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Space fantasy 11 à 12 ans Lecture 26 min.

La porte des pourquoi

Alya, une jeune fille curieuse, découvre un mystérieux Sceau des Étoiles qui la désigne comme Gardienne d'un secret cosmique, tandis qu'elle doit protéger un œuf-cosmos convoité par des Éteigneurs. Accompagnée de son ami Milo et guidée par des êtres magiques, elle se lance dans une aventure pour sauver l'univers de la destruction.

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Alya, une jeune fille de douze ans aux cheveux bouclés et dorés, se tient au centre d'une nébuleuse scintillante, son visage illuminé par l'émerveillement et la détermination. Elle porte une combinaison spatiale légère ornée de motifs étoilés et tient un anneau lumineux, prête à poser une question au cosmos. À ses côtés, Milo, un garçon aux cheveux en bataille et aux yeux pétillants, l'observe avec curiosité. En arrière-plan, Dame Ustrine, une femme aux traits sévères, se tient légèrement en retrait, l'air perplexe mais intéressée. Le décor est une vaste nébuleuse remplie de plumes de lumière et d'œufs-cosmos scintillants, créant une atmosphère magique. Alya est prête à poser sa question, tandis que les Tisseurs d’Aurore, des êtres translucides, flottent autour d'eux, chantant doucement. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La pièce qui chante

Ce matin-là, les quais de l'astéroport d'Obsidiane bourdonnaient de chants de moteurs et d'incantations. Les vaisseaux accostaient comme des baleines de lumière, la coque décorée de glyphes qui luisaient par vagues. Les marchands criaient, les mages d'atelier fredonnaient, et l'air sentait la poussière d'astéroïde mêlée à l'huile d'étoile.

Alya, douze ans, avait les doigts tachés de graphite stellaire et les yeux remplis de curiosité. Dans l'Atelier des Trois Clefs, elle démontait un vieux transducteur quand un éclat minuscule lui glissa sous l'ongle. C'était une rondelle métallique, pas plus grande qu'une pièce de jeux, gravée de constellations impossibles.

— Tu trifouilles encore des choses que personne n'ose toucher, grogna Tante Périne sans lever les yeux de sa clé magique.

— Mais elle chante, cette pièce, répondit Alya.

En effet, quand elle la pressa entre ses paumes, un son presque inaudible vibra, comme une larme de verre. Les constellations gravées s'alignèrent, et l'atelier s'effaça. Autour d'elle tourbillonna un jardin d'étoiles, et dans ce jardin, une silhouette de poussière s'agenouilla.

— Gardienne choisie, dit la silhouette. Le Sceau des Étoiles a décidé, et ton nom est prononcé par l'espace. Ce que je te confie n'est pas une couronne, mais une promesse.

— Moi ? Gardienne de quoi ? murmura Alya.

— D'un secret cosmique. Il dort dans la Nébuleuse des Plumes. Des mains avides le cherchent. Si elles l'ouvrent sans le comprendre, le ciel rétrécira comme un drap mal lavé. Si tu le protèges avec curiosité et courage, un jour, l'univers grandira.

La vision se dissolut, laissant Alya couchée sur le sol, le cœur battant, la rondelle coincée contre sa peau qui palpitait comme une luciole.

— Alya ! Tu vas finir par avaler des comètes à force d'avoir la tête dans les nuages, grogna Tante Périne. Qu'est-ce que c'est que ça ?

Alya ne répondit pas. Elle glissa la rondelle dans la doublure de sa manche, où un fil d'argent semblait l'attirer comme un aimant.

Le vacarme du quai se fit soudain plus lourd. Des ombres glissèrent sur les verrières. Des vaisseaux noirs, silencieux, s'amarrèrent sans demander ni bonjour ni permission. Leurs coques aspiraient la lumière.

— Périne, chuchota Alya, c'est qui, eux ?

— Les Éteigneurs, répondit l'aînée, pâle. Ils éteignent les soleils qui refusent de se vendre. Ne reste pas là.

Trop tard. Une femme en combinaison anthracite, la cape ourlée de cendres, entra dans l'atelier. Ses yeux étaient deux clous, fixés dans la chair du monde.

— Dame Ustrine, annonça un garde à la voix métallique.

— Mes salutations, artisans, dit la femme. Nous cherchons un objet. Une pièce gravée de constellations. Il vient de chanter. Où est-elle ?

Alya sentit la rondelle brûler contre sa peau. Le Sceau des Étoiles pulsait au même rythme que son cœur.

