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Histoire de petits enquêteurs 11 à 12 ans Lecture 22 min.

La clé des marque-pages mystérieux

Lila découvre des marque-pages mystérieux ornés d’une clé dans la bibliothèque et, avec des amis, suit des indices pour retrouver un livre disparu et percer l’énigme.

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Une fille de 12 ans, curieuse, visage rond avec taches de rousseur et queue-de-côté châtain, répare délicatement la couverture d’un vieux livre sur une table ; à sa gauche, un ami de 12 ans aux cheveux courts et lunettes rondes sourit en tenant un pinceau à colle pour maintenir les pages ; derrière eux, une bibliothécaire d’une cinquantaine d’années, cheveux gris en chignon et blouse tachée, les guide ; à droite, un garçon timide d’environ 13 ans, capuche grise sur les épaules et mains un peu collantes, tient un sac plastique contenant le recueil réparé près d’une étagère ; le petit atelier de bibliothèque comporte une table en bois usé couverte de rubans, pinceaux et tubes de colle, une lampe chaude et des étagères de livres colorés, l’ambiance est chaleureuse, collaborative et éclairée par une lumière douce centrée sur le livre. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le marque-page qui n'existe pas

À douze ans, Lila avait une façon particulière de marcher : pas trop vite, comme si elle comptait les dalles, mais pas trop lentement non plus, parce qu'elle détestait être en retard. Prudente, oui. Peureuse, non. Sa mère disait : « Tu es comme un chat avec un parapluie. » Lila n'avait jamais vu un chat avec un parapluie, mais elle prenait ça pour un compliment.

Ce mercredi, elle filait vers la bibliothèque municipale. À l'intérieur, ça sentait le papier, la colle, et un peu la laine des manteaux. On entendait un chuchotement continu, comme la mer mais en plus poli.

Madame Briard, la bibliothécaire, l'accueillit avec son sourire de coin.

— Salut, Lila. Tu viens pour ton roman d'enquête ?

— Oui. Et je dois rendre celui-là. J'ai deviné le coupable à la page 80.

— Chut… ne le répète pas trop fort, tu vas traumatiser les autres lecteurs.

Lila glissa le livre sur le comptoir. Et là, quelque chose tomba : un marque-page cartonné, décoré d'une petite clé dessinée au feutre noir.

— Ce n'est pas à moi, dit Lila.

Madame Briard fronça les sourcils.

— Ah. Encore un.

— Encore un ?

— Depuis deux jours, on trouve des marque-pages « qui n'existent pas ». Ils apparaissent dans des livres, sans que personne ne les ait déposés à l'accueil. Toujours avec cette petite clé.

Lila retourna le marque-page. Au dos, une phrase soigneusement écrite : « SI TU LIS, TU PEUX TROUVER. »

Lila sentit sa curiosité se lever comme une alarme silencieuse.

— On dirait… un indice.

Madame Briard soupira, amusée.

— Si c'est une blague, elle est plutôt bien faite. Mais hier, un livre rare a disparu de la réserve. Un vieux recueil de contes locaux. Rien de dangereux, mais… ça m'inquiète.

Lila posa le marque-page sur le comptoir, comme une preuve.

— Je peux regarder ? Sans toucher à la réserve, promis.

— D'accord, mais tu restes dans les salles publiques. Et si tu vois quelque chose, tu viens me le dire.

Lila hocha la tête. Dans sa tête, une petite voix murmurait : Écoute la rue. C'était la phrase de son grand frère quand il parlait d'enquêtes : les gens parlent, même quand ils ne veulent pas.

Lila glissa le marque-page dans sa poche. Une clé dessinée. Une phrase. Un livre disparu. Et une bibliothèque qui, tout à coup, ressemblait à un terrain d'aventure.

Chapitre 2 — Les chuchotements de la rue

Avant de fouiller entre les rayonnages, Lila sortit sur le parvis, juste devant la bibliothèque. Il y avait toujours du monde : des collégiens qui se retrouvaient, une dame avec un caddie, un monsieur qui nourrissait les pigeons en faisant semblant de ne pas le faire.

