Le réveil de la plaine
La lumière tremblait sur la plaine comme un souffle d'or. L'odeur du foin chauffé, du cuir et des buissons de sauge montait avec la chaleur. Iris Delgado resserra sa chemise au col, grimpa sur Zéphyr, son cheval gris, et fit claquer la langue. Les sabots cognèrent la poussière, rythmés comme un tambour.
— Allez, mon beau, on a du travail, murmura-t-elle.
De la crête, elle aperçut l'enclos principal du ranch de Rio Seco… ouvert. Les barrières avaient des entailles nettes. Et au loin, une trace floue, comme une cicatrice dans la poussière. Iris se figea. Une partie du troupeau de longhorns avait disparu pendant la nuit.
Mae Carter, la patronne, s'approcha d'un pas pressé, les yeux plissés par le soleil, une écharpe rouge nouée au cou. C'était une femme droite, aux mains tannées par des années à manier la corde.
— C'est la deuxième fois en un mois, lança-t-elle. Je ne peux pas perdre une tête de plus.
Iris descendit de Zéphyr, examina les accrocs du bois, puis se pencha sur les traces. Elle toucha la poussière, la frotta entre ses doigts. Des sabots, nombreux. Et des chevaux ferrés. Pas des bêtes sauvages. Des voleurs.
— Je partirai tout de suite, dit Iris. Je ramènerai notre bétail.
— Iris… fais attention, répondit Mae. On dit qu'un certain Nate Crow traîne dans la région. Il a des gens avec lui, et ils ne reculent pas facilement.
Iris hocha la tête. Courage. Elle vérifia sa selle, son sac d'eau, sa corde. Eli, le jeune garçon d'écurie, trottina jusqu'à elle, ses bottes trop grandes faisant “flop flop”.
— Je viens avec toi ! fit-il, les yeux brillants.
— Pas aujourd'hui, p'tit. Tu monteras la garde au pigeonnier. Si tu vois un nuage de poussière suspect, tu le signales avec le miroir, d'accord ?
Eli bomba le torse, sérieux d'un coup. Iris adressa un regard à Mae. Elles se comprirent sans un mot. Zéphyr piaffa, heureux de partir. Iris serra les jambes. La plaine ouvrit ses bras de lumière et de vent.
— En route, Zéphyr. On a une piste à rattraper.
La piste au goût de sauge
La trace serpentait vers le nord, puis bifurquait au creux d'un lit de torrent asséché. Le soleil grimpait, lourd, comme un taureau paresseux. Iris s'accroupit à l'ombre maigre d'un mesquite et passa la main sur une empreinte. Large. Fraîche. Elle sentit dans l'air une odeur saline, celle de la sueur des bêtes.
— Ils ne sont pas loin, souffla-t-elle.
Zéphyr dressa les oreilles. Un serpent à sonnette traversa le sable, prudemment, ses anneaux laissant un dessin en zigzag. Iris attendit, immobile, respectueuse. Le serpent disparut entre deux rochers et Zéphyr relâcha son souffle. Ils contournèrent l'endroit.
Elle avançait sans précipitation, attentive. Les détails parlaient. Une branche cassée à hauteur de corne. Une touffe de poils bruns accrochée à une clôture abandonnée. La marque du ranch avait été frottée, comme si on avait essayé de la masquer avec de la boue. Iris serra les mâchoires. C'était bien un vol, pas une fuite.
À midi, la chaleur vibrait comme un mirage. Iris fit halte près d'un point d'eau presque sec, la mare réduite à un bol de boue. Elle inclina sa gourde vers Zéphyr, lui offrant la moitié. Le cheval mordilla sa manche comme pour la gronder.
— T'inquiète, compagnon, j'ai appris à me contenter de peu.
Elle coupa un morceau de viande séchée, mâchant lentement. Dans son sac, elle garda sa boussole et une poignée de sel. Les bêtes aiment le sel. Si elle devait les attirer… ça pourrait servir.
