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Histoire fantastique de sorcellerie 11 à 12 ans Lecture 26 min.

La lueur endormie des catacombes

Maëlle, une jeune sorcière, reçoit une mystérieuse lettre qui la conduit dans les catacombes où, guidée par le Gardien de Grimoire, elle doit affronter ses doutes pour réveiller une lueur oubliée grâce à la sincérité et la gratitude.

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Maëlle, sorcière préadolescente d'environ 12 ans au visage rond et taches de rousseur, cheveux châtain clair en queue de cheval, manteau bleu un peu grand, pose la main sur une pierre qui pulse et offre une petite pièce brillante au centre d'un cercle de craie ; à gauche, Éloi, gardien d'environ 45 ans à la barbe courte et lunettes rondes, manteau brun usé, tient un gros grimoire en cuir attaché par une chaîne et observe bienveillant ; de petites ombres moqueuses, silhouettes filiformes gris-bleu, reculent le long des arches dans une caverne souterraine sous une fontaine, couloir voûté aux murs gravés et sol pavé ; une lumière couleur miel s'élève du cercle en filaments lumineux, envahit les arches et dissipe les ombres, créant une atmosphère magique, intime et pleine de reconnaissance. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La lettre qui sent la pluie

Le mardi où tout a commencé, le ciel avait la couleur d'un vieux fer à repasser, et l'air sentait la pluie avant même qu'elle ne tombe. Maëlle Lenoir, sorcière de quinze… enfin, d'accord, de douze ans et demi, mais « quinze dans la tête » selon sa grand-mère, rentrait de l'école en traînant un sac trop lourd et un secret encore plus lourd.

Dans la poche intérieure de sa veste, sa baguette en noisetier tapait doucement contre une pièce de monnaie trouée — un porte-bonheur qui appartenait à sa mère. Maëlle n'aimait pas trop sortir sa baguette dans la rue. Les gens avaient déjà assez de choses à regarder, comme les vitrines et les chiens qui tirent sur leur laisse. Ils n'avaient pas besoin de voir une préado discuter avec un bout de bois.

En poussant la porte de l'appartement, elle entendit le tic-tac de l'horloge et le ronronnement du frigo, comme si la maison chuchotait : « Tu es en retard, jeune sorcière. »

Sur la table, une enveloppe l'attendait. Pas une enveloppe normale : le papier semblait légèrement nacré, et un fil d'or dessinait un cercle tout autour, comme une lune minuscule. Maëlle l'attrapa. L'enveloppe était tiède, comme si quelqu'un l'avait tenue longtemps dans sa main.

« Bizarre… »

Elle la retourna. Pas de timbre, pas d'adresse, juste son prénom : MAËLLE, écrit avec une encre qui brillait à peine.

Elle hésita une seconde, puis déchira le bord. Une odeur de pluie et de pierre fraîche s'en échappa. La lettre était courte.

« Maëlle Lenoir,

La lueur dort. Si personne ne la réveille, le lien se fissurera.

Descends là où le souffle ancien réchauffe les pierres.

Cherche le Gardien de Grimoire.

N'oublie pas de dire merci.

— P. »

Maëlle relut, les sourcils froncés.

« Descends là où le souffle ancien réchauffe les pierres »… Ça ressemblait à une devinette de professeur qui s'ennuie. Et cette phrase, « N'oublie pas de dire merci », la fit sourire malgré elle. Comme si quelqu'un la connaissait vraiment.

Elle posa la lettre et prit son carnet. Dedans, elle notait tout : les sorts appris, les erreurs (une fois, elle avait transformé une éponge en poisson rouge — qui avait très mal vécu l'absence d'aquarium), et les choses qu'elle n'osait dire à personne.

Maëlle écrivit : LUEUR ENDORMIE. LIEN. CATACOMBES ?

Elle pensa aussitôt au réseau sous la vieille ville, aux couloirs interdits que les adultes mentionnaient en faisant la grimace : « Les catacombes ? C'est humide, dangereux, et on s'y perd. »

Et c'était justement ce qui faisait battre le cœur de Maëlle un peu plus vite.

