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Space fantasy 11 à 12 ans Lecture 32 min.

La clé des scribes stellaires et le chasseur de vide

Maël, un jeune pilote vétéran, rejoint Tika et Soria pour traverser un mystérieux Passage et protéger les archives des Scribes contre un Chasseur de Vide, découvrant que solidarité et partage sont essentiels pour préserver les histoires.

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Maël (≈17 ans), visage déterminé, mèche rebelle et bottes usées, pose la main sur une clé mi-métal mi-cristal brillante; Tika (≈16 ans), cheveux courts et foncés, sourire malicieux mais sérieux, tient une bille-lumière blanche étincelante à gauche de Maël, penchée vers la clé; Soria (≈18 ans), cheveux roux attachés, mains tachées d’huile et bracelet runique vert, pose la paume sur le piédestal à droite de Maël; ils forment un chœur de lumière autour d’un piédestal doré avec la clé insérée, des symboles lumineux tourbillonnent autour de leurs mains, tandis qu’une ombre énorme et fragmentée, le Chasseur de Vide, se dessine en arrière-plan dans le Noyau des Scribes — grande salle en verre noir et or pâle, piliers runiques, sphères de cristal flottantes et sol scintillant, ambiance urgente et héroïque aux tons chauds pour les héros et froids pour l’ombre. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le vétéran aux bottes trouées

Le vaisseau de patrouille Brindille d'Astre glissait entre deux rubans de poussière violette. On disait que cette poussière venait des rêves des comètes, et, franchement, Maël y croyait à moitié. Dans la Flotte, on apprend vite à ne pas rire trop fort des légendes : souvent, elles finissent par vous rattraper.

Maël n'avait pas l'air d'un héros. Il avait dix-sept ans, une mèche sombre qui refusait d'obéir, et des bottes de vétéran… avec un trou au gros orteil. Vétéran, oui : il avait commencé trop tôt, pendant la guerre des Archipels de Fer, quand il était mousse et que les alarmes hurlaient plus souvent que les professeurs.

Aujourd'hui, il escortait un convoi de ravitaillement vers Lunéa, une lune-jardin suspendue au-dessus d'un océan de nuages. À côté de lui, sur le siège copilote, Tika triturait une bille-lumière.

— Si on croise des pirates, je les éblouis et tu leur donnes des ordres avec ta voix de commandant, lança-t-elle.

— Ma voix de commandant ? ricana Maël. J'ai surtout la voix de quelqu'un qui manque de sommeil.

— Ça marche aussi. Les pirates n'aiment pas les gens qui ont l'air sérieux.

Le tableau de bord projetait des constellations en hologrammes. Entre les chiffres, il y avait un petit talisman accroché au levier : une plume de griffon cosmique, donnée par une vieille mécanicienne qui jurait que ça porte chance.

Soudain, la radio crachota.

Brindille d'Astre, ici Tour de Lunéa. Déviation immédiate. Une tempête d'éther s'est levée. Coordonnées… envoyées.

Un voile bleu s'alluma sur l'écran : une zone interdite, un couloir ancien, marqué d'un symbole que Maël n'avait vu que dans des archives poussiéreuses. Une spirale entourée de runes.

— C'est le Passage des Scribes… murmura-t-il.

Tika leva les sourcils.

— Les Scribes Stellaires ? Ceux qui écrivaient des sorts dans le vide ?

— Ceux-là même. Et leur passage est censé être… disparu.

Comme si la galaxie avait entendu, le vide devant eux se plissa. Une lueur, un frisson, puis une porte de lumière apparut, fine comme un fil, immense comme une cathédrale.

— Maël… souffla Tika. On fait quoi ?

Maël avala sa salive. La Flotte disait : « Ne traverse jamais une anomalie non classée. » Son instinct disait : « Si tu ne traverses pas, tu ne sauras jamais. »

Et, au fond de sa poche, un objet se mit à chauffer. Il le sortit : une clé, trouvée des années plus tôt dans une épave, qu'il avait gardée sans trop savoir pourquoi. Une clé étrange, mi-métal mi-cristal, gravée des mêmes runes que le Passage.

La clé vibra, comme si elle reconnaissait l'air.

— On dirait qu'elle… nous invite, chuchota Tika.

