-Pourpre. Sur l'écran, une zone immense apparaissait presque vide. Pas de spirales de galaxies, pas de nuages brillants. Juste une noirceur profonde, piquetée de rares points lointains.

— On dirait un trou dans le ciel, murmura Maëlys.

Le capitaine Ivar Lenz, grand et calme, posa une tasse de thé chaud sur la table magnétique.

— Les astronomes appellent ça une “région de vide cosmique”. Peu de matière, peu d'étoiles. Beaucoup de… rien.

— Le “rien” est rarement vraiment rien, répondit Maëlys. Et s'il y a un protocole diplomatique, il y a une raison.

Sur l'interface, le message officiel du Conseil Intermondes clignotait : une anomalie de signal détectée à la frontière du vide. Pas un appel de détresse, pas une balise classique. Un motif répétitif, presque… poli. Comme quelqu'un qui frapperait à une porte invisible.

— On envoie toujours Maëlys quand il faut comprendre sans brusquer, dit l'officière de navigation, Naya Shirin, avec un sourire.

Maëlys haussa une épaule, pas totalement à l'aise avec les compliments.

— Je ne suis pas une baguette magique. Mais je peux écouter, et je peux regarder sans tout vouloir expliquer tout de suite.

Le vaisseau qui devait les emmener s'appelait l'Argonaute. Une silhouette élégante, allongée, avec deux anneaux de gravité qui tournaient lentement, comme des cerceaux dans l'eau. Son hangar sentait le métal propre et l'air filtré.

Avant l'embarquement, Maëlys passa par la serre. Là, des plantes terriennes poussaient en rubans verts sous des lampes douces. Elle effleura une feuille de menthe.

— Merci, souffla-t-elle.

La menthe ne répondit pas, mais son odeur lui rappela que même dans l'espace, on avait le droit à des choses simples.

Puis elle rejoignit l'équipe : Ivar, Naya, et Jun Sato, ingénieur de sortie extravéhiculaire, un homme au rire discret et aux mains toujours occupées à vérifier quelque chose.

— Maëlys, dit Jun en tapotant une caisse, j'ai amélioré les bobines de câble de sécurité. Plus souple, plus résistant, moins de risque d'emmêlement.

— Tu parles de ça comme d'une recette de cuisine.

— Si tu savais le nombre de gens qui survivent grâce à un “bon” câble… Tu remercierais les bobines tous les matins.

Maëlys sourit.

— Je le ferai. Promis.

Quand l'Argonaute quitta la station, la baie vitrée devint un tableau mouvant : la station s'éloigna, puis les étoiles s'étirèrent en lignes fines. Le moteur de saut ne faisait pas “vroum”. Il faisait plutôt un silence épais, comme si l'univers retenait son souffle.

Ils partaient vers le vide.

Chapitre 2

Trois jours plus tard, l'espace autour d'eux changea.

D'habitude, même loin des grands axes, il y avait toujours quelque chose : un nuage de poussière, une étoile rouge, un essaim de micrométéorites. Là, c'était différent. Le noir semblait plus noir, et les rares étoiles avaient l'air timides, comme si elles n'osaient pas trop briller.

Dans la salle d'observation, Maëlys flotta près du hublot, les pieds coincés dans une sangle. L'Argonaute avançait en mode économique, les moteurs ioniques soufflant doucement, presque respectueux.

Naya fit défiler les données sur une tablette.

— Anomalie à vingt mille kilomètres. Signal stable. Pas de source visible.

— Pas de source visible… pour l'instant, dit Maëlys. Qu'est-ce que ça fait au spectre ?

Jun leva la tête de son panneau d'outils.

— Ça ressemble à un motif de pulsations. Régulier, mais pas mécanique. Comme un rythme qui hésite.

Ivar entra, mains derrière le dos.

— On approche lentement. On ne veut pas arriver comme un camion dans une bibliothèque.

Maëlys approuva.

— Et si c'est une forme de vie ?

— Dans le vide ? demanda Naya, sceptique.

Maëlys prit le temps de répondre, comme si chaque mot devait être posé avec soin.

— La vie adore les endroits qu'on croyait impossibles. Et parfois, elle ne ressemble pas à ce qu'on appelle “vie” dans nos manuels.

