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Histoire de voyage spatial 11 à 12 ans Lecture 25 min.

La voile des petits gestes

Un jeune pilote livré de pièces rejoint le chantier orbital Aurore-7 et, avec une équipe d'ouvriers, affronte des pannes et des particules pour protéger une voile solaire en construction.

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Sami, garçon sami de 16 ans au visage rond et cheveux bruns, concentré et serein, tend un sachet numéroté vers la voile solaire tandis que Yara, cheffe d’équipe adulte à la peau légèrement hâlée et coupe courte, applique du gel sur une microfissure ; Malik, technicien d’environ 25 ans avec une tache de graisse sur la joue, surveille les écrans et tapote les commandes depuis un panneau lumineux ; lieu : mât Est du chantier orbital Aurore-7, plate-forme métallique et voile repliée en éventail argenté, arrière-plan espace noir et Terre bleue — réparation délicate et coordonnée avec cordes de sécurité et lumières d’atelier. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Dans la baie orbitale de Lune-Neuve, l'espace n'était pas un vide silencieux : c'était un boulevard. Des cargos glissaient en file, des taxis sphériques clignotaient comme des lucioles, et des panneaux lumineux flottaient, projetés en hologrammes stables : ARRIVÉES — DÉPARTS — CHANTIERS.

Depuis cinquante ans, les humains avaient appris à voyager sans tout brûler. Les vieilles fusées restaient utiles pour décoller d'une planète, mais dès qu'on atteignait l'orbite, on déployait des technologies plus fines : moteurs ioniques, rails électromagnétiques, et surtout… des voiles solaires.

Une voile solaire, c'était une feuille gigantesque, plus fine qu'un cheveu, qui captait la pression de la lumière. Les photons, ces grains d'éclat, poussaient la voile comme le vent pousse un bateau. Pas besoin de carburant, juste du temps, de la patience, et une trajectoire bien calculée.

Les voiles ne se fabriquaient plus au hasard : elles se construisaient sur des chantiers spécialisés, loin des poussières, dans des zones calmes. Le plus grand s'appelait Aurore-7, un chantier suspendu entre Terre et Mars, où l'on assemblait des voiles capables de traverser le système solaire comme des oiseaux de métal.

C'est vers Aurore-7 que volait Sami Lorne, seize ans, pilote de navette de service. Il n'était pas le genre à chercher les exploits. Il était plutôt du genre à vérifier trois fois les attaches, à rendre les outils à l'atelier, et à demander : « Ça va, vous avez tout ce qu'il vous faut ? »

Sa navette, la Mésange, avait un nez rond et des hublots comme des yeux. À l'intérieur, tout était propre, rangé, avec des bandes velcro pour accrocher ce qui devait tenir en apesanteur. Un parfum léger d'ozone et de plastique neuf flottait toujours après une recharge.

Ce matin-là, Sami attachait son harnais et lisait la fiche de mission affichée sur l'écran principal.

— Transport de pièces de micro-tension et d'un lot de sachets de scellage, récita-t-il à voix haute. Destination : Aurore-7. Priorité : normale. Risque : faible.

Il sourit.

« Risque faible », c'est comme quand Mamie dit « ça va piquer un peu ».

La voix douce du système de bord répondit :

— Bonjour, Sami. Check-list prête. Souhaites-tu un rappel des procédures ?

— Oui, Mira. Et sans me juger si je bâille.

— Je ne juge pas. Je note simplement : bâillement détecté.

— Traîtresse.

Mira n'était pas une personne, mais elle avait ce ton calme qui donnait l'impression qu'elle faisait exprès de rassurer. Elle déroula les étapes : pressurisation, étanchéité, température, niveau de charge, verrouillage cargo.

Sami vérifia le compartiment arrière. Les pièces de micro-tension — de petits cylindres argentés — étaient dans des caisses mousse. À côté, un sac souple contenait des sachets : de petits paquets plats, numérotés, remplis d'un gel spécial qui scellait les microfissures quand on le pressait sur une surface. Indispensable sur un chantier.

Il accrocha le sac avec une sangle.

— Les sachets ne s'envolent pas, dit-il. Pas aujourd'hui.

Mira fit un petit bip de confirmation.

Dans l'immense baie orbitale, les portes s'ouvrirent comme des paupières. La Mésange glissa dehors, et Lune-Neuve s'éloigna, brillante, avec ses anneaux de modules, ses jardins sous dômes et ses pistes de navettes.