Maël posa sa main sur le manche, sentit le trou de sa botte, et sourit malgré lui.

— D'accord. Mais si on finit transformés en grenouilles cosmiques, je te rappelle que c'est ton idée.

— Je signe tout de suite, dit Tika. Les grenouilles cosmiques doivent avoir une vie passionnante.

Le Brindille d'Astre entra dans la porte de lumière. Le monde devint un éclat blanc… puis un silence plein d'étoiles.

Chapitre 2 : Le couloir où les étoiles chuchotent

Quand la lumière s'éteignit, Maël eut l'impression d'avoir plongé sous une mer invisible. Autour d'eux, le Passage des Scribes n'était pas un tunnel de métal, mais une avenue de cristal flottant, bordée de piliers où couraient des lettres vivantes.

Des phrases entières glissaient le long des parois, comme des poissons argentés.

— Je… je peux lire, dit Tika, la bouche ouverte. Mais… c'est pas du français.

— C'est du Vieux-Éther, répondit Maël. J'en ai vu sur des cartes de la Flotte. Personne ne parle ça.

Pourtant, les mots se déposaient dans leur tête avec une clarté étrange, comme si le couloir traduisait lui-même.

Celui qui porte la clé doit se souvenir.

Maël serra l'objet. La chaleur avait cessé ; maintenant, la clé était froide et légère, comme un flocon de métal.

Une ombre passa devant le pare-brise. Un être flottait, drapé d'une cape faite de poussière d'étoiles. Son visage n'était qu'un masque lisse, et pourtant Maël sentit un regard.

— Bienvenue, voyageurs, dit la voix, qui semblait venir de partout à la fois. Je suis Lyr, Gardien des Marges.

Tika se pencha vers l'écran, comme si elle pouvait le toucher.

— Vous êtes… un fantôme ?

— Je suis un souvenir qui refuse de s'effacer, répondit Lyr calmement. Le Passage se nourrit de mémoire.

Maël prit une inspiration.

— On ne voulait pas déranger. Une tempête d'éther nous a poussés ici. Et… j'ai cette clé.

Le masque de Lyr inclina légèrement, comme une surprise polie.

— La clé du pouvoir oublié. Elle revient enfin.

À ces mots, les lettres sur les murs s'agitèrent. Le couloir résonna, comme une harpe qu'on pince.

— Quel pouvoir ? demanda Tika. Un super-laser ? Une bibliothèque secrète ? Un truc qui fait la vaisselle tout seul ?

Maël toussa.

— Tika…

— Quoi ? Les héros aussi ont le droit de rêver d'une vie plus simple.

Lyr répondit sans se vexer.

— Ce n'est ni une arme, ni un service ménager. C'est l'Archivance : l'art de protéger ce qui doit durer. Les Scribes Stellaires l'utilisaient pour enfermer des histoires, des savoirs… et parfois des promesses, dans des coffres qui traversent le temps.

Maël sentit quelque chose bouger dans sa poitrine, comme si une porte intérieure grinçait.

— Pourquoi moi ? Je suis juste un pilote.

— Tu es un vétéran rusé, dit Lyr. Tu as survécu parce que tu observes, tu comprends, tu t'adaptes. Et tu n'as pas jeté la clé.

Maël haussa les épaules, gêné.

— J'aime pas abandonner les choses. Même les vieilles.

— Alors écoute, reprit Lyr. Le Passage s'ouvre à nouveau parce qu'un Chasseur de Vide approche. Il dévore les archives anciennes pour effacer ce qui le gêne. S'il trouve l'Archivance, il la tordra en oubli.

Tika plissa le nez.

— Un monstre qui mange des bibliothèques. J'ai déjà eu des camarades comme ça au collège.

Lyr continua.

— La clé te mènera au Noyau des Scribes, un sanctuaire dissimulé dans une nébuleuse. Mais tu ne peux pas y aller seul. L'Archivance se réveille par la solidarité. Elle refuse l'égoïsme, comme le feu refuse l'eau.

Maël pensa à la Flotte, aux ordres, aux missions où chacun comptait sur l'autre. Il pensa aussi aux gens qu'il avait laissés derrière, à ceux qu'il n'avait pas pu sauver. Il détestait ce poids-là.

— D'accord, dit-il. On va… préserver ce que vous avez caché.

