Chapitre 1
Le soleil frappait la plaine comme un marteau sur une enclume. Autour du ranch de la famille Ortega, l'herbe jaunie ondulait sous le vent, et la poussière s'invitait partout, jusque dans les plis des chemises.
Alma Ortega ajusta son chapeau, noua plus fort son foulard et posa ses mains sur ses hanches. Elle avait ce regard précis des gens qui comptent les clous avant de fermer une caisse. À dix-sept ans, elle était déjà la personne la plus rigoureuse du ranch, et personne n'aurait osé se moquer de ses listes.
— Aujourd'hui, déclara-t-elle, je balaie la grange.
Tom Pike, le cow-boy du voisinage qui traînait souvent au ranch, leva un sourcil.
— Rien que ça ? Dans l'Ouest, on poursuit des bandits, on traverse des canyons… et toi, tu veux chasser des moutons de poussière.
Alma lui lança un regard sec.
— La poussière finit toujours par gagner si on la laisse faire. Et puis… la grange, c'est le cœur du ranch. Si elle est sale, tout le reste se dérègle.
Depuis l'enclos, la jument d'Alma, Brume, souffla comme si elle approuvait. Alma passa une main sur son encolure.
— Toi, reste sage. J'ai besoin de mes deux bras.
La grange était grande, sombre, avec une odeur de foin, de cuir et de vieux bois chauffé. On y entendait le grincement d'une poutre, le frottement d'un rat trop curieux, et le chant d'un clou qui ne tenait plus qu'à moitié.
Alma attrapa un balai au manche poli par des années d'usage. Elle commença par le coin près des selles, faisant de longs gestes réguliers. La poussière s'élevait en nuages gris, comme des fantômes vexés de se faire déranger.
— Allez, dehors, marmonna-t-elle.
Un bruit étouffé, dehors, la fit s'arrêter. Des sabots. Plusieurs. Puis un sifflement bref, comme un signal.
Alma posa le balai contre une botte de foin et se glissa jusqu'à la porte entrouverte. À travers la fente, elle vit trois cavaliers à l'allure louche. Chapeaux bas, foulards sur la bouche, et des chevaux fatigués mais rapides. Ils parlaient près du corral, là où se trouvait Brume.
— Pas le temps, disait l'un. On prend la grise et on file.
Alma sentit son ventre se serrer. Brume n'était pas “la grise”. Brume était sa partenaire, sa loyauté à quatre pattes.
Elle serra les dents.
— Pas question.
Elle recula sans faire craquer le bois, attrapa le balai… puis s'arrêta, un éclair d'idée. Dans un coin de la grange, un sac de farine éventré attendait d'être recousu. Et juste à côté, une corde. Alma sourit, comme quand une pièce du puzzle se met enfin à sa place.
— D'accord, messieurs, pensa-t-elle. Vous vouliez de la poussière ? Vous allez en manger.
Chapitre 2
Alma attrapa la corde, fit une boucle solide, puis traîna en silence le sac de farine jusqu'à la poutre au-dessus de la porte du corral. Chaque geste était calculé, propre, rapide. Elle avait la rigueur d'une horlogère, et le cœur qui battait comme un tambour.
Dehors, les hommes approchaient de Brume. La jument tapa du sabot, oreilles en arrière.
— Doucement, ma belle, dit le plus grand avec une voix de miel trop sucré. On va faire un petit tour.
Alma grimpa sur une caisse, attacha la corde à la poutre, puis au sac. Elle plaça l'autre extrémité derrière une botte de paille, juste à l'endroit où un cavalier serait obligé de passer pour ouvrir la barrière.
Son plan était simple : ils ouvriraient, tireraient la corde, et le sac de farine leur exploserait dessus, les aveuglant assez longtemps pour qu'elle libère Brume et donne l'alerte.
Elle glissa ensuite jusqu'à la porte de la grange, en se tenant dans l'ombre.
— Hé, fit une voix derrière elle.