Elle glissa la lettre dans son carnet, attrapa son manteau et, avant de sortir, lança vers la cuisine :

— Mamie, je vais… euh… à la bibliothèque !

Un silence.

Puis la voix de sa grand-mère, douce et pas du tout dupe :

— Prends une écharpe. Et si tu trouves quelque chose qui brille, ne le mets pas dans ta bouche. On ne sait jamais avec toi.

Maëlle rougit.

— Promis !

Dans l'escalier, elle murmura, comme à la ville entière :

— D'accord. Je vais réveiller ta lueur. Mais… c'est quoi, exactement, une lueur endormie ?

Chapitre 2 — L'entrée qui se cache en plein jour

La vieille ville savait se déguiser. Ses ruelles semblaient ordinaires : pavés, boutiques de cartes postales, touristes qui prennent en photo des pigeons comme s'ils étaient des célébrités. Pourtant, Maëlle sentait sous ses pas une autre histoire, plus ancienne, comme un deuxième battement de cœur.

Elle s'arrêta devant une petite fontaine coincée entre deux immeubles. Une statue de lion crachait un filet d'eau. Rien d'étrange, sauf que l'eau, au lieu de tomber droit, dessinait parfois une spirale, comme si elle dansait.

Maëlle sortit sa baguette et fit mine de se gratter le front, pour ne pas attirer l'attention.

« Éclaire-vrai », souffla-t-elle.

Le sort était simple : il ne créait pas de lumière, il révélait ce qui se cachait. Le jet d'eau se figea une seconde, puis la pierre derrière la fontaine vibra, comme une peau de tambour. Une ligne apparut, fine, presque invisible : le contour d'une porte.

Maëlle prit une grande inspiration.

« Bon. Ça, c'est la partie où je fais semblant d'être courageuse. »

Elle poussa.

La porte s'ouvrit sans grincer. Derrière, un escalier descendait, étroit, et l'air qui remontait n'était pas froid comme dans une cave. Non. Il était tiède, chargé d'une odeur de poussière et de… quelque chose comme du pain grillé. Ça n'avait aucun sens, et pourtant, c'était là.

Elle referma doucement la porte. Le bruit de la ville s'éteignit comme une radio qu'on coupe.

À chaque marche, la chaleur augmentait légèrement. Les pierres semblaient respirer. Maëlle posa une main sur le mur : il était lisse par endroits, rugueux ailleurs, et tiède comme une tasse oubliée.

Après plusieurs tournants, l'escalier déboucha sur un couloir. Des inscriptions couraient sur les parois, pas en lettres, mais en petits symboles, comme des constellations. Maëlle frissonna.

Une goutte tomba du plafond sur son nez. Elle sursauta.

— Super. La catacombe te salue, Maëlle. Avec son crachat.

Elle avança. Le couloir menait à une salle plus large, où des arches se succédaient comme des côtes de baleine. Le souffle ancien était là, palpable : une brise chaude, lente, qui semblait sortir des pierres elles-mêmes. Quand Maëlle ferma les yeux, elle eut l'impression d'entendre un murmure, comme une foule très loin.

Elle ouvrit les yeux juste à temps pour voir une étincelle bleue filer entre deux arches.

— Hé ! Attends !

L'étincelle s'arrêta, comme surprise d'être appelée, puis disparut.

Maëlle sentit son cœur accélérer.

« La lueur…? »

Soudain, une voix résonna, calme, pas du tout pressée :

— Tu n'es pas censée courir ici. Le sol a un sens de l'humour très mauvais.

Maëlle se figea. Elle tourna la tête.

Une silhouette se tenait dans l'ombre d'une arche : un homme pas très grand, enveloppé d'un manteau brun, avec une barbe courte et des lunettes rondes qui luisaient faiblement. Il tenait sous le bras un livre énorme, relié de cuir sombre, attaché par une chaîne argentée.

