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Histoire de cirque 11 à 12 ans Lecture 24 min.

La grande ola du cirque Zéphyr

Trois amis aident un cirque farfelu à préparer une ola et un chœur pour le final, apprenant à oser être eux‑mêmes et à rassembler artistes et public.

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Trois enfants sur la piste d’un grand chapiteau coloré : Mina, 11 ans, cheveux bruns en queue de cheval, veste rouge à pois blancs et jupe en jean, debout au centre bras levés et souriante ; Noé, 11 ans, cheveux bouclés châtain, pull jaune moutarde, à gauche tenant un carton « Ici, on a le droit d’être nous ! » avec un air enthousiaste de meneur ; Léo, 11 ans, blond en bataille, T‑shirt vert et pantalon cargo, assis légèrement à droite après une chute comique, couvert de paillettes et riant, main sur une caisse. Les gradins sont remplis de silhouettes joyeuses pratiquant une ola, la piste en sciure, guirlandes d’ampoules et rideaux rouges en arrière‑plan, Basile le pianiste joue au fond près d’un vieux piano, ambiance festive, chaleureuse et lumineuse, composition centrée sur les trois enfants. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Trois billets froissés et une idée qui saute

Le cirque Zéphyr venait de planter son chapiteau sur le terrain vague derrière le gymnase, là où l'herbe faisait semblant d'être verte. Des guirlandes d'ampoules clignotaient comme si elles avaient le hoquet, et une odeur de pop-corn chaud se mêlait à celle de la sciure.

Mina, Noé et Léo, onze ans tout pile (enfin, Noé jurait qu'il avait « onze et demi », ce qui n'avait jamais convaincu personne), étaient collés à l'entrée des artistes. Chacun tenait un billet froissé comme un secret.

— On a le droit d'aller là ? chuchota Léo, le doigt déjà sur la poignée.

— On a le droit de respirer, répondit Mina. Donc on a le droit de rentrer. C'est presque pareil.

— Et si on se fait attraper, ajouta Noé, on dira qu'on cherchait… euh… la sortie de secours pour la sécurité citoyenne.

La poignée grinça comme une vieille souris. Une tête surgit derrière un rideau de velours rouge : un homme aux cheveux en bataille, avec des lunettes rondes et un nœud papillon qui semblait avoir été noué dans le noir.

— Halte-là ! annonça-t-il d'une voix grave… puis il éternua. Atchoum. Reprenez. Qui êtes-vous, jeunes intrus ?

— Des fans très sérieux, dit Mina.

— Des experts en cirque, confirma Noé.

— Des gens qui ne touchent à rien, mentit Léo, la main déjà posée sur un monocycle.

L'homme les observa, puis son visage se fendit d'un sourire.

— Je suis Basile, pianiste de loge. Enfin, de loge… et de couloir… et parfois de marche d'escalier. Si vous promettez de ne pas nourrir les lapins avec des bonbons, je vous fais visiter.

À cet instant, un clown passa en courant, poursuivi par une valise qui roulait toute seule.

— Quelqu'un a vu ma valise possessive ? cria le clown.

— Elle te suit, répondit Basile tranquillement. Comme d'habitude.

Les trois enfants échangèrent un regard. Le cirque avait l'air complètement fou. Parfait.

— On peut aider ? demanda Mina.

— Oui, dit Basile. Le spectacle de ce soir a besoin d'un final… et le directeur veut « un chœur grandiose ». Sauf que la troupe chante comme des casseroles qui se disputent. Vous, vous avez l'air… libres. Et imprévisibles. Ça peut marcher.

Noé bomba le torse.

— On peut faire un final en chœur. Et même… une ola de piste !

— Une quoi ? fit Léo.

— Une ola, comme dans les stades ! Mais version chapiteau, expliqua Mina, déjà en train d'imaginer des vagues humaines qui tournent autour de la piste.

— Magnifique, souffla Basile. Une ola qui fait le tour du monde… du moins, du chapiteau.

Ils se serrèrent les mains comme une bande de conspirateurs. Le plan venait de naître. Et il sautillait déjà sur place.

