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Histoire de voyage spatial 11 à 12 ans Lecture 26 min.

Le Jardin d’Étoiles et l’arbre-lampe

La biologiste Maëlle Lenoir visite le Jardin d’Étoiles, une station spatiale de serres exoplanétaires, et guide à distance une classe d’enfants tout en gérant avec prudence des imprévus techniques et biologiques.

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Une biologiste exoplanétaire d’environ 35 ans, concentrée mais souriante, en combinaison vert clair avec écusson, tient une tablette lumineuse et pointe vers une serre spatiale vitrée circulaire sous dôme étoilé où l’on voit une naine orange ; sur un petit écran flottant, Nino (≈10 ans) aux cheveux noirs en bataille, émerveillé, salue depuis la Terre ; Sanaa (≈30 ans), en combinaison vert foncé, tient une tablette près d’un sas ouvert, des rangées de plantes aux feuilles translucides et tiges bleutées avec micro‑bulles d’eau flottantes et panneaux pédagogiques colorés, un bras robotique visible à l’extérieur et un petit éclat noir posé dans un conteneur sur une table ; ambiance douce, éclairage doré, couleurs pastel, formes simples et atmosphère chaleureuse et prudente. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

La coque du vaisseau vibrait comme une corde de guitare. Pas fort, pas dangereux, juste assez pour rappeler qu'on filait à travers le vide.

Maëlle Lenoir posa la paume sur la console, comme on calme un animal nerveux. Biologiste exoplanétaire, elle avait l'habitude des planètes lointaines, des microbes inattendus et des plantes qui ne poussent jamais là où on les attend. Elle avait aussi une habitude plus rare, et plus précieuse : parler doucement quand tout le monde parle trop vite.

— Diagnostic moteur, demanda-t-elle.

L'ordinateur répondit d'une voix claire :

Propulseurs ioniques stables. Consommation dans la norme. Trajectoire vers le Jardin d'Étoiles confirmée.

Sur l'écran principal, une constellation artificielle se dessinait. Le Jardin d'Étoiles n'était pas un vrai jardin, pas au sens où l'on met les mains dans la terre. C'était une station pédagogique en orbite autour d'une naine orange, un lieu où des plantes venues de dizaines de mondes poussaient dans des serres transparentes, sous des lampes qui imitaient des soleils différents. Des classes entières y venaient en visite, à distance ou en personne, pour comprendre comment la vie s'accroche.

Maëlle vérifia le protocole d'arrivée : vitesse réduite, boucliers calibrés, sas en dépression, quarantaine biologique obligatoire. La prudence, ce n'était pas de la peur. C'était une façon de respecter l'inconnu.

Un petit bip s'afficha dans le coin de sa visière : « Lien Terre — classe 6B — connexion ouverte ».

Maëlle sourit malgré la tension douce qui lui serrait la poitrine. Elle appuya sur l'icône.

— Bonjour la Terre, ici Maëlle. Vous m'entendez ?

Une voix d'enfant arriva avec un léger retard, comme si les mots avaient traversé une rivière.

— Oui ! Je m'appelle Nino. Madame dit que vous êtes en route vers un… jardin dans l'espace ? C'est vrai ou c'est une blague ?

— C'est vrai, répondit Maëlle. Pas une blague. Et il y a même des tomates… enfin, des cousines de tomates.

— Des tomates aliens ! s'écria Nino. Elles sont bleues ?

— Certaines, oui. Et certaines sont transparentes, ce qui est très mauvais pour les salades, parce qu'on les perd.

Nino rit. On entendit derrière lui des chuchotements et une chaise qui grince.

— Vous n'avez pas peur ? demanda-t-il soudain, plus bas.

Maëlle regarda l'obscurité au-delà du hublot, ce noir sans haut ni bas.

— Parfois, si. Mais je suis prudente. Et je ne suis pas seule. Les procédures, l'équipage, les capteurs… tout ça, c'est comme une lampe dans une grotte. On avance en éclairant.

— Je veux être comme vous, dit Nino. Explorer et tout.

