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Space fantasy 11 à 12 ans Lecture 24 min.

La veilleuse des profondeurs et l’astre endormi

Alaric et Nima découvrent qu’un astre captif menace leur ville souterraine et partent à l’aventure pour retrouver la légendaire Veilleuse des Profondeurs, une lumière capable de réconcilier machine et ciel.

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Alaric, la trentaine, visage fin, cheveux noirs en mèche, manteau court taché de suie et poudre d’étoile, expression déterminée et douce, porte une sacoche de fioles et pose délicatement la Veilleuse sur un socle, mains gantées ; Nima, mécanicienne d’environ 28 ans, peau bronzée, cheveux courts et huileux, salopette métallique avec outils, pousse une manette d’anneaux magnétiques pour alléger la lampe, debout à côté d’Alaric. La Veilleuse est une grande lampe en alliage sombre et filaments d’or, abat-jour en verre stellaire contenant une mini-galaxie tournante qui émet une lueur chaude rose pâle et or illuminant leurs visages. Au centre du réacteur flotte l’Astre-Endormi, sphère sombre bordée d’une couronne pâle entourée de runes lumineuses entrelacées, à la fois menaçante et triste. Scène dans les Anciennes Galeries, cathédrale souterraine de roche et métal avec colonnes massives, veines de cristal formant constellations au plafond, conduits et câbles suspendus, sol en passerelles de cuivre; Alaric et Nima installent la Veilleuse face au réacteur, son halo calme enveloppe la sphère et détend les runes, ambiance de tension apaisée, contrastes chauds au premier plan (or, rose) et bleus métalliques/noirs profonds en arrière-plan, style 3D cartoon cel-shading, lignes nettes, textures peintes à la main, éclairage dramatique mais doux, expressions lisibles et chaleureuses. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La ville sous la roche et sous les étoiles

Sous la croûte d'une lune couleur ardoise, la ville de Ghaléa ronronnait comme une bête endormie. On n'y voyait pas le ciel, mais on le devinait : des vibrations fines dans les parois, des poussières luminescentes qui tombaient parfois des galeries supérieures comme une neige d'argent.

Les rues étaient creusées à même le basalte. Des passerelles de cuivre reliaient des dômes de verre sombre, et, au-dessus, des conduites chantaient doucement. Ce n'étaient pas de simples tuyaux : ils transportaient l'énergie des réacteurs enchantés, ces cœurs énormes où la technologie rencontrait la magie. On les appelait les Fournaises-Runes. Leur lueur verte et violette filtrait par des fentes, comme si la pierre respirait.

Alaric Venn, alchimiste spatial, avançait d'un pas vif, sa sacoche de fioles cognant contre sa cuisse. Il avait les yeux brillants de ceux qui aiment les surprises, même quand elles sentent le danger. Une mèche sombre tombait sur son front, et son manteau était taché de suie et de poudre d'étoile.

— Alaric ! cria une voix depuis un étalage de pièces détachées. Tu vas encore te mettre la ville à dos !

C'était Nima, une mécano aux doigts toujours noirs de graisse. Elle tenait une clé immense comme un sceptre.

— Si la ville me boude, je lui offrirai une confiserie de plasma, répondit Alaric. Ça marche avec tout le monde.

Nima leva les yeux au ciel.

— Tu vas surtout offrir un trou dans le plafond. On dit qu'un réacteur a toussé, au niveau des Anciennes Galeries.

Alaric s'arrêta net. Un réacteur qui « tousse », à Ghaléa, ce n'était pas une image : c'était un avertissement. Les Fournaises-Runes étaient stables… tant qu'on respectait leurs caprices.

— Justement, dit-il, ça sent la nouveauté.

— Ça sent surtout la catastrophe, grogna Nima. Et tu as ce sourire, là. Le sourire “je vais toucher au truc interdit”.

Alaric tapota sa sacoche.

— J'ai de quoi soigner un rhume de réacteur. Et si ce n'est pas un rhume… alors ce sera une aventure.

Il prit l'escalier en spirale qui descendait vers les niveaux interdits. Les marches vibraient sous ses bottes. Plus il descendait, plus l'air devenait chaud et métallique, chargé d'ozone et d'encens — l'encens des runes, celui qu'on brûle pour calmer les esprits d'énergie.

À l'entrée des Anciennes Galeries, une porte scellée portait une inscription gravée dans le métal :

« Ne pas réveiller ce qui rêve en dessous. »

Alaric passa ses doigts sur les lettres.