Chapitre 2 : Les coulisses, royaume des chaussettes perdues

Basile les guida à travers un dédale de rideaux, de malles et de cordes. Les coulisses ressemblaient à la chambre de quelqu'un qui aurait rangé… mais seulement avec les pieds.

Ils croisèrent une trapéziste qui s'étirait, la jambe sur une caisse.

— Salut les minis, lança-t-elle. Vous avez vu mon autre chaussette ?

— Non, répondit Léo. Mais on a vu une valise qui court.

— Ah, elle, c'est la star, soupira la trapéziste.

Plus loin, un dompteur (sans lions, juste avec une moustache très fière) répétait devant un miroir.

— Je suis le roi des fauves, murmurait-il. Je suis le roi des fauves.

Dans un coin, un tout petit chien bâillait. Il avait l'air du seul être raisonnable du cirque.

Mina pointa un panneau : « LOGES ».

— Et toi, Basile, tu fais quoi exactement ?

— J'accompagne les numéros, je calme les nerfs, et je ramasse les plumes qui tombent de nulle part, répondit-il. Le piano, c'est comme une baguette magique. Sauf que ça ne marche pas sur les chaussettes perdues.

Ils entrèrent dans la loge de Basile. Un vieux piano droit trônait là, couvert de paillettes comme s'il avait éternué du glamour. Au-dessus, une affiche : « NE PAS POSER DE GOBELETS SUR LE PIANO. » Juste en dessous, un gobelet.

— C'est pour l'exemple, dit Basile, très sérieux.

Noé s'approcha du clavier et appuya sur une touche. Un « dong » timide résonna.

— On dirait la sonnette d'un château minuscule, commenta-t-il.

— C'est la note « do », répondit Basile. Comme « dos », celui de Léo quand il fait le pont en sport.

— Je ne fais pas le pont, protesta Léo. Je fais… une arche artistique.

Mina tapota l'affiche du spectacle : « GRAND FINAL : CHŒUR ET SURPRISE ».

— On doit préparer la surprise. La ola !

— La ola, répéta Basile avec une gravité comique. La vague de la liberté.

Noé haussa un sourcil.

— La liberté ?

— Au cirque, on apprend à être soi, dit Basile. On tombe, on se relève, on rit, on recommence. Personne n'est coincé dans un rôle… sauf peut-être la valise. Elle adore suivre le clown.

Mina inspira.

— Alors on va faire une ola que même les gens sérieux ne pourront pas refuser. Une ola qui dit : « On peut bouger comme on veut. Ensemble. »

Léo leva la main, comme en classe.

— Question : comment on fait une ola avec des gens qui mangent du pop-corn et qui ne se lèvent jamais ?

— On les surprend, déclara Noé. On les chatouille avec le spectacle.

Basile posa ses doigts sur le piano.

— J'ai une idée. Je peux jouer un petit motif musical qui monte… comme une vague. Et vous, vous lancez la ola au bon moment.

Mina claqua des doigts.

— Et on recrute la troupe ! Les clowns, les acrobates, tout le monde. Une ola de piste, ça se prépare comme un tour de magie.

Ils repartirent dans les coulisses, déterminés comme trois moustiques qui auraient décidé de déplacer un éléphant. Sauf qu'au cirque, parfois, les moustiques gagnent.

Chapitre 3 : L'entraînement de la vague (et la catastrophe du monocycle)

Sur la piste vide, avant l'arrivée du public, la lumière était douce et la sciure faisait un tapis d'or pâle. Mina, Noé et Léo avaient réussi à convaincre quelques artistes de les écouter.

Le clown à la valise—qui s'appelait Pipo, d'après son badge—arriva en tirant son nez rouge, comme s'il essayait de le démarrer.

— On m'a dit « ola », fit-il. J'ai entendu « chocolat ». Je suis déçu.

— Une ola, c'est mieux que du chocolat, dit Mina. Ça ne colle pas aux dents.

— Ça colle au cœur, ajouta Noé, qui adorait parler comme un afficheur de cinéma.

La trapéziste, le dompteur moustachu, deux jongleurs et Basile s'alignèrent. Même le petit chien s'assit, attentif, comme un professeur.

