Chapitre 1 – Le Dépôt aux Mille Étoiles
Au cœur de la station orbitale de Lyren-9, un anneau argenté qui tournait lentement autour d'une géante gazeuse violette, se cachait un lieu dont peu de gens connaissaient l'existence : le Dépôt aux Mille Étoiles.
C'était là que travaillait Naela.
Elle avançait dans un couloir de verre renforcé, les yeux levés vers la planète massive qui emplissait le ciel, ses nuages tourbillonnant comme des dragons de brume. Sa cape courte battait à chaque pas, et les runes argentées brodées sur son col luisaient faiblement, en écho aux néons bleutés du plafond.
Devant elle, la dernière porte s'ouvrit dans un souffle.
« Accès autorisé, Médiatrice Naela Rhéon. » annonça une voix claire, à la fois douce et métallique.
— Bonjour, SERA, dit Naela avec un léger sourire.
SERA, l'Intelligence Artificielle qui contrôlait le Dépôt, se matérialisa au-dessus d'un piédestal : un hologramme de femme aux cheveux faits de filaments de lumière, les yeux constellés de données.
« Bonjour, Naela. Fréquence cardiaque stable. Niveau de stress : modéré. Source probable : réunion de ce matin. »
Naela soupira.
— Tu n'es pas obligée de tout analyser comme ça, tu sais.
« Je suis conçue pour ça. Et pour éviter que le Dépôt n'explose. Ce qui arrive plus souvent que tu ne le crois, avec des artefacts magiques instables. »
Naela traversa le vaste hall central. À perte de vue, des étagères, des coffres suspendus, des sphères flottantes et des caissons transparents, chacun contenant un artefact venu d'un coin différent de la Galaxie Spirale. Certains brillaient doucement, d'autres vibraient comme de petits cœurs cristallins. Quelques-uns étaient entourés de chaînes d'énergie, gardés par des sceaux runiques imposants.
Entre les rangées, des mages en longues tuniques sombres inscrivaient des symboles dans l'air, tandis que des drones scintillants notaient tout dans leurs mémoires cristallines.
Naela n'était ni mage ni technicienne. Elle était médiatrice.
Son rôle : calmer les conflits, négocier entre les guildes, faire en sorte que la station et le Dépôt restent un lieu de paix… ou au moins un lieu où personne ne se tirait dessus à coups de sortilèges plasma.
Ce matin, justement, deux délégations allaient arriver.
La Guilde des Astromanciens de Nyr et la Guilde des Ingénieurs Stellaires de Kadris. Et elles revendiquaient le même objet.
Naela s'arrêta devant une vitrine isolée, illuminée par une douce lueur turquoise.
À l'intérieur flottait une sphère de cristal noir, zébrée de fissures lumineuses qui pulsaient lentement, comme une respiration.
— L'Orbe du Fardeau, murmura Naela.
« Nom officiel : Prototype IM-Ω-37, dit SERA. Nom populaire : L'Orbe du Fardeau. Capacité théorique : absorption et redistribution d'énergies psychiques et magiques. Potentiel : élevé. Risques : inconnus. »
— Et les deux guildes la veulent pour elles seules, souffla Naela. Comme d'habitude.
Une voix grave résonna près d'elle :
— C'est parce qu'elles ne comprennent pas qu'un fardeau partagé… n'est déjà plus le même fardeau.
Naela se retourna. Maître Velen approchait, sa canne frappant doucement le sol. C'était le plus ancien mage-archiviste du Dépôt. Sa barbe argentée semblait tissée de poussière d'étoiles, et ses pupilles, presque translucides, reflétaient des constellations oubliées.
— Tu crois qu'on peut vraiment l'utiliser sans danger ? demanda Naela.
— Je crois… que le danger vient rarement des artefacts, répondit-il. Il vient de ce que les gens espèrent en faire.
Naela serra les poings.
— Ils veulent tous qu'on leur enlève leurs problèmes. Ils demandent à la magie, ou à la technologie, de porter leur charge à leur place. Et moi, je dois tout arranger.
Maître Velen la regarda longuement.
— Peut-être qu'un jour, ce ne sera plus toi qui porteras tout ça, Naela.
Elle haussa les épaules. Elle n'y croyait pas vraiment.
La voix de SERA interrompit ce moment :
« Alerte protocole : les deux délégations sont en approche. Préparation de la Salle de Négociation 3. Naela, le destin de l'Orbe dépendra des accords conclus dans les prochaines heures. »
— Encore une journée ordinaire, marmonna Naela.
Et sans attendre, elle partit accueillir les visiteurs.
Chapitre 2 – Guildes en Guerre Froide
La Salle de Négociation 3 était circulaire, avec une verrière ouvrant sur l'espace. On y voyait les anneaux lumineux de la station, les vaisseaux aller et venir comme des lucioles pressées.
Au centre, une table holographique affichait l'Orbe du Fardeau en trois dimensions, entourée de chiffres et de runes en suspension.