— Qui êtes-vous ? demanda Maëlle en serrant sa baguette.

L'homme s'avança. Il avait l'air… propre, ce qui, dans une catacombe, était presque suspect.

— Je suis Éloi Brisombre. Gardien de Grimoire. Et toi, tu es Maëlle Lenoir. Tu as de la poussière sur le nez.

Maëlle porta la main à son visage, vexée.

— Je… je viens pour la lueur endormie.

— Ah, dit Éloi, comme si elle venait de commander une baguette au chocolat. Très bien. Tu es en avance sur la plupart des gens. La plupart ne viennent jamais.

Maëlle plissa les yeux.

— Vous allez m'aider ?

Éloi tapota le gros livre.

— Je peux te guider. Aider, c'est un grand mot. La magie n'aime pas qu'on lui tienne la main. Elle préfère qu'on la remercie.

Maëlle repensa à la lettre.

« N'oublie pas de dire merci », murmura-t-elle.

Éloi sourit, un sourire qui donnait envie de lui faire confiance, même si Maëlle se méfiait de tout ce qui donne envie de faire confiance trop vite.

— Suis-moi, dit-il. Et marche doucement. Le sol, je te l'assure, adore les blagues.

Chapitre 3 — Le gardien et le livre qui respire

Ils avancèrent entre les arches. Plus loin, Maëlle aperçut des niches dans les murs, vides pour la plupart. Dans certaines, il y avait des pierres gravées, comme des plaques sans noms. L'endroit n'était pas effrayant, mais il imposait le respect, comme une bibliothèque où on aurait peur de faire tomber un livre.

Le grimoire d'Éloi remuait légèrement, comme si quelque chose vivait à l'intérieur et s'installait plus confortablement.

Maëlle ne put s'empêcher de demander :

— Votre livre… il bouge.

— Oui, répondit Éloi. Il s'ennuie. Il aimerait bien se transformer en pigeon et sortir d'ici, mais je lui ai expliqué qu'un pigeon ne sait pas lire.

Le grimoire fit un petit bruit sec, comme un « hmph » vexé.

Maëlle éclata de rire malgré elle. Le son rebondit sur la pierre et revint, plus doux, comme si les catacombes riaient aussi.

— Qu'est-ce qu'un gardien de grimoire fait dans des catacombes ? demanda-t-elle.

— Je garde, dit Éloi simplement. Et je lis. Et je m'assure que certains secrets ne remontent pas à la surface n'importe comment.

Il s'arrêta devant une porte basse, presque cachée derrière un pilier. Sur le bois, un symbole était gravé : un œil fermé entouré de petites étoiles.

— La lueur dort derrière ça ? demanda Maëlle.

Éloi hocha la tête, plus sérieux.

— Pas exactement derrière. Disons… au-dessous. Et aussi un peu à côté. La magie a une géographie capricieuse.

Maëlle avala sa salive.

— Pourquoi elle dort ?

Éloi posa le grimoire au sol. Le livre soupira. Oui, soupira. Maëlle aurait juré entendre un vrai souffle.

— Parce qu'on l'a oubliée, dit Éloi. Et ce qu'on oublie finit par se rendormir. Cette lueur est un petit morceau du lien entre le monde ordinaire et l'extraordinaire. Elle n'est pas dangereuse, mais elle est essentielle. Sans elle, certaines choses cessent de se parler.

— Comme quoi ?

— Les rêves qui trouvent leur chemin, les idées qui surgissent au bon moment, les rencontres improbables… Et les remerciements qui arrivent trop tard.

Maëlle resta silencieuse. Elle pensa à sa mère, souvent fatiguée, qui disait parfois : « J'aurais dû te remercier plus, quand tu étais petite et que tu me laissais dormir. » Maëlle n'avait jamais su quoi répondre.

Éloi sortit une petite clé de sa poche. Elle n'était pas en métal, mais en verre, et elle semblait contenir un filament lumineux.