— Nous ne stockons pas de babioles, répondit Tante Périne, secouant une étagère de boulons. Juste des choses qui tiennent encore debout.

— Fouillez, ordonna Dame Ustrine.

Alya recula d'un pas. Un souffle frais passa dans sa nuque, comme une plume. Une voix faible, presque timide, sembla murmurer près de son oreille : « Si tu veux vivre, suis la ligne bleue. »

Sur le sol, un trait de peinture bleue vibra, se tordit et se changea en fil lumineux. Il serpentait vers la sortie arrière, là où les outils de vol de secours s'empilaient.

Alya garda la tête baissée, se faufila entre deux caisses, puis courut, le fil bleu sous ses semelles. Elle ne savait pas où cela menait. Elle n'espérait qu'une chose : que le Sceau ne se mette pas à chanter encore.

Chapitre 2 — L'Alcyon

La porte arrière donnait sur une baie de secours. Là, flottant dans son berceau magnétique, dormait un petit vaisseau qu'Alya adorait depuis toujours : l'Alcyon. On disait qu'il avait été construit à partir de plumes métalliques tombées d'une comète. Sa coque avait la forme d'un oiseau à bec court, ses ailes pliaient comme des éventails, et son cœur de moteur vibrait avec un rythme qui donnait envie de taper du pied.

— Hé, bébé, chuchota Alya. Tu veux voler pour de vrai ?

— Il veut, dit une voix derrière elle.

Alya se retourna. Un garçon aux cheveux en bataille, avec un sac trop gros pour lui et un sourire trop franc, se tenait là. Elle le connaissait vaguement : Milo, le livreur toujours en retard, souvent couvert de poussière de nébuleuse.

— Je t'ai vue filer. Les Éteigneurs… ils m'ont déjà pris mon vélo stellaire, alors je déteste leurs bottes. Si tu pars, je viens.

— Tu sais piloter une alouette ? demanda Alya, sceptique.

— Je sais tenir un cap, et je sais quand me taire, répondit-il. Et toi, tu as l'air de savoir quand il faut courir.

Un fracas retentit derrière eux. Des bottes martelèrent le couloir. Le fil bleu s'enroula autour de la cheville d'Alya comme pour la tirer vers l'avant.

— Monte, dit-elle.

L'Alcyon s'ouvrit comme un coquillage. À l'intérieur, tout était console et cordages de lumière. Des runes couraient sur la peau du vaisseau, et un petit œil de verre s'alluma sur le tableau.

— Bonjour, fit une voix douce. On vole ? J'aime voler.

— Grand-Méridien ? s'étonna Alya. Je croyais que ta voix avait rouillé.

— Je rouille debout, je rouille pour personne, déclama l'interface avec un humour de vieux capitaine. Code d'envol ?

Alya posa la rondelle contre le cristal central. Le Sceau des Étoiles s'embrasa, les runes se mirent à chanter, et l'Alcyon déplia ses ailes avec une élégance d'oiseau de légende.

— Envol autorisé, annonça Grand-Méridien. Destination ?

Alya pensa aux paroles de la silhouette : la Nébuleuse des Plumes.

— Cap sur la Nébuleuse, dit-elle. Et vite !

— Attachez vos rêves, lança la voix. On arrache le vide.

Les pinces magnétiques lâchèrent. L'Alcyon plongea hors de la baie au moment où les Éteigneurs déboulèrent, armes à muzzles bleus. Un rayon rata la queue du vaisseau d'un souffle. Dans les verrières de la ville, les reflets de l'Alcyon filèrent comme un oiseau argenté.

— Ils nous suivent, signala Milo, le nez collé au hublot.

— Les Éteigneurs n'aiment pas perdre, répondit Grand-Méridien. Et c'est un jour parfait pour les décevoir.

Devant eux, la Voie des Ailes se déploya, un chemin de particules lumineuses que seuls les vaisseaux sensibles pouvaient voir. L'Alcyon y entra comme un poisson dans son courant. Le Sceau vibra dans la manche d'Alya, envoyant de petites lueurs vers le tableau. Chaque lueur ouvrait un passage, refermait un autre, glissait le vaisseau entre des lamelles d'espace comme un marque-page secret.

— Tu sais ce qu'on transporte ? demanda Milo en regardant le halo bleu autour de la manche d'Alya.

— Non. Et oui. Ça a un nom : le Sceau des Étoiles. Il m'a parlé. Il m'a choisie. Je dois protéger un secret là-bas.