— Pas réveiller… ou pas déranger ? murmura-t-il. Ce n'est pas pareil.

La serrure cliqueta quand il approcha une petite fiole où nageait une lumière bleue : un dissolvant d'entrave, concocté avec trois gouttes de comète et un soupçon de… curiosité pure.

La porte s'ouvrit en soupirant, comme si elle était soulagée de parler enfin.

Chapitre 2 — Le souffle de l'Astre-Endormi

Les Anciennes Galeries n'étaient pas seulement des tunnels. C'était un labyrinthe sculpté avec une précision presque élégante, comme si un géant patient avait dessiné des arcs et des colonnes à l'intérieur de la roche. Des câbles pendus comme des lianes portaient des lucioles mécaniques qui clignotaient, fatiguées.

Au fond, la Fournaise-Runes principale palpitait. Un cylindre gigantesque, cerclé de bagues gravées, alimenté par des conduits de cristal. À chaque pulsation, des symboles s'allumaient, puis s'éteignaient, comme des yeux.

Alaric s'approcha, le cœur battant.

— D'accord… on respire. Enfin, toi, tu respires déjà, on dirait.

Le réacteur émit un son étrange : pas un grondement, mais un long souffle, presque une plainte. Les runes tremblèrent. Une odeur de pluie brûlée envahit l'air.

Alaric sortit une lentille d'analyse, un monocle de verre irisé. Il le posa sur son œil et observa les flux d'énergie : au lieu de suivre des spirales régulières, la magie tournait en nœuds, comme un fil qu'on aurait trop tiré.

— Quelqu'un t'a fait un nœud au ventre, chuchota-t-il.

Une voix répondit, claire comme une cloche… mais elle ne venait d'aucune bouche.

« Nouveau venu. »

Alaric se figea. Les réacteurs, d'habitude, ne parlaient pas. Ils bourdonnaient, ils vibraient, ils protestaient parfois… mais ils ne formaient pas de mots.

— Je suis Alaric Venn, dit-il prudemment. Je suis… euh… médecin de machines et herboriste d'énergies. Je viens t'aider.

Un rire léger glissa sur les parois.

« Aider. Mot charmant. Mot dangereux. »

— Je suis plutôt du genre charmant, répondit Alaric, tentant une pointe d'humour. Dangereux, seulement les jours pairs.

La Fournaise-Runes s'illumina brusquement. Dans la lueur, Alaric vit quelque chose qu'il n'avait jamais vu : au cœur du réacteur, là où devait flotter un cristal de commande, se trouvait une sphère sombre, comme un petit morceau de nuit. Elle aspirait la lumière autour d'elle.

« Je suis l'Astre-Endormi, » murmura la voix. « On m'a enchaîné pour nourrir la ville. »

Alaric sentit un frisson lui remonter l'échine.

— Un astre… ici ? Dans un réacteur ?

« Une graine d'astre. Un cœur de lumière capturé. Ton peuple a oublié. Vos runes ont masqué ma mémoire. Mais je me réveille. Et quand je me réveille… je réclame le ciel. »

Le sol vibra plus fort. Une pluie de poussière tomba du plafond.

Alaric recula d'un pas. Son esprit courait dans tous les sens, mais une idée s'attrapa à lui comme un crochet : si l'Astre-Endormi se libérait, Ghaléa perdrait son énergie… et peut-être plus que ça. La ville, sans ses Fournaises-Runes, deviendrait une coquille froide.

— Écoute, dit-il en levant les mains comme s'il apaisait un animal sauvage. Je ne veux pas te garder prisonnier. Mais si tu pars d'un coup… des milliers de gens vont souffrir. On peut trouver une autre solution. Une solution… nouvelle.

Un silence. Puis :

« Tu accueilles la nouveauté, Alaric Venn. Cela te rend intéressant. Prouve-le. Trouve une lumière qui veille sans enchaîner. Sinon… je briserai tout. »

La lueur vacilla, et un choc sec résonna dans les conduits, comme si un énorme poing avait frappé la pierre.

Alaric n'attendit pas la suite. Il tourna les talons et remonta en courant, sa sacoche rebondissant, le cerveau déjà en train de mélanger des recettes impossibles.

Chapitre 3 — La carte de poussière d'étoile

Au niveau des ateliers, l'air semblait plus frais, mais les lampes tremblaient légèrement, comme si elles avaient peur. Alaric déboula dans la boutique de Nima, essoufflé.

— Alors ? lança-t-elle. C'était un “petit rhume” ?

