Chargement en cours...
Histoire fantastique de sorcellerie 11 à 12 ans Lecture 27 min.

Le labyrinthe des liens invisibles

Mina, une jeune apprentie sorcière, suit une mystérieuse trace lumineuse jusqu’à un labyrinthe vivant où, aidée d’une alliée inattendue, elle doit réparer une fiole magique fissurée et apprendre à changer sa façon d’agir.

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

Mina, jeune sorcière d'environ 12 ans aux yeux bruns et cheveux en bataille, capuche sombre, concentrée et légèrement souriante, tient une fiole de verre fissurée dans une main et une pince bec-de-corbin dans l'autre pendant qu'elle applique un fil d'argent lumineux sur la fissure ; Sacha, alliée inattendue d'environ 14 ans aux cheveux roux noués et cape courte boueuse, se tient à droite, tenant une bobine de fil d'argent, prête à aider ; l'atelier est une salle ronde sculptée dans des haies avec un plafond de branches entrelacées, table de pierre centrale et étagères de lianes chargées d'objets usés, éclairage vert diffus et étincelles flottantes ; la scène montre la réparation délicate : le fil d'argent brille et se fond dans le verre, la fissure devient une cicatrice argentée, ambiance de magie pratique, couleurs vives, contrastes nets et textures marquées. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La trace sur les pavés

Une trace lumineuse serpentait sur les pavés humides, comme si une comète minuscule avait frotté son ventre contre la rue. Elle brillait d'un vert doré, tremblotant entre les flaques, et s'éteignait par endroits avant de renaître plus loin, têtue.

Mina serra sa besace contre elle. Dans sa poche intérieure, une petite fiole en verre cliqueta, et la fissure qui la traversait lui lança une pique de culpabilité.

« Ce n'est pas le moment de céder, toi », marmonna-t-elle.

La fiole contenait une goutte d'encre de sortilège, une encre rare qui écrivait toute seule les mots qu'on n'osait pas dire. Mina l'avait récupérée à la bibliothèque des sorcières de la Rue des Trois-Échelles — légalement, enfin… presque. Et elle l'avait laissée tomber, hier soir, en voulant faire la maligne devant un miroir qui se moquait d'elle.

La fissure n'était pas encore une cassure. Mais Mina savait reconnaître une catastrophe qui prend son temps.

La trace lumineuse tournait au coin des maisons et filait vers la campagne, comme une invitation qui ne demandait pas l'avis. Mina suivit, ses bottes glissant sur la mousse. L'air sentait la terre froide et les feuilles écrasées, avec une pointe de fumée de cheminée.

Au bout du village, la trace s'enfonça dans un vieux chemin bordé de ronces. Mina écarta les branches d'un geste. Des étincelles vertes restèrent accrochées à ses manches, puis se dissipèrent.

« D'accord, d'accord… Je viens », soupira-t-elle, comme si la lumière pouvait l'entendre.

Elle n'avait pas peur. Pas vraiment. C'était plutôt un mélange de curiosité et de ce petit frisson dans le ventre qui disait : attention, Mina, tu t'apprêtes à faire quelque chose d'absurde.

Le chemin déboucha sur une vaste clairière. Et là, se dressait le labyrinthe de haies.

Il était immense, plus haut que les toits du village, et ses feuilles luisaient comme si elles avaient bu la lune. On aurait dit un monstre végétal endormi, roulé sur lui-même. La trace lumineuse glissa jusqu'à une ouverture, une sorte de bouche sombre.

Le vent se leva, et le labyrinthe… bougea.

Pas comme une haie qui frissonne. Non. Les murs verts coulissèrent lentement, comme des portes qu'on pousse. Une allée s'élargit, une autre se rétrécit, et la bouche d'entrée changea de place d'un bon mètre.

Mina se figea.

« Ah. Très bien. Un labyrinthe qui se croit malin. »

Elle sortit la fiole fissurée et la leva devant ses yeux. La goutte d'encre au fond semblait plus sombre que la nuit, mais elle vibrait, comme attirée par quelque chose.

« Si tu te brises, je te recolle avec ma salive, et ce sera dégoûtant », menaça Mina, sans grande conviction.

La trace lumineuse disparut à l'intérieur. Mina inspira, goûta l'air : menthe froissée, terre, et une odeur de pluie fraîche. Elle entra.

Derrière elle, la haie glissa et la clairière fut avalée, comme si le monde ordinaire avait refermé une porte sans poignée.