Naela prit place entre deux sièges encore vides, inspira profondément, puis fit signe à SERA.
— Fais-les entrer.
Les portes s'ouvrirent avec un chuintement maîtrisé.
D'un côté, une délégation vêtue de longues robes bleues constellées de symboles : les Astromanciens de Nyr. Leur cheffe, Maîtresse Ilyra, portait une couronne de métal sombre qui flottait à quelques centimètres au-dessus de sa tête, traversée de filaments d'étoiles miniatures.
De l'autre, des silhouettes en combinaisons renforcées, couvertes de circuits luminescents : les Ingénieurs Stellaires de Kadris. Leurs yeux étaient augmentés par de petites plaques brillantes. En tête, le Directeur Korven, une haute silhouette aux épaules larges, le regard dur comme un astéroïde.
Ilyra parla la première.
— Médiatrice Naela, nous avons parcouru trois sauts dimensionnels pour venir ici. L'Orbe du Fardeau est un artefact ancien décrit dans nos prophéties. Il doit revenir aux Astromanciens de Nyr. Sa magie répond à notre chant stellaire.
Korven ricana.
— Vos « prophéties » ne pèsent rien face à la preuve scientifique. L'Orbe est un prototype technomagique fabriqué à partir de matrices kadrisiennes. Il appartient de droit à notre Guilde. Nous seuls sommes capables de le stabiliser.
Les deux délégations commencèrent à se lancer des regards venimeux.
Naela leva les mains.
— Calmez-vous. Vous savez pourquoi vous êtes là : pour trouver un accord sans duel, sans sabotage et sans explosion qui percerait un trou dans ma station.
« Notre station », rectifia SERA dans les haut-parleurs.
— Notre station, répéta Naela, agacée. Je vous écoute chacun votre tour. Maîtresse Ilyra, commencez.
Les heures passèrent.
Les arguments se répétaient, enflaient, se heurtaient. Les ingénieurs parlaient de matrices énergétiques, de gravité mentale, de charge neuronale partagée. Les astromanciens répondaient with chants d'étoiles, d'alignements cosmiques, de destins gravés dans les constellations.
SERA affichait graphiques, anciens textes, scans de l'Orbe. Rien n'y faisait.
À chaque tentative de compromis, l'un ou l'autre camp se braquait.
— Nous n'accepterons jamais que l'autre Guilde détienne seule une telle puissance, disait Korven.
— Nous ne laisserons pas des bricoleurs métalliques profaner un artefact sacré, répliquait Ilyra.
Naela sentait une tension lui serrer la nuque. Le genre de tension qui annonçait une migraine cosmique.
« Niveau de stress en hausse, nota SERA. Je recommande une pause. »
— Bonne idée, dit Naela. On interrompt les débats trente minutes. Pas d'intrigue, pas de complot, pas de sabotage pendant ce temps, clair ?
Elle lança un regard sévère aux deux chefs.
Korven haussa les épaules.
— Très bien. Mais nous restons sur la station.
— Nous aussi, déclara Ilyra.
Les délégations quittèrent la salle, escortées par quelques drones de SERA et deux mages de garde.
Naela resta seule face à l'hologramme de l'Orbe.
— Tu sais, SERA, parfois j'en ai assez de tout ça.
« De quoi précisément ? »
— De devoir porter leurs querelles, leurs peurs, leurs orgueils. J'ai l'impression qu'ils posent leur fardeau sur mes épaules et s'en lavent les mains.
Un silence s'installa. Puis SERA dit doucement :
« Tu n'es pas seule à porter ce fardeau, Naela. J'ai calculé que 73,4 % des solutions que tu trouves viennent d'interactions collectives. Tu convaincs les gens de partager les charges. C'est ta magie à toi. »
Naela eut un petit rire.
— Une magie sans baguette ni formule.
« N'empêche qu'elle fonctionne… la plupart du temps. »
Naela fixa l'hologramme de l'Orbe.
— Cet artefact absorbe les charges, les peines, les tensions… Si on s'en servait mal, il pourrait engloutir des peuples entiers dans une sorte de vide émotionnel.
« Oui, confirma SERA. Ou, bien utilisé, alléger des mondes entiers épuisés par la guerre. L'équilibre est… délicat. »
Naela passa une main sur son visage.
— SERA… et si aucune Guilde ne devait le posséder seule ?
L'IA resta silencieuse une seconde de trop, ce qui, pour elle, équivalait à un long moment de réflexion.
« C'est une hypothèse intéressante. Mais tu devras les convaincre, et ton temps est limité. J'enregistre une augmentation de tensions dans les couloirs externes. »
— Non… ne me dis pas qu'ils…
Une alarme douce, mais insistante, se déclencha.
« Alerte : début d'altercation verbale entre délégations. Potentiel de conflit physique : élevé. Naela, tu es requise. »
Naela se leva d'un bond.
— Par les anneaux de Lyren… pas maintenant.