Lila s'approcha du petit kiosque à journaux. Le vendeur, Malik, portait des lunettes rondes et connaissait tout le monde.

— Salut, détective, lança-t-il en lui tendant son ticket de caisse comme s'il donnait une information secrète.

— Je ne suis pas détective.

— Pas encore. Tu cherches quoi aujourd'hui ?

— Tu as entendu parler d'un livre disparu à la bibliothèque ?

Malik prit un air sérieux exagéré, puis baissa la voix.

— J'ai vu un garçon hier. Un grand, capuche grise. Il a tourné autour de l'entrée, mais il n'est pas entré. Il regardait surtout la boîte à retours.

La boîte à retours : une trappe métallique où l'on déposait les livres quand la bibliothèque était fermée.

— Il faisait quoi ?

— Il… il a glissé quelque chose dedans. Pas un livre. Un papier, je crois. Et après il est parti en courant, comme s'il avait oublié son propre prénom.

Lila nota mentalement. Papier dans la boîte à retours. Capuche grise.

Plus loin, près du banc, deux collégiennes discutaient.

— …je te dis qu'il y a un message caché dans le dictionnaire !

— N'importe quoi, c'est juste un dictionnaire…

Lila fit semblant de chercher quelque chose dans son sac, assez près pour entendre.

— …et la bibliothécaire, elle a dit qu'on avait « encore un » marque-page…

— Moi j'ai trouvé une clé dessinée dans un manga, hier !

— Sérieux ?

Lila releva la tête. Donc les marque-pages apparaissaient dans des livres très différents. Pas seulement des romans.

Elle retourna dans la bibliothèque, le cœur qui battait vite mais pas trop : juste ce qu'il fallait pour se sentir vivante.

Dans le hall, elle croisa Noé, un garçon de sa classe, qui avait toujours un stylo derrière l'oreille comme s'il était en train d'écrire un chef-d'œuvre.

— Lila ? Tu viens réviser ?

— Je… pas exactement. Tu as vu des marque-pages avec une clé ?

— Ah ! Oui. J'en ai trouvé un dans un livre sur les trains. Je l'ai donné à Madame Briard. Pourquoi ?

— Parce qu'un livre a disparu.

Noé ouvrit grand les yeux.

— Comme dans les romans ! Attends… tu vas enquêter ?

Lila hésita une seconde. Une enquête, c'était plus simple à deux. Et Noé était du genre à réfléchir avant de courir.

— D'accord. Mais on fait ça proprement. On observe. On ne fouille pas dans les affaires des gens.

— Promis. On est des détectives polis.

Ils s'avancèrent vers les rayonnages. Lila sortit le marque-page de sa poche.

— Regarde : « Si tu lis, tu peux trouver. » La clé… ça peut vouloir dire quoi ?

— Une clé… pour ouvrir quelque chose. Ou une clé de lecture, comme en musique. Ou une clé pour un code.

Lila sourit.

— On va avoir besoin d'indices. Et peut-être… d'un dictionnaire.

Noé pointa du doigt un panneau : « Salle Jeunesse — Romans, BD, Documentaires ».

— On commence par là ?

Lila acquiesça. Dans une enquête, le début se trouve souvent là où tout le monde passe sans regarder.

Chapitre 3 — La piste des marque-pages

Dans la salle Jeunesse, les étagères formaient des allées comme des rues miniatures. Lila avançait doucement, en regardant les tranches des livres comme si elles pouvaient cligner des yeux.

— On cherche quoi, exactement ? demanda Noé.

— Des livres où on a trouvé un marque-page. Si on en repère plusieurs, peut-être qu'ils ont un point commun.

Ils demandèrent à une petite fille assise en tailleur avec un album.

— Tu as vu un marque-page avec une clé ? demanda Lila.