Alma se retourna si vite qu'elle faillit se cogner au montant. Tom Pike était là, tenant une pomme à moitié croquée. Il avait l'air surpris, mais pas effrayé, ce qui était presque agaçant.
— Qu'est-ce que tu fais en ninja ? chuchota-t-il.
— Chut ! Trois types veulent voler Brume.
Tom avala de travers.
— Sérieux ? Et toi… tu as un balai.
Alma lui planta un doigt sur la poitrine.
— J'ai surtout un plan. Et si tu tiens à garder tes dents, tu fais exactement ce que je dis.
Tom cligna des yeux, puis hocha la tête.
— D'accord, capitaine Balai.
Alma lui indiqua la porte de la maison, plus loin.
— Va prévenir mon père. Et ne crie pas comme un dindon, s'il te plaît.
— Je ressemble à un dindon ?
— Parfois, oui.
Tom s'éloigna en trottinant, vexé juste ce qu'il faut.
Alma revint à la fente de la porte. Les hommes étaient maintenant au niveau de la barrière. Le plus petit posa la main sur le loquet.
Alma retint son souffle.
Le loquet grinça. La corde se tendit. Une seconde passa.
Puis le sac se déchira d'un coup sec, et une avalanche blanche s'abattit sur les trois cavaliers.
— Mais… C'est quoi ce… AAH !
Ils toussaient, crachaient, se frottaient les yeux. On aurait dit trois fantômes ratés, saupoudrés jusqu'aux cils.
Alma bondit, ouvrit le corral et siffla.
— Brume ! Ici !
La jument reconnut la voix et jaillit comme une flèche. Alma attrapa la bride, sauta sur son dos d'un mouvement net.
Un des hommes, à moitié aveuglé, tâtonna et dégaina.
— Petite peste !
Alma se pencha sur l'encolure de Brume.
— Pas aujourd'hui.
Brume pivota. Alma sentit le sifflement d'une balle qui mordit un poteau, faisant voler des échardes.
Elle serra les mollets. Brume fila vers la grange, et Alma cria :
— Tom ! Dépêchez-vous !
Un deuxième coup retentit. La peur mordait, mais Alma la tenait à distance, comme une bête attachée par une corde solide. Elle ne paniquait pas. Elle calculait.
Elle fit entrer Brume dans la grange, la plaça derrière des ballots de foin, et attrapa son balai.
— Toi, souffla-t-elle à Brume, tu ne bouges pas.
Brume renâcla, comme si elle voulait protester. Alma posa son front contre celui de la jument, une seconde.
— Loyauté, d'accord ? Je te protège, tu me fais confiance.
Dehors, les bandits se rapprochaient. La farine collait à leurs vêtements. L'un d'eux jurait si fort que même les poules avaient dû rougir.
Alma se mit près de la porte, balai en main, comme si c'était une lance.
— Approchez, murmura-t-elle. Venez voir.
Chapitre 3
Les pas se rapprochaient, lourds, pressés. Le bois de la grange semblait retenir son souffle. Alma sentait l'odeur âcre de la poudre, mélangée à la farine, une odeur étrange de boulangerie dangereuse.
Un homme poussa la porte d'un coup d'épaule.
— Où est la jument ?! grogna-t-il.
Alma fit un pas en arrière, laissant l'ombre la couvrir.
— Ici, il n'y a que du foin et du travail honnête.
— Très drôle.
Il avança, pistolet à la main. Dans la lumière, on voyait ses cils blanchis, ses joues tachées. Il clignait encore, irrité.
Alma leva le balai.
— Ne fais pas un pas de plus.
Il éclata d'un rire sec.
— Tu vas me chatouiller ?
Alma inspira. Elle avait envie de crier, de courir, de faire n'importe quoi sauf rester là. Mais elle se força à penser. La grange était son terrain : elle connaissait chaque clou, chaque corde, chaque outil.
Elle recula doucement vers le coin où pendaient des lanières de cuir. Avec la pointe du balai, elle accrocha une lanière et la tira à elle, discrètement. Son plan était simple : le faire trébucher.