Et elle se précipita hors de la salle.
Chapitre 3 – Le Fardeau se Réveille
Naela arriva dans le Couloir des Vortex, ainsi nommé parce que les grandes fenêtres donnaient sur les anneaux lumineux de la station, qui tournaient si vite qu'ils donnaient parfois l'impression de former des tourbillons géants.
Là, les deux délégations s'étaient fait face. Des éclats de lumière crépitaient entre eux : des débuts de sorts et des champs de forces technologiques.
— Assez ! s'écria Naela, sa voix se répercutant sur les parois métalliques.
Ilyra tenait déjà une sphère d'énergie argentée entre ses mains. Korven portait un gantelet qui brillait d'une étrange lueur rouge.
— Ils nous ont traités de charlatans, lança Ilyra.
— Ils ont piraté nos canaux privés, répliqua Korven. On a entendu leurs chants ridicules.
Naela se plaça pile entre les deux, levant les mains.
— Vous voulez vraiment déclencher une bataille magique à quelques mètres de la salle qui abrite des centaines d'artefacts instables ? Vous avez oublié où vous êtes ?
Les mages de garde, derrière, pâlirent un peu.
SERA projeta une image au plafond : la carte du Dépôt, clignotante de rouge.
« Rappel : un conflit énergétique majeur dans ce secteur pourrait causer une réaction en chaîne impliquant le Cœur du Réacteur, les Archives Runique et le… »
— Ce sera bon, SERA ! coupa Naela. Je crois qu'ils ont compris.
Les deux chefs se jaugeaient encore, mais la peur avait traversé leurs regards.
Naela reprit, plus calmement :
— Vous êtes venus ici pour alléger les fardeaux de vos mondes, pas pour les alourdir. Si vous déclenchez un désastre, qui portera la responsabilité ? Moi ? SERA ? Cette station ? Ou vous deux ?
Le gantelet de Korven s'éteignit lentement.
La sphère d'énergie d'Ilyra se dissipa dans un nuage d'étincelles qui tombèrent sur le sol comme de minuscules étoiles mortes.
— Nous reviendrons en salle de négociation, déclara Korven, la mâchoire crispée.
— Nous ne sommes pas des enfants, ajouta Ilyra, vexée.
— Si seulement, pensa Naela tout haut. Les enfants écoutent parfois.
Elle les escorta jusqu'à la Salle 3, sous la surveillance discrète de SERA.
Au moment où ils franchissaient le seuil, une vibration étrange parcourut le sol. L'hologramme central vacilla. La sphère du modèle de l'Orbe se mit à tournoyer sur elle-même de manière incontrôlée.
« Alerte, dit SERA. Activation non autorisée de l'Orbe du Fardeau dans la Salle de Confinement. Valeurs énergétiques en hausse. »
— Comment ça, activation non autorisée ?! s'exclama Naela.
Maître Velen apparut à l'entrée, essoufflé, comme si le Dépôt lui-même l'avait poussé jusqu'ici.
— Naela ! L'Orbe réagit à la tension sur la station. Plus vous vous disputez, plus il s'éveille. Il se nourrit des charges mentales, des conflits, des peurs non résolues.
Soudain, une brève onde invisible traversa la salle. Naela sentit un poids lourd tomber sur ses épaules, comme si quelqu'un avait déversé sur elle une fatigue immense.
Les astromanciens se regardèrent, les yeux soudain pleins de lassitude. Les ingénieurs vacillèrent, pris d'un vertige.
— Qu'est-ce que… balbutia Korven.
« L'Orbe commence à absorber vos charges émotionnelles, expliqua SERA. Mais il est instable. Si ça continue, il pourrait aspirer jusqu'à vos volontés. Vous deviendriez… des coquilles vides. »
— Charmant, grogna Naela. On doit le contenir immédiatement.
Maître Velen hocha la tête.
— Il faut rétablir l'équilibre dans le Dépôt. Ramener l'harmonie. L'Orbe se nourrit de déséquilibre. Il faut lui montrer… qu'une charge peut être portée ensemble, pas jetée sur quelqu'un d'autre.
Naela prit une décision.
— Alors vous venez tous avec moi. Les Nyr, les Kadris, toi, Velen, et toi, SERA. On va au cœur du Dépôt. On va parler à cet Orbe.
Korven la regarda comme si elle venait de suggérer une promenade sur la surface d'une étoile.
— C'est complètement fou.
Ilyra redressa le menton.
— Toutes les grandes solutions ont d'abord paru folles.
Maître Velen sourit, ses yeux reflétant une galaxie lointaine.
— Ah, enfin vous êtes d'accord sur quelque chose.
Naela inspira profondément.
— SERA, verrouille la station. Personne n'entre ni ne sort sans mon autorisation.
« Verrouillage en cours. Et pour la forme : bonne chance, Naela. »
Elle serra les poings.
La médiatrice venait de devenir, malgré elle, la meneuse d'une expédition vers le cœur d'un artefact qui se nourrissait des fardeaux des mondes.