Sami poussa un soupir content.

— Direction Aurore-7. Un aller simple vers des voiles plus grandes que mes devoirs.

Chapitre 2

Le trajet se fit d'abord en douceur. Le moteur ionique ronronnait sans bruit, plutôt comme une sensation de pression dans le dos. Sur l'écran, la trajectoire était une ligne courbe, calculée pour profiter des gravités comme d'un toboggan invisible.

Sami observait le hublot. La Terre était un globe bleu, strié de nuages. Mars n'était encore qu'un point rouge. Entre les deux, l'obscurité semblait épaisse, mais les instruments montraient un monde rempli : poussières, champs magnétiques, rayonnements, et parfois… des débris.

— Mira, statut du corridor ?

— Couloir de transit dégagé. Trafic modéré. Un essaim de micro-débris a été signalé à dix mille kilomètres de notre route, mais il est suivi.

— D'accord. On garde les boucliers en veille.

Il aimait ce mélange de calme et de précision. Comme un cours de sciences, mais avec la fenêtre ouverte sur l'univers.

Au bout de quelques heures, Aurore-7 apparut : une structure immense, composée d'anneaux et de bras articulés. Des modules d'habitation formaient une couronne, et au centre, des mâts déployaient des films brillants en cours d'assemblage. Les voiles, repliées en accordéon, scintillaient à la lumière du Soleil. On aurait dit des ailes de papillons géants.

Une navette de contrôle s'approcha, peinte en jaune chantier. La radio grésilla.

— Ici Contrôle Aurore-7. Identifiez-vous.

— Mésange, pilote Sami Lorne, livraison micro-tension et sachets de scellage. Demande autorisation d'accostage au quai 3.

— Autorisation accordée. Procédure standard. Bienvenue au chantier, Mésange.

Sami manœuvra avec soin. Les bras d'amarrage se verrouillèrent avec un « clac » sourd transmis par la structure. Il coupa les moteurs et relâcha sa respiration.

— Accostage réussi, annonça Mira.

— Merci. Je suis officiellement plus précis qu'un robot aspirateur.

— Les robots aspirateurs sont souvent sous-estimés.

— Je sais. J'ai grandi avec l'un d'eux. Il s'appelait Capitaine Poussière.

La trappe s'ouvrit. Un air filtré, frais, entra. Le couloir d'accueil était lumineux, avec des bandes bleues au sol indiquant les directions. Des ouvriers passaient, flottant à moitié dans la faible gravité, attachés par des lignes de sécurité. Certains avaient des outils au poignet comme des bracelets.

Une femme en combinaison grise s'approcha. Elle avait une coupe courte et un sourire rapide.

— Sami Lorne ? Je suis Yara, cheffe d'équipe sur le mât Est. Merci d'être à l'heure. Ici, « à l'heure », ça veut dire « avant que quelque chose se mette à vibrer ».

— Je vais essayer de ne rien faire vibrer, répondit Sami.

Yara jeta un œil au compartiment.

— Parfait. On a besoin de ces micro-tensions. Et les sachets… oh, super. On en consomme comme des pansements.

Sami prit le sac de sachets, le serra contre lui et suivit Yara à travers les modules. Ils passèrent devant une baie vitrée donnant sur une voile en construction. Des robots araignées se déplaçaient sur le film, déposant des couches et des renforts avec une délicatesse de couturières.

— C'est… énorme, souffla Sami.

— Et encore, celle-ci est « petite », dit Yara. Elle ira jusqu'aux lunes de Jupiter. Le plus difficile, ce n'est pas la taille. C'est de garder tout le monde d'accord sur la même procédure.

Ils arrivèrent au poste du mât Est. Un jeune technicien, Malik, leur fit signe. Il avait une tache de graisse sur la joue et une expression inquiète.

— Yara, on a un souci. Le capteur de tension T-14 donne des valeurs instables. On suspecte une microfissure sur une jonction.

Yara fronça les sourcils.

— T-14 ? C'est près du segment qui sera déployé en premier. Si ça lâche, la voile se froisse.

Sami resserra son sac.

— Les sachets peuvent aider, non ?

— Oui, si on trouve la fissure. Et vite, dit Yara. Parce qu'on doit tester le déploiement dans deux heures.

Elle posa une main sur l'épaule de Sami.