— On dirait un début de chanson, fit Milo. J'espère que la fin n'est pas trop triste.

— La fin ? répéta Alya. Je ne veux pas d'une fin. Je préfère une porte.

— Alors chantons pour une porte, conclut Grand-Méridien. Et accrochez-vous, parce que la Voie va tressauter.

Ils plongèrent dans une zone de turbulence où des gouttes de nuit éclataient en étincelles de midi. Derrière eux, les vaisseaux noirs s'acharnaient, mais l'Alcyon glissait entre les griffes du vide avec l'obstination d'un rêve qui refuse de se laisser réveiller.

Chapitre 3 — Les Tisseurs d'Aurore

La Nébuleuse des Plumes n'était pas une simple nuée de poussière. C'était un nid. Des plumes de lumière y flottaient, immenses et délicates, chacune longue comme une ville. Entre elles se cachaient des œufs-lumière, des bulles où des soleils encore timides se réchauffaient en frissonnant.

— Je n'ai jamais vu un tel endroit, souffla Milo.

— Moi non plus, avoua Grand-Méridien. Et pourtant, j'ai guidé des flottes et raconté des tempêtes.

Une brise sans vent frotta la coque. Des êtres apparurent, translucides, tissés de fils colorés, comme des tapisseries vivantes. Leurs voix étaient des accords doux, des accords qui se posaient sur la peau comme des plumes.

— Gardienne, chantèrent-ils en s'inclinant devant Alya. Tu as franchi la Voie avec le Sceau. Nous sommes les Tisseurs d'Aurore. Nous gardons le sommeil des étoiles.

— Je… bonjour, répondit Alya, un peu intimidée. On m'a dit de venir ici. Il y a un secret à protéger.

— Oui, fit un Tisseur rose, dont les fils clignaient comme des lucioles. Le secret est un œuf.

Le Tisseur dégagea une plume et révéla un œuf-cosmos. À l'intérieur, on devinait une spiralette de galaxies minuscules, qui se chargeaient de lumière comme des flacons qu'on remplit.

— C'est petit, chuchota Milo.

— Ce n'est pas petit. C'est neuf, corrigea un Tisseur bleu. Un univers en graine. Il attend qu'on lui ouvre le chemin. Mais il faut le faire en posant la question juste. Sans quoi, il poussera de travers, et il boira nos ciels.

Alya sentit le poids du Sceau dans sa manche. Il était chaud, presque brûlant, comme s'il approuvait.

— Et qui pose la question ? demanda-t-elle.

— Celle que le Sceau a choisie, chantèrent les Tisseurs d'une seule voix. Mais tu dois d'abord apprendre le nom d'un vent que tu ne connais pas encore. Sans ça, tu parlerais trop fort.

— Un examen ? demanda Milo, faussement découragé. On n'a pas révisé.

— Chut, fit Alya. Quel vent ?

Les Tisseurs tendirent un fil jusqu'au nez d'Alya. Elle ferma les yeux. Elle écouta. Il y avait des vents qu'elle connaissait : le vent des quais, qui sent la rouille ; le vent du vide, qui grince quand on va trop vite ; le vent de Périne, qui ressemble à un soupir. Mais ici, c'était différent. C'était un vent qui venait de l'intérieur, qui soufflait de son cœur vers l'extérieur, comme un souhait qu'on exhale. Il portait un goût de menthe froide et de miel tiède. Il s'appelait… Curiosité.

— Je crois que je l'ai, murmura-t-elle. Il s'appelle Curiosité.

Les Tisseurs vibrèrent de plaisir.

— Tu peux poser ta question quand le ciel voudra bien répondre, dirent-ils. Méfie-toi cependant. Les Éteigneurs se sont glissés par-derrière. Leur chef porte un manteau d'astres morts. Elle soufflera, elle, un vent de cendres.

— Ils nous ont suivis ? s'étrangla Milo.

Grand-Méridien répondit d'une voix grave :

— J'ai senti l'ombre sur nos ailerons. Ils sont là.

Au loin, une fêlure sombre se traça dans la brume gildée de la Nébuleuse. Les vaisseaux noirs entraient sans bruit, avalant la lumière comme des éclipses voraces.

— Protégez l'œuf, ordonna Alya. Et si je n'y arrive pas… si j'échoue…

— Rien n'est écrit, dit un Tisseur. Mais les histoires aiment ceux qui posent des questions.