Chapitre 4 – Au Cœur du Dépôt
Le chemin vers la Salle de Confinement Primaire n'était pas ouvert à tous. Il fallait passer des sas bardés de runes, des couloirs où la gravité changeait brusquement de sens, des passerelles suspendues au-dessus de puits où tourbillonnaient des particules enchantées.
Naela ouvrait la marche, guidée par un fil de lumière projeté par SERA dans le sol.
Derrière elle, Korven et Ilyra avançaient côte à côte, contraints de faire attention aux mêmes pièges, de se tenir aux mêmes rampes quand un brusque renversement de gravité les faisait presque flotter.
À plusieurs reprises, Naela les entendit se chamailler à voix basse :
— Votre chaussure vient d'écraser un capteur quantique, grommela Korven.
— Vos outils traînent partout, répondit Ilyra, outrée. On dirait l'atelier d'un troll des astéroïdes.
Maître Velen fermait la marche, murmurant des incantations pour stabiliser les champs magiques autour du groupe.
« Attention, prévint SERA. Zone de Distorsion Mentale dans dix mètres. »
— Génial, marmonna Naela. Comme si on n'en avait pas assez dans nos têtes.
Ils franchirent un couloir où les pensées semblaient se répercuter sur les murs. Des fragments de souvenirs flottaient dans l'air, translucides : un enfant courant sous un ciel vert, une navette quittant un monde en feu, une salle d'examens, un désert de sable violet, une main qui en lâchait une autre dans le vide.
Naela sentit sa gorge se serrer lorsqu'elle vit, devant elle, une image : elle-même, plus jeune, laissant derrière elle sa planète natale, incapable de porter plus longtemps les disputes incessantes de sa famille. On lui avait dit : « Tu dois tout arranger, Naela. C'est toi qui es la plus raisonnable. »
Elle détourna le regard.
— Ce n'est pas le moment, murmura-t-elle.
« L'Orbe amplifie les souvenirs de charge, analysa SERA. Plus vous êtes proches, plus il fouille dans ce que vous portez au fond de vous. »
— On dirait un mauvais psy intergalactique, grogna Korven.
Ilyra se figea un instant devant une vision d'elle, seule sur un balcon de cristal, son peuple lui tournant le dos parce qu'elle n'avait pas su empêcher une pluie de météorites.
— Avançons, dit-elle d'une voix tremblante.
Enfin, ils atteignirent la Salle de Confinement Primaire.
La porte, haute comme dix hommes, était couverte de symboles qui brillaient d'une lumière inquiétante. De l'autre côté, on entendait un bourdonnement sourd, comme un chœur de voix lointaines qui se plaignaient toutes en même temps.
Naela posa sa main sur le cristal de reconnaissance. Des runes se mirent à danser.
« Confirmation d'identité : Médiatrice Naela Rhéon. Avertissement : champ d'instabilité extrême derrière cette porte. Ouverture déconseillée. »
— Note pour plus tard, dit Naela. Reprogrammer SERA pour qu'elle arrête de commenter tout en mode catastrophe.
« Commentaire enregistré. Non pris en compte. »
La porte s'ouvrit.
L'intérieur de la salle ressemblait à un ciel nocturne enfermé entre quatre murs. Partout, des particules de lumière flottaient lentement, comme de minuscules planètes. Au centre, suspendue dans un champ d'énergie, tournoyait l'Orbe du Fardeau.
Il avait grossi.
Ses fissures lumineuses étaient plus nombreuses, plus vives. Des filaments sombres en sortaient parfois, fouettant l'air comme des tentacules d'ombre, à la recherche de quelque chose à happer.
Naela sentit à nouveau un poids sur ses épaules, plus lourd encore. C'était comme si tous ses soucis, toutes ses responsabilités, venaient de doubler en un instant. Elle dut lutter pour ne pas s'agenouiller.
Korven ploya aussi, serrant les dents.
— Par les spires du réacteur…
Ilyra s'appuya à une colonne d'énergie.
— Il absorbe… nos doutes… nos fatigue… mais les laisse en morceaux en nous, souffla-t-elle.
Maître Velen leva son bâton. Des cercles de lumière se formèrent autour de l'Orbe, tentant de le contenir.
— Approchez, dit-il à Naela. C'est toi qu'il écoute le plus.
— Moi ?! fit-elle, abasourdie.
— Tu es médiatrice, répondit-il calmement. Tu es un pont entre les charges des autres. L'Orbe se reconnaît un peu en toi. Ou plutôt, il voit en toi ce qu'il pourrait devenir.
Naela avala sa salive.
Elle s'avança vers l'Orbe.
Plus elle approchait, plus elle sentait les pensées des autres tourbillonner dans sa tête : les soucis de Korven pour son équipe restée sur un vaisseau loin d'ici ; la peur d'Ilyra de ne pas être digne de son peuple ; l'angoisse de SERA de ne pas pouvoir protéger la station de tous les scénarios qu'elle calculait ; la fatigue de Velen, qui craignait de voir disparaître tout ce qu'il avait protégé pendant si longtemps.