La petite hocha la tête.

— Oui. Dans « Les Dragons du mercredi ». Il était joli, alors je l'ai gardé… mais Madame Briard m'a dit de le rendre.

— Tu te souviens où il était ? Dans le livre, je veux dire.

— Page… euh… là où le dragon trouve une trappe sous un tapis !

Lila échangea un regard avec Noé.

— Une trappe… murmura Noé. Comme la boîte à retours.

Ils allèrent chercher « Les Dragons du mercredi ». Lila l'ouvrit à la page indiquée. Une phrase du texte sautait aux yeux : « La clé était cachée dans les mots. »

— C'est presque trop parfait, souffla Noé.

— Ou c'est fait pour qu'on le voie.

Ils notèrent : livre 1, trappe, clé cachée.

Ils passèrent ensuite aux BD. Lila repéra une adolescente qui rangeait des mangas dans son sac avec la précision d'un Tetris.

— Excuse-moi, tu as trouvé un marque-page avec une clé ?

— Moi ? Oui. Dans un tome de « Ninja Caramel ». Je l'ai rendu. Pourquoi ?

— Tu te souviens de la scène ?

— Le héros se déguise en bibliothécaire. C'est drôle, il met des lunettes énormes.

Noé ricana.

— Comme Malik, au kiosque.

Lila ne rit pas, mais elle nota. Livre 2 : déguisement, bibliothécaire.

Ils filèrent vers les documentaires. Noé sortit un livre sur les trains.

— Moi, c'était là. Et… la page… c'était sur les aiguillages. Les rails qui changent de direction.

Lila répéta :

— Trappe. Déguisement. Aiguillage.

Elle sentit une forme apparaître, comme un dessin qu'on devine avant de le voir entier.

— On dirait des mots qui parlent de… passage secret. Changer de direction. Se déguiser.

Noé se gratta le menton.

— Ou… de quelqu'un qui veut qu'on suive une piste. Une chasse au trésor.

Lila pensa au livre rare disparu. Un trésor, ici, c'était souvent du papier.

— Et si la clé dessinée correspondait à une « clé » pour comprendre où chercher ?

Ils revinrent vers l'accueil. Madame Briard était en train de tamponner des cartes.

— Madame Briard, dit Lila, est-ce que vous savez dans quels livres on a trouvé les marque-pages ?

— Je peux regarder. J'ai noté, oui. Pourquoi ?

— Parce qu'ils semblent choisis.

Madame Briard sortit un petit carnet. Elle lut :

« Les Dragons du mercredi », « Ninja Caramel », « Le Grand Atlas des trains », et… « Dictionnaire des mots rares, volume 2 ». Celui-là, c'était ce matin.

Lila sentit un frisson d'excitation.

— Le dictionnaire !

Noé s'inclina comme un acteur.

— La bibliothèque vous offre : l'indice qui pèse trois kilos.

Madame Briard les regarda, mi-amusée, mi-inquiète.

— Vous ne faites rien de risqué, hein ?

— On observe, promit Lila.

Ils prirent le dictionnaire. Il était énorme, avec une couverture bleu sombre. Lila l'ouvrit à la page où un marque-page avait été trouvé, selon le carnet : page 512.

Noé posa son doigt sur un mot au hasard.

« Clef ». Ça s'écrit aussi comme ça.

Lila plissa les yeux.

— Attends… regarde les premières lettres des définitions.

Au début de plusieurs lignes, certaines lettres semblaient légèrement plus épaisses, comme repassées au crayon : T, R, A, P, P, E.

Noé souffla :

« TRAPPE ». Sérieux ?

Lila sentit son sourire venir tout seul.

— D'accord. Maintenant, la question pour le lecteur… c'est : quelle trappe, dans une bibliothèque municipale, est accessible sans entrer dans la réserve ?

Noé regarda vers la sortie.

— La boîte à retours.