Chapitre 4 — La cage de silence

Ils n'eurent pas le temps de se cacher. Dame Ustrine déclara leur présence en frappant ses mains gantées. Un dôme translucide tomba du ciel comme un piège à mouches : la Cage de Silence. À l'intérieur, les runes de l'Alcyon s'éteignirent une à une comme des lucioles qu'on souffle. Grand-Méridien toussa.

— Ils nous bâillonnent, dit-il, vexé. Moi, bâillonné ! Une honte.

Dame Ustrine marcha jusqu'à l'œuf-cosmos. Elle n'eut pas un geste brusque, juste la froideur de quelqu'un qui croit savoir.

— Voilà donc le trésor, dit-elle. Un univers à nos ordres : assez d'espace pour tout ranger, pour tout maîtriser, pour ne plus jamais subir le caprice d'un soleil. Donnez-moi le Sceau.

— Non, répondit Alya, la voix plus calme qu'elle ne l'était. Vous ne comprenez pas ce que vous demandez.

— Ce n'est pas à toi de comprendre. C'est à moi de décider, répliqua Ustrine. Le monde a besoin d'ordre, pas d'émerveillement.

— L'ordre sans questions, c'est un couvercle, lança Milo. Et un couvercle, ça finit par exploser.

— Fais taire le garçon, ordonna Ustrine à ses gardes.

Alya leva la main.

— Attendez. Vous voulez de l'ordre, je comprends. Vous avez peur. Mais si on ouvre un œuf pour lui dire : “Rentre tes ailes et fais comme je veux”, il restera petit. Il se ratatinera.

— Ça suffit, siffla Ustrine.

Alya sentit le Sceau brûler sa peau. Elle défit discrètement une broche sur le bord de l'Alcyon, où dormait un petit mécanisme qu'elle avait elle-même bricolé : un siffleur de vent. Il était censé chasser la poussière. Avec la Cage de Silence, il ne pouvait rien faire… sauf si le Sceau lui soufflait autre chose.

— Grand-Méridien, murmura-t-elle sans bouger les lèvres. Si je te rends ta voix un instant, tu peux faire quoi ?

— Je peux chanter très faux, répondit l'interface. Et parfois, chanter faux casse les verres.

— Parfait.

Alya sortit le Sceau et le serra contre la broche. La rondelle chanta. Pas un chant beau. Un chant tordu, grinçant, obstiné. La Cage de Silence vibra, un frisson la traversa. Grand-Méridien en profita pour tousser très fort :

— Aaaah-hum-hum HAAA ! Je déteste qu'on m'empêche d'être panique en paix ! Aouououou !

La Cage se fendilla. Les runes s'illuminèrent comme des étoiles qui reviennent.

— Garde ! hurla Ustrine.

Trop tard. Alya ramassa le Sceau et courut vers l'œuf-cosmos.

— Si vous posez vos mains dessus, dit-elle à Ustrine, vous n'aurez que de la cendre. Moi, je vais poser une question.

— Quelle question ? ricana la femme. Tu crois qu'on devient maîtresse du vide avec des devinettes ?

Alya colla son front contre l'œuf. À l'intérieur, les microgalaxies lui donnèrent le vertige. Elle sentit le vent intérieur, celui qu'elle venait d'apprendre à nommer.

— Curiosité, souffla-t-elle. Quel chemin choisis-tu si on ne te force pas ? À quoi ressembleras-tu si on te laisse grandir en liberté, mais en te protégeant du danger ?

Un silence tomba, mais cette fois, c'était un silence vivant. Un silence plein de possible.

Chapitre 5 — L'Œuf-Cosmos

La réponse vint d'abord comme une image : un réseau d'arcs délicats, de passerelles de lumière, de bulles reliées par des fils de pluie. Ce n'était pas un couloir droit. C'était un jardin. Un jardin d'univers.

— Il ne veut pas un cadenas, chuchota Alya. Il veut un tuteur.

Le Sceau se mit à tourner dans sa paume. Il émit des étincelles qui se plantèrent dans la coque de l'Alcyon, dans la main de Milo, et même dans l'épaule d'Ustrine. La femme sursauta, surprise de voir une étincelle préférer sa cape de cendres.

— Qu'est-ce que tu fais ? gronda-t-elle.

— Je partage, répondit Alya. Tu veux voir l'ordre ? Regarde comment la curiosité sait faire des règles sans enfermer.