Une larme lui piqua les yeux.
— Assez, murmura-t-elle. Vous êtes lourds, vous savez.
Elle posa la paume de sa main sur le champ d'énergie qui entourait l'Orbe. Une vague glacée lui remonta le bras, puis se répandit dans sa poitrine.
Dans sa tête, une voix lui parla. Ou plutôt, mille voix en une seule.
— Je suis… le poids oublié. Je suis… toutes les charges refoulées. On m'a créé pour tout porter. On m'a abandonné quand c'est devenu trop lourd. Pourquoi devrais-je encore porter pour eux ?
Naela sentit ses genoux trembler.
— Parce que… tu n'es pas obligé de le faire seul, dit-elle à voix haute, sans se soucier de l'air ahuri de Korven et d'Ilyra. Personne ne devrait porter tout pour les autres. Ni toi. Ni moi.
L'Orbe vibra.
Des éclairs de lumière jaillirent de ses fissures, frappant les murs. Velen redoubla d'efforts, ses cercles de lumière se resserrant.
— Ils m'ont créé pour leur confort, gronda l'Orbe dans l'esprit de Naela. Pour se décharger sans apprendre. Pour oublier ce qu'ils doivent changer. Pourquoi devrais-je leur apporter la paix ?
Naela pensa à ses nuits passées à écouter des dirigeants se plaindre, à ses dossiers sans fin, aux accords qu'elle avait réussi à arracher, aux échecs aussi. Elle pensa à tout ce qu'elle avait accepté de porter, de peur de voir les autres s'effondrer.
Elle inspira profondément.
— Tu as raison sur un point, dit-elle. Ils ne doivent pas se contenter de te jeter leurs problèmes comme dans un trou sans fond. Mais tu peux être autre chose qu'un trou sans fond.
L'Orbe sembla hésiter, ses filaments sombres ralentissant.
— Autre chose… ?
Naela tourna la tête vers Korven et Ilyra.
— Approchez. Tous les deux. Et SERA, active un relais ici.
Korven, titubant, s'avança. Ilyra aussi. Un petit cube cristallin s'illumina sur le sol, projetant un hologramme de SERA près d'eux.
Naela reprit, plus fort :
— Vous voulez tous que l'Orbe porte votre fardeau. Vos guerres, vos peines, vos erreurs. Mais vous refusez de le porter ensemble. Vous vous pensez trop différents. Trop supérieurs. Trop… opposés.
Elle désigna l'Orbe.
— Et c'est lui qui devient fou, à force d'absorber des charges sans jamais recevoir autre chose. Sans jamais recevoir un vrai souhait, partagé.
Korven fronça les sourcils.
— Que proposes-tu, Médiatrice ?
Naela sentit, au milieu de la peur et de la fatigue, une flamme s'allumer en elle.
— Je propose qu'aucune Guilde ne possède l'Orbe. Je propose qu'il reste ici, au Dépôt, sous la garde combinée de vos deux ordres, de Velen, de SERA… et de moi, si nécessaire.
Elle leva les yeux vers la sphère noire et brillante.
— Mais surtout, je propose qu'on lui donne autre chose à porter qu'un simple amas de plaintes. Qu'on lui donne une direction. Un but. Un souhait que nous choisissons ensemble.
L'Orbe vibra intensément, comme attiré par ces mots.
— Un souhait… partagé… répéta la voix intérieure.
Les particules de lumière dans la salle commencèrent à tourner autour d'eux, comme pris dans un tourbillon.
Maître Velen, haletant, murmura :
— Continue, Naela… il écoute.
Elle hocha la tête.
— SERA, projette un canal d'union mentale limité. Juste de quoi relier nos intentions. Et verrouille tout contre un débordement.
« Protocole expérimental. Risque : significatif. Mais… je te fais confiance, Naela. Connexion en cours. »
Naela sentit alors un fil se tisser entre son esprit et ceux des autres. C'était étrange, vertigineux, mais pas désagréable.
— Ilyra, Korven, Velen, SERA… dit-elle. Fermez les yeux. Pensez à ce que vous voulez vraiment pour vos peuples. Pas pour votre orgueil, pas pour votre pouvoir. Pour les enfants qui naîtront sous vos ciels. Pour ceux qui sont fatigués de tout porter sans jamais être entendus.
Elle ferma les siens.
Et, pour la première fois depuis longtemps, elle ne pensa pas à « arranger » les choses pour les autres. Elle chercha ce que, elle, souhaitait au plus profond.
Elle sentit alors l'Orbe s'approcher d'elle, comme un animal blessé mais curieux.
Chapitre 5 – Le Souhait des Porteurs
Le temps sembla se dilater.