Le Passage vibra, comme soulagé.

Lyr leva une main et une carte se dessina dans l'air : un chemin de points lumineux vers une nébuleuse couleur ambre, traversée d'éclairs verts.

— Prenez garde, dit le Gardien. Le Chasseur de Vide envoie des Échardes, des fragments de silence. Elles se glissent partout.

Tika avala sa salive.

— Des fragments de silence… C'est effrayant, parce que j'aime bien parler.

Maël posa une main sur son épaule.

— Alors parle. On aura besoin de toi.

Le Brindille d'Astre quitta le Passage. Derrière eux, les lettres se calmèrent, comme si elles refermaient une porte. Devant, la galaxie attendait, immense et brillante, mais un frisson sombre courait déjà entre les étoiles.

Chapitre 3 : L'auberge des météores chantants

Ils s'arrêtèrent sur Kharéos, un petit monde-escale construit dans l'anneau d'un géant gazeux. Des docks suspendus, des ponts de cuivre, des lanternes à plasma et, au-dessus, des météores minuscules qui passaient en chantant — une vraie chorale de cailloux, selon Tika.

— On dirait que le ciel fait ses vocalises, dit-elle, émerveillée.

Maël, lui, regardait les silhouettes. Les escales attirent toujours les gens pressés, les marchands, les mécaniciens… et ceux qui préfèrent ne pas être vus.

Il leur fallait un équipier. Quelqu'un de fiable, pas trop impressionnable, et qui n'avait pas peur du mélange entre magie et technologie.

Dans une auberge en forme de coque de vaisseau retournée, une odeur de soupe épicée flottait. Un droïde serveur passait en grinçant, avec un tablier trop petit.

— Table pour deux ? demanda-t-il d'une voix métallique.

— Trois, corrigea Tika. On va trouver notre troisième.

Ils s'assirent près d'un hublot. Dehors, les anneaux de la planète brillaient comme des bracelets géants.

Au bar, une fille aux cheveux rouges réparait une petite créature mécanique : un scarabée de cuivre qui cliquetait tristement. Sur son poignet, un bracelet runique pulsait doucement.

— Elle a l'air concentrée, chuchota Tika. Et elle n'a pas l'air de vouloir nous voler nos chaussures. C'est bon signe.

Maël s'approcha.

— Excuse-moi. Tu t'y connais en runes et en moteurs ?

La fille leva les yeux. Ils étaient d'un vert étonnant, franc comme une pomme.

— Je m'y connais en ce qui casse, répondit-elle. Et tout casse, un jour. Pourquoi ?

Maël montra discrètement la clé.

— On cherche quelqu'un pour une mission… compliquée.

Ses yeux s'accrochèrent à la clé comme à un aimant.

— Cette gravure… Je l'ai vue dans les carnets de mon oncle. Il était Scribe de bord sur un vaisseau-livre. Je m'appelle Soria.

Tika glissa à côté de Maël, sourire rapide.

— Moi c'est Tika, spécialiste en bille-lumière, blagues moyennes et courage occasionnel. Lui, c'est Maël, vétéran avec un orteil qui respire.

— Merci, grogna Maël.

Soria esquissa un petit rire.

— D'accord, orteil qui respire. Expliquez.

Maël raconta le Passage, Lyr, le Noyau des Scribes, et le Chasseur de Vide. Soria ne se moqua pas. Au contraire, elle se redressa, comme si elle entendait un appel.

— Si ce monstre efface des archives, il efface aussi des gens, dit-elle. Les histoires, c'est ce qui nous tient debout. Sans elles, on tombe.

Tika hocha la tête avec un sérieux rare.

— Et puis, si quelqu'un ose manger des bibliothèques, c'est personnel.

Soria posa le scarabée de cuivre sur la table. Il se remit à bouger, tout fier.

— Je viens. Mais pas gratuitement. Je veux qu'on sauve aussi les petites histoires. Les chansons, les recettes, les blagues, les souvenirs des gens ordinaires.

Maël hésita une seconde. Dans la Flotte, on parlait souvent de « données » et de « priorités ». Sauver des recettes, ça ne rentrait pas dans les rapports.

Puis il vit le scarabée lever ses antennes comme un salut. Il pensa à sa propre mère, à une soupe qu'elle faisait quand il rentrait trop tard, et à la peur de l'oublier.