En fin d'après-midi, la piste remontait vers des arches de roche rouges, sculptées par le vent. Iris aperçut des corbeaux tourner dans le ciel, ponctuant le silence de croassements. Mauvais signe ? Ou simple curiosité ? Elle cala son chapeau, se fit plus basse dans la selle. On sentait une présence au bout de la vallée, quelque chose de tendu, de prêt à bondir.
— Doucement, Zéphyr. On ne va pas foncer la tête la première.
La nuit commençait à mordre l'horizon quand elle trouva un replat abrité. Elle alluma un feu minuscule, bleu, sans fumée, comme l'avait appris son grand-père. Les coyotes chantèrent au loin, leurs plaintes flottant sur la plaine. Zéphyr releva la tête à chaque “yi-yi-yi”, puis se calma en sentant la main d'Iris sur son encolure.
— On va les retrouver, chuchota-t-elle au cheval. Et on rentrera ensemble. Promis.
Le ciel, piqué d'étoiles, la surveillait. Iris ferma à peine les yeux, l'esprit aux aguets. Demain, elle aurait besoin d'intelligence autant que de courage.
Le canyon des silhouettes
Au bout du matin, la piste l'amena dans une gorge si étroite que le ciel n'était plus qu'un ruban bleu. Le bruit de ses pas rebondissait contre la pierre, comme un tambour sec. Iris descendit et mena Zéphyr par la bride. Le vent portait une odeur que son cœur reconnut : le cuir mouillé, la bouse fraîche. Des bêtes. Des siennes.
Elle s'accroupit derrière un rocher et observa. Au-delà de l'étranglement, la gorge s'ouvrait sur un replat parsemé de yuccas. Une quinzaine de longhorns y broutaient, surveillés par trois silhouettes. L'une fine, avec un foulard jaune. Une autre, massive, chapeau bas. La troisième, allongée sur une pierre, un brin d'herbe aux lèvres.
— Garde tes yeux sur le bord, Sally, grogna la voix grave de l'homme massif. À la tombée de la nuit, on pousse tout ça vers la Passe du Vent. Demain, on traverse la rivière. Après, adieu Rio Seco.
— Nate, si la rivière est haute, on va perdre du temps, répondit la voix au foulard jaune.
— Pas plus que si une cow-girl nous tombe dessus.
Iris sourit sans joie. Nate Crow, donc. Elle étudia le terrain. Au fond du replat, un vieux canal en pierre, abandonné, serpentait comme une cicatrice vers l'aval. Si elle rouvrait l'écluse, un filet d'eau pourrait couler à nouveau. Les bêtes, assoiffées, suivraient l'humidité. Et si, en plus, il y avait du sel… Elles auraient envie d'avancer dans le bon sens.
— Pas de balle, pas de bagarre, murmura Iris. Juste réfléchir.
Elle recula en silence, s'enfonça dans une fissure de la paroi et laissa Zéphyr attaché à l'ombre. Puis elle se faufila jusqu'à l'ancienne écluse. Les pierres étaient lourdes, coincées par des années de sable. Iris cracha dans ses paumes, tira, poussa. Une pierre céda, puis une autre. Un filet d'eau, timide, se mit à glisser. Elle étala un peu de sel sur la pierre, puis encore un peu quelques mètres plus loin, dessinant une piste invisible.
Le soleil descendait. Les voleurs déplaçaient le troupeau vers le centre du replat. Iris attendit, tapie. Quand le vent tourna, portant le parfum humide jusqu'aux narines des longhorns, ceux-ci relevèrent la tête. Certains reniflèrent, se dirigèrent vers la vieille rigole, lents mais décidés. Un gros mâle aux longues cornes, têtu, conduisit la marche.
— Hé ! grogna la voix de Nate. Où vous allez, vous autres ?
— Ils sentent de l'eau, chef ! lança Sally.
— Pas question qu'ils s'en aillent.
Mais les vaches n'écoutent pas toujours. Surtout quand la soif pince. Iris, le cœur battant, glissa le long du canal, avançant en même temps que les bêtes, invisibles dans le chaos de roches et d'ombres. Si elle réussissait à les faire passer le coude du canyon, elle pourrait les pousser vers l'extérieur.