— Alors commence par apprendre à observer, répondit Maëlle. Et à vérifier deux fois avant d'agir. Les explorateurs pressés finissent souvent en histoires… que personne n'aime raconter.

Le bip de l'ordinateur revint, plus insistant.

— Approche du Jardin d'Étoiles. Fenêtre d'amarrage dans neuf minutes.

Maëlle se redressa.

— Je dois me préparer, Nino. Reste connecté si tu peux. Je te ferai visiter… en direct.

— Promis !

La connexion se mit en mode silencieux. Dans le cockpit, seul le souffle des ventilateurs répondait aux étoiles.

Chapitre 2

À mesure qu'ils s'approchaient, la station apparut, immense et fine, comme une fleur de verre. Des anneaux de serres formaient une couronne autour d'un noyau central. Des volets miroirs s'ouvraient et se fermaient pour doser la lumière. On aurait dit un objet fragile, mais Maëlle savait que les matériaux étaient plus résistants que la plupart des roches.

— Contrôle du Jardin, ici navette Lichen, demanda autorisation d'amarrage, annonça-t-elle.

— Autorisation accordée, répondit une voix adulte. Bienvenue, docteure Lenoir. Attention, micro-débris signalés dans le couloir B. Restez sur l'axe A.

— Reçu. Axe A.

Maëlle inspira et suivit les indications. Les propulseurs minuscules corrigeaient la trajectoire à coups délicats. À l'écran, des points lumineux clignotaient : des morceaux de poussière rapide, assez petits pour être invisibles, assez rapides pour faire des dégâts.

— On dirait des miettes de comète, souffla-t-elle.

La navette entra dans le couloir d'amarrage. Les parois se rapprochèrent, marquées de lignes bleues. Puis, un choc léger, un « tac » presque poli : le verrouillage.

— Amarrage réussi, annonça l'ordinateur.

Maëlle ne bougea pas tout de suite. Elle laissa les systèmes confirmer l'étanchéité, la pression, la stabilité. Une minute de patience pouvait éviter une catastrophe.

La connexion avec Nino se ralluma sur son oreillette.

— Vous êtes arrivée ? C'était dangereux ?

— Pas dangereux, mais il fallait faire attention aux débris, répondit Maëlle. Dans l'espace, même une poussière peut devenir une balle si elle va assez vite.

— Ça me fait penser à quand je cours avec des ciseaux… dit Nino, et on entendit quelqu'un tousser derrière lui, comme pour dire « bonne comparaison ».

Maëlle eut un petit rire.

— Exactement. On ne court pas avec des ciseaux, et on ne fonce pas dans un couloir de débris. Même si on est pressé.

Le sas s'ouvrit après la décompression. Une odeur étrange arriva, propre et humide, comme un mélange de pluie et de métal neuf. Maëlle traversa le passage et posa le pied sur le plancher du Jardin d'Étoiles.

Une femme en combinaison verte l'attendait, tablette à la main, cheveux attachés en une boucle haute.

— Docteure Lenoir ! Je suis Sanaa, responsable de biosécurité. Avant la visite, quarantaine standard.

— Bien sûr, répondit Maëlle. Aucun organisme extérieur ne doit contaminer vos serres.

— Et l'inverse aussi, ajouta Sanaa. Les enfants adorent les souvenirs… mais pas les spores exotiques.

Sanaa lui tendit un bracelet fin.

— Capteur de flore microbienne. Il bipera si quelque chose sur vous réagit aux filtres. Et… je vois que vous avez un lien en direct avec la Terre.

Maëlle toucha son oreillette.

— Une classe. Un élève, Nino. Je leur ai promis une visite.

Sanaa pencha la tête, amusée.

— Tant que Nino ne vous demande pas de rapporter une « tomate transparente » dans votre poche.

— Je vais être prudente, promit Maëlle.

La quarantaine dura vingt minutes. Douches d'air, lumière douce, scanners, vérification de chaque compartiment de son équipement. Quand tout passa au vert, une porte s'ouvrit sur la première serre.