Chapitre 2 : Le vent qui déplace les murs

Le premier couloir était étonnamment large. Mina marcha, la main posée sur la haie. Les feuilles étaient froides, presque humides, et parfois une petite étincelle courait sous ses doigts, comme un chat invisible.

Le vent souffla dans le labyrinthe avec un bruit de mer. Les haies frémirent, puis un mur tout entier glissa sur la droite, sans craquer, sans déraciner quoi que ce soit. Une allée qui était devant Mina disparut. Une autre surgit à sa gauche.

« Très bien », dit Mina à haute voix. « Je vois le genre. Tu es un labyrinthe… capricieux. Comme mon oncle quand il perd aux cartes. »

Comme pour répondre, une feuille se détacha et vint se coller sur son front.

Mina la retira. « Charmant. »

Elle sortit sa baguette — un simple bout de bois de noisetier poli, avec un fil de cuivre enroulé à la base. Elle murmura :

— Lumen filis.

Une petite boule de lumière se forma au bout de sa baguette et partit flotter devant elle, docile. Elle éclairait juste assez pour révéler les nuances des feuilles : vert bouteille, vert tendre, et parfois des taches argentées.

Au détour d'un angle, Mina découvrit quelque chose qui n'aurait pas dû être là : une porte de bois, plantée au milieu de la haie. Pas un portail, non. Une porte d'intérieur, avec une poignée en porcelaine.

Elle s'approcha, méfiante. La porte était couverte de petites gravures : des flèches, des spirales, des oiseaux aux ailes trop longues.

Mina posa l'oreille contre le bois. Elle entendit… un tic-tac.

« Une porte qui fait tic-tac. Je sens que ça va être une journée formidable. »

Elle tourna la poignée. La porte s'ouvrit sur… un couloir étroit, tapissé de papier peint à motifs de nuages. Un couloir qui ne menait nulle part, car au bout, il y avait un mur de briques.

Mina referma aussitôt.

« Non merci. J'ai déjà un mur dans ma vie, ça suffit. »

Le vent souffla plus fort, et derrière elle, l'allée par laquelle elle venait se déforma. Le labyrinthe réarrangeait ses idées.

Mina se força à rester calme. Elle avait été entraînée ici par une trace lumineuse. Les traces ne se donnent pas la peine d'exister pour rien. Et sa fiole vibrait de plus en plus, comme une dent qui réclame une réparation.

Elle sortit la fiole, la fissure visible comme une petite foudre blanche.

« Si je te répare, tu arrêtes de trembler. Marché conclu ? »

La fiole, évidemment, ne répondit pas. Mais la goutte d'encre remua, et une infime lueur s'échappa du verre, se déposant sur le sol. Un nouveau fil lumineux apparut, très fin, qui se faufila entre les feuilles.

Mina eut un sourire, malgré elle.

« Ah ! Toi aussi tu sais où aller. Alors, en avant. »

Elle suivit la ligne. Elle passait sous une arche de branches, puis contournait un petit bassin rond où l'eau était immobile comme un miroir. Mina aperçut son reflet : des cheveux bruns en bataille, des yeux déterminés, et une feuille coincée dans sa capuche.

Au moment où elle s'en approcha pour l'enlever, son reflet leva la main avant elle et lui fit un signe… de prudence.

Mina recula.

« D'accord. Je ne touche pas au bassin. Merci, moi-même, très utile. »

Une rafale fit bouger les haies. L'allée se referma derrière elle comme une fermeture éclair.

Le fil lumineux, lui, continuait.

Chapitre 3 : La gardienne au nez pointu

Mina déboucha dans une petite place circulaire au centre de laquelle trônait une statue de pierre : un renard debout sur ses pattes arrière, portant un chapeau pointu beaucoup trop grand pour lui. Ses yeux de pierre semblaient brillants.

La trace lumineuse fit le tour de la statue, puis s'éleva en spirale, comme un ruban qui grimpe, avant de se dissoudre dans l'air.

Mina tourna sur elle-même. Il n'y avait que trois issues, mais les haies bougeaient doucement, comme si elles respiraient. Et, posée au pied de la statue, une boîte en métal attendait, toute cabossée, avec une serrure.

Mina s'accroupit. La boîte portait une inscription gravée :

POUR CE QUI SE FISSURE, PAS POUR CE QUI SE PLAINT.

« Ah », dit Mina. « C'est personnel, maintenant. »

Elle posa la fiole sur la boîte. La fissure brilla. La serrure cliqueta toute seule, et le couvercle s'ouvrit avec un petit soupir d'air.

À l'intérieur, il y avait… un fil d'argent, fin comme un cheveu, enroulé sur une bobine, et une petite pince en forme de bec d'oiseau. Mina fronça les sourcils.