— Cette clé ouvre la porte, dit-il. Mais ce n'est pas elle qui réveillera la lueur. Ça, c'est ton travail. Ton intention. Ta gratitude.

Maëlle fronça les sourcils.

— Ma gratitude ?

— Tu veux réveiller quelque chose pour les autres, n'est-ce pas ? Tu n'es pas venue pour te fabriquer un feu d'artifice privé.

Maëlle rougit. Elle n'avait pas vraiment formulé ça, mais c'était vrai. Elle n'aimait pas l'idée que le monde devienne un peu plus gris juste parce que quelqu'un avait oublié une lueur.

— Oui, dit-elle. Je veux… que ça reste relié. Qu'on n'oublie pas.

Éloi inséra la clé dans la serrure. Le bois vibra. L'œil gravé sembla s'entrouvrir une fraction de seconde.

— Alors écoute bien, dit le gardien. De l'autre côté, tu vas sentir le souffle ancien plus fort. Tu verras des choses qui testent ton courage, mais surtout ta sincérité. Ici, les sorts compliqués servent moins que les mots justes.

Maëlle serra sa baguette.

— Et si je me trompe ?

Éloi la fixa derrière ses lunettes.

— Alors tu recommenceras. Les lueurs sont patientes. Mais toi, sois-le avec toi-même.

La porte s'ouvrit sur une obscurité tiède, presque veloutée.

Maëlle fit un pas. Il fut hésitant, comme si le sol pouvait se dérober ou rire d'elle. Elle se rappela l'avertissement et posa le pied avec prudence.

— Merci, murmura-t-elle, sans trop savoir à qui elle s'adressait.

Le grimoire fit un petit « flip » content, comme une page qu'on tourne toute seule.

— Je t'entends, dit Éloi doucement. Et je crois que la catacombe aussi.

Chapitre 4 — Le souffle ancien et les ombres moqueuses

Le passage débouchait sur un long couloir rond, comme l'intérieur d'un énorme coquillage de pierre. La chaleur était plus présente, enveloppante. Maëlle avait l'impression que quelqu'un lui soufflait doucement sur la nuque, mais sans malveillance, comme un vent d'été dans une ruelle.

Des lueurs minuscules flottaient çà et là, pas assez pour éclairer vraiment, plutôt comme des lucioles fatiguées.

— Elles sont mal en point, chuchota Maëlle.

Éloi hocha la tête et posa deux doigts sur la couverture du grimoire, comme pour le calmer.

Ils avancèrent. Au bout du couloir, un cercle était dessiné au sol, composé de craie blanche et de petits cailloux noirs. Au centre, une pierre plate, plus claire que les autres, ressemblait à une paupière close.

Maëlle sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. La pierre ne bougeait pas, pourtant elle donnait l'impression de retenir sa lumière, comme on retient son souffle.

— C'est là, dit Éloi. La Lueur Dormante.

Maëlle s'approcha du cercle, mais une ombre glissa sur le mur et se détacha de la pierre. Puis une autre. Trois silhouettes floues, longues, tremblotantes, comme des reflets mal formés.

Elles n'avaient pas de visage, mais elles parlaient. Leur voix ressemblait à un chuchotement collectif, avec un petit rire au bout.

— Une enfant… Une enfant veut jouer à réparer le monde…

— Tu vas te perdre…

— Tu vas échouer et on rira.

Maëlle sentit ses mains devenir moites. Elle leva sa baguette.

« Lumis ! »

Une lumière douce jaillit, mais les ombres l'avalèrent comme on avale une gorgée d'eau. Elles se rapprochèrent, et Maëlle recula d'un pas, heurtant Éloi.

— Elles ne craignent pas la lumière ? paniqua-t-elle.

— Ce ne sont pas des monstres, répondit Éloi, calme. Ce sont des moqueries. Des doutes. Ils se nourrissent de ton agitation. Ne leur donne pas ton souffle.