Ils se dirigèrent vers le hall, en essayant d'avoir l'air de deux enfants qui se promènent. Ce qui, techniquement, était vrai.

Chapitre 4 — La boîte à retours et le papier plié

La boîte à retours était dans un coin, près des affiches des animations : « Atelier BD », « Club de lecture », « Exposition : Les oiseaux de la ville ». Une petite trappe rectangulaire, avec une fente.

Lila s'accroupit. Sur le métal, il y avait une trace de ruban adhésif arraché, comme si quelqu'un avait fixé quelque chose puis l'avait retiré vite.

— On ne peut pas ouvrir, dit Noé. C'est verrouillé de l'intérieur.

Lila observa la fente. On pouvait glisser un livre, mais aussi… un papier. Elle se rappela ce que Malik avait dit.

— Si quelqu'un a mis un papier, il est tombé dans le bac de récupération. Il faut demander à Madame Briard de l'ouvrir.

Ils retournèrent à l'accueil. Lila parla vite, mais clairement :

— Malik a vu quelqu'un glisser un papier dans la boîte à retours hier. On a trouvé « TRAPPE » caché dans le dictionnaire. Est-ce qu'on peut vérifier le bac, avec vous ?

Madame Briard les fixa, surprise.

— Vous avez fait tout ça en… vingt minutes ?

— On est efficaces, dit Noé, très sérieux.

Madame Briard hésita, puis sortit une clé (une vraie, pas dessinée) de son trousseau.

— D'accord. Mais vous restez derrière moi.

Elle ouvrit un panneau discret derrière le comptoir, passa dans un petit couloir, et revint avec un chariot. En dessous, une grande caisse en plastique contenait des livres rendus.

Elle fouilla doucement, comme si elle craignait de froisser le silence. Puis elle tira un petit papier plié en quatre.

— Ça, ce n'est pas un livre, murmura-t-elle.

Lila sentit son ventre se nouer et se détendre en même temps. Le papier était propre, plié très net. Elle le prit, mais ne l'ouvrit pas tout de suite.

— On le lit ensemble.

Noé approuva d'un signe de tête.

Lila déplia. À l'intérieur, des mots écrits en lettres capitales :

« LA CLÉ N'OUVRE PAS UNE PORTE. ELLE OUVRE UN REGARD.

CHERCHEZ LÀ OÙ ON COLLE, LÀ OÙ ON RÉPARE.

DEMANDEZ À CEUX QUI AIDENT SANS FAIRE DE BRUIT. »

Noé souffla :

« Là où on colle »… l'atelier ?

Madame Briard répondit :

— Nous avons une petite table de réparation, pour recoller des pages, remettre des couvertures. C'est dans la salle du fond. Réservé au personnel, mais… je peux vous y conduire.

Lila relut la dernière phrase : « ceux qui aident sans faire de bruit ». Elle pensa aux bénévoles qui rangeaient parfois, aux agents d'entretien, aux habitués discrets.

— On ne suspecte personne sans preuve, dit-elle. Mais on peut poser des questions.

Noé sourit.

— On va écouter la rue… version bibliothèque.

Ils suivirent Madame Briard vers la salle du fond. Le couloir sentait la poussière chaude des radiateurs. Au bout, une porte vitrée laissait voir une table avec du ruban, de la colle, des ciseaux, et une lampe articulée.

Sur la table, il y avait une feuille blanche, parfaitement centrée, avec… une clé dessinée au feutre noir.

Lila s'arrêta net.

— On dirait qu'on nous attend.

Chapitre 5 — L'atelier du scotch et les bonnes intentions

Madame Briard poussa la porte de l'atelier. La feuille à la clé ne bougea pas, comme une provocation calme.

Noé s'approcha, mais Lila le retint.

— On regarde d'abord autour.

Sur une étagère, des rouleaux de ruban adhésif. Sur un crochet, un tablier bleu. Par terre, une trace de semelle un peu poussiéreuse.

Lila pointa la lampe.

