Chapitre 1 — Les affiches qui brillent
Dans le grand chapiteau aux rayures rouges et or, Lapinou faisait sa ronde matinale. Il sautillait entre les cordes et les lampions, longeait les gradins encore vides, et s'arrêtait devant les affiches collées sur le mur comme devant des vedettes. Il avait l'air sérieux quand il parlait aux visages en papier.
« Bonjour, Madame la Dompteuse d'Étoiles ! » dit-il en inclinant une oreille.
« Salut, Monsieur le Jongleur de Lunes ! » fit-il devant une affiche pleine de boules et de rubans.
Les affiches semblaient l'écouter — ou alors c'était Lapinou qui aimait tellement le cirque qu'il entendait tout avec des yeux pétillants.
Ce matin-là, le directeur, un vieux éléphant tout en boutons, l'appela d'une voix qui roulait comme un tambour.
— Lapinou ! La clé des confettis a disparu. Sans elle, pas de pluie de paillettes ce soir. Tu veux bien la retrouver ?
Lapinou fit une révérence exagérée.
« Mission acceptée ! » dit-il en secret, comme un agent très sérieux dans un costume de poils.
Il posa ses grandes pattes devant l'affiche de la Trapéziste qui souriait d'un sourire composé, et chuchota :
« Ne t'inquiète pas, on aura des paillettes jusqu'au nez. »
Puis il fila, laissant derrière lui une traînée de petites empreintes qui se ressemblaient comme des notes de musique.
Chapitre 2 — La piste secondaire et le chorégraphe des salutations
La piste secondaire était un endroit curieux : une petite arène où les artistes répétaient loin des projecteurs. On y trouvait des rubans qui semblaient danser d'eux-mêmes, un troupeau de sièges vides et un miroir fendu par lequel glissaient des refrains de chansons oubliées.
Lapinou ramassa une plume qui criait presque « je veux être une étoile ! » et entendit des claquements de talons. Il se glissa derrière un rideau et tomba nez à nez avec le plus élégant des oiseaux : Monsieur Saluto, le paon, réputé pour être le chorégraphe des salutations.
Monsieur Saluto portait un gilet en strass et commanda l'espace d'un regard.
« Ah ! Un nouveau salutant ! » s'exclama-t-il en battant sa queue. « Ici, chaque salut est une danse. Viens, apprends le tour de chapeau inversé, le clin d'œil en triangle et la révérence étoilée. »
— Je suis Lapinou, répondit-il, un peu bouche bée mais ravi. Je cherche la clé des confettis.
Le paon fit une révérence qui fit voler une petite pluie de plumes.
« Les clés aiment la précision », dit-il. « Fais un salut parfait, et le monde te montrera un indice. »
Ils inventèrent alors une chorégraphie étrange : Lapinou tournoyait, faisait des sauts périlleux minuscules, et le paon ponctuait de battements théâtraux. À la fin, Monsieur Saluto posa sur Lapinou un regard complice.
« Regarde sous la pointe de ta botte gauche, petit ami du soir. » dit-il.
Lapinou mit la patte gauche en avant — et sentit un objet froid. C'était une trompette, mais pas ordinaire : elle était ornée de bulles peintes, avec un embout en forme de trèfle.
« Une trompette à bulles ! » s'écria Lapinou. « Je croyais que c'était pour les enfants du public. »
— Certaines trompettes parlent, répondit le paon mystérieusement. Essaie, et écoute bien.
Lapinou souffla. Une petite bulle sortit, fit un « pff », et lorsqu'elle éclata, une note sembla indiquer une direction. Lapinou fronça le nez : la trompette avait peut‑être plus à dire.
Chapitre 3 — Les coulisses burlesques
La trompette à bulles coincée sous le bras, Lapinou bondit dans les coulisses. Il passa devant des costumes qui chuchotaient : une robe qui claquait comme une cascade, des bottes qui se reposaient, et un clown qui s'entraînait à marcher sur les mains en sifflotant.
— Hé, lapin acrobate, lança le clown en rouge, tu as vu la clé ?
— Pas encore, répondit Lapinou en ouvrant un coffre à chapeaux. Mais j'ai une trompette à bulles.
Le clown fit une petite révérence maladroite qui fit tomber un bouquet de faux tournesols sur sa tête. Tout cela sentait la poussière de paille et la colle à costumes.
Lapinou se souvint d'une rumeur : on disait que la clé des confettis adorait les endroits brillants. Il enleva un rideau lamé et trouva un passage miniature. A l'intérieur, une armée de marionnettes répétait des salutations désordonnées. Lapinou rit tellement qu'il faillit renverser une marionnette qui faisait la star.
Soudain, une voix sifflée l'appela.
— Tu cherches la clé ? reprit un petit écureuil en manteau pailleté. — Elle a peut-être été enterrée sous les répétitions.
— Que veux-tu dire ? demanda Lapinou.
— Les artistes échangent parfois leurs numéros avant le spectacle, expliqua l'écureuil. Une clef peut voyager.
Lapinou comprit que la clé n'avait pas été volée : elle avait été prise par l'instinct farceur du cirque. Il sortit sa trompette à bulles et souffla doucement. Des bulles flottaient, portant avec elles des miettes de musique qui guidaient Lapinou jusqu'à la loge des trapézistes.