— Allez, mes belles. Par ici. Doucement.
Le premier beuglement résonna, profond. Et quelque chose craqua, loin, comme un avertissement.
Le tourbillon de poussière
Le désert a ses caprices. Alors que le troupeau s'engageait dans le coude étroit, un tourbillon se forma, un petit diable de poussière qui se mit à danser. La poussière avala tout, dansa sur les cornes, sur les foulards, dans les yeux. Zéphyr s'ébroua, inquiet. Les longhorns s'arrêtèrent, hésitants.
— C'est le moment, Zéphyr, souffla Iris. Courage.
Elle sauta en selle, se plaqua contre l'encolure du cheval, et poussa un cri aigu qui fendit la rumeur. Un cri que Mae lui avait appris, un cri pour dire aux bêtes : “Par ici, et pas autrement.” Sa voix rebondit contre la pierre. Zéphyr, rapide comme un éclat de lune, se glissa au flanc du gros mâle, l'empêcha de reculer. Iris tourna sa corde au-dessus de sa tête, fendant l'air en sifflant.
— À droite ! Allez, mes grandes, on rentre à la maison !
— Hé, toi là ! hurla Nate. Attrapez-la !
Deux cavaliers bondirent. Une silhouette mince — Sally — s'élança, mais un veau poussa un meuglement plaintif. Il était coincé, une corne prise dans un buisson d'épineux. Iris tira sur les rênes, fit pivoter Zéphyr, et bondit à terre. Sa corde s'enroula autour de la corne, elle tira, serra les dents. L'épine la griffa, un trait de sang sur sa joue, mais elle ne lâcha pas. Le veau se libéra, trébucha, puis repartit vers les siens.
— Merci ! cria Sally malgré elle, surprise.
Iris leva un doigt sans se retourner, déjà repartie. Ses bottes cognèrent l'étrier, Zéphyr s'élança. Elle se glissa entre les bêtes, les guidant par vagues, comme un pêcheur avec un filet invisible. Chaque souffle, chaque geste comptait. Elle sentait l'odeur chaude des flancs, le frottement des peaux, le grincement des cornes.
Le tourbillon de poussière se défit enfin. Les voleurs réalisèrent que le troupeau s'enfonçait dans la gorge par le couloir qu'Iris voulait. Zéphyr bondit sur une roche basse, l'éclair gris d'un chat, puis retomba. Un cavalier se porta au travers, cherchant à couper la route. Iris se redressa, planta son regard dans le sien.
— Plus tard, on parlera, lança-t-elle. Pour l'instant, c'est entre elles et moi.
Le cavalier hésita une seconde. Une seconde suffi. Les longhorns passèrent le goulet, puis un autre, puis la lumière s'élargit. La plaine apparut, vaste, ouverte, un lac de soleil. Iris poussa encore, serrant ses genoux contre Zéphyr, sentant ses muscles vibrer sous elle. Sa gorge brûlait, ses bras tremblaient, mais elle tenait le cap.
Quand elle s'accorda enfin un regard en arrière, les silhouettes des voleurs approchaient, déterminées. Nate Crow en tête, le chapeau ancré, les yeux réduits à deux traits sombres.
— Tu crois t'en aller comme ça ? tonna-t-il.
— Je crois surtout qu'on n'abîmera personne aujourd'hui, répondit Iris, la voix forte malgré sa fatigue. Si tu veux récupérer ces bêtes, il faudra me passer dessus. Et j'ai appris à tenir.
Nate serra les dents. La plaine, devant, ondulait jusqu'à la rivière. Iris savait qu'il y aurait un dernier piège.
Les sables du choix
L'après-midi se fit lourd, la chaleur tombant comme une couverture. Au détour d'un arroyo, la terre prit un aspect trompeur, lisse, un peu plus sombre. Iris sentit Zéphyr hésiter. Sables mouvants. On en trouve parfois sur le lit sec des torrents, là où l'eau a mangé la terre de l'intérieur.
— Doucement, dit-elle bas. On contourne.