— Marché conclu, dit-il. On sauvera tout ce qui peut l'être.

À cet instant, les lumières de l'auberge vacillèrent. Un froid sec traversa la pièce, comme si quelqu'un avait ouvert une fenêtre sur le néant. Les météores dehors continuèrent de chanter, mais leur chant devint plus faible.

Une forme sombre glissa le long du hublot : une Écharde de silence, fine et noire, avec des bords tremblants.

Soria se leva d'un bond.

— Elle nous a suivis.

Tika brandit sa bille-lumière.

— Hé, silence ! Ici, c'est zone de bavardage obligatoire !

La bille éclata d'une lueur blanche. L'Écharde recula… puis se divisa en deux, comme si elle avait appris à se faufiler.

Maël sortit son pistolet à impulsion, mais il savait : contre le silence, les armes font rarement le poids.

— On sort. Maintenant, ordonna-t-il.

Ils coururent vers les docks. Derrière eux, l'Écharde glissait, avalant les rires, étouffant les pas. Les clients ouvraient la bouche, mais aucun son ne sortait.

Maël sentit la peur lui mordre la nuque. Puis il entendit une chose minuscule : le scarabée de Soria, qui cliquetait encore, obstiné.

— Il fait du bruit ! s'étonna Tika.

Soria sourit, haletante.

— Parce qu'il est relié à mon bracelet runique. Les runes peuvent ancrer un son. Un petit, mais un vrai.

Maël comprit.

— Alors on va faire pareil. On va se relier. Ensemble.

Ils atteignirent le Brindille d'Astre. Maël posa la clé au centre du cockpit. Soria posa sa main sur la clé, Tika posa la sienne par-dessus.

Le métal et le cristal frémirent. Un cercle de symboles s'alluma, doux comme une veilleuse.

L'Écharde de silence heurta la rampe d'accès… et se dissipa, repoussée par une vibration chaude, presque musicale.

— Voilà, souffla Maël. Solidarité : un bouclier qui chante.

Tika souffla aussi, très fière.

— Et dire qu'on m'a toujours dit d'arrêter de parler en classe.

Chapitre 4 : La nébuleuse aux éclairs verts

Ils plongèrent dans la nébuleuse ambre. L'espace y avait une texture : on aurait dit du miel géant traversé d'étincelles. Les capteurs du vaisseau s'affolaient, mais Soria bricolait des stabilisateurs runiques, collant des sigles lumineux sur les parois.

— La magie, c'est comme un code, expliqua-t-elle. Sauf que quand tu te trompes, ça peut te transformer en parapluie.

— Noté, dit Maël. Éviter l'option parapluie.

Au cœur de la nébuleuse, ils virent une structure immense, cachée dans un tourbillon : une forteresse faite de verre noir et d'or pâle. Des ponts reliaient des tours, comme des portées musicales.

— Le Noyau des Scribes, murmura Maël.

À peine s'approchèrent-ils que des drones anciens sortirent de l'ombre. Ils n'avaient pas l'air agressifs, mais leurs yeux bleus scannaient chaque boulon.

Une voix résonna, claire et sévère :

— Identifiez-vous. Les archives ne s'ouvrent pas aux mains avides.

Maël prit le micro.

— Maël, pilote de la Flotte. Avec Tika et Soria. On… on vient protéger l'héritage des Scribes.

Un silence, puis :

— Montrez la clé.

Maël la leva devant la caméra. Les runes brillèrent, et les drones s'écartèrent comme des gardiens qui reconnaissent un ancien serment.

Ils se posèrent sur une plateforme. L'air, ici, était étrange : pas d'odeur, mais une sensation de pages tournées. Le sol résonnait doucement sous les pas, comme un instrument.

Ils entrèrent dans une salle immense. Des sphères de cristal flottaient partout, chacune contenant une scène : un marché, un enfant qui apprend à lire, un vieux capitaine qui rit, une pluie sur un toit.

Tika tourna sur elle-même.

— C'est… des souvenirs.

Soria s'approcha d'une sphère où un petit garçon jouait avec un cerf-volant en forme de dragon.

— Des histoires enfermées pour survivre, souffla-t-elle.

Au centre de la salle, un piédestal attendait, avec une fente taillée à la forme de la clé.