— Le papier est bien éclairé. Comme pour qu'on le lise.

Madame Briard prit la feuille et la retourna. Au dos, un nouvel indice :

« SI TU VEUX LE LIVRE, VA OÙ LES HISTOIRES DORMENT DEBOUT.

MAIS N'ENTRE PAS SEULE. SOLIDARITÉ. »

Noé leva les yeux vers les hautes étagères.

« Les histoires dorment debout »… ça ressemble aux rayons. Mais lesquels ?

Lila pensa au livre disparu : un recueil de contes locaux. Où dormaient les histoires de la ville ? Peut-être au coin Patrimoine, ou Histoire locale.

— Madame Briard, il est où, le rayon des contes locaux ?

— Au premier étage, section « Région et mémoire ». Juste à côté des archives consultables.

Lila sentit le mot « archives » grésiller comme un néon.

— On y va. Tous ensemble.

Ils montèrent l'escalier. Le premier étage était plus calme, avec de grandes tables. Au fond, un panneau indiquait : « Région et mémoire ».

En approchant, Lila entendit un léger froissement, puis un « chut ! » agacé. Pas agressif, juste pressé.

Derrière une étagère, une silhouette bougea. Une capuche grise.

Noé murmura :

— Le gars du kiosque.

Lila s'avança, sans courir.

— Bonjour. On ne te veut pas de mal. On cherche juste un livre.

La silhouette se figea. Puis un garçon sortit lentement. Il devait avoir treize ou quatorze ans, le visage un peu rouge, les mains tachées de colle sèche.

— Je… je voulais pas voler, bafouilla-t-il. Je voulais réparer une bêtise.

Madame Briard croisa les bras.

— Qui es-tu ?

— Yanis. Je viens parfois… pour lire des BD. J'ai… j'ai abîmé un vieux livre la semaine dernière. En le sortant du sac, j'ai déchiré une page. J'ai paniqué. J'ai eu peur qu'on me gronde, qu'on me fasse payer… Alors je l'ai caché.

Lila demanda doucement :

— Le recueil de contes locaux ?

Yanis hocha la tête, misérable.

— Oui. Je l'ai emmené pour le réparer chez moi. Mon oncle fait du bricolage, il a de la colle. Mais j'ai fait pire. La couverture s'est décollée. Alors… j'ai pensé que si je créais une chasse au trésor, quelqu'un viendrait le chercher avec moi, et… ce serait moins honteux. Et plus… drôle.

Noé souffla :

— Une fuite en avant version marque-page.

Yanis baissa la tête.

— Je sais. C'est idiot.

Lila regarda Madame Briard, puis Yanis.

— Tu aurais pu demander de l'aide. C'est ça, la solidarité : on répare ensemble. Sans te ridiculiser.

Madame Briard resta silencieuse une seconde, puis sa voix se fit moins dure.

— Montre-nous où tu l'as caché.

Yanis glissa la main derrière une rangée de classeurs et sortit un livre enveloppé dans un sac plastique. Le recueil semblait fatigué mais pas perdu. La couverture tenait avec du ruban.

Madame Briard le prit avec précaution.

— Il est abîmé, mais on peut le restaurer à l'atelier. Merci de l'avoir ramené… même si la méthode est très… originale.

Yanis osa un petit sourire, très timide.

— J'ai dessiné la clé parce que… je voulais que ça ouvre quelque chose. Pas une porte. Une chance.

Lila sentit la tension retomber comme une pluie qui s'arrête.

— Tu sais quoi ? Tu vas venir avec nous à l'atelier. On va le réparer ensemble. Et après… on fera une affiche. Pour expliquer que demander de l'aide, c'est autorisé.

Noé ajouta :

— Et qu'une capuche grise n'est pas une preuve, juste un vêtement.

Yanis ricana, enfin.

— D'accord.