L'écran principal montra alors quelque chose : une fine lueur, presque un fil d'argent, qui n'était pas une étoile. Elle semblait flotter, immobile, dans une région où il n'y avait rien pour la soutenir.

— Voilà notre porte invisible, murmura Jun.

La lueur pulsa. Une fois. Deux fois. Trois fois. Puis une pause, comme une respiration.

Maëlys sentit sa nuque se hérisser, pas de peur, plutôt d'attention. Elle activa l'analyse optique et thermique. Rien de chaud. Rien de froid. Juste une présence qui ne voulait pas entrer dans les catégories.

— Je propose une approche avec la navette d'observation, dit Ivar. Maëlys, tu viens. Jun aussi, pour la sécurité. Naya reste aux commandes.

— Reçu, répondit Naya. Et je vous promets de ne pas m'endormir, même si l'univers essaie de m'hypnotiser.

Dans le sas, Jun vérifia les combinaisons, les attaches et surtout la bobine de câble de sécurité. Un ruban sombre en matériau composite, capable de supporter une traction énorme et de transmettre un signal lumineux tout le long.

— On déroule dès la sortie, précisa-t-il. C'est notre lien. Pas seulement physique. Psychologique aussi.

Maëlys fixa la bobine, puis Jun.

— Merci. Pour le lien.

Jun eut un petit sourire.

— De rien. Mais évite de remercier le câble à voix haute, ça va le rendre prétentieux.

— Promis, je remercie en silence.

La porte du sas s'ouvrit.

Le vide les accueillit sans bruit, sans vent, sans odeur. Devant eux, l'Argonaute ressemblait à un animal endormi, et au loin, le fil d'argent pulsait avec une patience étrange.

Jun accrocha la bobine à la rambarde du sas et commença à dérouler le câble de sécurité. Il glissait dans sa main comme une corde très lisse. Un mince trait lumineux courait le long, confirmant la connexion.

Maëlys inspira lentement. Dans son casque, le souffle semblait trop fort, trop humain. Elle regarda les étoiles rares, puis le fil d'argent.

— On y va, dit-elle.

Ils se propulsèrent doucement, deux silhouettes minuscules avec un lien déroulé derrière elles, comme une comète à l'envers.

Chapitre 3

Plus ils s'approchaient, plus le fil d'argent semblait… réagir.

Il ne bougeait pas comme un objet. Il changeait plutôt de “présence”, comme quand quelqu'un se redresse en vous voyant entrer. Les pulsations s'accélérèrent légèrement, puis reprirent le rythme initial.

Jun parla le premier, sa voix calme dans le canal commun.

— Distance : mille mètres. Câble déroulé : mille deux cents. Tension nominale.

— Je le vois, dit Maëlys. Il nous… attend.

— Tu veux dire qu'il fait partie de ces trucs qui t'observent et notent tout dans un carnet ? demanda Jun.

— Si oui, j'espère qu'il a une belle écriture.

Leur humour flottait comme un petit ballon rassurant. Mais Maëlys restait concentrée. Elle activa un module de projection : un petit écran lumineux devant son casque, montrant des pictogrammes simples — salutation, pause, approche lente. Des gestes universels, autant que possible.

Elle envoya un signal lumineux vers le fil d'argent : trois pulses longs, un court, puis une pause. Une manière de dire : “Nous sommes là, nous venons en paix, nous attendons.”

Le fil répondit.

Il pulsa à son tour, mais pas identique. Comme s'il tentait d'imiter, avec un accent. Maëlys sentit un frisson de joie lui traverser la poitrine.

— Il essaie, souffla-t-elle. Il essaie vraiment.

À deux cents mètres, la lumière changea. Le fil n'était plus un fil. C'était une sorte d'arc, très fin, formant un cercle incomplet, une porte à moitié dessinée dans le noir. On voyait à travers, pourtant on avait l'impression que “à travers” ne menait pas au même endroit.

— Ce truc a de la profondeur, dit Jun. Pas de masse détectable, mais… c'est là.

Maëlys s'approcha encore, doucement, sans gestes brusques. Elle pensa à ses cours de diplomatie : observer, respecter, ne pas imposer sa logique. Et aussi : savoir dire merci.