Un cri perça alors l'air — un cri humain. Iris tourna la tête. Sally, la silhouette au foulard jaune, s'était engagée trop vite. Son cheval avait déjà les antérieurs pris jusqu'au genou. Sally glissait, la panique dans les yeux.
— Nate ! hurla-t-elle. Je… je coule !
Iris interdit à son cœur de prendre le contrôle. Elle calcula. Le troupeau hésitait, les bêtes commençant à paniquer. Les voleurs s'étaient arrêtés, incapables d'approcher sans se faire piéger. Elle fit un choix. Respecter la vie d'abord.
— Zéphyr, pied sûr. Reste là, ordonna-t-elle.
Elle attacha une extrémité de sa corde à un piquet solide, planté près d'un yucca, et l'autre au pommeau de sa selle. Puis, prenant un grand souffle, elle se plaça au bord des sables. L'argile semblait immobile, mais tremblait, comme un ventre qui respire.
— Sally ! Ne bouge plus. Attrape la corde quand elle te touche.
— Pourquoi tu m'aides ?! haleta la jeune femme.
— Parce que personne ne mérite d'être avalé par de la boue, et parce qu'on est plus que nos erreurs. Prête ?
Iris lança la corde. La première fois, elle tomba à côté. La deuxième, aussi. La troisième, Sally agrippa, ses doigts blanchissant. Iris s'arc-bouta. Ses muscles brûlaient. La corde coupa sa paume. Zéphyr, sentant l'effort, recula de quelques pas, tendant la ligne. Lentement, Sally et son cheval émergèrent, trempés, tremblants, mais vivants.
Nate avait mis pied à terre. Il regarda Iris comme si elle venait de changer de visage.
— Tu aurais pu partir, dit-il.
— J'aurais pu, oui, répondit Iris en se remettant en selle. Mais j'aime dormir tranquille.
Elle tapota l'épaule de Sally. La jeune femme hocha la tête, honteuse, puis reconnaissante. Les bêtes avaient commencé à s'agiter, effrayées par le spectacle. Iris leva la main.
— Écoutez, vous tous. Je ne suis pas là pour la bagarre. Je suis là pour ramener ce troupeau parce qu'il ne nous appartient pas à vous ni à moi, mais à des gens qui l'ont élevé correctement. Si vous avez faim de travail, venez en demander. La sécheresse touche tout le monde. On peut trouver un arrangement. Mais voler ne vous mènera pas loin, et bousiller des bêtes, encore moins.
Nate plissa les yeux. Derrière lui, le plus jeune de ses hommes baissa le regard. Sally, essorant son foulard, prit la parole.
— Nate, elle nous a sortis de là. Et on est à court de poudre, à court de tout. On peut… on peut négocier.
Le silence pendit, lourd comme une selle de cuir mouillée. Puis Nate soupira, longuement.
— T'as du cran, cow-girl. Et tu sais parler sans cracher des menaces. D'accord. On t'aide à ramener les bêtes à ton ranch. Ensuite, tu nous présentes ta patronne. On discutera.
— Marché conclu, dit Iris. Mais d'abord, halte à l'ombre. Les bêtes ont soif. Et nous aussi.
Ils se mirent en route, côte à côte, chacun gardant ses distances, mais attentifs, respectant le même rythme que le troupeau. Le soleil commençait à glisser, plus doux, comme si le désert lui-même soupirait.
Le retour et le ciel clair
Le chemin du retour leur sembla plus long. Le troupeau s'étalait comme une mer brune et beige, ondulant au gré des pas. Iris, au flanc gauche, veillait aux bêtes qui avaient tendance à s'échapper. Sally, de l'autre côté, corrigeait les dérives, la bouche pincée par la concentration. Nate restait en retrait, son regard allant d'Iris au nuage de poussière, puis de nouveau à Iris. On aurait dit qu'il réapprenait à regarder.
