Chapitre 1 — Le marché des mille couleurs
Le marché s'étirait comme un arc-en-ciel posé sur la place. Étalages qui clignotaient, tissus qui dansaient, paniers qui sentaient la pomme et le parfum de la menthe. Au milieu de tout ça, Nolio soufflait des bulles qui changeaient de couleur selon son humeur. Nolio avait des petites ailes rondes, une queue en tire-bouchon et des oreilles qui piquaient quand il riait. Il portait toujours une écharpe rayée — rouge, bleue, jaune — parce que, disait-il, "les couleurs, c'est l'équipe des bonnes idées".
Ses copains étaient déjà là. Mima, une chouette turquoise qui portait des lunettes rondes et un sac à dos plein de biscuits. Boum, un gros hérisson rose qui roulait comme une boule quand il riait trop fort. Ziti, un petit renard à huit pattes (oui, huit) qui faisait claquer ses doigts comme un musicien. Ensemble, ils formaient l'équipe des Couleurs d'Équipe, un groupe qui aimait peindre, partager et surtout s'amuser.
"Salut Nolio !" cria Mima en ajustant ses lunettes. "Tu as amené les pinceaux arc-en-ciel ?"
"Bien sûr !" répondit Nolio fièrement, en faisant apparaitre une poignée de pinceaux qui scintillaient.
"Et les biscuits ?" demanda Boum, déjà affamé.
"Dans mon sac !" annonça Ziti en faisant danser ses pattes.
Tout allait bien jusqu'à ce qu'un brouhaha monte près de l'étal de Madame Tasse-Teinte, une vendeuse de teintures qui offrait des teintures qui changeaient selon la musique. Les habitants accouraient, curieux. Nolio sentit ses bulles s'emballer — bleu vif, puis vert pomme — et il eut une idée : "Et si on peignait une grande banderole pour l'arrivée du nouveau pain arc-en-ciel ?"
"Oui !" dirent les copains en cœur.
Chapitre 2 — Le pinceau qui n'en faisait qu'à sa tête
Ils installèrent leur coin peinture près du stand. Mima trempa un pinceau, Boum choisit les couleurs, Ziti tapotait un rythme, et Nolio soufflait des bulles pour arroser les couleurs — pas trop, parce que les bulles pouvaient tout faire virer au pailleté.
Sauf que le pinceau favori de Nolio avait une vilaine manie : il aimait danser. Dès qu'il toucha la toile, il fit un pas de côté. Les amis rirent. Le pinceau fit un tour, puis un salto, et la peinture partit en zigzag.
"Il est farceur !" s'exclama Mima.
"Il veut faire un graffiti de fête," dit Boum, la bave au bord des dents.
"Ou une carte au trésor !" ajouta Ziti, déjà en train d'imaginer des pistes.
Le zigzag devint une spirale, la spirale devint un tourbillon, et tout à coup, la banderole était... vivante ? Les couleurs se mit à chatouiller les nez, à fredonner une chanson, et même à faire des petits pas. Les passants applaudirent, mais au même moment, un vent espiègle fit voler la banderole tout droit vers le panier de Madame Tasse-Teinte.
"Stop !" crièrent les copains. La banderole flottait, chantonnait et tournait autour du panier comme un chat autour d'une souris. Madame Tasse-Teinte, un grand colibri à plumes changeantes, ouvrit de grands yeux. "Oh ! Ma teinture !", s'exclama-t-elle, croyant que la banderole voulait dérober ses potions colorées.
Malentendu. Madame Tasse-Teinte bondit vers la banderole en pensant la repousser. Les couleurs, surprises, firent un dernier saut et se détachèrent en petites gouttes. Une pluie de petits confettis colorés tomba sur le marché. Tout le monde éternua ensemble — un énorme "atchoum" collectif — puis éclata de rire.
Chapitre 3 — Le concours du grand sourire
Après l'éternuement général, les copains décidèrent d'organiser un concours improvisé : qui pourrait dessiner le plus grand sourire sur la banderole. "C'est un concours calme," expliqua Nolio, en faisant une bulle paisible. "Sourire, pas bagarre !"
Ils se mirent au travail. Mima utilisait des pinceaux fins, Boum faisait de larges traces en roulant, Ziti tapait des rythmes pour inspirer la main, et Nolio soufflait des bulles pour donner du relief. Mais le malentendu n'était jamais loin : un petit marchand de chapeaux prit la phrase "grand sourire" au pied de la lettre et plaça des chapeaux sur toute la banderole, ce qui donnait à chaque sourire un air ridiculement élégant.
"Mais non ! Ce n'est pas un défilé de chapeaux !" protesta Ziti, qui riait trop pour parler clairement.
"Peut-être que si on chante, les chapeaux s'envoleront," proposa Boum, qui avait toujours une idée étrange mais sympathique.
Ils chantèrent, doucement d'abord, puis plus fort. La musique fit tanguer les chapeaux. Un par un, les couvre-chefs s'envolèrent et vinrent se poser comme des étoiles sur la place, transformant le ciel en une guirlande rigolote.
La banderole, maintenant recouverte de sourires peints et de chapeaux voltigeurs, fit un dernier clin d'œil coloré. Les passants applaudirent et commencèrent à faire des sourires eux-mêmes. Le concours prit fin sans vainqueur officiel — mais avec un gagnant évident : le bonheur partagé.
Chapitre 4 — Le badge sourire et le calme après le rire
La journée touchait à sa fin. Le soleil du marché baissait doucement, faisant briller les bulles de Nolio comme des lanternes. Les copains se rassemblèrent autour de la banderole, désormais posée au-dessus d'un banc. Madame Tasse-Teinte vint s'excuser — elle avait cru que la banderole voulait voler ses teintures, mais maintenant elle riait aussi.
"Pour votre créativité et votre joie, je vous offre ceci," dit-elle en tendant une petite boîte. À l'intérieur brillait un badge : un cercle doré avec un grand sourire peint dessus. "C'est un badge sourire," expliqua-t-elle. "Il rappelle qu'un sourire partagé rend tout plus léger."
Nolio sentit ses oreilles pétiller. "On le partage ?" demanda Mima.
"Oui, en équipe !" répondit Nolio.
Ils décidèrent de coller le badge sur la banderole, au milieu des sourires peints. À l'instant où le badge toucha la toile, un petit "ding" sonore se fit entendre, comme un rire en cloche. Les couleurs s'apaisèrent, la musique des teintures devint un murmure doux, et les bulles de Nolio devinrent des perles calmes.
Avant de se séparer, les copains s'échangèrent un dernier tour de rire, une dernière biscotte partagée, et des promesses de revenir demain pour peindre autre chose — peut-être des nuages qui font des grimaces, ou des poissons qui jouent au ballon.
Ils quittèrent le marché en traînant un peu les pas, comme on traîne une couverture chaude. Les sons devinrent plus doux, les rires plus bas, et la lumière se posa sur la banderole où le badge sourire brillait tranquille. Nolio souffla une bulle, petite et paisible, et celle-ci resta accrochée au badge comme une note de musique.
Ils avaient peint, ri, réparé un malentendu, et surtout, partagé un grand sourire. Et quand on passe un excellent moment avec ses copains, on sait que la bonne humeur reste — comme un petit badge, tout près du cœur.