— C'était un… astre qui parle, répondit Alaric. Et il veut le ciel.

Nima resta bouche bée une demi-seconde, puis retrouva sa grimace habituelle.

— Bien. Parfait. Évidemment. Pourquoi ce serait simple ?

Alaric vida sa sacoche sur une table : des fioles aux couleurs bizarres, des morceaux de métal gravés, une plume de nebula conservée dans un tube.

— Il nous faut une lumière qui veille, dit-il, une lumière qui alimente sans emprisonner. Une sorte de… gardienne.

— Une lampe ? proposa Nima, ironique.

Alaric cligna des yeux.

— …Oui. Mais pas une lampe de cuisine. Une lampe enchantée, connectée aux conduits, capable de stabiliser les flux. Une lampe qui rassure l'Astre-Endormi, qui lui dit : “Tu peux dormir, je veille.”

Nima posa la clé sur l'établi.

— Et tu comptes trouver ça où ?

Alaric sourit, ce fameux sourire qui annonçait des ennuis.

— Dans l'Observatoire des Mineurs. Le vieux dôme abandonné près des puits. On dit qu'il y a une carte céleste faite de poussière d'étoile. Si quelqu'un a pensé à une lumière gardienne, c'est bien eux.

Nima soupira si fort qu'on aurait pu faire tourner une petite hélice avec son souffle.

— Je viens. Parce que si tu y vas seul, tu vas demander la route à un caillou et te perdre.

Ils traversèrent Ghaléa en évitant les zones où les conduits vibraient trop. Des habitants sortaient sur le pas des portes, inquiets. Une femme serrait un bébé contre elle, un vieux regardait le plafond comme s'il allait tomber.

Alaric s'arrêta un instant, touché par ce qu'il voyait.

— On va y arriver, murmura-t-il. On doit y arriver.

L'Observatoire des Mineurs était un dôme de verre fissuré, coincé dans une cavité immense. À l'intérieur, des télescopes rouillés pointaient vers… rien, puisque la roche bouchait le ciel. Pourtant, au centre, une table circulaire était couverte de poussière scintillante. Quand Alaric passa la main au-dessus, les grains se levèrent en volutes et dessinèrent une carte : constellations, routes de comètes, et un symbole au milieu, comme un œil.

Nima siffla.

— D'accord. C'est… beau. Et un peu flippant.

Une inscription apparaissait au bord de la table, en lettres minuscules :

« Quand la ville oublie le ciel, allume la Veilleuse des Profondeurs. »

— La Veilleuse, répéta Alaric. Voilà notre lampe.

La carte se recomposa et montra un chemin : une série de galeries vers un endroit marqué d'un point rouge, au-dessous des réacteurs.

Nima plissa les yeux.

— C'est… sous les Anciennes Galeries.

— Là où personne ne va, dit Alaric.

— Là où ton bon sens devrait rester, corrigea Nima.

Alaric prit une fiole de lumière bleue et la secoua.

— Mon bon sens me suit, il a juste du mal à garder le rythme.

Ils échangèrent un regard. Même Nima, malgré ses grognements, avait dans les yeux une étincelle : celle de l'espoir qu'on choisit, même quand il tremble.

Chapitre 4 — Le pont des Murmures et la clé chantante

Le chemin vers le point rouge était étroit. Les murs transpiraient une humidité tiède. Par endroits, des cristaux poussaient comme des dents, et lorsqu'on les frôlait, ils chantaient une note aiguë.

— Super, dit Nima. Des stalactites musicaux. Si on croise une chorale de chauves-souris, je démissionne.

Ils arrivèrent devant un vide : un gouffre noir, traversé par un pont suspendu fait de chaînes et de plaques de métal. Le pont vibrait doucement, comme une corde de guitare géante.

Au-dessus, des symboles flottaient dans l'air, runes pâles qui se tordaient.

— Le Pont des Murmures, souffla Alaric en reconnaissant un vieux schéma. Les runes y lisent ton intention. Si tu mens… il te jette.

Nima fit craquer ses doigts.

— Donc, pas de “tout va bien”.

Alaric posa un pied sur le pont. La plaque gémit. Les runes se rapprochèrent de son visage, comme des moustiques lumineux.

« Pourquoi viens-tu ? » semblait demander le bourdonnement.

— Pour sauver Ghaléa, dit Alaric à voix haute. Et pour libérer ce qui doit l'être… sans casser le reste.

Le pont se stabilisa. Nima le suivit, en marmonnant :

— Et pour ne pas finir en purée au fond du trou, aussi.