Les ombres tournèrent autour du cercle.

— Tu n'es pas assez…

— Tu ne sais pas…

— Personne ne t'a demandé…

Maëlle serra les dents. Son pas hésitant se fit plus ferme quand elle pensa à la lettre, et à sa grand-mère qui disait : « Ne mets pas tout ce qui brille dans ta bouche. » Elle eut un sourire nerveux.

— D'accord, dit-elle à voix haute. Je suis une enfant. Et vous êtes… des ombres qui parlent trop. C'est fatiguant.

Les ombres frémirent, surprises.

Maëlle prit une inspiration lente. Elle baissa sa baguette, comme si elle déposait une arme.

— Vous êtes mes doutes, murmura-t-elle. Je vous vois. Merci de vouloir me protéger en me faisant peur… mais je n'ai pas besoin de vous aujourd'hui.

Éloi la regarda, un éclat d'approbation dans les yeux.

Les ombres hésitèrent. Leurs chuchotements se cassèrent, comme un disque rayé.

— Merci ? répéta l'une, comme si ce mot brûlait.

— Oui, dit Maëlle. Merci. Maintenant, laissez-moi faire.

Les ombres reculèrent, se dissoudre n'était pas instantané, mais elles devinrent plus fines, plus transparentes, jusqu'à n'être que des taches sur la pierre.

Maëlle s'agenouilla au bord du cercle. La pierre-paupière était tiède. Elle posa sa main dessus.

Le souffle ancien sembla se rapprocher, curieux.

— Comment je te réveille ? demanda Maëlle, presque tendrement.

Éloi répondit derrière elle :

— Avec ce que tu as : ton cœur, tes mots, et une gratitude vraie. La lueur n'obéit pas aux ordres. Elle répond aux liens.

Maëlle ferma les yeux.

Elle pensa à sa grand-mère, à ses blagues, à l'écharpe conseillée. À sa mère, à la pièce trouée. Aux professeurs qui râlent mais expliquent quand même. Aux amis qui font semblant de ne pas voir quand elle est bizarre. À la ville entière, au bruit, aux pavés, aux gens pressés, tous reliés sans le savoir par des fils invisibles.

Et elle murmura, tout simplement :

— Merci.

Rien ne se passa. Pendant une seconde, Maëlle sentit la honte monter, comme une vague.

Puis la pierre sous sa paume pulsa, doucement, comme un battement de cœur très lent.

Maëlle rouvrit les yeux. Une fine ligne de lumière apparut sur la pierre, au niveau de la « paupière ».

Elle avala sa salive.

— Ça marche…

Chapitre 5 — Réveiller la lueur endormie

La ligne lumineuse s'élargit. Pas brutalement, mais comme une aube qui prend son temps. La pierre sembla s'ouvrir, non pas en se séparant, mais en laissant filtrer quelque chose qui était déjà là, depuis toujours.

Une lueur monta du centre : pas un éclair aveuglant, plutôt une lumière chaude, couleur miel, qui dansait avec une intelligence tranquille. Elle flottait au-dessus du cercle, frémissante, comme si elle s'étirait après un très long sommeil.

Maëlle sentit une émotion étrange lui piquer les yeux. Ce n'était pas de la tristesse, ni de la joie pure. C'était le soulagement de retrouver quelque chose qu'on ne savait même pas avoir perdu.

La lueur tournoya autour de Maëlle, sans la toucher, mais en effleurant l'air près de sa joue. Elle avait une odeur douce, comme de la cannelle et de la pluie sur une pierre chaude.

— Bonjour, souffla Maëlle.

Éloi, derrière, laissa échapper un souffle qu'il retenait depuis un moment.

— Tu l'as réveillée. Maintenant, il faut l'ancrer. Sinon elle repartira se cacher, par timidité.

— L'ancrer comment ?

Éloi ouvrit le grimoire. Les pages se tournèrent toutes seules, rapides, comme un oiseau qui bat des ailes. Le livre s'arrêta sur une page où des mots brillaient, puis s'effacèrent pour laisser place à d'autres, comme si la page écrivait en direct.