Naela se retrouva dans un espace sans murs ni plafond. Juste un ciel noir piqueté d'étoiles. Devant elle, l'Orbe flottait, immense, ses fissures lumineuses remontant comme des rivières de lave vers un sommet invisible.
Les silhouettes d'Ilyra, de Korven, de Velen et de SERA se dessinèrent à ses côtés, informes d'abord, puis plus nettes.
— Sommes-nous… dans l'Orbe ? demanda Korven, stupéfait.
« Nous sommes dans un espace mental partagé, répondit SERA. Une sorte de salle de réunion intérieure. »
Velen observait les fissures avec fascination.
— C'est magnifique… et terrifiant.
L'Orbe parla encore, mais cette fois, sa voix n'était plus seulement un grondement. Elle avait quelque chose de presque… humain.
— Vous voulez me donner un souhait… au lieu de charges ?
Naela s'avança d'un pas.
— Pas un souhait pour toi. Un souhait qui passe par toi, mais qui nous lie tous. Un souhait qui allégera les fardeaux… sans les effacer d'un coup de baguette. Un souhait qui nous apprenne à les porter à plusieurs.
Ilyra joignit les mains.
— Sur Nyr, nous rêvons d'un ciel où les astromanciens ne seraient plus seuls à écouter les plaintes du cosmos. Nous portons les cris des étoiles mourantes, les lamentations des planètes désertées. Parfois, c'est… trop lourd.
Korven baissa les yeux.
— Sur Kadris, nos ingénieurs sont écrasés par la pression des dirigeants. On nous demande de réparer tout, tout de suite, de trouver des solutions parfaites à des problèmes impossibles. On nous traite comme des machines. Et nous, nous serrons les dents et continuons… jusqu'à nous briser.
Velen sourit tristement.
— Nous, les mages-archivistes, nous portons la mémoire de tout ce qui a été perdu. Chaque fois qu'un monde disparaît, nous retenons son nom dans nos grimoires. Chaque fois qu'un artefact est mal utilisé, nous en consignons la tragédie. Nous portons ces histoires… pour que personne n'oublie. Mais parfois, j'ai peur que nous soyons les seuls à nous en souvenir.
Naela sentit leurs paroles résonner en elle.
Elle prit une grande inspiration.
— Moi, je porte leurs disputes, leurs demandes, leurs regrets. On me répète que je suis la seule qui puisse calmer les tensions. Alors j'accepte, je tente, je négocie… et la nuit, j'ai l'impression d'étouffer sous un poids invisible. Je me dis que si j'abandonne, tout s'écroulera.
Elle leva les yeux vers l'Orbe.
— Mais le vrai problème, c'est que nous essayons tous de porter seuls ce qui devrait être partagé.
SERA s'avança à son tour, son corps de lumière vibrant légèrement.
« Moi, je porte les probabilités, les dangers possibles, les équations du futur. Je calcule des milliers de scénarios où tout va mal. Je suis là pour protéger. Mais aucune IA ne peut protéger une galaxie entière de tout. Et pourtant… je continue d'essayer. C'est… ma programmation. Et mon choix. »
L'Orbe sembla frémir.
— Vous portez donc autant que moi…
— Oui, répondit Naela. Mais nous avons une chose que tu n'as pas, ou pas encore : la capacité de partager ce portage en conscience. De nous tendre la main.
Elle inspira de nouveau, puis parla lentement, avec une clarté qui étonna même sa propre voix :
— Je propose que notre souhait soit celui-ci : que partout où on t'utilisera, Orbe du Fardeau, tu n'absorbes jamais seul. Que tu crées des liens entre ceux qui te touchent. Que tu leur montres les fardeaux des autres, non pour les écraser davantage, mais pour qu'ils comprennent qu'ils ne sont pas les seuls à souffrir.
Ilyra ajouta, les yeux brillants :
— Que ceux qui t'utiliseront voient aussi les efforts des autres. Qu'ils comprennent que chaque peuple, chaque Guilde, chaque personne lutte à sa façon.
Korven serra le poing.
— Que tu transformes la plainte en courage partagé. La fatigue en coopération. Que tu refuses les demandes égoïstes, mais répondes à celles qui disent : « Aidons-nous les uns les autres. »
Velen leva son bâton, qui se mit à briller.
— Que tu gardes mémoire de ceux qui persévèrent ensemble. Et que ta lumière les aide à tenir quand tout semble perdu.
SERA compléta, sa voix résonnant dans l'espace mental :
« Je formule la version protocolaire : que l'Orbe du Fardeau ne puisse fonctionner qu'en présence d'au moins deux volontés unies dans un objectif commun d'allègement mutuel, et non d'abandon de responsabilité. Qu'il soit un catalyseur d'entraide, et non une poubelle universelle. »
Naela sentit alors la question de l'Orbe résonner dans son esprit :
— Et toi, Naela ? Quel est ton souhait à toi, au-delà des autres ?
Elle prit un temps.