— Tu es venu livrer, mais… tu sais aussi aider ?

Sami avala sa salive. Il n'était pas ingénieur. Mais il savait suivre des procédures, et il savait rester calme.

— Dites-moi quoi faire. Je suis serviable, c'est presque une maladie.

Malik souffla un rire nerveux.

— On prend. Allez, équipe, on s'y met.

Chapitre 3

Ils enfilèrent des gants fins et des visières transparentes. La section du mât Est donnait accès à l'extérieur par un sas. De l'autre côté, l'espace attendait, noir et brillant, avec le Soleil comme un projecteur.

Yara expliqua, simple et nette :

— On va se déplacer le long de la jonction J-3. Malik, tu lis les valeurs en direct. Sami, tu gères les sachets : tu me passes le bon numéro quand je te le demande, tu comptes, et tu ranges. Ici, si un sachet part en balade, on le retrouve… jamais.

— Compris, dit Sami. Je serai le gardien des sachets.

Le sas s'ouvrit. Ils sortirent, attachés par des longes. Le film de la voile était proche, replié, mais on voyait déjà sa surface : une brillance presque liquide, parsemée de points où des renforts se fixaient.

Malik parlait dans le canal audio :

— Tension sur T-14 : 82… 79… 85… Ça saute.

— On la voit ? demanda Yara.

Ils avancèrent lentement, poussant doucement sur les poignées. Le chantier était silencieux, à part les bips et la respiration.

Sami tenait son sac de sachets contre sa poitrine, accroché par une sangle. Il sentait chaque mouvement, chaque petite impulsion. Il se força à respirer régulièrement.

— Là, dit Yara. Micro-rayure sur la jonction.

Elle pointa une ligne fine, presque invisible, mais qui captait la lumière d'une manière différente.

— C'est ça ? demanda Sami.

— Probablement. Sami, sachet numéro 6. Gel de scellage rapide.

Sami fouilla. Les sachets étaient alignés. Il attrapa le numéro 6, le posa dans la main de Yara.

— Et je note : un sachet utilisé, dit-il.

— Bien. Malik, stabilise les valeurs en réduisant la tension de 5%.

— Reçu. Je baisse. 80… 78… stable… pour l'instant.

Yara appliqua le sachet sur la microfissure. Le gel se répandit comme une goutte qui se fige, puis devint transparent. Elle pressa, attendit, relâcha.

— Ça devrait tenir, murmura-t-elle.

Sami observa, fasciné. C'était un geste minuscule au milieu de l'immensité, comme mettre un timbre sur une lettre qui traverserait des millions de kilomètres.

— Valeurs ? demanda Yara.

Malik hésita.

— Ça remonte… 81… 83… 90… Non. Ça repart.

Yara serra les dents.

— Donc ce n'est pas la seule fissure. Ou bien il y a un problème plus loin.

Un grésillement traversa la radio, puis un autre son, plus aigu : un signal interne, pas l'alarme générale, mais un avertissement local.

— Avertissement : variation de charge électrostatique, annonça Mira dans l'oreillette de Sami, reliée à la navette restée au quai.

Sami cligna des yeux.

— Mira ? Tu captes le chantier ?

— Je capte ton canal. Je lis une augmentation de charge dans ton secteur, probablement due au frottement du film et au vent solaire.

Yara l'entendit.

— Une charge ? Ça peut attirer des poussières ou déclencher des arcs. Malik, on est en zone sensible, fais gaffe aux outils.

Malik répondit, tendu :

— Je vois aussi. Et… il y a un nuage de particules annoncé par Contrôle, petit mais rapide. Il arrive dans huit minutes.

Yara prit une décision.

— On doit sécuriser avant le passage. Sami, vérifie ton sac. Rien ne dépasse. Et range les sachets utilisés dans la poche de retour, bien fermée.

Sami obéit immédiatement. Il glissa le sachet vide dans une poche, referma le rabat, tira dessus pour tester.

— Rangé.

— Bien. On cherche la deuxième fissure, vite, dit Yara.

Ils longèrent la jonction. Sami observait les reflets. À force de regarder, ses yeux repéraient des différences : une zone plus terne, un point où la lumière « accroche » trop.

— Là ! dit-il soudain. Un petit éclat, près du renfort.

Yara se pencha.

— Bien vu. Sami, sachet numéro 9. Renfort adhésif plus épais.