— Règle numéro un, annonça Mina : on se lève quand la vague arrive, on lève les bras, et on fait « ouuuuh ».

« Ouuuh » comme quand la cantine sert des épinards ? demanda Léo.

— Non, répondit Mina. « Ouuuh » comme quand on est heureux d'être vivant et un peu ridicule.

— Je suis prêt, dit Pipo. Je suis né ridicule.

Noé prit une craie et dessina un plan sur une ardoise récupérée.

— La ola doit tourner autour de la piste. Dans ce sens-là. (Il traça une flèche énorme.) Sinon, on risque une collision de bras.

— Et si quelqu'un se trompe ? demanda le dompteur en lissant sa moustache comme on caresse un chat invisible.

— On improvise, dit Mina. La liberté, c'est aussi de rattraper les erreurs avec style.

Léo, lui, avait repéré un monocycle près des malles. Il le regardait comme un défi personnel.

— Je peux lancer la ola en roulant au centre, proposa-t-il. Ça fera… spectaculaire.

— Spectaculaire et dangereux, corrigea Basile.

— Spectaculaire, c'est déjà bien, dit Léo, et il grimpa.

Le monocycle, vexé d'être réveillé, vacilla immédiatement. Léo pédala, les bras en moulin à vent.

— Je gère ! cria-t-il, alors que son corps disait clairement l'inverse.

Pipo s'approcha, la valise à ses trousses.

— Je peux aider ! J'ai fait dix ans d'école… de clownerie.

La valise, elle, décida de « participer ». Elle roula sur la piste, fonça droit sur le monocycle, et… clac. Léo s'accrocha à un rideau, qui se décrocha, qui entraîna une guirlande, qui fit tomber une pluie de chapeaux. Un jongleur en reçut un sur la tête et continua à jongler, imperturbable, comme si c'était prévu.

Silence. Puis Basile joua trois notes au piano depuis l'entrée.

— Ding ding ding. Traduction : « Rien n'est cassé, on respire. »

Léo se retrouva assis dans la sciure, couvert de paillettes et de dignité en miettes.

— Bon, dit-il, j'ai testé la version « ola avec chute ». Je déconseille.

— C'était une vague, au moins ? demanda Noé.

— Plutôt un tsunami dans une baignoire, grommela Léo.

Mina l'aida à se relever.

— On oublie le monocycle. On fait simple. Et puissant.

Ils recommencèrent. Basile joua un motif qui montait, montait, montait. Mina donna le signal.

— Maintenant !

Les artistes se levèrent, bras en l'air :

— Ouuuh !

La vague passa d'un côté à l'autre. Puis revint. Puis s'éteignit dans un fou rire général, parce que Pipo avait ajouté un « ouuuuh » si aigu qu'on aurait dit une bouilloire contente.

— Ça ! dit Mina. C'est notre ola. Elle n'est pas parfaite, donc elle est vivante.

Basile applaudit doucement.

— Il nous manque le public. Et un final en chœur, comme demandé. Vous avez une idée ?

Noé leva un doigt.

— Oui. On va leur apprendre une phrase simple. Une phrase qui parle de… liberté. Et tout le monde la dira ensemble.

— Genre quoi ? demanda Léo en secouant de la sciure de ses cheveux.

Mina sourit.

— On trouvera. Une phrase qui fait sourire et qui donne envie de lever les bras, sans tomber dans un rideau.

Chapitre 4 : La répétition secrète du chœur (avec un pianiste espion)

Dans l'après-midi, ils organisèrent un « atelier chœur » derrière les gradins, à l'abri des regards. La troupe était là, et même deux ouvreuses curieuses, qui avaient posé leurs lampes de poche comme des micros.

Basile, assis sur un tabouret, tapotait le bois du piano imaginaire sur ses genoux.

— Je précise, dit-il, que je suis pianiste de loge, pas chef d'orchestre. Si je fais des gestes bizarres, c'est normal, c'est ma nature.

— Si tu fais des gestes bizarres, on croira que c'est un numéro, répondit Mina.

Noé avait écrit plusieurs phrases sur des bouts de papier.