L'homme s'approcha, croyant qu'elle fuyait.
— Sage petite, donne-moi la bride.
Alma fit semblant de glisser. Au même moment, elle poussa le balai entre ses jambes. Le manche frappa ses bottes, et il perdit l'équilibre, jurant.
— Nom d'un… !
Il tomba lourdement dans un tas de copeaux. Avant qu'il ne se relève, Alma lui lança la lanière autour des poignets et tira, de toutes ses forces. Elle n'était pas la plus forte, mais elle était têtue comme une porte de saloon.
— Reste là !
Il se débattit. Alma sentit la corde brûler ses paumes. Elle grinça des dents.
Un deuxième homme entra dans la grange, toussant.
— Elle est où ?
Alma tourna la tête. Le premier se redressait déjà. Elle n'avait pas assez de temps.
Alors, elle fit ce qu'on fait quand on n'a plus le temps : elle improvisa avec du courage.
Elle donna un coup de balai sec sur une étagère. Une pluie d'objets tomba : vieux seaux, boîtes vides, et surtout une poignée de fers à cheval. Les fers frappèrent le sol avec un vacarme métallique.
— Qu'est-ce que… ?!
Le bruit surprit les bandits. Alma profita de cette seconde de confusion pour courir vers la porte opposée, celle qui donnait sur l'arrière du ranch.
Elle siffla très fort, un appel que son père avait appris à tous : deux notes courtes, une longue.
Dehors, une réponse : un autre sifflement, puis des voix.
— Alma ?! cria quelqu'un.
Son père. Et d'autres cavaliers. Enfin.
Mais les bandits, eux, avaient compris aussi. Le deuxième tenta de la saisir par le bras. Alma se tordit, glissa, et lui donna un coup de botte sur le tibia.
— Aïe !
— Pardon, pas pardon, lança-t-elle.
Elle courut jusqu'à l'arrière, mais une main l'attrapa par le foulard. Le tissu se tendit, la gorge d'Alma se serra. Elle sentit la panique monter, comme de l'eau noire.
Elle attrapa le balai à deux mains et, sans réfléchir, frappa derrière elle. Le manche heurta quelque chose de dur : un poignet, puis un juron.
Le foulard se libéra. Alma tomba à genoux, toussa, avala de l'air comme si elle l'avait oublié.
Et là, Brume sortit de derrière les ballots en hennissant. La jument chargea, oreilles couchées, et repoussa le bandit d'un coup d'épaule.
— Brume ! Non ! cria Alma.
Mais Brume ne mordit pas. Elle poussa, juste assez pour faire reculer l'homme. Comme si elle disait : “Tu touches à ma cavalière, je te déplace.”
Alma se releva, stupéfaite et reconnaissante.
— Bonne fille…
Dehors, des sabots martelèrent le sol. La porte avant claqua et la voix du père d'Alma tonna, solide comme un rocher.
— Lâchez tout et levez les mains !
Les bandits hésitèrent. La loyauté du ranch avait répondu. Et Alma, malgré ses jambes tremblantes, se plaça près de Brume, balai levé, comme un drapeau qui refuse de tomber.
Chapitre 4
Le père d'Alma entra, carabine au bras, accompagné de deux ranchers voisins. Tom Pike suivait derrière, la pomme toujours dans la main, comme s'il n'avait pas eu le temps de finir son goûter avant la guerre.
— Alma ! Tu es blessée ? demanda son père, la voix plus douce d'un coup.
— Juste… un peu étranglée par mon propre foulard, répondit-elle en massant sa gorge. Rien de cassé.
Tom regarda le sac de farine éventré, les bandits blanchis et le balai dans les mains d'Alma.
— Je retire ce que j'ai dit. Ce balai fait peur.
— Très bien, dit Alma, essoufflée. Alors respecte-le.
Les bandits, maintenant entourés, tentèrent une dernière ruse. Le plus grand leva les mains.