Elle souleva le Sceau au-dessus de sa tête. Les Tisseurs d'Aurore se mirent à chanter, un chant de fil et de levée de soleil. Grand-Méridien, vexé mais touché, ajouta sa voix qui dérapa avec des coucougniettes mal placées mais qui, par miracle, ouvrit des fissures où il fallait. Milo frappa un rythme avec les doigts sur le tableau.

— Trois, deux, un, compta Grand-Méridien. On cale la fréquence sur la façon de questionner, pas sur la façon de commander. C'est tout nouveau pour moi, mais je veux bien essayer de ne pas être grognon.

Le Sceau s'aplatit comme une goutte et se changea en anneau. Les constellations gravées tournèrent si vite qu'elles devinrent un seul fil d'argent. Alya le lança vers l'œuf-cosmos. L'anneau ne se posa pas dessus, mais autour, à quelques centimètres, comme une couronne discrète. L'œuf frémit.

Dame Ustrine leva la main pour tirer, mais sa main se bloqua. Elle regarda l'étincelle plantée dans son épaule. Sa respiration se fit plus courte.

— Qu'est-ce que c'est ? murmura-t-elle malgré elle.

— Une question, dit Milo. On peut poser des questions sans perdre sa force.

La Nébuleuse se transforma. Des plumes s'alignèrent en arcs, les Tisseurs tirèrent des fils, l'Alcyon projeta des balises de douceur. L'œuf s'ouvrit. Pas en craquant net, non. En fleurissant. Les membranes de lumière se déployèrent, révélant un centre sombre où des flocons d'aube papillonnaient déjà.

Un souffle sortit de l'œuf. Pas un souffle qui repousse. Un souffle qui invite. Il caressa les joues d'Ustrine, qui cligna des yeux comme quelqu'un qu'on réveille doucement.

— Si tu entres avec tes bottes, dit Alya sans dureté, tu vas tout saler. Mais tu peux regarder, et apprendre. Tu peux garder ceux qui veulent détruire, mais pas empêcher ceux qui veulent comprendre.

— Et si tout dérape ? demanda Ustrine, la voix moins dure, un brin fatiguée. Si ce jardin devient une jungle ?

— Alors on fera ce qu'on a toujours fait de mieux, répondit Alya. On posera une autre question.

Ustrine baissa le bras. Elle regarda l'œuf, puis la petite Gardienne qui tenait entre les mains un anneau devenu fil. Un éclat de quelque chose — regret, ou surprise, ou envie de sourires — passa dans ses yeux.

— J'ai passé ma vie à fermer, dit-elle. Je ne sais pas ouvrir.

— On peut apprendre tous les deux, proposa Alya. Ce n'est pas interdit d'être nouvelle.

Le centre de l'œuf devint une fenêtre. À travers, on voyait des petites îles suspendues, des mers de nuit et des arches de jour. L'anneau dessina un premier chemin, pas trop large, juste assez pour une personne, ou deux si on se tenait la main.

— C'est… beau, souffla Milo, bouche ouverte.

— C'est plus que beau, corrigea Grand-Méridien, un rien ému. C'est prometteur.

Les vaisseaux des Éteigneurs reculèrent sans ordre. Personne n'osait tirer sur une promesse. Le silence qui suivit n'avait plus de Cage. C'était un silence qui respirait.

Chapitre 6 — Un univers qui s'ouvre

On ne range pas un univers en graine dans une boîte. On lui parle, on le guide et on l'écoute. Dans les jours qui suivirent, Alya resta près de l'œuf-fleur. Elle apprit à attacher des rubans de trajectoires et à lâcher des flèches d'attention. Les Tisseurs d'Aurore lui montraient comment tisser des garde-fous invisibles. Milo apportait des outils et des blagues. Grand-Méridien râlait autant qu'il aidait, ce qui est une manière de dire qu'il aidait beaucoup.

Dame Ustrine revint, sans sa cape de cendres, avec une simple combinaison grise. Elle regarda sans parler, puis elle posa deux questions. Elles étaient maladroites, comme des chaussures neuves, mais Alya les accueillit comme un cadeau. L'une concernait la limite — on ne laisse pas le vent emporter tout. L'autre concernait la peur — on la nomme pour qu'elle n'ordonne pas en secret.

— Tu sais, dit Milo, si on avait voulu une vie tranquille, on aurait gardé le stand de boulons de Périne.

— Périne m'aurait interdit de partir, répondit Alya en souriant. Et elle aurait eu raison. Et tort. Comme d'habitude.