— Option A : « Nous sommes des étoiles en baskets ! »

— Trop long, dit Léo.

— Option B : « Libres comme la sciure ! »

— Ça donne envie d'éternuer, remarqua une ouvreuse.

— Option C : « On choisit nos pirouettes ! »

— J'aime bien, dit Pipo. Surtout si on ne sait pas faire de pirouettes.

Mina réfléchit, les yeux levés vers la toile du chapiteau, où des cordes dessinaient des lignes comme sur une carte au trésor.

— Le cirque, c'est l'endroit où on ose, non ? Où on peut être soi, sans que quelqu'un dise : « Non, pas comme ça ».

— Sauf pour les lapins et les bonbons, rappela Basile.

— Donc il nous faut une phrase simple, qui donne la permission, dit Mina.

Elle prit un papier, écrivit, puis le montra.

« Ici, on a le droit d'être nous ! »

Le groupe répéta.

— Ici, on a le droit d'être nous !

Noé hocha la tête, satisfait.

— Ça sonne bien. Ça fait comme une clé qui ouvre.

— Et ça ne parle pas de sciure, ajouta Léo, soulagé.

Basile testait des accords.

— Je peux faire une cadence qui donne envie de le dire plus fort. Comme si le piano poussait la phrase dans le ciel.

— Le ciel du chapiteau, précisa Pipo. Le vrai ciel, il est dehors, et il est souvent en retard.

Ils répétèrent plusieurs fois. La première, c'était timide. La deuxième, un peu plus. La troisième, le petit chien aboya pile au bon moment, comme un percussionniste. Tout le monde éclata de rire, mais la phrase resta.

À ce moment-là, une ombre apparut : le directeur du cirque, M. Baromètre, un homme long comme un mât, avec une veste brillante et un regard qui mesurait tout.

— Qu'est-ce que c'est que ce rassemblement ? demanda-t-il, soupçonneux. On prépare une révolution ?

Noé déglutit.

Mina s'avança, droite.

— On prépare le final en chœur, monsieur. Et une ola de piste.

— Une ola ? fit M. Baromètre, comme si on lui proposait de jongler avec des betteraves.

Basile se leva, très calme.

— C'est festif. Ça inclut tout le monde. Et… c'est libre.

— Libre, répéta le directeur, méfiant. J'aime quand c'est… contrôlé.

— Justement, dit Mina. La ola, c'est contrôlé… mais par le public lui-même. Ça lui donne le pouvoir de participer.

Le directeur plissa les yeux, comme s'il essayait de lire une écriture minuscule.

— Et si le public ne suit pas ?

— Alors, répondit Léo, on aura essayé. On ne peut pas forcer les gens à s'amuser. Ce serait triste.

Pipo hocha la tête.

— On peut juste leur tendre une perche. Ensuite, ils sautent… ou ils font un pas de côté. C'est leur choix.

Un silence. M. Baromètre soupira, puis son visage se détendit un peu.

— Très bien. Vous avez jusqu'à ce soir. Mais si ça tourne à la… cacophonie, je vous transforme en vendeurs de pop-corn.

— Marché conclu, dit Noé. Je sais faire des cornets très droits.

Le directeur partit. Basile se rassit.

— Il a dit oui. C'est presque un miracle.

— Non, dit Mina. C'est une petite liberté gagnée.

Ils se regardèrent, soudain sérieux, puis Noé fit une grimace énorme.

— Bon. Maintenant, on doit réussir à faire lever des adultes sans utiliser de grue.

Chapitre 5 : La grande ola de piste et la phrase qui s'envole

Le soir, le chapiteau vibrait comme un tambour. Les gradins étaient pleins. Des enfants se penchaient, des adultes souriaient déjà, et quelque part, une barbe à papa s'écroulait lentement sur elle-même, tragique et sucrée.

Mina, Noé et Léo étaient cachés près de l'entrée de piste, avec des oreillettes imaginaires (en réalité, des bouts de ficelle pour se donner du courage).

Basile, dans sa loge, ajusta son nœud papillon et posa ses mains sur le piano. Il avait l'air d'un magicien qui allait faire apparaître une note.