La lumière y était dorée. Des plantes étranges ondulaient lentement, comme si l'air était de l'eau. Des gouttes flottaient en petites perles, retenues par une gravité faible. Des panneaux expliquaient chaque espèce avec des dessins simples.

Maëlle relança la connexion.

— Nino, tu vois ? Je suis dans le Jardin.

— Wouah… On dirait une bulle, souffla l'enfant. C'est vrai que ça pousse dans l'espace ?

— Ça pousse ici, avec de la lumière, de l'eau et des nutriments, répondit Maëlle. La vie aime les règles… mais elle adore aussi les exceptions.

Chapitre 3

Sanaa guida Maëlle le long d'un couloir transparent. Sous leurs pieds, un autre niveau de serres s'étendait, avec des bassins où flottaient des algues violettes. Au-dessus, des conduits faisaient circuler l'air en boucles. Tout était calme, organisé, presque apaisant.

— Ici, expliqua Sanaa, on apprend aux visiteurs comment reconnaître les signes de stress chez une plante exoplanétaire. Regarde celle-ci.

Elle s'arrêta devant une rangée de tiges bleutées, couvertes de petites plaques iridescentes. À côté, un écran montrait un graphique qui montait et descendait.

— Elles respirent par micro-ouvertures. Si l'humidité baisse trop, elles ferment tout et deviennent cassantes.

Maëlle hocha la tête, attentive. Elle aimait ce moment : quand la science devient une histoire que l'on peut toucher du regard.

Dans l'oreillette, Nino demanda :

— Vous les arrosez comment ? Avec un arrosoir spatial ?

— Avec des brumisateurs et des goutteurs, répondit Maëlle. On dose au millilitre. Trop d'eau et les racines étouffent. Pas assez, et elles se mettent en mode survie.

— Comme mon poisson quand j'oublie de… enfin… quand je ne l'oublie pas, se reprit Nino vite.

Maëlle retint un sourire.

— Les poissons aussi aiment la régularité.

Ils arrivèrent devant une serre plus petite, isolée par un sas supplémentaire. Sur la porte, une mention orange : « Zone de démonstration — accès encadré ».

Sanaa se frotta les mains.

— On a préparé quelque chose pour ta venue, Maëlle. Une observation en direct d'une espèce rare : Lumen arboris. On l'appelle “l'arbre-lampe”. Il s'allume quand il capte une variation de champ magnétique.

— Magnifique, murmura Maëlle. Je n'en ai vu que dans les archives.

Sanaa entrouvrit la porte… et un bip strident coupa l'air.

Le bracelet de Maëlle clignota rouge.

— Stop, dit Sanaa immédiatement, main levée. On ne bouge plus.

Maëlle s'immobilisa, comme si le sol était devenu fragile.

— Qu'est-ce que j'ai ?

Sanaa consulta sa tablette, rapide.

— Ce n'est pas “toi”. C'est un résidu sur ta semelle. Un micro-grain d'une mousse de ton dernier terrain, probablement. Inoffensif chez toi, mais ici, on ne prend aucun risque.

Dans l'oreillette, Nino chuchota :

— C'est grave ?

Maëlle parla calmement.

— Non, mais c'est sérieux. Prudence, tu te souviens ? On va nettoyer et vérifier.

Sanaa recula d'un pas et activa un panneau.

— Procédure de décontamination locale. Maëlle, tu vas poser ton pied sur la plaque bleue. Ensuite tu ne bouges plus pendant dix secondes.

— Reçu.

Maëlle obéit. Un souffle d'air froid balaya sa botte. Une lumière violette scanna la surface. Puis le bracelet redevint vert.

Sanaa relâcha ses épaules.

— Voilà. C'est pour ça qu'on ralentit, qu'on vérifie, qu'on ne se moque pas des règles.

Maëlle regarda la porte de la serre isolée. Derrière, une lumière douce palpitait comme un cœur.

— Merci, dit-elle. Je préfère une minute de protocole à une année de regrets.

Nino reprit, plus fort, comme s'il venait de comprendre quelque chose d'important.

— Donc même vous, vous pouvez ramener un truc sans faire exprès ?