Elle prit la parole, même si elle savait que l'entité ne comprenait probablement pas les mots.

— Bonjour. Je m'appelle Maëlys Corven. Je viens du Conseil Intermondes. Nous avons reçu votre signal. Merci de l'avoir envoyé.

Le fil d'argent pulsa plus doucement, comme un apaisement.

Soudain, un point lumineux apparut près de l'arc. Puis un deuxième. Puis une ligne de points, comme des petites graines de lumière, qui dessinèrent une forme : une spirale ouverte.

Maëlys la reconnut immédiatement.

— C'est une carte, dit-elle. Une représentation. Une direction.

Jun tourna légèrement sur lui-même.

— Vers où ?

La spirale se déforma, et une zone fut mise en évidence : le vide, encore plus profond, loin de tout. Un endroit où la carte indiquait presque “ici il n'y a rien”.

— Ils veulent qu'on avance, conclut Maëlys.

— Ou qu'on se perde, dit Jun, prudent.

Maëlys observa l'arc. Il ne donnait pas une sensation de menace. Plutôt une sensation de solitude. Comme un phare qui aurait fonctionné très longtemps sans voir de navires.

Elle pensa à la serre de menthe, au thé du capitaine, aux mains de Jun sur la bobine. Elle pensa aussi à ce que ça coûtait, d'envoyer un signal dans un endroit où presque personne ne passe.

— On ne va pas traverser sans préparer, décida-t-elle. On retourne au vaisseau. On explique. On remercie.

Jun eut un rire bref.

“On remercie” est devenu ton plan stratégique préféré.

— Ça marche souvent mieux qu'on ne croit.

Ils firent demi-tour. Jun récupéra le câble de sécurité au retour, en le rembobinant avec soin. Le fil d'argent pulsa une dernière fois, plus longuement, comme un au revoir.

Dans le sas, Ivar les attendait sur l'écran, visage sérieux.

— Rapport.

Maëlys résuma, précise : l'arc, la réponse aux signaux, la carte vers le cœur du vide.

Ivar resta silencieux un moment.

— On n'a pas reçu d'ordre de traverser une porte inconnue.

— Non, dit Maëlys. Mais on a reçu un appel. Et on a la capacité de répondre sans imprudence. On peut envoyer une sonde, cartographier, garder une distance. Et… si c'est une présence isolée, notre rôle est aussi de ne pas détourner le regard.

Naya intervint depuis le poste de pilotage.

— Les capteurs confirment. Pas de radiation agressive, pas de perturbation du champ autour du vaisseau. Juste… cette chose qui attend.

Jun posa la bobine sur son support.

— Et j'ajoute que mon câble est prêt à se faire remercier encore.

Maëlys sourit malgré la tension.

Ivar inspira.

— Très bien. On fait une approche prudente. Sondes d'abord. Puis, si tout est stable… sortie contrôlée. Maëlys, tu mèneras le protocole de contact.

Maëlys hocha la tête.

— Merci, capitaine.

Et, intérieurement, elle ajouta : merci, vide cosmique, de nous rappeler qu'il existe encore des endroits inconnus.

Chapitre 4

La sonde partit la première, un petit insecte métallique avec des ailes de radiateurs. Elle s'approcha de l'arc, envoya des impulsions, mesura la moindre variation. Sur les écrans, les données défilaient comme une pluie ordonnée.

— Rien ne la touche, annonça Naya. Elle passe “devant” l'arc et “derrière” selon nos instruments… sauf que nos instruments ne sont pas d'accord entre eux.

— Donc, on a affaire à une structure qui joue avec notre manière de mesurer, dit Ivar. Pas forcément dangereuse. Mais différente.

Maëlys, assise au laboratoire, regardait le motif des pulsations. Elle remarqua une chose : entre les séquences, il y avait parfois une pause plus longue, comme si l'arc attendait une réponse qui n'arrivait pas.

Elle demanda à Naya :

— Est-ce qu'on peut lui renvoyer quelque chose de simple ? Un “merci”, par exemple. Un motif stable, non agressif.

Naya leva un sourcil.

— Je peux faire clignoter les projecteurs selon un code. Mais tu vas encore me faire écrire “MERCI” à l'échelle cosmique, c'est ça ?