Au milieu, un vent froid surgit du gouffre, portant des chuchotements. Des phrases incomplètes, des regrets, des peurs.

« Trop tard… »

« Ça va s'effondrer… »

« On ne peut rien… »

Alaric serra les dents.

— Taisez-vous, dit-il. Ou alors racontez quelque chose d'utile.

Comme pour lui répondre, une forme se dessina sur le pont : une serrure sans porte, flottante, en métal noir. Dans son cœur pendait une petite clé, attachée à un fil de lumière.

Nima s'approcha, fascinée.

— Une clé… mais pour quoi ?

La clé vibra et émit un son, comme un accord de harpe.

Alaric sourit malgré la tension.

— Une clé chantante. Elle ouvre ce qui n'est pas fait pour être forcé.

Il tendit la main. La clé recula d'un centimètre, méfiante.

— D'accord, dit-il doucement. Je ne vais pas te serrer comme une pince. Je te demande, c'est tout.

Il sortit une minuscule fiole contenant une goutte dorée.

— Pollen de soleil capturé, annonça-t-il. Ça peut servir de paiement.

La clé avança, comme attirée. Elle se posa dans sa paume. Immédiatement, les murmures se calmèrent, comme si le pont venait de décider de leur laisser passer.

De l'autre côté, un escalier descendait vers une porte ronde, scellée par trois anneaux gravés. Alaric approcha la clé chantante. Elle fredonna. Les anneaux tournèrent, un à un, avec un bruit de mécanique ancienne.

La porte s'ouvrit sur une salle qui semblait… trop grande pour être sous terre.

Chapitre 5 — La Veilleuse des Profondeurs

La salle était une cathédrale de roche et de métal. Des colonnes s'élevaient comme des troncs d'arbres pétrifiés. Au plafond, des veines de cristal dessinaient des constellations, si bien que, pour la première fois depuis longtemps, Alaric eut l'impression de voir un ciel.

Au centre reposait une lampe gigantesque, posée sur un socle. Elle était faite d'un alliage sombre traversé de filaments d'or. Son abat-jour n'était pas en tissu, mais en verre stellaire : on y voyait des étincelles tourner, comme une galaxie miniature.

— Voilà ta “lampe de cuisine”, souffla Alaric, émerveillé.

Nima fit le tour du socle.

— Elle a l'air… endormie. Et lourde. Très lourde.

Sur le socle, une inscription :

« La Veilleuse ne brille pas pour dominer. Elle brille pour guider. »

Alaric posa ses mains sur la lampe. Elle était froide, mais pas morte. Il sentit une pulsation lente, comme un cœur patient.

— Comment on l'allume ? demanda Nima.

Alaric regarda autour. Trois supports vides entouraient le socle, comme des emplacements pour des offrandes.

— Il faut des composants, dit-il. Probablement un mélange de science et de sortilège. Les mineurs étaient malins.

Nima pointa un panneau gravé de schémas.

— Là. Trois choses : un “flux pur”, une “mémoire de ciel” et… un “rire”.

Alaric éclata d'un petit rire nerveux.

— Un rire ? Sérieusement ?

Nima haussa les épaules.

— La magie adore se moquer de nous.

Ils n'avaient pas le temps de remonter chercher. Alaric fouilla sa sacoche.

— Flux pur… j'ai une capsule de plasma filtré. Mémoire de ciel… j'ai ça.

Il sortit une plume de nebula. Elle changeait de couleur selon l'angle, comme si elle se souvenait de plusieurs couchers de soleil en même temps.

— Et le rire ? demanda Nima.

Alaric la regarda.

— Je peux raconter une blague nulle ?

— Je t'en supplie, dit-elle. Qu'on en finisse.

Alaric plaça la capsule de plasma sur le premier support. Il posa la plume sur le deuxième. Rien ne se passa. Le troisième support restait vide, impatient.

Alaric se racla la gorge.

— Alors… tu sais pourquoi les astéroïdes ne racontent jamais leurs secrets ?

Nima plissa les yeux, déjà agacée.

— Non.

— Parce qu'ils ont peur… qu'on les prenne pour des… cailloux bavards.

Un silence. Puis Nima lâcha un rire, bref, surpris, presque malgré elle. Un rire qui disait : “C'est nul, mais je respire.”

Le troisième support s'emplit d'une lueur rose, comme si le rire avait une couleur. La Veilleuse trembla. Ses filaments d'or s'allumèrent un à un, dessinant des runes délicates. La galaxie sous le verre stellaire se mit à tourner plus vite, mais sans violence, comme une danse.