Chapitre 4 — La trompette qui montre et le secret du coffre
La loge des trapézistes était pleine de filets et de rubans. Deux singes trapézistes faisaient des allers-retours sur une corde, tandis qu'un vieux renard réajustait un harnais. Lapinou fit un signe de la trompette à bulles.
« Hé ! » cria l'un des singes. « Avec quelle grâce tu joues ! »
Lapinou souffla encore. Cette fois, une bulle grande comme un ballon plana jusqu'au plafond et s'accrocha à un clou brillant. Une note claire tinta, comme une petite cloche de gâteau.
— Le son a réveillé le coffre, dit le renard en s'approchant. 'Le coffre des surprises' ouvre lorsque la musique le chatouille.
Ils approchèrent du coffre en bois, décoré d'étoiles noircies par le temps. Lapinou posa la trompette dessus et regarda. Il voulut tirer la clef qui pendait mais, oh !, le coffre n'ouvrit pas. À la place, il s'ouvrit en spat—pouf—et projeta des pages de vieux programmes qui voltigèrent comme un essaim de papillons.
Au milieu des programmes, une clé apparut, toute petite, avec un pompon rose. Lapinou la prit, le cœur battant comme un tambour timide.
— Voilà la clé ! chanta-t-il.
Mais, au même instant, une annonce retentit : « Changement de programme ! Le numéro du soir est modifié ! » Le chapiteau frissonna. Un numéro venait d'être échangé à la dernière minute.
Chapitre 5 — Un numéro échangé et une improvisation pétillante
La nouvelle courut plus vite qu'un chat sur une rampe : la troupe des acrobates avait un petit bobo, et le spectacle devait être réorganisé. Le grand final, prévu avec la pluie de confettis, était maintenant attribué au duo de clown-chevaliers. Mais la clé des confettis venait d'être retrouvée par Lapinou. Qui allait appuyer sur le bouton doré à l'heure fatidique ?
Le directeur-elephant regarda Lapinou avec des yeux humides de joie.
— Tu es petit, mais tu as la clé. Veux-tu rester pour le final ?
Lapinou sentit ses oreilles brûler de bonheur. Mais il avait un autre instrument : la trompette à bulles. Il se demanda si les bulles pouvaient parler à la machine à confettis.
Le moment arriva. Les projecteurs s'allumèrent comme des soleils. Les acrobates remplacés applaudirent depuis le bord de la piste. Au centre, le duo de clown-chevaliers fit un salut maladroit, puis tira une corde qui ne dégagea... que des rubans. Un silence passa, puis un rire monta, doux et complice.
Lapinou bondit vers le pupitre doré, la clé au bout des doigts. Il l'inséra, tourna — et poussa le bouton. Rien ? Non ! La machine toussa, puis cliqueta, puis souffla une première bouffée de bulles pailletées. Les bulles de la trompette semblaient avoir chanté dans ses tuyaux. Elles devinrent des bulles de paillettes qui pétillaient en rebondissant.
— Essaye la trompette, susurra Monsieur Saluto depuis la seconde piste.
Lapinou prit son instrument, souffla avec force, et une pluie de bulles‑paillettes s'envola, se mêlant aux confettis qui commençaient à danser tout doucement. C'était comme si les paillettes avaient trouvé un meilleur ami : les bulles.
Le public — oiseaux, félins acrobatiques, rongeurs jongleurs et autres — hocha la tête en rythme. Les clowns improvisèrent des pas de danse, le renard fit un salto improvisé et les trapézistes, soignés, firent une entrée éclatante. Le final était devenu une farandole de surprises : des confettis multicolores, des bulles reflétant des arcs-en-ciel minuscules, des chants de joie et des rires en cascade.
Chapitre 6 — Au revoir en pluie de paillettes
Quand le spectacle toucha à sa fin, Lapinou fit une dernière révérence, la trompette à bulles serrée contre lui comme un trésor. Le chapiteau pétillait d'un million de paillettes qui roulaient doucement comme de petites étoiles fatiguées.
Il alla parler aux affiches, une à une, comme il l'avait fait le matin. « Merci, Madame la Dompteuse d'Étoiles, » dit-il.
« Merci, Monsieur le Jongleur de Lunes, » répondit-il à l'affiche, et ses mots semblaient se transformer en petites notes qui s'accrochaient aux franges du rideau.
Monsieur Saluto vint lui offrir un dernier salut, si parfait qu'on aurait dit une comète.
— Tu as ajouté une touche de merveilleux, dit-il. Les salutations vont maintenant inclure des bulles.
Lapinou ricana. Il avait retrouvé la clé, apprivoisé la trompette à bulles, et découvert que les numéros échangés pouvaient devenir des trésors encore plus drôles.
Le directeur-elephant posa une trompe pleine de sourires sur la tête de Lapinou.
— Au revoir, héros des petites clés, » glissa-t-il.
Et tout le chapiteau applaudit. Les paillettes tombèrent, lentes et coquettes, comme une pluie d'au revoir. Lapinou leva la trompette, fit entendre une dernière petite bulle qui éclata en douceur, et murmura aux affiches :
« À demain, mes vedettes. Rêvez de sauts et de sourires. »
Sous la lumière tamisée, alors que les paillettes s'en allaient compter leurs histoires, Lapinou s'éloigna, la queue frétillante, prêt pour une autre petite aventure. Le cirque toute entier respirait encore, content et chuchotant : « ooooh... hahaha ! »