Maël sentit un tiraillement. Ce n'était pas une envie de pouvoir, mais une responsabilité, lourde et chaude.

— Si je mets la clé… qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.

Lyr apparut, plus pâle qu'avant.

— L'Archivance se réveillera. Elle te donnera accès au cœur. Mais le Chasseur de Vide sentira l'appel. Il viendra.

Comme pour le confirmer, un grondement traversa la forteresse. Les sphères tremblèrent, leurs images se brouillèrent. Une ombre gigantesque se dessina derrière les vitres, comme une baleine faite de nuit.

— Il est déjà là, chuchota Tika.

Maël regarda ses amis. Tika, qui plaisantait pour ne pas avoir peur. Soria, qui serrait son bracelet, déterminée.

Il posa la clé dans la fente.

Un chant se leva. Pas une musique de radio : une vibration qui faisait frissonner les os. Les runes s'allumèrent sur les murs, révélant des couloirs cachés, des portes secrètes, des circuits anciens.

Un halo se forma autour de Maël. Des symboles tournèrent autour de ses poignets, comme des bracelets de lumière.

— Maël, dit Lyr, l'Archivance t'a choisi comme Porteur. Tu peux sceller, copier, protéger. Mais rappelle-toi : ce pouvoir n'obéit pas à l'orgueil. Il obéit au lien.

La forteresse vibra plus fort. Un craquement, puis une Écharde de silence, énorme, traversa une paroi comme du papier. Derrière, la silhouette du Chasseur de Vide apparut : un être sans visage, composé de fragments d'espace, avec des trous là où devraient être des étoiles.

Sa voix n'était qu'un souffle qui éteignait les mots.

— Donne… la clé…

Tika fit un pas en avant, les jambes tremblantes.

— Non. Déjà, c'est impoli. Et ensuite, c'est à nous.

Soria, elle, plaça ses mains sur le sol et traça des runes en cercle.

— Maël ! Si tu peux sceller, scelle l'entrée !

Maël ferma les yeux une seconde. Il imagina une porte. Pas une porte de métal, une porte d'histoire. Une porte qui se verrouille avec des promesses.

Il tendit les mains. La lumière jaillit, dessinant une serrure gigantesque sur la paroi brisée. Mais l'ombre du Chasseur appuya, et la serrure se fissura.

Maël grimaça.

— Ça tient pas !

Lyr répondit, urgent :

— Seul, tu ne peux pas. L'Archivance demande un chœur.

— Un chœur ? répéta Tika. Comme les météores ?

— Comme les météores, confirma Lyr.

Maël comprit. Il ne s'agissait pas d'être le plus fort. Il s'agissait d'être ensemble, accordés.

— Tika. Soria. Avec moi.

Ils se rapprochèrent. Tika posa sa bille-lumière contre la clé. Soria colla son bracelet runique sur le piédestal.

La lumière s'épaissit. La serrure géante se reforça, plus solide, gravée de milliers de petits symboles : des rires, des recettes, des serments, des adieux, des chansons.

Le Chasseur de Vide recula, comme brûlé.

Mais il n'était pas vaincu. Il tourna autour, cherchant une faille, et envoya une pluie d'Échardes.

— Il va tout déchirer ! cria Soria.

Maël serra les dents.

— Alors on ne se contente pas de fermer. On doit… préserver.

Il regarda les sphères de cristal.

— On ne peut pas les transporter toutes.

Tika eut une idée, brutale et brillante.

— Et si on les met… dans nos têtes ? Non, attends. C'est peut-être trop lourd. Mais… dans le vaisseau ! On a une mémoire de bord. Et Soria peut y graver des runes !

Soria hocha la tête, déjà en action.

— Je peux transformer la mémoire en coffre magique. Un coffre… qui ne s'efface pas.

Maël sentit l'Archivance pulser, comme un cœur. Il savait ce qu'il devait faire.

— On va faire une copie vivante. Une archive qui voyage.

Le Chasseur rugit sans son. Les murs tremblèrent. Les sphères se mirent à tomber lentement, comme des bulles qui perdent leur air.

Maël cria :

— Tout le monde au travail ! On ne sauve pas une galaxie en restant les bras croisés !