Sami le lui passa. Le geste était simple, mais il sentit une fierté calme : il n'était pas juste « le pilote venu livrer ». Il servait.

Yara appliqua le renfort. Malik ajusta les valeurs. Les chiffres se stabilisèrent, enfin.

— T-14 stable à 82, dit Malik. Ça tient.

Yara souffla.

— Parfait. Maintenant, on rentre avant que le nuage nous chatouille.

Sami eut un petit rire.

— J'aime quand l'espace se contente de chatouiller.

Ils retournèrent vers le sas, prudents. Derrière eux, la voile brillait, fragile et immense, comme une promesse pliée.

Chapitre 4

De retour à l'intérieur, la gravité artificielle du module d'habitation semblait lourde, comme si le sol voulait les retenir pour qu'ils ne repartent pas.

Dans la salle de contrôle du mât Est, des écrans affichaient des schémas de la voile, des courbes de tension, des couleurs qui changeaient selon les zones. On entendait des conversations en arrière-plan, rapides et concentrées.

Yara enleva ses gants.

— Bien joué. Sami, tu as repéré la fissure plus vite que certains habitués.

— J'ai l'habitude de chercher mes chaussettes dans un panier de linge, répondit-il. Ça entraîne l'œil.

Malik pouffa, puis redevint sérieux.

— Le nuage de particules va passer dans trois minutes. Contrôle demande qu'on mette la voile en position de protection : repli partiel et orientation.

Yara hocha la tête.

— On le fait. Tout le monde, procédure P-12.

Les procédures, c'était une danse. Chacun savait quelle étape venait après l'autre. Mais il suffisait d'une personne en retard, d'un bouton mal confirmé, et la danse devenait une chute.

Sami se retrouva à côté d'un panneau de stockage. Les sachets restants étaient toujours dans son sac, mais il fallait les remettre au dépôt.

Yara le regarda.

— Tu peux les déposer au casier B-4 ? Et surtout… range-les bien. On doit pouvoir les trouver vite si ça recommence.

— Mission « rangement » acceptée, dit Sami avec un salut exagéré.

Il traversa le couloir. Le dépôt était une pièce carrée, remplie de tiroirs transparents, chacun étiqueté. Des objets flottaient parfois, retenus par des filets.

Sami posa son sac sur une table. Il prit une grande inspiration.

— D'accord. On fait ça proprement.

Il tria les sachets par numéro, vérifia les scellés, compta à voix basse.

— Un, deux, trois… il en manque un : le 6 utilisé. Normal. Le 9 utilisé aussi. Donc… reste : tout le reste.

Il glissa les sachets dans le casier B-4, bien alignés. Il ajouta une note sur l'écran : « Utilisés : 6 et 9. Restock à prévoir. » Puis il ferma le casier avec un verrou magnétique. Il tira une dernière fois, pour être sûr.

— Si quelqu'un les cherche, il les trouvera, dit-il.

Sur le chemin du retour, les lumières du couloir clignotèrent une fois. Un son bref retentit : pas l'alarme générale, mais un avertissement de passage de particules.

Dans la salle de contrôle, Malik annonça :

— Nuage en approche. Boucliers du chantier activés. Orientation voile : 14 degrés.

Yara répondit :

— Repli partiel engagé. Vérifiez les ancrages. On ne veut pas de drapeau froissé.

Sami se plaça près d'un écran secondaire, prêt à aider si on lui demandait. Il se sentait petit au milieu de cette technologie, mais pas inutile.

Le nuage passa. Sur les capteurs, c'était comme une pluie fine de points. Rien ne frappa directement, mais la charge électrostatique augmenta, faisant grimper un indicateur rouge.

— Charge à 60%, dit Malik. Ça monte encore.

Yara fronça les sourcils.

— Activez les déchargeurs. Et surveillez T-14, c'est notre point sensible.

Sami serra les mains.

— Ça va tenir, murmura-t-il.

Comme si l'univers pouvait l'entendre.

Pendant quelques secondes, tout resta stable. Puis un bip plus fort retentit. Un voyant orange s'alluma.

— Variation brutale sur T-14 ! s'écria Malik. 82… 95… 110… ça tire !

Yara se redressa.

— On a une traction fantôme. Peut-être un micro-débris accroché, ou un pli qui se forme.

Sami sentit son cœur accélérer.

— Les sachets… ils sont au dépôt.

Yara réfléchit vite.