— Si possible, oui. Mais en version rythme, pas lettres. Trois pulses courts, un long, pause. Répété.

Naya s'exécuta. Les projecteurs extérieurs envoyèrent le motif.

L'arc répondit presque immédiatement, en reproduisant le code, puis en ajoutant une variation : un pulse supplémentaire, plus doux, comme un sourire.

Jun, qui observait depuis la console, laissa échapper :

— Il vient de dire “de rien”, non ?

Maëlys sentit quelque chose se détendre en elle.

— Peut-être. Ou peut-être “je suis là”.

Après plusieurs heures sans anomalie, Ivar donna son accord.

— Sortie extravéhiculaire. Distance minimale. Câble de sécurité obligatoire. Aucun passage complet de l'arc sans décision collective.

Dans le sas, Maëlys enfila sa combinaison avec des gestes précis. Elle connaissait les procédures par cœur : vérifier les joints, la pression, la réserve d'oxygène, la batterie, les outils. Mais elle ajouta un petit rituel personnel : elle tapota doucement la plaque de son casque, comme pour se rappeler qu'elle était vivante.

Jun fixa la bobine de câble sur le harnais de Maëlys, et la sienne sur le sien.

— Deux câbles, dit-il. Redondance. Et si tu dérives, je te ramène. Si je dérive, tu me ramènes. On forme une paire de chaussettes. Impossible d'en perdre une sans s'en apercevoir.

— J'espère juste qu'on ne finira pas dans un tiroir, répondit Maëlys.

La porte s'ouvrit. Le vide, toujours.

Ils sortirent, reliés au vaisseau par un long câble sombre. Jun déroulait au fur et à mesure. Le trait lumineux qui courait dessus était comme une ligne de vie.

À mesure qu'ils approchaient de l'arc, Maëlys sentit une sensation étrange, une légère pression dans les oreilles — pas douloureuse, juste comme quand un ascenseur démarre. Son casque confirma : pas de changement de pression externe. Donc, c'était… elle. Son cerveau, qui cherchait un repère.

Ils s'arrêtèrent à cinquante mètres.

Maëlys activa le module de communication visuelle et projeta un simple pictogramme : une main ouverte, puis un cercle ouvert, puis un point — “nous, ici, calme”.

L'arc répondit en dessinant, avec ses graines lumineuses, une forme qui ressemblait à… un abri. Un toit. Puis un point sous le toit.

— Il veut qu'on comprenne qu'il y a quelqu'un, dit Jun, la voix plus basse.

Maëlys s'approcha de dix mètres, très lentement. Le câble se déroulait, et elle sentit une légère traction, comme un rappel : ne pas aller trop loin.

— Je m'arrête là, annonça-t-elle. Je ne traverse pas.

Elle regarda l'arc. Au bord du cercle incomplet, une zone se mit à briller davantage. Et une image apparut, pas dans son casque, mais réellement dans l'espace : comme une projection suspendue.

C'était une vue du vide, encore plus profond, et au milieu… une chose minuscule. Un fragment de matière ? Une coquille ? Un objet ?

Maëlys plissa les yeux.

— On dirait… une station. Petite. Très ancienne.

Ivar, depuis le vaisseau, parlait dans leur canal.

— Je vois aussi. Une structure. Elle n'est pas sur nos cartes.

Maëlys se sentit envahie par une émotion inattendue : de la gratitude, et de la tristesse.

— Merci de nous montrer, dit-elle à l'arc, doucement. Merci de ne pas nous forcer.

L'arc pulsa. Long. Puis deux courts. Puis une pause.

Jun murmura :

— S'il nous comprend, il doit se dire : “Enfin quelqu'un qui dit merci.”

Maëlys sourit, puis se concentra.

— Capitaine, je propose qu'on suive l'indication, mais en vaisseau. Sans traverser. Peut-être que l'arc n'est qu'un panneau. Un moyen de pointer quelque chose, parce que dans le vide, il n'y a rien pour faire une balise.

Ivar acquiesça.

— On rentre. On approche la zone indiquée à vitesse lente. Et on garde cet arc en vue autant que possible.

Sur le chemin du retour, Maëlys rembobina une portion du câble de sécurité, aidant Jun. Elle regarda la ligne lumineuse courir le long de la gaine.