— On voulait juste… emprunter un cheval.
Le père d'Alma s'avança.
— Emprunter ? Avec des pistolets ? Et en tirant sur mes poteaux ?
Le bandit haussa les épaules, l'air offensé.
— Les poteaux ont rien senti.
Alma faillit rire, mais se retint. Elle ne voulait pas leur offrir ça.
Un voisin, M. Caldwell, attrapa une corde.
— On les attache et on les emmène au shérif de Dry Creek.
— Le shérif est à deux heures, dit Tom. Et ces types ont l'air d'aimer courir.
Alma regarda le premier bandit, celui qu'elle avait fait tomber. Il avait les yeux vifs. Trop vifs. Ce genre d'homme cherchait toujours une fissure.
Elle prit une grande inspiration.
— Attachez-les séparément. Et pas avec les cordes du corral : elles sont usées. Prenez celles de la remise, elles sont neuves. J'ai vérifié hier.
Son père la fixa.
— Tu as vérifié les cordes hier ?
— Oui. Et aussi la porte de la grange. Elle grince à cause d'un clou de travers, mais je n'ai pas encore eu le temps de le changer.
Tom souffla.
— Qui “vérifie” une porte ?
Alma le regarda.
— Quelqu'un qui n'aime pas les surprises.
Son père hocha la tête, un mélange de fierté et d'inquiétude.
— Faites ce qu'elle dit.
Ils attachèrent les trois hommes, solides nœuds, mains séparées, dos à une poutre. Alma surveillait chaque mouvement, balai toujours en main. Son cœur ralentissait enfin, mais elle gardait ses sens en alerte, comme un coyote aux aguets.
Quand tout fut sécurisé, le père d'Alma posa une main sur son épaule.
— Tu as été courageuse. Et… intelligente.
Alma sentit une chaleur dans la poitrine, plus forte que la peur.
— Je voulais juste protéger Brume… et le ranch.
— C'est ça, la loyauté, dit-il doucement. On tient bon quand ça compte.
Un des bandits grogna :
— Votre loyauté, ça nourrit pas.
Alma se pencha vers lui, sans méchanceté, juste avec une fermeté calme.
— Peut-être. Mais elle nous garde vivants.
Tom s'approcha d'Alma.
— Tu sais… j'ai couru prévenir ton père, comme tu as dit. Sans crier comme un dindon.
— Bravo, dit Alma. Progrès remarquable.
Tom sourit, puis pointa le balai.
— Et maintenant… tu vas vraiment balayer la grange ? Après tout ça ?
Alma regarda autour : les copeaux renversés, les fers à cheval au sol, la farine partout. On aurait dit qu'une tempête avait appris à cuisiner.
Elle poussa un soupir.
— Encore plus qu'avant.
Son père rit, un rire bref, soulagé.
— On s'en occupe ensemble. Et après, on fêtera ça.
Alma serra plus fort le manche du balai.
— D'accord. Mais d'abord… je veux que Brume ait de l'eau et une pomme.
Tom leva sa pomme à moitié mangée.
— Euh…
Alma le fixa.
— Ne me dis pas que c'était pour elle.
Tom avala sa salive.
— J'ai… des qualités, mais je ne lis pas dans les pensées des juments.
Alma secoua la tête, un sourire au bord des lèvres malgré elle.
— Va chercher des pommes. Et cette fois, ne les “emprunte” pas.
Chapitre 5
Le soleil avait déjà glissé vers l'ouest, étirant les ombres des clôtures comme de longues barres noires. Les bandits furent chargés sur des chevaux, escortés par M. Caldwell et l'autre voisin, direction Dry Creek. Avant de partir, le père d'Alma lança :
— On se retrouve au ranch au coucher du soleil. Soyez prudents.
— On l'est, répondit Caldwell. Et grâce à ta fille, on sait qu'ici, même la farine est dangereuse.
Quand le calme revint, il ne resta que le ranch, le vent, et une grange à remettre d'aplomb.