— Si on doit sortir de nouveau, il nous faudra des sachets et un kit de fixation. Malik, tu peux stabiliser ?

— Je baisse la tension globale, mais ça risque de retarder le test de déploiement.

— Mieux vaut retarder que déchirer, dit Yara.

Sami leva la main, comme en classe.

— Je peux aller chercher les sachets et préparer un kit. Je connais le casier, je les ai rangés.

Yara le fixa une seconde, puis acquiesça.

— Fais-le. Et merci. Tu fais gagner du temps à tout le monde.

Sami partit presque en courant, ce qui, en gravité faible, ressemblait à une série de bonds maladroits. Il attrapa une poignée, se stabilisa, et atteignit le dépôt. Le casier B-4 s'ouvrit avec un clic net.

Il prit une poignée de sachets adaptés : un scellage rapide, un renfort, un isolant électrostatique. Il ajouta un outil de pression et une lampe de repérage. Il ferma, revérifia, et revint.

Quand il entra dans la salle de contrôle, Malik annonçait :

— T-14 redescend à 98… 90… 86. Ça se calme.

Yara souffla.

— On a peut-être évité le pire. Mais on doit inspecter quand même.

Elle prit le kit des mains de Sami.

— Parfait. Tu viens avec nous. Tu es notre logistique vivante.

— Je préfère ça à « problème vivant », répondit Sami.

Yara eut un sourire court.

— Allons voir ce qui a osé tirer sur ma voile.

Chapitre 5

Ils ressortirent par le sas, plus vite que la première fois, mais sans précipitation inutile. Chaque geste comptait : vérifier les longes, confirmer les pressions, annoncer les mouvements.

Dehors, la voile était repliée partiellement, comme un grand éventail fermé. Les reflets changeaient à mesure que le Soleil tournait derrière les structures.

Malik guida :

— Point de traction probable : zone J-3, mais plus haut, près du renfort R-17.

Yara avançait en tête. Sami la suivait, tenant le kit contre lui.

— Sami, demanda Yara, tu vois quelque chose d'anormal ?

Sami plissa les yeux. La lampe de repérage projetait un faisceau doux, sans éblouir. Sur le film, une petite forme sombre était accrochée : minuscule, mais là.

— On dirait… un grain, dit-il. Un micro-débris ?

Yara approcha prudemment.

— Oui. Un fragment, probablement. Pas gros, mais assez pour accrocher le film et tirer.

Malik confirma, depuis l'intérieur :

— Les capteurs indiquent un point de tension localisé. C'est ça.

Yara resta calme.

— On ne l'arrache pas comme un sparadrap. On stabilise d'abord. Sami, passe-moi le sachet isolant électrostatique.

Sami le lui tendit. Elle l'appliqua autour du fragment, créant une zone où la charge se dissipait. Puis elle prit un outil fin, comme une pince.

— Je vais le décrocher doucement. Malik, baisse encore la tension de 3% au moment où je tire.

— Reçu.

Sami sentit sa gorge sèche.

— Ça va marcher, dit-il, plus pour lui-même que pour les autres.

Yara tira. Le fragment se détacha et partit lentement, emporté par son élan, comme une poussière qui s'éloigne d'une table. Yara le suivit du regard.

— Voilà. Un problème de moins dans l'univers.

Malik annonça, soulagé :

— T-14 revient à 82. Stable.

Sami relâcha un souffle qu'il ne savait pas retenir.

— Donc… pas de déchirure.

— Pas aujourd'hui, dit Yara. Mais on renforce la zone. Sami, sachet renfort épais.

Il le passa. Yara appliqua, pressa, attendit.

Pendant ces secondes, Sami regarda au loin. La Terre était un disque lumineux. Il pensa à tous les gens qui vivaient sans savoir qu'ici, trois personnes empêchaient une voile de se froisser. Ce n'était pas spectaculaire, mais c'était important.

Yara termina.

— C'est bon. On rentre.

Au retour, dans le sas, Malik les accueillit avec un « enfin » dans la voix.

Dans la salle de contrôle, l'ambiance se détendit. Les indicateurs redevinrent verts. Le test de déploiement était repoussé, mais possible.

Yara regarda Sami.

— Tu sais ce qui a fait la différence ? Ce n'est pas juste d'avoir des sachets. C'est que tout le monde a fait sa part au bon moment.

Malik hocha la tête.