Chapitre 5 : La bataille des mots et du vide

Le Brindille d'Astre était amarré, rampe ouverte. Entre le sanctuaire et le cockpit, un va-et-vient s'organisa comme une fourmilière pressée.

Tika attrapait les sphères les plus petites, les serrant contre elle.

— Celle-là contient une recette de pain d'astéroïde ! Je refuse qu'elle disparaisse !

Soria courait derrière, touchant chaque sphère de son bracelet.

— Je les lie au coffre-mémoire ! Ne les lâche pas trop tôt !

Maël, lui, restait au centre, face à la brèche. Il utilisait l'Archivance comme un filet de lumière, attrapant les Échardes de silence et les transformant en petites étincelles inoffensives. Chaque fois qu'il y arrivait, il entendait un son revenir : un rire, un mot, un souffle.

Le Chasseur de Vide s'acharnait. Il ne frappait pas comme un soldat, mais comme un oubli : patient, glissant, prêt à se faufiler dans une seconde d'inattention.

Une Écharde passa près de Tika. Sa voix s'étrangla soudain.

— Je… je… (aucun son)

Ses yeux s'écarquillèrent. Elle remuait les lèvres sans bruit.

Maël sentit la panique monter. Sans réfléchir, il se jeta vers elle et posa sa main sur la sienne. Soria posa l'autre main.

Le cercle de runes sur la clé, au cockpit, s'illumina.

La voix de Tika revint d'un coup, plus forte qu'avant.

— Je disais : ce truc est un voleur de phrases ! Et j'ai horreur qu'on me vole mes phrases !

Maël la fixa, soulagé.

— Reste près de nous, d'accord ?

— Promis. De toute façon, je suis un aimant à problèmes.

Soria grinça des dents.

— Maël, le coffre-mémoire est presque prêt, mais il faut un dernier sceau. Un sceau de… transmission. Quelque chose qui dit : « ça ne m'appartient pas, je le partage ».

Maël regarda la clé. Il comprit que l'héritage ne devait pas devenir un trésor privé. Sinon, le Chasseur, d'une manière ou d'une autre, gagnerait. Les choses cachées trop jalousement finissent toujours par se fissurer.

— Lyr ! appela Maël. Comment on fait ?

Le Gardien apparut, tremblant, comme une flamme dans le vent.

— Donne à l'Archivance une règle simple, dit-il. Un serment. Un serment que d'autres pourront tenir après toi.

Maël inspira. Le Chasseur se rapprochait, énorme. Les sphères restantes oscillaient dangereusement.

Maël parla, fort, clairement, pour que le sanctuaire, le vaisseau, et même les anneaux de Kharéos l'entendent s'il le fallait.

— Je jure que ces histoires ne seront pas gardées pour me rendre important. Elles seront protégées pour être transmises. À ceux qui en auront besoin. À ceux qui viendront après. Et je ne serai jamais seul à décider.

Tika ajouta aussitôt :

— Et je jure de vérifier qu'il ne raconte pas n'importe quoi. Parce que sinon, il va se prendre les pieds dans son ego, et son orteil va encore respirer plus fort.

— Très poétique, marmonna Maël, mais il sourit.

Soria posa sa main sur la clé.

— Et je jure de réparer le coffre-mémoire, de l'améliorer, et de l'ouvrir aux gens de bonne foi. Les archives appartiennent au voyage.

Le piédestal répondit par un éclat. Le coffre-mémoire du vaisseau — un simple module gris — se couvrit de motifs lumineux, comme des constellations gravées.

D'un coup, toutes les sphères restantes s'illuminèrent et filèrent en file indienne vers le vaisseau, aspirées doucement, sans se briser. Elles se transformèrent en gouttes de lumière qui se rangèrent dans la mémoire enchantée.

Le Chasseur de Vide poussa un souffle qui fit trembler les vitres. Il se jeta sur le piédestal vide… et trouva la serrure géante, désormais renforcée par le serment.

Il essaya de mordre dedans. Le vide grinça. Les runes tinrent.

— Ça ne suffira pas ! cria Soria. Il va revenir, encore et encore.

Maël regarda autour. Le sanctuaire était trop précieux pour être un champ de bataille à répétition.

— Alors on va le sceller autrement, dit-il.

— Comment ? demanda Tika.

Maël se tourna vers Lyr.