— Surtout moi, répondit Maëlle. Les experts ne font pas moins d'erreurs. Ils apprennent à les attraper avant qu'elles grandissent.

Sanaa sourit.

— Bien dit. Allez, cette fois, on y va. Mais lentement.

La porte s'ouvrit.

À l'intérieur, l'arbre-lampe se dressait dans une cuve de substrat sombre. Son tronc semblait tissé de fibres translucides. Des feuilles longues, fines, vibraient très légèrement. Et quand Maëlle fit un pas, une onde lumineuse remonta le long du tronc, comme une aurore miniature.

Nino souffla :

— On dirait qu'il vous reconnaît !

Maëlle s'approcha à distance réglementaire.

— Il ne me reconnaît pas. Il détecte les changements autour de lui. C'est une façon de sentir le monde.

— Comme quand je sens que ma sœur arrive parce qu'elle fait exprès de marcher fort, dit Nino.

— Exactement, répondit Maëlle. Sauf que lui… il le fait en lumière.

Chapitre 4

Le lendemain, le Jardin d'Étoiles accueillait une visite scolaire à distance. Des écrans s'allumèrent dans une salle circulaire, montrant des visages de plusieurs classes. Au centre, une maquette flottait : une station miniature dont les serres s'ouvraient comme des pétales.

Maëlle se tenait près de Sanaa, avec un micro et une tablette d'observation.

— Aujourd'hui, dit Maëlle, je vais vous montrer comment on teste si une plante exoplanétaire peut s'adapter à une nouvelle lumière sans souffrir.

Sur l'écran, Nino agita la main comme s'il pouvait toucher l'espace.

— Moi je la vois ! Elle est trop classe votre station.

— Merci, répondit Maëlle. Maintenant, tout le monde, notez ceci : quand on change un paramètre, on ne change qu'une chose à la fois. Sinon, on ne sait plus ce qui a causé l'effet.

Elle activa une procédure. Dans la serre voisine, des lampes passèrent d'un jaune doux à un blanc légèrement plus froid. Rien de brutal. Progressif, mesuré.

Sanaa commenta :

— On surveille l'humidité, l'ouverture des pores, la couleur des feuilles, et… l'odeur aussi. Certaines plantes “parlent” avec des molécules qu'on peut détecter.

— Elles sentent quand elles sont stressées ? demanda une élève, sur un autre écran.

— D'une certaine manière, oui, répondit Maëlle. Comme vous, quand vous rougissez ou que vous avez mal au ventre avant un contrôle.

Nino leva un doigt.

— Et si on se trompe ? Si la plante… euh… panique ?

Maëlle répondit sans dramatiser.

— Alors on revient en arrière immédiatement. On a des seuils d'alerte. Le but n'est pas de “tester jusqu'à casser”. Le but est de comprendre sans abîmer.

Au moment où elle parlait, un signal jaune apparut sur sa tablette.

Sanaa plissa les yeux.

— Variation magnétique dans le module 4… C'est étrange. Il n'y a pas de raison aujourd'hui.

Un second signal s'ajouta, puis un troisième. Les alarmes restèrent discrètes, mais Maëlle sentit la station changer de rythme, comme si un silence avait pris une autre forme.

— Maëlle, dit Sanaa, on a une dérive des champs autour des serres externes. Ça pourrait venir d'un micro-débris coincé dans un des volets miroirs.

Maëlle pensa au couloir de débris signalé la veille.

— Si un volet se bloque, il peut surchauffer une serre, ou priver une autre de lumière, dit-elle.

— Ou provoquer des réactions chez l'arbre-lampe, ajouta Sanaa, puisque lui réagit aux champs.

Dans l'oreillette, Nino demanda, inquiet :

— Il se passe quoi ? Vous faites une simulation ?

Maëlle choisit ses mots. Les enfants avaient besoin de vérité, pas de panique.

— On a un petit problème technique. Rien d'immédiatement dangereux, mais on va être prudentes et vérifier.

Sanaa tapa sur sa tablette.

— Je peux envoyer un drone extérieur.