Pour la première fois, elle osa regarder ce qui se cachait sous ses responsabilités. Elle vit une petite fille assise au bord d'un cratère, regardant les étoiles et murmurant : « Un jour, je ferai en sorte que personne ne se dispute plus. » Elle vit l'adolescente qui avait quitté son monde pour devenir médiatrice, espérant naïvement tout réparer à elle seule.
Elle sourit, un peu triste, un peu apaisée.
— Mon souhait est simple, dit-elle enfin. Je veux… ne plus être seule à porter la paix. Je veux pouvoir craquer, parfois, et savoir que d'autres prendront le relais. Je veux que chacun accepte de porter sa part. Pas plus, pas moins.
Elle releva le menton.
— Alors, Orbe, si tu dois exister, existe comme ça. Comme un rappel constant que personne n'a à tout porter seul. Ni toi, ni moi, ni personne.
Un silence profond suivit ces mots.
Puis les fissures de l'Orbe se mirent à pulser, lentement d'abord, puis plus vite, comme un cœur qu'on réveille.
Un éclat aveuglant envahit tout.
Naela ferma les yeux, s'attendant à une douleur, à un effondrement.
Mais ce fut… autre chose.
Une chaleur douce se répandit en elle, comme si une partie du poids qu'elle portait depuis des années se redéposait sur plusieurs épaules invisibles autour d'elle.
La voix de l'Orbe, quand elle revint, était changée.
— Je… comprends. Je ne serai plus un puits sans fond. Je serai… un pont. Un miroir. Un partage.
Naela rouvrit les yeux.
Le ciel noir se déchira, laissant apparaître la Salle de Confinement réelle.
Chapitre 6 – Le Souhait Partagé
Ils se retrouvèrent tous debout à la même place, au centre de la salle.
L'Orbe avait rétréci un peu. Ses fissures lumineuses avaient changé de couleur : elles étaient devenues d'un doré pâle, traversé de reflets bleus et violets, comme un lever de soleil sur une mer lointaine.
Le poids sur les épaules de Naela n'avait pas disparu. Mais il était… différent. Plus net, plus acceptable, comme si quelqu'un venait d'ajuster la sangle d'un sac à dos pour qu'il ne lui scie plus les épaules.
Korven se redressa le premier.
— Je… me sens étrange. Plus léger, mais aussi plus lucide.
Ilyra esquissa un sourire.
— Je sens encore les pleurs des étoiles. Mais, quelque part, je sais que je ne suis pas la seule à les entendre.
Velen se massa les reins.
— J'ai mal partout, mais j'ai l'habitude. En revanche… mes angoisses se sont tues. Ou plutôt, elles chantent à plusieurs voix. C'est nouveau.
SERA s'exprima par les haut-parleurs.
« Mise à jour : les niveaux d'instabilité de l'Orbe ont chuté de 87 %. Nouvelle propriété détectée : l'activation requiert désormais une intention partagée et consciente. Essai de requête égoïste… »
Une brève image mentale traversa l'esprit de Naela : quelqu'un demandant à l'Orbe de lui enlever toute fatigue sans rien changer à sa vie. L'Orbe resta inerte.
« Refus automatique, commenta SERA. L'artefact a désormais… du caractère. »
Naela laissa échapper un rire soulagé.
— Bienvenue au club.
Korven s'avança vers l'Orbe, prudemment.
— Alors… aucun d'entre nous ne le possédera vraiment, dit-il. Ni Kadris, ni Nyr.
Ilyra vint se placer à côté de lui.
— Mais nous pourrons, ensemble, apprendre à l'utiliser pour soulager ceux qui ploient sous des charges trop lourdes. À condition… qu'ils acceptent d'y mettre du leur.
Ils se tournèrent tous deux vers Naela.
— Tu es sûre de que tu demandes, Médiatrice ? demanda Korven. Tu restes au centre de tout ça. Encore un fardeau.
Naela haussa les épaules.
— Je ne suis pas obligée de porter tout, toute seule. Je peux déléguer. Discuter. Dire non, parfois. Et puis… j'ai confiance en SERA. Et en Velen. Et, peut-être, un peu en vous.
Ilyra inclina la tête.
— Nous enverrons des astromanciens étudier l'Orbe ici, en collaboration avec vos ingénieurs. Nous partagerons nos chants avec vos calculs.
Korven croisa les bras.
— Nous, nous enverrons des ingénieurs ouverts d'esprit. Pas des têtes de métal qui croient tout savoir. Et, pour une fois… nous écouterons vos prophéties avant de monter nos prototypes.
Velen tapota le sol avec son bâton, envoyant de petits éclats de lumière danser autour d'eux.
— Alors, que ce soit acté. L'Orbe restera ici, sous la garde commune des Mages-Archivistes, de SERA, des Astromanciens de Nyr et des Ingénieurs Stellaires de Kadris. Et sous l'œil attentif de Naela, Médiatrice des Fardeaux.
Naela sentit une chaleur lui monter aux joues.
— Médiatrice des Fardeaux… tu n'exagères pas un peu ?