— Vous êtes un souvenir. Le Passage se nourrit de mémoire. Si on… ferme le Passage, le Noyau disparaît à nouveau, non ?

Lyr resta silencieux une seconde.

— Oui. Mais cela m'effacera. Je suis l'ancre.

Tika ouvrit la bouche.

— Attendez, quoi ? On ne va pas… vous perdre.

Lyr sembla sourire, même sans visage.

— Les gardiens existent pour que l'héritage survive. Et maintenant, l'héritage est en route, avec vous. Mon rôle peut s'achever.

Maël sentit un nœud dans sa gorge. Il détestait les adieux.

— Il doit y avoir une autre solution.

— Il y en a une, dit Lyr. Gardez une étincelle de moi dans le coffre-mémoire. Une phrase, un fragment. Ainsi, je ne serai pas complètement perdu. Et le Passage pourra s'ouvrir un jour, quand le danger sera passé.

Soria hocha la tête, les yeux brillants.

— On peut faire ça. Un souvenir ancré dans le coffre.

Maël posa sa main sur la lumière de Lyr. Elle était tiède, comme une lampe.

— Dites-nous une phrase, demanda Maël. Une vraie.

La voix de Lyr devint douce.

« Ce qui est partagé ne meurt pas. »

Soria grava la phrase dans le coffre-mémoire. La lumière de Lyr vacilla… puis se condensa en une petite rune, qui se posa dans le module comme un oiseau.

Le sanctuaire trembla. Les murs de verre noir commencèrent à se recouvrir d'un voile, comme si la nébuleuse le peignait.

Le Passage, au loin, s'étira, puis se replia sur lui-même.

Le Chasseur de Vide hurla sans son, furieux d'avoir perdu sa proie. Il tenta un dernier bond, mais le Noyau s'effaçait déjà, glissant hors du monde visible.

Maël attrapa Tika et Soria par les épaules.

— Au vaisseau ! On part !

Ils décollèrent au moment où la forteresse disparaissait, avalée par la brume ambre. Là où elle avait été, il ne restait qu'une constellation nouvelle : trois points lumineux, serrés ensemble.

Tika regarda derrière.

— On dirait qu'elle nous fait un signe.

Maël hocha la tête, la gorge encore serrée.

— Un signe pour dire : « N'oubliez pas. »

Chapitre 6 : L'héritage préservé

Le retour fut long. Pas seulement en distance : dans leur tête, tout avait changé. Le coffre-mémoire du Brindille d'Astre bourdonnait doucement, comme s'il rêvait.

Ils évitèrent les couloirs trop calmes, les zones où les capteurs lisaient des « anomalies de silence ». Le Chasseur de Vide rôdait encore, quelque part, mais il avait perdu le sanctuaire. Et il ne pouvait pas croquer un serment facilement.

À l'approche de Lunéa, les jardins suspendus apparurent : des îles vertes dans le ciel, des cascades qui tombaient dans le vide avant de se transformer en vapeur brillante.

Maël contacta la Tour.

— Ici Brindille d'Astre. On revient avec… une cargaison spéciale.

— Identifiez la cargaison, répondit une voix méfiante.

Maël échangea un regard avec Tika et Soria.

— Des histoires, dit-il simplement. Des archives. Un héritage.

Il y eut un silence, mais pas un silence menaçant. Un silence de surprise.

— Posez-vous sur la plateforme neuf, finit par dire la Tour. Et… bienvenue.

Ils descendirent avec prudence. Maël savait que la Flotte aimait contrôler. Pourtant, il avait un atout : il avait appris, dans les batailles comme dans les couloirs de cristal, que la confiance se gagne en montrant ce qu'on protège.

Dans une salle de briefing, un commandant au visage fatigué les attendait. Son uniforme était impeccable, mais ses yeux avaient la même poussière que ceux de Maël : celle des nuits trop longues.

— Vous avez dévié, dit le commandant. Vous avez traversé une zone interdite. Vous avez…

— Sauvé quelque chose, coupa Maël, calmement.

Tika toussota.

— Et aussi, évité d'être mangés par du silence. Détail.

Soria posa le coffre-mémoire sur la table. Les constellations gravées s'allumèrent, projetant des images dans la pièce : des scènes, des voix, des rires. Même le commandant, pourtant raide, eut un mouvement de recul, comme touché au cœur.