« C'est ça, la grande solution magique ? De la couture ? »

Une voix répondit, sèche et claire :

— La couture, c'est de la magie qui a décidé d'être pratique.

Mina se redressa d'un bond. Derrière la statue, une silhouette venait d'apparaître. Une fille à peu près de son âge, ou un peu plus, avec une cape trop courte et des bottes pleines de boue. Elle avait des cheveux roux attachés n'importe comment et un regard qui pétillait d'un humour insolent.

Mina pointa sa baguette, par réflexe.

— Qui es-tu ?

— Calme ton noisetier, dit l'inconnue. Je m'appelle Sacha. Et toi, tu es Mina, la sorcière qui croit que menacer les fioles marche.

Mina baissa un peu sa baguette, vexée.

— Comment tu sais mon nom ?

— Le labyrinthe murmure. Et tu parles toute seule. Beaucoup.

Mina rougit. « Ce labyrinthe a des oreilles ? Super. »

Sacha s'approcha de la boîte et prit la pince en forme de bec.

— Je suis… une alliée inattendue, annonça-t-elle avec un sérieux exagéré, comme si elle jouait dans une pièce de théâtre. Je sais, ça fait très mystérieux. Mais j'ai été envoyée.

— Envoyée par qui ?

Sacha haussa les épaules.

— Par la chose qui aime les traces lumineuses et les objets cassés. Appelle-la le Vent, si tu veux. Ou la Magie. Moi, je l'appelle « l'Idée qui n'a pas de patience ».

Mina observa la pince et le fil d'argent.

— Et tu sais réparer une fiole fissurée avec ça ?

— Je sais réparer presque tout, dit Sacha. Sauf les gens qui refusent d'essayer autrement.

Mina croisa les bras.

— J'essaye. Je suis venue jusqu'ici, non ?

Sacha lui lança un regard amusé.

— D'accord, tu essayes. Mais tu essayes comme quelqu'un qui veut que ça marche tout de suite.

Mina allait répondre quand le vent souffla. La place circulaire trembla légèrement. Une des trois issues se ferma, les haies glissant pour former un mur net.

Sacha posa une main sur l'épaule de Mina, comme si elles se connaissaient depuis longtemps.

— On n'a pas des siècles. La fiole, c'est ton enjeu, pas vrai ? Tant qu'elle est fissurée, elle attire ce labyrinthe. Comme une écharde attire ton attention.

Mina regarda la fiole. La fissure semblait s'être allongée d'un millimètre, juste pour la provoquer.

— Oui. Si elle se brise, l'encre s'échappera. Et elle… elle écrira n'importe où.

Sacha eut un petit sifflement.

— Oh. L'encre de sortilège. Ça, c'est le genre d'objet qui transforme un carnet de devoirs en confession publique.

Mina imagina son cahier de potions se couvrant de phrases du style : JE DÉTESTE LA SOUPE AUX POIREAUX DE MADAME BRUGEON. Elle grimaça.

— On la répare. Maintenant.

— Alors suis-moi, dit Sacha. Le labyrinthe a un atelier. Enfin… une sorte d'endroit où les choses acceptent d'être recollées.

— Et tu sais où c'est ?

Sacha sourit.

— Je sais écouter le vent.

Elle fit claquer la pince en forme de bec, comme un petit oiseau, et prit le fil d'argent. Puis elle s'engouffra dans une des deux issues restantes.

Mina hésita une seconde, puis la suivit.

Chapitre 4 : L'atelier des liens invisibles

Le couloir se rétrécissait et s'élargissait au gré des rafales. On aurait dit que le labyrinthe jouait à faire passer Mina et Sacha par des portes imaginaires. Parfois, les haies s'écartaient juste assez pour laisser passer leurs épaules ; parfois, elles s'ouvraient sur des passages étonnamment confortables, comme si le labyrinthe voulait se faire pardonner.

— Tu n'as pas l'air surprise d'être ici, lança Mina, essoufflée.

— J'ai été surprise la première fois, répondit Sacha. La deuxième fois, j'étais fâchée. La troisième, j'ai apporté des biscuits, et depuis, ça va mieux.

Mina glissa.

— Tu es déjà venue ?

— Oui. Je me suis retrouvée dans ce labyrinthe après avoir cassé… une tasse.

Mina la dévisagea.

— Une tasse ?

Sacha toussota.

— Une tasse qui appartenait à quelqu'un qui n'aime pas qu'on casse ses affaires. Très bon motif pour courir vite.