Alma noua mieux son foulard, comme si elle voulait lui apprendre la discipline.
— Bon. On recommence depuis le début.
Tom entra dans la grange avec un sac de pommes cette fois, les bras chargés.
— Mission accomplie. Et je n'ai volé personne. Enfin… je crois.
Alma prit une pomme, la donna à Brume. La jument croqua avec bonheur, mâchant comme si elle avait gagné une bataille.
— Merci, dit Alma à Tom, sincère.
Tom haussa les épaules, gêné.
— J'ai juste fait ce que tu as dit. C'est… reposant, au fond, quand quelqu'un sait quoi faire.
Alma attrapa le balai, et cette fois, elle balaya vraiment. Le geste était régulier, apaisant. Chaque aller-retour semblait ranger aussi un peu sa peur.
Son père l'aida à remettre l'étagère en place, à ramasser les fers à cheval, à tasser les ballots de foin. Tom ramassa les copeaux en faisant exprès de se prendre un seau sur le pied.
— Aïe ! Voilà. La grange se venge.
— La grange n'a rien contre toi, répondit Alma. Elle est juste… honnête.
— Comme toi ?
Alma fit mine de réfléchir.
— Moi, j'ai un peu plus d'humour. Très peu, mais un peu.
Ils travaillèrent jusqu'à ce que l'air devienne plus frais et que les grillons commencent leur concert. La poussière, enfin, retomba. Le sol de la grange retrouva ses planches visibles, et l'odeur de farine s'effaça derrière celle du foin.
Alma posa le balai contre le mur. Elle observa son travail, attentive. Pas parfait, mais propre. Solide. Sûr.
Son père sortit une lanterne et l'alluma.
— Ta mère aurait aimé te voir aujourd'hui, dit-il doucement.
Alma sentit sa gorge se serrer, mais d'une manière différente.
— J'espère.
— Elle disait toujours : “La loyauté, c'est rester même quand on a peur.” Tu es restée.
Tom fit semblant de renifler très fort.
— Bon, ça devient émouvant. Si je pleure, je vous préviens, c'est à cause de la farine dans mes yeux.
Le père d'Alma rit, et Alma aussi. Un vrai rire, qui sortit sans demander la permission.
Dehors, sur la table près de la maison, une tarte refroidissait. Une tarte aux pommes, dorée, avec une croûte un peu trop croustillante, signe que la tante d'Alma avait “surveillé” en discutant.
Ils s'assirent sous le ciel immense, violet et orange. Les étoiles commençaient à piquer le noir, une par une.
Alma coupa des parts, tendit la première à son père.
— À toi.
Puis à Tom.
— Et toi… tu peux la manger. Celle-là, tu l'as méritée.
Tom prit la part comme un trésor.
— Je suis officiellement loyal à cette tarte.
Brume, attachée près du porche, reçut sa deuxième pomme. Elle souffla, paisible.
Alma regarda la grange au loin, désormais silencieuse et propre. Elle sentit la fatigue dans ses bras, mais aussi une satisfaction tranquille.
— Finalement, dit Tom la bouche pleine, ton but, c'était de balayer la grange. Tu l'as fait. Et tu as attrapé des bandits au passage.
Alma croqua dans sa tarte.
— La poussière ne choisit jamais le bon moment. Les ennuis non plus.
Son père posa une main sur la table.
— Mais tant qu'on reste ensemble… on s'en sort.
Alma hocha la tête. Le vent emporta l'odeur de pomme et de bois chaud. Dans l'Ouest, tout pouvait changer vite : un orage, un troupeau, un danger. Pourtant, ce soir-là, il y avait quelque chose de solide, comme une promesse.
Elle leva sa part de tarte.
— À la loyauté.
— À la loyauté, répéta son père.
Tom leva la sienne.
— Et au balai le plus effrayant de tout le Far West.
Alma sourit, et le ciel immense sembla sourire aussi. La grange était balayée, Brume en sécurité, et la nuit pouvait venir : ils l'accueillaient ensemble, heureux.