Chapitre 6 — La réparation et l'affiche décorée

Dans l'atelier, la lampe éclairait le recueil comme une scène de théâtre. Madame Briard sortit des bandes de papier spécial, une colle adaptée, et un pinceau fin.

— On va faire ça proprement, dit-elle. Yanis, tu observes. Lila, Noé, vous pouvez m'aider en tenant les pages à plat.

Lila posa ses doigts près de la déchirure, sans trembler. Elle aimait cette idée : une enquête qui se termine par un geste patient, pas par une course.

Pendant qu'ils travaillaient, Yanis parla, par petits morceaux.

— J'ai collé les indices parce que… je ne savais pas comment dire « pardon ». C'est plus facile d'écrire que de parler.

— On peut faire les deux, répondit Lila. Et on peut se tromper. Tant qu'on répare après.

Noé demanda :

— Et les lettres épaissies dans le dictionnaire ? C'était toi ?

— Oui. J'ai repassé avec un crayon. J'ai regardé des vidéos sur les codes. J'ai voulu faire comme un vrai mystère.

— Tu as réussi, dit Noé. On a failli suspecter un pigeon.

Madame Briard leva les yeux.

— Je vous interdis de suspecter les pigeons. Ils ont déjà assez de problèmes.

Quand la couverture fut renforcée, le livre retrouva une certaine dignité. Madame Briard le posa sur une étagère, à part, avec un papier : « En restauration — merci de ne pas emprunter. »

— Maintenant, dit-elle, l'affiche.

Elle tendit une grande feuille cartonnée. Lila prit des feutres. Noé choisit des couleurs. Yanis, hésitant, dessina une clé au centre, mais cette fois, elle était entourée de mains qui se rejoignaient, comme une ronde.

Lila écrivit, en grosses lettres, pour que ce soit lisible de loin :

« ICI, ON PEUT DEMANDER DE L'AIDE.

UN LIVRE ABÎMÉ ? PARLE-NOUS-EN.

ENSEMBLE, ON RÉPARE. »

Noé ajouta en dessous, plus petit :

« Et si tu aimes les énigmes, rejoins le club d'enquête du mercredi. (On ne cache pas les livres.) »

Yanis éclata d'un rire bref.

— C'est… c'est mieux que ma chasse au trésor.

Madame Briard accrocha l'affiche près de l'entrée, à côté des animations. Les couleurs illuminaient le mur. La clé dessinée ne faisait plus peur : elle donnait envie d'ouvrir un dialogue.

En sortant, Lila entendit le brouhaha du parvis. La rue chuchotait, comme toujours. Mais cette fois, elle n'avait plus besoin d'écouter pour trouver un coupable. Elle avait trouvé mieux : une solution.

Et dans sa poche, elle gardait un marque-page, le dernier, que Madame Briard lui avait laissé.

Au dos, Lila ajouta au stylo, pour elle-même :

« SI TU LIS, TU PEUX TROUVER.

SI TU PARLES, TU PEUX RÉPARER. »

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Cartonné
Fait en carton épais, solide, souvent pour protéger les couvertures fines.
Bibliothécaire
Personne qui travaille à la bibliothèque et aide à trouver des livres.
Réserve
Endroit fermé où la bibliothèque garde des livres rares ou en trop petit nombre.
Tamponner
Appuyer un tampon encreur pour marquer une carte ou un document.
Chariot
Grande poussette utilisée pour transporter plusieurs livres dans la bibliothèque.
Archives
Collections de documents anciens ou importants conservés pour les consulter.
Restauration
Action de réparer un livre ancien pour qu’il redevienne utilisable.
Dignité
Respect que mérite une personne ou un objet, avec sérieux et considération.
Atelier
Pièce où on travaille avec des outils, ici pour réparer des livres.
Solidarité
Fait de s’entraider, se soutenir entre personnes quand c’est nécessaire.
Récupération
Action de reprendre ou retrouver des objets rendus ou oubliés.
Réparation
Action de remettre quelque chose en bon état quand c’est abîmé.

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