— Elle veut un échange, dit Éloi. Une lueur ne se réveille pas gratuitement. Elle ne prend pas, elle relie. Tu dois offrir quelque chose qui te ressemble.

Maëlle pensa aussitôt à sa pièce trouée. Elle la sortit. Le métal était froid, rassurant. C'était un objet simple, mais rempli d'histoires.

Elle hésita.

« Et si je ne la revois plus ? »

Son pas intérieur vacilla, une micro-hésitation, comme au bord d'un plongeoir.

La lueur, elle, flotta plus près, attentive.

Maëlle inspira.

— J'ai peur de perdre ça, admit-elle à voix haute. Mais… merci de me montrer que garder ne sert à rien si on ne partage pas.

Éloi leva un sourcil, surpris et amusé.

— Voilà qui est… très bien dit.

Maëlle posa la pièce dans le cercle, sur la pierre-paupière. Le métal tint un instant, puis s'enfonça comme dans de la pâte, disparaissant sans bruit.

La lueur vibra, comme si elle avait reçu un cadeau qu'elle n'osait pas ouvrir.

Et soudain, elle s'étira, grandit, puis se divisa en filaments fins, presque transparents. Ils s'élancèrent dans les couloirs, traversant les pierres comme si elles étaient de l'eau, se faufilant dans toutes les directions.

Maëlle les suivit du regard, bouche ouverte.

— Elle… elle part partout ?

— Elle ne part pas, dit Éloi. Elle se reconnecte.

Le souffle ancien devint plus doux, comme apaisé. Les petites lueurs fatiguées dans le couloir reprirent de la vigueur, brillèrent un peu plus, comme si on avait changé leurs piles invisibles.

Maëlle se releva lentement. Elle se sentait plus légère, mais aussi un peu vide, à cause de la pièce offerte.

Éloi referma le grimoire. Le livre fit un petit bruit satisfait, comme un ventre repu.

— Tu as bien travaillé, dit le gardien.

Maëlle hocha la tête, mais son visage se crispa.

— J'ai… une question.

— Vas-y.

— Et si ma mère me demande la pièce ?

Éloi la regarda une seconde, puis éclata d'un rire bref, sincère.

— Ah. Voilà une question vraiment importante.

Maëlle soupira.

— Ce n'est pas drôle.

— Si, un peu. La magie et les parents, Maëlle, c'est un mystère plus épais que ces murs.

Il sortit quelque chose de sa poche : une petite rondelle de métal, simple, avec un trou. Elle ressemblait beaucoup à la pièce, sauf qu'elle était gravée d'un minuscule symbole : un fil noué.

— Prends ça. Une pièce de remerciement. Ce n'est pas la même, mais elle portera ton geste. Et si ta mère la remarque… dis-lui la vérité, à ta manière. Avec gratitude.

Maëlle prit la rondelle. Elle était tiède.

— Merci, dit-elle, et cette fois le mot eut un poids, un vrai.

La lueur, quelque part dans les couloirs, pulsa doucement, comme si elle approuvait.

Chapitre 6 — Le pas sûr vers la surface

Le chemin du retour semblait différent, alors que les couloirs n'avaient pas bougé. Les arches paraissaient moins lourdes. Même les gouttes d'eau tombaient avec un son plus clair, comme si elles avaient décidé d'être polies.

Maëlle marchait devant, et Éloi derrière, sans se presser. Son pas, au début hésitant, était devenu sûr. Pas parce qu'elle n'avait plus peur, mais parce qu'elle avançait avec elle.

— Tu sais, dit Éloi, les gens imaginent souvent que les sorcières sont puissantes parce qu'elles commandent aux choses.

Maëlle jeta un coup d'œil en arrière.

— Et ce n'est pas ça ?

— Une sorcière devient vraiment forte quand elle comprend qu'elle fait partie d'un lien, et qu'elle peut le renforcer. Par un geste. Par un merci. Par une attention.