Une vieille chanson se mit à flotter, légère. Une recette apparut en lettres dans l'air. Puis l'image d'un enfant qui apprend à écrire son nom.

Le commandant déglutit.

— D'où vient… cette merveille ?

— Du Noyau des Scribes Stellaires, répondit Maël. Il a été scellé pour le protéger. Mais l'héritage… est là. Et il ne doit pas être enfermé dans un coffre de la Flotte. Pas seulement.

Le commandant plissa les yeux.

— Vous me demandez de partager des archives avec… tout le monde ?

Maël soutint son regard. Il sentit, dans sa poche, la clé — désormais tiède et silencieuse, comme si elle avait trouvé sa place.

— Oui. Avec des écoles, des bibliothèques de planètes, des navires marchands. Avec ceux qui veulent apprendre, et ceux qui veulent se souvenir. On peut créer des copies, des fragments. Si on garde tout ici, un jour le Chasseur reviendra, et il n'aura qu'une porte à pousser.

Tika hocha la tête vivement.

— Et puis c'est plus amusant quand tout le monde connaît la recette du pain d'astéroïde.

Soria ajouta, plus posée :

— On peut bâtir un réseau. Des coffres-mémoires partout. Reliés. Solidaires. Un héritage qui voyage, comme les étoiles.

Le commandant resta silencieux longtemps. Puis il soupira, comme s'il lâchait une vieille habitude.

— La Flotte existe pour protéger, dit-il. Pas pour posséder. Très bien. Nous créerons des relais d'archives. Et vous trois… vous en serez les premiers gardiens.

Maël sentit une chaleur tranquille l'envahir. Pas la chaleur d'un triomphe, mais celle d'un feu qu'on partage.

Plus tard, sur un balcon de Lunéa, ils regardèrent les cascades brillantes. Le coffre-mémoire reposait près d'eux, ronronnant doucement. Tika grignotait un biscuit en forme de fusée.

— Alors, vétéran, dit-elle, tu te sens comment, maintenant que tu as un pouvoir oublié ?

Maël réfléchit.

— Comme quelqu'un qui a reçu une lampe. Elle éclaire… mais seulement si on la passe aux autres.

Soria sourit.

— Lyr serait content.

Maël tapota le coffre-mémoire. La rune de Lyr scintilla une seconde, et une phrase apparut, simple, nette :

Ce qui est partagé ne meurt pas.

Tika se pencha, émue malgré elle.

— D'accord… ça, c'est une phrase qui mérite d'être répétée.

Maël regarda le ciel. Là-bas, quelque part, le Chasseur de Vide rôdait peut-être encore. Mais il n'avait pas compris l'essentiel : on ne peut pas dévorer une histoire quand elle vit dans mille voix.

Et Maël, avec ses bottes trouées, ses deux amies et un coffre plein d'étoiles, se sentit prêt pour la suite.

Parce que désormais, ils n'étaient plus seulement des voyageurs.

Ils étaient un héritage en marche.

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Poussière violette
Petits grains colorés flottant dans l'espace, comme de la poudre brillante.
Comètes
Gros blocs de glace et de roche qui traversent l'espace en laissant une traînée.
Vétéran
Personne qui a beaucoup d'expérience, souvent après des épreuves difficiles.
épave
Restes d'un véhicule cassé ou détruit, comme un vaisseau abandonné.
Hologrammes
Images en lumière qui semblent flotter dans l'air en trois dimensions.
Talisman
Petit objet que l'on garde pour porter chance ou protéger.
Anomalie
Quelque chose d'étrange ou qui ne devrait pas être là.
Runes
Symboles anciens gravés, parfois utilisés pour écrire ou protéger.
Archivance
Nom donné ici à un pouvoir qui protège et garde des histoires.
Écharde
Fragment pointu et sombre qui peut blesser ou causer du silence.
Nébuleuse
Nuage géant de gaz et de poussières dans l'espace, souvent coloré.
Piédestal
Support élevé sur lequel on pose un objet important.
Serment
Promesse solennelle que l'on fait devant d'autres personnes.
Sanctuaire
Endroit protégé et sacré où sont gardées des choses précieuses.
Coffre-mémoire
Boîte ou module qui conserve des souvenirs et des informations.

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