La lampe projeta un faisceau doux qui monta jusqu'au plafond, accrochant les constellations de cristal. La salle entière sembla se réveiller, pas en sursaut, mais en étirement.

— On l'a, murmura Alaric. On a une lumière.

À cet instant, un grondement secoua les colonnes. La Veilleuse vacilla.

De loin, à travers les conduits, une voix résonna, plus forte qu'avant :

« Je me lève. »

Alaric sentit son sang se glacer.

— Il faut l'amener aux réacteurs. Maintenant.

Nima posa ses mains sous un des anneaux de transport.

— Elle pèse une planète !

Alaric glissa la clé chantante dans un mécanisme du socle. La lampe répondit en se rendant plus légère, comme si elle acceptait d'être portée. Les anneaux se déployèrent et flottèrent légèrement au-dessus du sol.

— Merci, souffla Alaric. Promis, on te donne une place d'honneur.

Ils coururent — autant qu'on peut courir en guidant une lampe presque vivante — dans les galeries qui tremblaient.

Chapitre 6 — Le pacte avec l'ombre lumineuse

Quand ils revinrent aux Anciennes Galeries, la Fournaise-Runes principale était en crise. Les runes clignotaient comme des alarmes. Des arcs d'énergie jaillissaient, griffant les murs. Des techniciens s'étaient rassemblés plus haut, trop effrayés pour descendre.

Alaric s'avança malgré la chaleur, la Veilleuse flottant à ses côtés, tenue par les anneaux.

— Reculez ! cria Nima aux gens. Ça va faire des étincelles, et pas les jolies !

Au cœur du réacteur, l'Astre-Endormi s'était agrandi. La petite nuit était devenue une sphère plus dense, bordée d'une couronne blanche. On aurait dit une éclipse miniature, prête à avaler la ville.

« Tu es revenu, » dit la voix. « Avec quoi ? Une autre chaîne ? »

Alaric posa la Veilleuse sur une plateforme face au réacteur. La lampe diffusa une lueur paisible, un halo qui ne forçait rien. On sentait sa chaleur comme une main posée sur une épaule.

— Pas une chaîne, répondit Alaric. Une gardienne. Elle ne te retient pas. Elle veille sur l'équilibre.

« L'équilibre est un mot que les prisonniers n'aiment pas, » répliqua l'Astre.

Alaric inspira. Il pensa aux visages croisés dans les rues, aux lampes tremblantes, aux rires qu'on étouffe quand on a peur. Puis il parla, d'une voix ferme :

— Je ne te demande pas d'oublier ta colère. Je te demande de choisir. Si tu te libères d'un coup, Ghaléa meurt. Et si Ghaléa meurt, tu n'auras pas un ciel… tu auras un tombeau. Mais si tu acceptes de dormir encore, autrement… on te construira une route vers le haut. Une vraie route. Pas un vol arraché.

Nima, derrière lui, ajouta :

— Et on arrête de jouer aux voleurs d'étoiles. Promis. Enfin… on essaie.

La Veilleuse pulsa. Ses runes s'alignèrent avec celles du réacteur, non pas en les écrasant, mais en les complétant. Les nœuds d'énergie se délièrent un peu, comme un fil qu'on démêle avec patience.

L'Astre-Endormi hésita. On sentit son hésitation dans la pierre, dans l'air, dans le silence soudain des conduits.

« Pourquoi ferais-je confiance ? »

Alaric posa la main sur le verre stellaire de la lampe. Il y vit tournoyer une poussière lumineuse, semblable à la carte de l'Observatoire.

— Parce que j'ai peur aussi, avoua-t-il. Et pourtant je suis là. Parce que l'espoir, ce n'est pas dire “ça ira”. C'est fabriquer une solution quand ça ne va pas.

La sphère sombre se contracta, comme si elle retenait un sanglot.

« Une lampe… qui veille… » murmura la voix, moins dure.

La Veilleuse projeta un rayon fin directement vers le cœur du réacteur. Ce rayon ne perça pas l'Astre, ne le coupa pas : il l'entoura, comme un cercle de lumière autour d'une flamme.

Alors l'impensable arriva : l'Astre-Endormi cessa de lutter. Sa couronne blanche se calma. Il se réduisit lentement, redevenant une graine d'ombre lumineuse, plus petite, plus stable.