Le spectacle démarra : jonglage, acrobaties, numéros comiques. Pipo fit sa valise « obéissante », qui désobéit parfaitement. À un moment, la valise s'assit sur un tabouret comme une personne vexée. Le public rit si fort que les ampoules semblèrent rire aussi.

Puis vint le moment du final. Les artistes se placèrent en demi-cercle. M. Baromètre annonça :

— Et maintenant… une surprise préparée par… euh… des experts en… participation !

Mina donna un petit coup de coude à Noé.

— C'est nous, ça. Les experts.

Basile lança le motif musical, celui qui montait comme une vague. Mina entra sur la piste, suivie de Noé et Léo. Trois enfants au milieu d'un cirque : ça attirait l'attention comme un chat sur un clavier.

Mina leva les bras.

— Bonsoir ! On a besoin de vous pour un truc très sérieux !

Un rire parcourut les gradins.

— Une ola de piste ! expliqua Noé. Quand la vague arrive à votre rangée, vous vous levez, vous levez les bras, et vous faites « ouuuuh » !

— Et pas « beurk », précisa Léo. Sauf si votre voisin a mis trop de parfum.

Le public riait, mais on sentait une curiosité pétillante.

Basile joua plus fort. Les artistes, au bord de la piste, étaient prêts. Pipo fit signe avec sa valise, comme si elle avait un rôle officiel.

Mina pointa une première rangée.

— On commence ici ! Prêts ? Trois… deux… un… maintenant !

La première rangée se leva, hésitante, puis se prit au jeu : bras en l'air.

— Ouuuh !

La vague se propagea. Deuxième rangée. Troisième. Les gens se levaient, riaient, se regardaient, se laissaient entraîner. Même les adultes très sérieux, ceux qui s'asseyaient comme des statues, se levèrent en retard, puis firent un « ouuuuh » discret… avant de recommencer plus fort, vexés d'être discrets.

La ola fit le tour du chapiteau. Une vraie vague de bras, de rires, de liberté. Mina sentait son cœur battre au rythme du piano.

— Ça marche ! souffla Noé.

— Ça marche trop ! répondit Léo, qui devait presque se pencher pour éviter un coude enthousiaste.

Quand la vague revint au point de départ, Basile changea d'accord. Un silence musical s'installa, comme un souffle avant un plongeon.

Mina leva la main.

— Et maintenant… le chœur ! Répétez après nous !

Les artistes se redressèrent. Le public se calma, attentif.

Mina, Noé et Léo dirent, clairement :

« Ici, on a le droit d'être nous ! »

Les artistes répétèrent, puis le public. D'abord quelques voix, puis des dizaines, puis tout le chapiteau, comme si la phrase s'agrandissait pour remplir l'air.

— Ici, on a le droit d'être nous !

Basile accompagna, léger et lumineux. Pipo essuya une fausse larme, très théâtrale, et la valise applaudit en tapant son coin sur le sol.

M. Baromètre, au fond, avait un sourire malgré lui. Un sourire qui disait : « Bon… d'accord. »

Mina sentit quelque chose de simple et puissant : personne n'était forcé de se lever, personne n'était forcé de chanter. Et pourtant, ils avaient choisi de le faire, ensemble. C'était ça, la magie.

Le dernier accord du piano vibra. La salle explosa d'applaudissements.

— On n'est pas vendeurs de pop-corn ! chuchota Noé, ravi.

— Pour l'instant, répondit Léo. Ne tentons pas le destin, il a un humour étrange.

Chapitre 6 : Le jeu calme sous les guirlandes

Après le spectacle, les coulisses étaient un joyeux bazar : paillettes dans les cheveux, félicitations dans tous les sens, Pipo poursuivi par sa valise comme si elle voulait un autographe.

Mina, Noé et Léo s'assirent près de la loge de Basile. Le pianiste arrivait, tenant une tasse (qu'il posa très loin du piano, avec une prudence comique).

— Vous avez été incroyables, dit-il. Et personne n'a éternué sur « libres comme la sciure ». C'est une victoire.