Maëlle regarda les écrans de classes. Des dizaines d'yeux les fixaient.

— On coupe la visite en direct ? demanda Sanaa.

Maëlle hésita une seconde, puis secoua la tête.

— Non. On garde la connexion, mais on explique. C'est aussi ça, la science : savoir gérer un imprévu avec méthode.

Elle parla aux élèves.

— Vous allez assister à une procédure réelle de sécurité. Ce que vous allez voir, c'est… moins spectaculaire qu'un film. Mais beaucoup plus utile.

Nino murmura :

— Moi j'aime bien quand c'est vrai.

Le drone fut lancé. Sur un écran, la vue extérieure apparut : la station brillait, et au loin, l'étoile orange donnait une lumière chaude. Puis la caméra zooma sur un volet miroir qui tremblait.

Un petit éclat noir était coincé dans un rail.

— Débris confirmé, dit Sanaa.

Maëlle se pencha.

— Si on force le volet, il peut se casser. Si on le laisse, il peut dérégler toute la couronne. On va d'abord stabiliser.

Elle dicta calmement :

— Étape 1 : réduire l'exposition lumineuse des serres proches. Étape 2 : verrouiller les volets adjacents pour éviter l'effet domino. Étape 3 : envoyer le bras robotique avec pince souple.

Nino demanda :

— Pourquoi “souple” ?

— Parce qu'on ne veut pas griffer le rail, répondit Maëlle. Dans l'espace, une micro-rayure peut devenir un vrai problème plus tard. La prudence, c'est penser au futur.

Le bras robotique sortit lentement, comme une main géante. Il attrapa le débris avec délicatesse… et à cet instant, l'éclat noir se mit à tourner.

— Il est aimanté, souffla Sanaa. Il colle au rail.

Le débris vibra, attiré par le métal, comme s'il refusait de partir.

Maëlle sentit une montée de tension, rapide, puis elle l'attrapa avant qu'elle n'explose en gestes inutiles.

— Alors on change d'outil, dit-elle. Pas de force brute.

Elle se tourna vers la console.

— Appliquez un champ inverse localisé. Très faible. Juste assez pour décoller.

Sanaa fronça les sourcils.

— Et si on perturbe trop les serres ?

— On isole la zone, répondit Maëlle. Et on surveille les seuils. On ne fait pas ça “au feeling”.

Sur l'écran, le champ magnétique ajusté fit doucement glisser l'éclat. Le bras le saisit et le plaça dans un conteneur.

Le volet cessa de trembler. Les signaux jaunes retombèrent au vert.

Dans les haut-parleurs de la salle, un léger souffle de soulagement passa, comme si toute la station avait expiré.

Nino applaudit, on entendit d'autres applaudissements derrière lui.

— Vous avez géré ! Vous avez pas paniqué !

Maëlle sourit, fatiguée mais stable.

— On n'a pas “pas paniqué”. On a juste mis la panique dans une boîte, le temps de réfléchir.

Sanaa lança un regard à Maëlle, mi-amusé, mi-admiratif.

— J'adore ta façon de dire ça.

Chapitre 5

Plus tard, Maëlle demanda à visiter la salle où l'on analysait les débris collectés. Elle tenait à comprendre d'où venait l'éclat noir. Un incident expliqué, c'était un incident moins probable demain.

La salle était froide et lumineuse. Des boîtes transparentes contenaient des fragments : poussières, flocons de peinture, miettes de métal. Chaque pièce avait une histoire.

Sanaa posa le conteneur du débris sur une table.

— Probablement un morceau de vieux satellite, dit-elle. Il est resté en orbite et a dérivé.

Maëlle observa au microscope. L'éclat ressemblait à un petit pétale brûlé, avec des couches de matériaux différents.

— Et il est aimanté, répéta-t-elle. Ce n'est pas juste un caillou.

Sur son oreillette, la voix de Nino revint. Cette fois, il était seul, plus calme.

— Madame m'a laissé rester un peu après le cours… Vous pouvez encore parler ?

— Oui, répondit Maëlle. Je regarde le débris. On veut comprendre comment il a réussi à se coincer.