Les runes du réacteur se fixèrent, enfin régulières. Le souffle plaintif devint un ronronnement apaisé.

Dans les galeries, les lampes arrêtèrent de trembler.

Nima lâcha un long soupir.

— Je crois que… ça marche.

Alaric sentit ses jambes devenir molles, comme si toute la tension s'échappait d'un coup.

— Ça marche, confirma-t-il. Et maintenant… on tient notre promesse.

Chapitre 7 — La lampe qui veille

Les jours suivants, Ghaléa changea de sonorité. Ce n'était plus le même bourdonnement inquiet : c'était une musique régulière, un rythme sûr. La Veilleuse des Profondeurs avait été installée dans une alcôve proche de la Fournaise-Runes, reliée par des conduits de cristal polis. Elle servait de régulateur, de gardienne, de médiatrice entre la machine et l'astre.

Alaric et Nima travaillèrent sans relâche. Ils ajoutèrent des plaques de cuivre gravées, des filtres technomagiques, et même un petit réservoir d'encens runique “au cas où”. Les techniciens, d'abord méfiants, commencèrent à aider.

Un soir, Alaric remonta jusqu'à un belvédère souterrain où l'on pouvait voir la ville s'étendre en terrasses, éclairée par des milliers de lumières. Il ne voyait toujours pas le vrai ciel, mais il sentait moins son absence.

Nima le rejoignit, une tasse fumante à la main.

— Tu sais, dit-elle, je m'attendais à ce que tu te vantes. Genre : “Moi, Alaric, dompteur d'astres.”

— Je pourrais, répondit-il. Mais ça sonne un peu… ridicule.

— Très ridicule.

Ils restèrent silencieux un moment. Au loin, la Veilleuse projetait une lueur douce dans les conduits, une lumière qui ne clignotait pas, qui ne paniquait pas.

Alaric pensa à l'Astre-Endormi. Il ne l'entendait plus parler comme avant, mais parfois, quand il passait près du réacteur, il sentait une présence calme, attentive, comme quelqu'un qui apprend à faire confiance.

— On construira la route vers le haut, dit Alaric soudain.

Nima le regarda.

— Tu es sérieux ?

— Oui. Pas demain. Pas en fonçant tête baissée. Mais un jour. Une rampe, un ascenseur, un tunnel protégé… quelque chose. Pour que Ghaléa revoie le ciel sans voler de lumière à personne.

Nima hocha la tête, plus douce.

— Ça, c'est de l'espoir. Pas juste des mots.

En redescendant, ils passèrent devant l'alcôve de la Veilleuse. La lampe brillait comme un petit univers domestiqué, et son halo caressait les parois. Dans cette lumière, la pierre semblait moins lourde, presque transparente.

Alaric posa deux doigts sur le métal tiède.

— Merci, murmura-t-il.

La lampe ne répondit pas avec des mots. Elle répondit en veillant, simplement : une clarté stable, fidèle, qui tenait tête à la nuit sous la roche.

Et dans la ville souterraine, même ceux qui ne savaient rien des astres captifs sentirent quelque chose de nouveau grandir : la certitude qu'on peut réparer sans briser, avancer sans écraser, et qu'une lumière, parfois, suffit à garder un rêve vivant.

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Basalte
Roche dense et sombre formée par le refroidissement de la lave.
Suie
Poussière noire qui reste après la combustion d’un feu.
Réacteur
Grande machine qui produit de l’énergie pour faire fonctionner la ville.
Scellée
Fermée et verrouillée de façon à empêcher l’ouverture.
Dissolvant d’entrave
Liquide spécial qui sert à dissoudre un verrou ou une barrière magique.
Comète
Gros objet glacé qui tourne autour d’une étoile et laisse une traînée lumineuse.
Monocle
Petit verre porté devant un seul œil pour mieux voir.
Nœuds
Points où quelque chose est serré ou emmêlé, comme des fils ou de l’énergie.
Sphère
Objet en forme de boule, parfaitement rond.
Poussière scintillante
Poussière qui brille et qui donne un éclat comme des petits points lumineux.
Encens
Substance qu’on brûle pour sentir une odeur et calmer ou protéger un lieu.
Runes
Signes gravés utilisés pour la magie ou pour donner des instructions anciennes.
Cristaux
Minéraux durs et transparents qui brillent et peuvent conduire la lumière.
Cathédrale
Grande salle aux voûtes élevées, ici utilisée pour décrire une vaste salle souterraine.
Alliage sombre
Mélange de métaux foncés formant un matériau résistant et lourd.

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