Ce câble, pensa-t-elle, c'est aussi une façon de dire merci à ceux qui nous ont appris à ne pas jouer les héros sans attaches.

Chapitre 5

L'Argonaute se déplaça vers le cœur du vide.

Plus ils avançaient, plus les instruments semblaient hésiter : les étoiles de fond se décalaient d'une manière presque imperceptible, comme si l'espace lui-même n'était pas tout à fait d'accord sur sa géométrie. Naya dut corriger plusieurs fois la trajectoire.

— Ce secteur a l'air… froissé, dit-elle. Comme un tissu qu'on aurait mal plié.

— Un vide cosmique n'est pas forcément plat, répondit Ivar. La gravité des grandes structures autour peut créer des courbures légères. Ici, on est loin de tout, donc la moindre petite chose devient… importante.

Maëlys restait dans la salle de capteurs, attentive à un détail : le signal de l'arc continuait, plus faible, mais présent. Comme un fil invisible entre eux.

— Il ne nous lâche pas, nota Jun.

— Ou il nous guide, corrigea Maëlys.

Après plusieurs heures, un point apparut sur l'imagerie : une tache sombre sur le noir, ce qui était presque comique. Puis l'ombre prit forme : une petite station, oui. Un cylindre avec deux bras, couvert de plaques ternies. Elle semblait dormir depuis très longtemps.

— Pas de rotation, dit Naya. Pas de chaleur.

— On approche en silence, ordonna Ivar.

Le vaisseau s'immobilisa à quelques centaines de mètres. À cette distance, la station paraissait fragile, comme un objet oublié dans un grenier immense.

Maëlys enfila à nouveau sa combinaison. Jun aussi. Cette fois, ils emportaient un kit d'analyse et un module de lumière douce. Et, bien sûr, le câble de sécurité.

— Je suis en train de devenir fan de ton câble, dit Maëlys à Jun, pendant qu'il fixait la bobine.

— Il a un club de fans, répondit Jun. Il y a moi, toi, et probablement le manuel de sécurité.

Ils sortirent, déroulant le câble. Le vide ici était encore plus silencieux, comme si la station avalait les sons imaginaires.

Quand Maëlys posa la main gantée sur la coque, elle sentit une vibration minuscule : pas un moteur, plutôt une résonance, comme un objet qui garde en mémoire des impacts anciens.

Jun passa une lampe.

— Des micro-rayures. Érosion par poussières. Très vieux.

Maëlys repéra une trappe. Un symbole était gravé dessus, presque effacé : un cercle ouvert.

— Le même que sur mon badge, souffla-t-elle. Ou presque.

Ivar, dans le canal :

— Tu es sûre ?

— Oui. Comme une idée partagée. “Ouverture”. “Accès”. “Bienvenue”.

Jun connecta un outil de lecture sur un port. Rien.

— Pas de courant, dit-il. Mais on peut entrer mécaniquement. Doucement.

Maëlys prit une seconde pour réfléchir.

— Capitaine, demande-t-elle, autorisation d'ouverture ? Je veux éviter de… profaner un lieu.

Ivar répondit après une pause.

— Autorisation. Procédure de respect : enregistrement complet, pas de prélèvement inutile. Et Maëlys… merci de poser la question.

Maëlys sentit ses yeux piquer, ce qui était gênant dans un casque.

— Merci à vous de comprendre.

Ils actionnèrent la trappe. Elle s'ouvrit avec une lenteur étonnante, comme si elle n'avait jamais cessé d'attendre.

À l'intérieur, un couloir étroit. Pas d'air. Juste des parois mates et des poussières en suspension qui brillèrent sous la lampe, comme des flocons.

Maëlys fixa une ligne de pictogrammes sur le mur : des formes simples, répétées, comme des instructions pour quelqu'un qui aurait oublié sa propre langue.

— C'est un manuel de survie, dit-elle. Ou un guide.

Plus loin, ils trouvèrent une salle ronde. Au centre, une sorte de sphère noire, posée sur un socle. Autour, des sièges fixés au sol, orientés vers la sphère. Comme un petit amphithéâtre.

Jun siffla doucement.

— Ça ressemble à un endroit pour… écouter quelque chose.

Maëlys s'approcha sans toucher. Sur la sphère, une fine fissure brillait, un trait d'argent.