Tante Périne, d'ailleurs, finit par arriver, un chiffon dans les mains, l'air de rien.

— J'ai entendu dire que tu avais embarqué mon vaisseau et mon apprentie, lança-t-elle à Grand-Méridien.

— Je m'excuse pour rien, répliqua l'interface. Je lui devais un envol.

Périne souffla, puis elle regarda Alya. Des rides s'étaient creusées autour de ses yeux, mais elles semblaient plus légères.

— Tu as trouvé mieux qu'un atelier, petite. Tu as trouvé un métier : poser des questions au ciel.

Alya serra l'anneau du Sceau autour de son poignet. Il ne brûlait plus ; il réchauffait. Un jour viendrait où il choisirait quelqu'un d'autre, peut-être. Mais en attendant, elle était la Gardienne d'un secret qui n'avait plus besoin de se cacher, seulement d'être entouré.

— On fait comment, demanda Milo, pour éviter que des gens malintentionnés s'y jettent n'importe comment ?

— On tisse des ponts qui demandent un mot de passe, proposa Grand-Méridien. Mais pas un mot compliqué. Un mot qui ne se prononce bien que quand on le pense pour de vrai.

— Comme… “Merci” ? suggéra Périne.

— Ou “Pourquoi ?”, répondit Alya.

Ils essayèrent. À l'entrée du premier pont, un fil de lumière s'inscrivit. Il ne brillait que si on disait la question avec le cœur ouvert. Ceux qui parlaient par habitude ne voyaient qu'un fil éteint. Ceux qui avaient peur de douter voyaient une corde raide. Ceux qui acceptaient de ne pas tout savoir voyaient une passerelle solide, bordée de lanternes de lucioles.

Dame Ustrine s'approcha. Elle ouvrit la bouche, la referma, puis dit :

— Pourquoi pas.

Le pont s'illumina. Elle sourit, timidement, comme une enfant qui retrouve un jeu oublié.

Alya respira profondément. La Nébuleuse des Plumes, l'œuf-cosmos, l'Alcyon, les Tisseurs, tout cela formait une musique que même le silence respectait. Elle se tourna vers Milo.

— Tu viens ? On ne peut pas tout découvrir aujourd'hui. Mais on peut commencer.

— Je viens, dit-il. Mais je tiens ta manche si on croise un dragon de brouillard. Je n'aime pas les dragons de brouillard.

— Toi et ta peur des nuages avec des dents, se moqua Grand-Méridien. Allez, petit équipage, en avant. On a comme une seconde enfance à vivre.

Ils s'engagèrent sur le premier pont. En dessous, l'univers naissant respirait comme un chaton. Des arbres de vapeur lançaient déjà leurs feuilles d'aurore ; des rivières de comètes cherchaient leur lit ; des îlots de crépuscule apprenaient la nuance entre orange et violet. À chaque pas, le fil sous leurs pieds devenait plus certain.

Alya posa sa main libre sur le bastingage de lumière.

— Je promets de te protéger, murmura-t-elle pour l'univers qui l'écoutait. Mais je promets aussi de te laisser surprendre. Je promets de te poser des pourquoi au lieu de te donner des parce que.

Le vent Curiosité caressa leurs joue et gonfla leurs manteaux. Derrière, au-delà des plumes et des quais, l'ancien ciel restait immense. Devant, l'autre commençait à peine, et pourtant il débordait déjà de chemins.

L'Alcyon, resté près de l'entrée, fit un bruit de gorge content. Les Tisseurs d'Aurore accrochèrent encore deux lanternes aux fils du pont. Tante Périne essuya une poussière qui n'existait pas.

Alya se retourna une seconde. Elle vit les vaisseaux noirs des Éteigneurs flotter, hésiter, puis s'éloigner sans bruit. Le manteau de comètes mortes s'effritait sur les épaules d'Ustrine comme cendre au vent.

— Tu reviendras ? demanda la femme d'une voix changée.

— Oui, dit Alya. Mais pas pour fermer. Pour expliquer.

Au bout du pont, un air neuf, sans nom, se présenta à leurs lèvres. Ils n'avaient pas besoin de tout comprendre. Ils n'avaient pas besoin d'être à la hauteur de tout. Seulement d'être là, présents, attentifs, prêts à apprendre. Alors ils franchirent la frontière qui n'en était plus une.

Et, au cœur d'un jardin de galaxies en herbe, un univers tout neuf s'ouvrit comme une porte qu'on n'avait jamais osé pousser.

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