— Vous allez le garder ?

— On va le cataloguer, le neutraliser, et améliorer nos filtres, dit Maëlle. La science, c'est comme ranger une bibliothèque : on met les choses à leur place pour les retrouver et ne pas trébucher dessus.

Nino hésita.

— Ça vous a fait quoi… quand ça a sonné et tout ?

Maëlle prit une seconde.

— Une petite peur, honnête. Mais surtout une responsabilité. Les serres abritent des espèces uniques. Et des enfants nous regardaient. Alors je me suis accrochée aux étapes : observer, penser, agir.

— Moi, quand je suis stressé, je fais n'importe quoi, avoua Nino.

— Tout le monde peut, répondit Maëlle. Le truc, c'est de se fabriquer des “barrières gentilles”. Par exemple : respirer trois fois. Demander de l'aide. Écrire ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. Et ne pas se moquer de soi si on doit ralentir.

Au microscope, Maëlle remarqua quelque chose. Entre deux couches, une poussière fine, presque comme du pollen.

— Sanaa, regarde ça.

Sanaa s'approcha. Son visage se fit sérieux.

— Ce n'est pas du pollen. Ce sont des micro-particules organiques… Elles ont dû traverser une serre lors d'un précédent incident, ou venir d'un conteneur mal scellé.

Maëlle redressa la tête.

— Si ces particules se déposent ailleurs…

— Elles pourraient fausser des expériences, dit Sanaa. Ou pire, s'accrocher dans un module.

La tension revint, plus précise cette fois, comme une ligne tracée au crayon.

Maëlle prit une décision.

— On déclenche une inspection douce de toutes les prises d'air des serres externes. Pas d'alarme générale, pas de panique. Mais on vérifie.

Sanaa acquiesça.

— Je m'en occupe. Merci de l'avoir vu.

Dans l'oreillette, Nino demanda :

— Vous avez encore trouvé un problème ?

— Peut-être un début de problème, répondit Maëlle. Et c'est justement le bon moment pour être prudentes.

Les heures suivantes furent remplies de gestes concrets : filtres démontés, capteurs recalibrés, drones qui inspectaient les conduits comme des petits poissons mécaniques. Maëlle notait tout, sans se presser. Chaque fois qu'elle sentait la fatigue la pousser à aller plus vite, elle ralentissait d'un cran.

Enfin, Sanaa revint avec un rapport.

— On a trouvé des traces dans un conduit près du volet. Rien n'a atteint les serres internes. On remplace le segment et on renforce l'étanchéité.

Maëlle sentit ses épaules se relâcher, comme si elle reposait un sac lourd.

— Bien. On a attrapé ça à temps.

Nino souffla, de l'autre côté.

— Donc… la prudence, ça sert vraiment.

Maëlle regarda par le hublot : l'étoile orange, les serres brillantes, la Terre si loin qu'elle n'était qu'une direction.

— Ça sert à protéger ce qui compte, dit-elle. Même quand c'est fragile. Surtout quand c'est fragile.

Chapitre 6

Le dernier jour, le Jardin d'Étoiles ouvrit une grande serre centrale pour une séance de clôture. Les lumières y étaient réglées pour reproduire un coucher de soleil terrestre, parce que les humains, même dans l'espace, aiment les repères.

Maëlle marcha entre les rangées, avec Sanaa. L'arbre-lampe était visible au loin, calme, comme s'il respirait lentement de la lumière.

— Tu repars demain, dit Sanaa. Tu vas me manquer. Les gens prudents sont reposants.

— Les gens prudents sont parfois agaçants, corrigea Maëlle.

Sanaa rit.

— Aussi. Mais aujourd'hui, ton “agaçant” nous a évité une belle pagaille.

Maëlle activa une dernière connexion avec la classe 6B. Les visages apparurent, plus attentifs que la première fois. Nino était au premier rang, menton haut, comme s'il était devenu un peu plus grand.

— Bonjour, dit Maëlle. Dernière visite avant mon départ.

Elle guida la caméra vers une plante basse, aux feuilles épaisses, couvertes de motifs comme des cartes.