À la tombée du jour, Dusty Creek apparut, des toits plats posés comme des pierres dans la vallée. Eli, au pigeonnier, agita frénétiquement un morceau de miroir, lançant des scintillements vers la plaine. Les chiens aboyèrent. Des silhouettes sortirent des maisons. Mae Carter s'avança, mains sur les hanches, un sourire qui plissa ses yeux.
— Tu as réussi, souffla-t-elle, en voyant les longues cornes se dessiner dans la lumière.
— Pas seule, répondit Iris.
Les voleurs s'arrêtèrent quelques mètres plus loin. Iris leva la main pour apaiser les ranchers accourus, certains déjà prêt à brandir un fusil. Elle se tourna vers Mae et parla assez fort pour que tous entendent.
— Mae, voici Nate et ses gens. Ils ont pris nos bêtes, oui. Mais ils nous les ont aidées à revenir. On peut régler ça autrement qu'avec la poudre. Dure année pour tout le monde. On a besoin de bras. Eux ont besoin de manger. Je propose qu'on parle.
Le silence fut un souffle. Le vieil Otis, qui mâchouillait toujours un brin de paille, grogna.
— Tant que leur parole tient.
Nate posa la main sur sa poitrine.
— Je n'ai pas toujours été honnête, je l'avoue. Mais cette fille m'a sauvé la peau. Et celle de Sally. Je respecterai ce que je promets.
On parla sur le chemin, en marchant lentement, entourés des mugissements doux du troupeau qui retrouvait l'odeur des enclos. Mae proposa des règles claires : salaire contre travail, pas d'armes dans l'enceinte du ranch, respect des bêtes et des gens. Nate hocha la tête. Sally sourit. Même le plus jeune sembla soulagé.
On ouvrit les barrières. Les longhorns rentrèrent, un à un, comme s'ils reconnaissaient les planches. Certaines vaches soufflèrent fort, d'autres frottèrent leurs flancs contre le bois, contentes. Iris mit pied à terre, et Zéphyr posa sa tête contre son épaule. Elle le gratta entre les oreilles.
— Bien joué, mon ami. Sans toi, on n'aurait pas filé aussi droit.
Eli bondit en bas du pigeonnier et se jeta sur Iris.
— T'es la meilleure ! Tout le monde disait que tu reviendrais, mais moi je savais que oui.
— Eh, doucement, dit Iris en riant. J'ai transpiré toute la poussière du désert, tu vas te salir.
Mae s'approcha, posa une main ferme sur l'épaule d'Iris.
— Tu as choisi de sauver des gens avant de gagner, dit-elle. Et tu as gagné quand même. Ce n'est pas qu'une question de bétail. C'est une question de respect. Du troupeau. Du désert. Des autres. Bravo.
Iris sentit une chaleur monter en elle, différente du soleil. Elle jeta un œil vers les collines. Là-bas, l'horizon était net, lavé par le vent. Les nuages, éparpillés, semblaient des plumes posées par un géant. On aurait pu compter les étoiles avant même la nuit.
La soirée s'installa dans un tintement de clochettes, des rires, des seaux d'eau qu'on trimbale, des bottes qui traînent. On partagea un ragoût simple. Nate et ses gens s'assirent à l'écart, au début, puis, peu à peu, se rapprochèrent. Iris leva son gobelet d'étain.
— À la route qui nous apprend, dit-elle. Et à la parole tenue.
— À la parole tenue, répétèrent les voix.
Plus tard, quand le calme revint, Iris s'éloigna de quelques pas. Elle ferma les yeux, écouta les bruits doux du ranch : une vache qui soupire, un cheval qui gratte le sol, un rire étouffé près du feu. Zéphyr poussa gentiment son épaule contre la sienne.
— Oui, on a bien fait, chuchota-t-elle.
Quand elle releva la tête, la nuit avait poliment attendu l'accord du jour pour prendre la place. Et au-dessus du ranch de Rio Seco, le ciel était clair, d'un bleu profond piqueté de promesses. Elle respira. Demain, il faudrait réparer la clôture, former des nouvelles mains, soigner un veau éraflé. Demain aurait d'autres défis. Mais ce soir, la plaine, comme Iris, pouvait se reposer.