— Et que quelqu'un les avait rangés. Sérieusement. D'habitude, je cherche dix minutes dans trois tiroirs.

Sami sentit ses joues chauffer.

— J'aime quand les choses ont une place. Sinon, ça flotte dans ma tête.

Yara posa les mains sur la table, comme pour conclure.

— Coopération, ordre, et calme. C'est comme ça qu'on traverse l'espace. Bravo, équipage.

Sami répéta le mot en lui-même : équipage. Il n'était pas officiellement du chantier, mais pendant quelques heures, il en avait fait partie.

Une alarme locale se mit soudain à biper, courte et sèche. Sur un écran, un message clignota : « ALARME SAS 2 — CONTACT IMPARFAIT ».

Sami sursauta.

— Oh non. Qu'est-ce que c'est ?

Malik tapota sur son clavier.

— Un capteur de porte qui a mal lu le verrouillage. Probablement un faux contact après les variations de charge.

Yara se redressa, attentive mais pas paniquée.

— On vérifie. Procédure simple.

Ils se rendirent au sas 2. La porte semblait parfaitement fermée. Yara passa sa main sur le panneau, consulta l'indicateur mécanique — le seul qui ne mentait pas quand l'électronique faisait des caprices.

— Verrouillé. Étanche. Rien à signaler, dit-elle.

Malik soupira.

— Le capteur, lui, n'est pas d'accord.

Sami pencha la tête.

— On peut le recalibrer ?

— Oui, dit Malik. Ou le redémarrer. Parfois, c'est comme moi le matin : il a juste besoin qu'on lui dise « ça suffit ».

Yara regarda Sami.

— Tu veux appuyer sur le bouton ? Tu as l'air d'avoir de bons rapports avec les systèmes.

— Mira va être jalouse, murmura Sami.

Il posa sa main sur le panneau de maintenance, suivit les instructions affichées. Une séquence courte : désactiver l'alarme, contrôler la fermeture, relancer le capteur.

— Étape un : désactivation temporaire, lut-il. Étape deux : confirmation manuelle… confirmée. Étape trois : recalibrage… en cours.

Le bip de l'alarme ralentit, puis s'arrêta net.

Un silence agréable tomba.

Malik leva les yeux.

— Alarme éteinte.

Yara sourit.

— Et voilà. L'univers a ses tempêtes, et nous avons des boutons et des cerveaux. Bien joué.

Sami regarda la porte, puis le chantier derrière, puis, à travers une vitre, un coin de voile qui brillait déjà plus sereinement.

— Je crois que je préfère quand les grandes aventures finissent par… un petit clic, dit-il.

— Moi aussi, répondit Yara. Parce que ça veut dire qu'on a travaillé ensemble, et que tout tient.

Sami remit le kit en place, pensa aux sachets bien rangés au dépôt, aux mains qui avaient coopéré, aux voix qui s'étaient répondu sans s'énerver.

Dans l'espace, rien ne pardonnait les grands oublis. Mais les petits gestes, eux, construisaient des voyages. Et sur Aurore-7, une voile attendait de s'ouvrir, prête à se laisser pousser par la lumière.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Baie orbitale
Grande zone près d'une planète où des vaisseaux se rassemblent et travaillent.
Taxis sphériques
Petits vaisseaux en forme de boule qui transportent des personnes.
Hologrammes
Images en lumière qui flottent et semblent en 3D.
Voiles solaires
Feuilles très fines qui se laissent pousser par la lumière du Soleil.
Photons
Petites particules de lumière qui poussent les voiles solaires.
Moteurs ioniques
Moteurs qui poussent un vaisseau lentement avec des particules chargées.
Rails électromagnétiques
Guides qui utilisent des champs magnétiques pour déplacer des objets.
Micro-tension
Force très petite mesurée sur une pièce ou un câble.
Sachets de scellage
Petits paquets contenant un gel pour fermer une fissure ou une fuite.
Microfissure
Très petite cassure sur une surface, presque invisible.
Charge électrostatique
Accumulation d'électricité qui peut attirer ou repousser des objets.
Micro-débris
Très petits morceaux d'objets flottant dans l'espace.
Sas
Petit passage sécurisé qui isole l'intérieur de l'espace extérieur.
Gravité artificielle
Force créée pour imiter le poids sur une station ou un vaisseau.
Déploiement
Action d'ouvrir ou d'étendre quelque chose qui était plié.

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