Le même argent que l'arc.

— Je crois qu'on a trouvé son origine, murmura-t-elle. Ou son corps.

La fissure pulsa. Très faiblement. Puis, à leur grande surprise, leurs radios captèrent une modulation. Pas des mots. Un motif. Celui du “merci” qu'ils avaient envoyé, renvoyé, modifié.

Maëlys se sentit soudain très petite, mais pas écrasée. Plutôt… invitée.

— Bonjour, dit-elle, la voix claire. Nous sommes venus parce que vous avez appelé. Nous sommes là.

La sphère pulsa, et une projection apparut sur le mur : une image d'une galaxie spirale, lumineuse, puis l'image s'éloigna, s'éloigna, jusqu'à devenir un point, puis plus rien. Ensuite, un autre point apparut : cette station. Seule.

Jun murmura :

— Ils ont été… laissés derrière ?

Maëlys hocha la tête.

— Ou ils ont choisi d'être ici. Pour garder quelque chose. Pour être un repère.

La projection continua : un schéma du vide, puis une série de petites lumières, des arcs comme celui qu'ils avaient vu, dispersés comme des balises.

— Un réseau, comprit Maëlys. Un réseau dans le rien. Pour que le rien ne soit pas une prison.

Elle sentit une gratitude profonde monter en elle, dirigée vers des êtres inconnus qui avaient construit des “portes” pour que d'autres ne soient pas perdus.

— Merci, dit-elle simplement. Merci d'avoir tenu si longtemps.

La fissure pulsa, plus fort, comme si le mot avait nourri quelque chose.

Mais la station restait sans énergie. Elle avait besoin d'un coup de main, d'un geste concret.

Maëlys se tourna vers Jun.

— On peut lui donner un peu de puissance, juste pour stabiliser ?

Jun réfléchit rapidement.

— Oui. Micro-batterie externe. Pas assez pour réveiller une station, mais assez pour… envoyer un message, ou maintenir une séquence. On le fait proprement.

Ils installèrent le module, branchement sécurisé, isolation. Les gestes étaient lents, soigneux, presque tendres.

Quand Jun enclencha l'alimentation, une lumière douce se répandit sur les parois. La poussière devint une neige d'or.

La sphère pulsa, stable.

Et, dans leurs casques, un son apparut : une note basse, puis une autre, comme un instrument qui s'accorde.

Maëlys ferma les yeux une seconde.

— Ça chante, souffla-t-elle.

— Ou ça respire, répondit Jun.

Dans le canal, Ivar demanda :

— Statut ?

— Contact établi, répondit Maëlys. Pas de menace. Une présence… ancienne. Et très seule.

Chapitre 6

Ils restèrent un moment dans la salle ronde, sans trop parler. Il y avait des silences qui faisaient du bien, comme quand on s'assoit près de quelqu'un sans devoir remplir l'air.

Puis la sphère projeta une dernière image : un couloir, puis un hublot. De l'autre côté, une lumière.

Maëlys comprit que ce n'était pas seulement un souvenir. C'était une invitation à regarder.

— Capitaine, dit-elle, la station nous montre un point précis. Je pense qu'elle veut qu'on se place dans un axe particulier. Comme si… quelque chose allait apparaître.

— Compris, répondit Ivar. Revenez. On manœuvre l'Argonaute.

Le retour vers le sas de la station fut plus rapide, mais Jun continua à dérouler et gérer le câble de sécurité avec la même attention. Il y avait quelque chose de rassurant dans cette ligne tendue : une promesse que, même au milieu du vide, on pouvait toujours revenir.

Une fois dans l'Argonaute, Maëlys retira son casque. L'air du vaisseau avait un goût familier de filtre et de métal tiède.

Naya les attendait dans le couloir.

— Alors ? demanda-t-elle. Vous avez trouvé un fantôme ?

— Un fantôme très poli, dit Jun.

Maëlys s'appuya contre la paroi, fatiguée mais calme.

— Une balise vivante, expliqua-t-elle. Un réseau d'arcs. Ils ont maintenu des passages de repérage dans le vide. Et cette station… garde la mémoire.