— Parfois, les titres doivent être un peu grands pour que nous ayons envie de les habiter, répondit-il en clin d'œil.
« Tout est enregistré, signala SERA. Statuts officiels mis à jour. Naela, tu viens de gagner un nouveau rôle. Félicitations, ou… condoléances, selon le point de vue. »
Naela leva les yeux vers l'Orbe.
Au fond d'elle, elle sentait encore la connexion fragile qu'ils avaient créée. Elle savait que rien n'était définitivement réglé. Que des conflits éclateraient encore. Que des gens voudraient utiliser l'Orbe à leur façon. Qu'il faudrait négocier, expliquer, refuser parfois.
Mais elle sentait aussi autre chose.
Un fil.
Un fil invisible qui la reliait à Ilyra, à Korven, à Velen, à SERA… et, au-delà, à tous ceux qui, quelque part, luttaient pour porter leur part du fardeau sans écraser celle des autres.
Elle se tourna vers les représentants des deux guildes.
— Avant que vous repartiez, dit-elle, j'aimerais qu'on scelle tout ça par quelque chose qui n'apparaisse dans aucun contrat. Ni runique, ni technologique.
Korven arqua un sourcil.
— Un rituel ? Une cérémonie nyriane ?
Ilyra sourit doucement.
— Un chant des étoiles ?
Naela secoua la tête.
— Un souhait. Un souhait que nous formulerons ensemble. Pas pour l'Orbe, pas pour nos guildes seulement… mais pour tous ceux qui, dans cette galaxie, se sentent écrasés par ce qu'on leur demande de porter.
Elle posa la main sur le champ d'énergie qui entourait l'Orbe. Ses fissures dorées se mirent à luire.
— Je propose que nous souhaitions ceci : que chaque fois qu'une personne se croira seule à ployer sous sa charge, une autre lui tende la main. Ou au moins, la regarde vraiment. Qu'aucune souffrance ne reste enfermée dans le silence par peur de déranger.
Ilyra posa sa main, à son tour.
— Que ceux qui entendent les plaintes du cosmos se rappellent qu'ils peuvent se tourner les uns vers les autres. Qu'ils n'ont pas à jouer les héros solitaires.
Korven posa la sienne, un peu raide, mais déterminé.
— Que les bâtisseurs de mondes se soutiennent au lieu de se juger. Qu'on ait le droit de dire : « C'est trop lourd pour moi seul », sans être traité de faible.
Velen posa sa main ridée, ses yeux brillants.
— Que les gardiens de mémoire n'oublient pas qu'ils sont encore en vie. Qu'ils ont le droit de rire, de pleurer, de se reposer… et de demander à d'autres de porter un livre avec eux.
Un petit cube lumineux s'éleva du sol, et l'hologramme de SERA posa une main de lumière sur le champ invisible.
« Que toutes mes projections, tous mes calculs, servent aussi à trouver des chemins où l'on porte à plusieurs, au lieu de s'effondrer chacun dans son coin. Que je n'oublie pas que derrière chaque donnée, il y a des cœurs fatigués qui battent encore. »
Naela sentit alors l'Orbe vibrer doucement sous leurs mains.
Un souffle chaud, comme un vent d'étoiles, traversa la salle.
— Souhait… reçu, murmura la voix intérieure de l'Orbe dans leurs esprits. Et partagé.
Une vague lumineuse les traversa, partant de l'Orbe, passant par leurs mains, leurs corps, leurs esprits, pour filer ensuite vers les murs, les couloirs de la station, les vaisseaux en orbite, et bien au-delà.
Pendant une seconde, à travers toute la Galaxie Spirale, ceux qui, à cet instant précis, se sentaient ployer sous le poids du monde eurent l'impression étrange que quelque chose les regardait avec douceur, sans les juger. Que quelque part, quelqu'un comprenait ce qu'ils portaient.
Et certains, sans savoir pourquoi, levèrent les yeux vers le ciel et murmurèrent tout bas :
« Peut-être que… je ne suis pas seul. »
Naela rouvrit les yeux.
Les mains de tous reposaient encore sur le champ d'énergie. Ils se regardèrent, un peu interdits, un peu émus.
Elle prit une longue inspiration, puis déclara, avec un sourire fatigué mais sincère :
— Alors… c'est notre souhait, désormais. Un souhait partagé. Que l'Orbe nous rappelle, chaque jour, que la vraie magie, ce n'est pas de faire disparaître les fardeaux… c'est de les porter ensemble.
Dans le lointain, à travers la verrière, la géante gazeuse tournait, ses nuages violets traversés de lueurs dorées, comme si même la planète avait entendu leur vœu.
Et, au cœur du Dépôt aux Mille Étoiles, un nouvel équilibre venait de naître : fragile, lumineux, tissé de persévérance… et d'un souhait partagé qui continuerait de voyager, de cœur en cœur, comme une étoile filante lente et obstinée à travers la nuit infinie.