— On a fait lever tout le monde, dit Noé, encore électrisé.

— Même les statues, ajouta Léo.

Mina, elle, regardait les guirlandes d'ampoules dehors, au bord du chapiteau. Elles clignotaient plus doucement maintenant, comme si elles avaient fini leur course.

— Et si on finissait… calmement ? proposa-t-elle. Comme un atterrissage.

— Un jeu ? demanda Basile. J'aime les jeux. Surtout ceux où je ne dois pas courir. Mon nœud papillon n'est pas aérodynamique.

Pipo passa la tête.

— Je vote pour un jeu ! Mais pas un jeu où ma valise gagne à chaque fois.

Ils s'installèrent sur des caisses, en petit cercle, avec le petit chien au milieu comme un arbitre. Dehors, on entendait encore des rires s'éloigner.

Mina expliqua :

— On joue à « La Vague Silencieuse ». Chacun, à son tour, fait un geste de liberté… mais sans parler. Un geste qui dit : « Je suis moi. » Les autres doivent deviner et refaire le geste, comme un mini chœur… mais tout doux.

Noé commença. Il leva un doigt comme un chef d'orchestre, puis fit mine de tourner une clé dans l'air et d'ouvrir une porte invisible.

— La liberté, c'est… ouvrir, devina Léo, en refaisant le geste.

Basile répéta aussi, en le rendant élégant, comme s'il ouvrait la porte d'un palais.

Léo prit son tour. Il fit semblant de marcher sur une ligne imaginaire, puis dévia soudain sur le côté avec un grand sourire, comme s'il refusait un chemin tout tracé.

— Changer de route ! murmura Mina, et tous imitèrent le pas de côté.

Basile, lui, posa ses mains dans l'air comme sur un clavier, joua silencieusement, puis fit un geste de lâcher prise : les mains s'ouvraient, les notes imaginaires s'envolaient.

— Laisser partir, souffla Noé.

— Oui, dit Basile à voix très basse. Laisser partir ce qui pèse.

Pipo fit un geste spectaculaire : il montra sa valise, lui fit une révérence, puis… lui donna la main comme à une amie. La valise, évidemment, ne fit rien, mais tout le monde comprit.

— Accepter les trucs bizarres, conclut Léo.

Le petit chien aboya doucement, comme s'il approuvait.

Mina prit le dernier tour. Elle leva les bras, comme pour lancer une ola… puis elle les baissa lentement, et posa sa main sur son cœur. Elle regarda les autres, simplement.

Noé devina sans parler. Léo aussi. Basile hocha la tête.

Ils refirent tous le geste ensemble, en silence. Un mini chœur sans mots, sous les guirlandes qui clignotaient à peine.

Au bout d'un moment, Mina souffla :

— C'était bien.

— Oui, dit Noé. On dirait que le cirque continue… mais à l'intérieur.

— Et qu'on peut être nous, ajouta Léo, même sans chapiteau.

Basile sourit, et, très doucement, joua trois notes au piano. Pas pour faire un show. Juste pour dire bonne nuit au monde.

Dans les coulisses, la valise s'arrêta enfin de courir. Comme si elle aussi venait de choisir, librement, de se reposer.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Chapiteau
Grande tente où on donne des spectacles comme le cirque.
Coulisses
Partie derrière la scène où se préparent les artistes.
Trapéziste
Artiste qui fait des figures en se balançant sur un trapèze haut.
Dompteur
Personne qui entraîne et dirige des animaux de spectacle.
Sciure
Poussière fine de bois qui couvre le sol dans certains spectacles.
Paillettes
Petits morceaux brillants que l'on colle pour décorer les costumes.
Loge
Petite pièce où un artiste se prépare avant de monter sur scène.
Guirlandes
Chaînes décoratives de lampes ou de fleurs mises pour décorer.
Cacophonie
Mélange de sons désagréables quand rien n'est accordé.
Cadence
Rythme régulier d'un morceau de musique ou d'un mouvement.
Monocycle
Petit vélo avec une seule roue, souvent utilisé au cirque.
Perche
Bâton long qu'on tend pour aider ou atteindre quelque chose.

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