Ivar réunit l'équipage au poste d'observation. Les écrans affichaient la trajectoire suggérée par la station : un alignement précis entre l'Argonaute, la station, et un point dans le noir où il n'y avait, officiellement, rien.

— On se place sur l'axe, dit Ivar. Et on attend. Moteurs coupés. Capteurs en écoute.

L'Argonaute glissa, puis s'immobilisa. L'équipage se tut. Même Jun arrêta de tripoter ses outils, ce qui, pour lui, était presque un exploit.

Les minutes passèrent. Dans le vide, une minute pouvait sembler longue, parce qu'il n'y avait rien pour la découper : pas de bruit de ville, pas de vent, pas de feuilles.

Maëlys, assise près du hublot, pensa à la menthe de la serre. Elle pensa au fait que quelqu'un, quelque part, avait décidé de construire une chose utile sans savoir si elle servirait. Elle pensa aussi à tous les petits gestes qu'on oublie de remercier : un repas, un conseil, une main tendue.

Elle prit une inspiration.

— Je veux dire quelque chose, dit-elle doucement.

Les autres la regardèrent.

— Merci, dit Maëlys, à voix haute, en regardant le vide. Merci pour ce vaisseau qui nous protège. Merci pour vos compétences. Merci pour votre patience. Et… merci pour ce silence, qui nous apprend à écouter.

Naya cligna des yeux, un peu gênée.

— Eh bien… de rien ? répondit-elle, avant d'ajouter : Merci à toi de le dire.

Jun hocha la tête.

— Ça rend tout plus… réel.

Ivar posa sa main sur l'épaule de Maëlys, geste bref, respectueux.

— Merci, Maëlys.

À cet instant, quelque chose changea dehors.

Au début, ce fut à peine perceptible : une clarté fine, comme une poussière lumineuse. Puis la lumière s'organisa, s'intensifia, et une forme apparut, exactement là où la station avait indiqué.

Une lueur au hublot.

Pas une explosion. Pas un éclair agressif. Une lumière stable, blanche et douce, comme un matin qui se lève dans un endroit où il n'y a pas de soleil.

Elle dessinait, dans le vide, le même cercle incomplet que l'arc. Mais plus grand. Plus net. Et, au centre, un point brillant, comme une promesse.

Les capteurs s'affolèrent un peu, puis se stabilisèrent. La lumière ne rayonnait pas de danger. Elle semblait simplement… ouvrir la possibilité d'un chemin.

Naya souffla :

— C'est magnifique.

Jun, d'habitude si pragmatique, murmura :

— On dirait que le vide allume une lampe pour nous.

Maëlys ne répondit pas tout de suite. Elle regarda la lumière au hublot, et elle sentit, très clairement, que ce n'était pas une fin, ni une solution magique. C'était une réponse. Un signe que la gratitude et la prudence pouvaient coexister avec l'inconnu.

Elle posa sa paume contre la vitre froide.

— Merci, dit-elle au silence lumineux. Nous avons vu votre appel. Et nous n'oublierons pas.

Dehors, la lumière pulsa une fois, comme une respiration. Puis elle resta là, tranquille, devant eux, au bord du vide, comme un phare patient qui n'attendait qu'une chose : qu'on avance, ensemble, avec un câble de sécurité déroulé derrière le courage.

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Anomalie
Quelque chose d'étrange ou différent de la normale dans les mesures.
Diplomatique
Qui concerne la paix et la discussion entre groupes ou peuples.
Exoplanétaire
Qui vient d'une planète située en dehors du système solaire.
Nébuleuses
Nuages de gaz et de poussières dans l'espace qui forment des étoiles.
Gravitationnelles
Relatif à la force qui attire les objets les uns vers les autres.
Balise
Petit appareil qui envoie un signal pour montrer une position ou un danger.
Pulsations
Battements ou signaux qui se répètent comme un rythme régulier.
Spectre
Gamme de lumières ou de signaux montrant différentes couleurs ou fréquences.
Navette d’observation
Petit vaisseau utilisé pour s'approcher et regarder quelque chose de près.
Tension nominale
Valeur de force ou d'effort prévue pour fonctionner normalement.
Micro-batterie externe
Petite batterie ajoutée pour donner un peu d'électricité temporaire.
Balise vivante
Une balise qui semble agir ou réagir comme si elle était animée.

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