Maëlle serra la rondelle gravée dans sa poche.

— Je n'ai pas l'impression d'avoir fait quelque chose d'énorme.

— Tant mieux, répondit Éloi. Les meilleures magies n'écrasent pas. Elles éclairent.

Ils arrivèrent à l'escalier. La porte vers la fontaine était là, discrète, comme si elle jouait à cache-cache.

Éloi posa une main sur le mur, comme pour prendre congé.

— Est-ce que je vous reverrai ? demanda Maëlle.

Le gardien ajusta ses lunettes.

— Peut-être. Les grimoires aiment les lecteurs curieux. Et toi, tu as l'air du genre à revenir poser des questions gênantes.

— Je ne suis pas gênante.

— Le sol des catacombes n'est pas d'accord.

Maëlle rit.

Avant de passer la porte, elle se tourna vers Éloi.

— Merci… pour tout. Et merci au grimoire aussi.

Le gros livre remua légèrement, comme un salut bougon, mais Maëlle crut sentir une sorte de fierté.

La porte s'ouvrit sur le bruit de la ville. La fontaine coulait normalement, et l'eau ne dansait plus en spirale… sauf une fois, juste une fois, comme un clin d'œil.

Maëlle remonta sa fermeture éclair et s'élança vers chez elle. Le ciel avait changé : toujours gris, mais lumineux, comme si quelqu'un avait frotté la couleur avec une gomme propre.

Dans l'appartement, sa grand-mère tricotait. Elle leva les yeux.

— Alors, la « bibliothèque » ? demanda-t-elle.

Maëlle hésita, puis sortit la rondelle de métal.

— J'ai… trouvé une pièce.

Sa grand-mère l'examina. Ses doigts s'arrêtèrent sur le symbole du fil noué.

— Oh, dit-elle, et son sourire se fit tendre. Ça faisait longtemps.

Maëlle sentit un nœud se défaire dans sa gorge.

— Mamie… merci de me faire confiance.

Sa grand-mère reprit son tricot, l'air de rien, mais ses yeux brillaient.

— Merci à toi de rentrer entière. Et maintenant, va te laver les mains. Tu sens la pierre chaude, et c'est une odeur que je n'ai pas envie de retrouver sur les coussins.

Maëlle obéit en riant. Dans le miroir de la salle de bain, elle se regarda. Rien n'avait changé, et pourtant, tout semblait un peu plus relié.

Dans la rue, quelque part, une idée vint à un inconnu au bon moment. Une rencontre improbable se produisit à un carrefour. Un rêve trouva son chemin.

Et, sous la ville, dans des catacombes tièdes au souffle ancien, la Lueur éveillée continuait de tisser, patiemment, des fils invisibles — légers comme un merci, solides comme un pas devenu sûr.

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Nacré
Qui a un aspect brillant et irisé, comme la surface d'une coquille.
Porte-bonheur
Petit objet que l'on garde pour espérer de la chance ou protection.
Préado
Enfant qui est presque adolescent, entre enfant et adolescent.
Intérieure
Qui se trouve à l'intérieur de quelque chose, pas à l'extérieur.
Grimoire
Livre ancien qui contient des savoirs ou des formules magiques.
Catacombes
Galeries souterraines, souvent anciennes, sous une ville ou un lieu.
Gravé
Qui a été marqué ou creusé dans la matière, comme sur la pierre.
Pierre-paupière
Image pour dire qu'une pierre semble fermer ou protéger quelque chose.
Filament lumineux
Petit fil très fin qui émet de la lumière.
Moqueries
Remarques ou gestes qui se moquent de quelqu'un pour le blesser.
L’ancrer
Rendre quelque chose stable et attaché pour qu'il reste en place.
Soupira
Faire un long souffle qui montre la fatigue, le soulagement ou la tristesse.
Gratitude
Sentiment de reconnaissance quand on est redevable ou touché par un geste.

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