— Celle-ci vient d'une planète où les tempêtes de sable sont fréquentes. Ses feuilles se ferment comme des livres quand l'air devient trop sec. Elle ne lutte pas contre la tempête. Elle se protège, puis elle attend.

Nino demanda :

— C'est comme… se mettre à l'abri au lieu de faire le héros ?

— Exactement, répondit Maëlle. La vraie force, c'est parfois de reconnaître qu'on doit se mettre en sécurité.

Une élève leva la main.

— Vous allez retourner sur une planète après ?

— Oui, dit Maëlle. Une mission de cartographie biologique. Mais je n'irai pas seule, et je n'irai pas sans préparation. La curiosité ouvre des portes. La prudence empêche qu'elles se referment sur nos doigts.

Nino réfléchit, puis dit :

— Je crois que je comprends. Être courageux, c'est pas foncer. C'est… faire ce qu'il faut, même si c'est lent.

Maëlle sentit quelque chose de chaud et de solide dans sa poitrine. Pas de l'orgueil vide. Plutôt une fierté calme, comme une promesse tenue.

— Oui, Nino. Et tu viens de le dire très bien.

Sanaa s'éloigna pour laisser Maëlle seule un instant. Maëlle avança jusqu'à l'arbre-lampe. À distance, elle leva la main, sans le toucher. Une onde lumineuse remonta le tronc, douce et régulière.

— Il vous dit au revoir ? plaisanta Nino.

— Il réagit, répondit Maëlle. Et moi aussi.

Elle se tourna vers la caméra, les serres brillantes derrière elle comme une couronne de verre.

— Vous savez, quand j'étais enfant, je regardais le ciel en pensant que l'espace était un endroit froid et vide. Maintenant, je sais qu'il est rempli de choses à comprendre… et de choses à protéger.

Nino sourit.

— Moi je vais protéger mon poisson. Et arrêter de courir avec des ciseaux.

— Excellent programme, dit Maëlle.

La connexion se coupa. Le silence revint, mais ce n'était pas un silence triste. C'était un silence stable, celui d'un travail bien fait.

Maëlle retourna vers le sas de départ. Elle vérifia une dernière fois sa liste : équipement scellé, échantillons catalogués, rien d'organique non autorisé, filtres propres. Elle signa le registre de sortie. Chaque geste était simple, précis.

Au moment de franchir la porte, elle se retourna. Le Jardin d'Étoiles flottait dans la lumière orange, intact, patient, prêt pour d'autres enfants, d'autres questions.

Maëlle posa la main sur son cœur, juste une seconde, et se redressa.

Elle repartit avec une fierté nette, non pas d'avoir défié l'espace, mais d'avoir pris soin de la vie, avec prudence et courage, au milieu des étoiles.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Biologiste exoplanétaire
Personne qui étudie la vie sur des planètes lointaines hors du système solaire.
Naine orange
Type d'étoile plus petite et moins chaude que le soleil, de couleur orangée.
Serres
Grands endroits protégés où on cultive des plantes en contrôlant la lumière et l'air.
Biosécurité
Ensemble de règles pour empêcher la diffusion de microbes ou de matières dangereuses.
Quarantaine
Période où l'on isole personnes ou objets pour vérifier qu'ils ne portent rien de dangereux.
Décompression
Action de faire baisser la pression de l'air dans un espace fermé, comme un sas.
Amarrage
Action de fixer une navette ou un vaisseau à une station pour rester attaché.
Micro-débris
Petits morceaux de matière dans l'espace qui peuvent endommager les engins.
Propulseurs ioniques
Moteurs qui poussent un engin en utilisant des particules chargées appelées ions.
Décontamination
Nettoyage pour enlever des microbes ou des matières étrangères d'un objet ou d'une personne.
étanchéité
Caractère de ce qui empêche l'air ou l'eau de passer, fermeture sans fuite.
Substrat
Matière ou terre spéciale dans laquelle une plante pousse.
Champ magnétique
Force invisible autour d'un aimant ou d'un courant électrique qui attire ou repousse.

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