Mina éclata d'un rire bref. Ça fit du bien, comme une bouffée d'air chaud.

Au bout du couloir, une ouverture apparut. Elles entrèrent dans une salle étrange, comme creusée dans un tas de feuilles. Le plafond était une voûte de branches entremêlées. Au centre, une table de pierre lisse. Et autour, des étagères… faites de lianes, portant des objets en attente : une lanterne ébréchée, un violon sans corde, un bouton géant, un livre qui tremblait comme s'il avait froid.

Sur la table reposait un petit support de bois avec une rainure, comme un berceau pour fiole.

Sacha posa la fiole dans le support avec délicatesse.

— Voilà l'atelier des liens invisibles, annonça-t-elle. Ici, on répare en comprenant ce qui relie.

Mina s'approcha, fascinée malgré elle.

— Qu'est-ce qui relie une fiole à… tout ça ?

Sacha sortit le fil d'argent et le déroula. Il brillait doucement, sans être éblouissant, comme une pensée claire.

— Une fissure, dit-elle, c'est une séparation. Pour recoller, il faut un pont. Le fil est un pont. Mais il ne tient que si tu y mets quelque chose de toi.

Mina fronça les sourcils.

— Du sang ? Parce que non, merci. Je ne signe pas les contrats avec mes veines.

Sacha éclata de rire.

— Non ! Rien de dramatique. Un souvenir. Une idée. Une intention. Un truc vrai.

Mina regarda la fissure. Elle n'avait pas envie de mettre un souvenir dedans. Les souvenirs, c'était à elle.

— Et si je mets… une intention, alors ?

— Parfait, dit Sacha. Quelle intention ?

Mina inspira. L'odeur de feuilles, de pierre froide et de métal léger lui emplissait les narines.

— Je veux… réparer ce que j'ai abîmé. Et je veux apprendre à faire autrement que « vite et bien »… parce que je fais surtout « vite et cassé ».

Sacha hocha la tête, satisfaite.

— Ça, c'est honnête. Allez. Prends la pince.

Mina prit la pince en forme de bec. Elle était tiède, comme si quelqu'un l'avait tenue avant elle. Sacha plaça le fil d'argent au bord de la fissure.

— Tu vas le poser le long de la fissure, dit-elle. Comme si tu traçais une nouvelle route. Et pendant que tu le poses, tu répètes ton intention. Pas comme une formule. Comme une promesse.

Mina commença, la main un peu tremblante. La pince pinça le fil et l'appliqua sur le verre. Le fil se colla sans colle, épousant la foudre blanche de la fissure.

— Je veux réparer ce que j'ai abîmé, murmura Mina. Je veux apprendre à faire autrement.

Au moment où elle prononça « autrement », le fil d'argent se mit à vibrer. La fissure brilla et sembla se resserrer, comme si le verre respirait.

Mina continua, doucement, sans se presser. Sacha la regardait, attentive, sans se moquer.

Quand le fil eut couvert toute la fissure, il se fondit dans le verre, laissant une cicatrice fine, argentée, presque jolie.

Mina retint son souffle. La fiole était entière. Pas parfaite, mais entière.

La goutte d'encre au fond se calma. Elle n'avait plus l'air de vouloir s'échapper pour écrire sa vie sur les murs.

Mina leva la fiole, émerveillée.

— Ça marche…

— Bien sûr que ça marche, dit Sacha. Le labyrinthe adore quand on fait preuve d'imagination. Il déteste quand on force.

Mina sourit. Elle se sentit plus légère, comme si elle avait réparé aussi quelque chose en elle.

Puis, un grondement doux résonna dans les haies. Les objets sur les étagères frémirent. Le livre tremblant se mit à claquer des pages.

Sacha se tendit.

— Ah. Voilà la partie moins agréable.

— Quoi ?

Le vent souffla, puissant. Les haies de l'atelier se déplacèrent, les étagères ondulèrent, et la table de pierre glissa d'un centimètre.

Sacha attrapa Mina par le bras.

— Le labyrinthe change. Il ne te laisse pas sortir tant que tu n'as pas compris le dernier truc.

— Quel dernier truc ? J'ai réparé la fiole !

Sacha pointa la cicatrice argentée.

— Tu l'as réparée… en la rendant différente. Tu n'as pas effacé la fissure. Tu l'as transformée. Maintenant, il faut l'accepter. Et le labyrinthe va te tester là-dessus.

Mina avala sa salive.

— Comment ?

Sacha répondit d'un ton qui se voulait léger, mais ses yeux trahissaient une pointe d'inquiétude.

— En te proposant un choix… évidemment injuste.

La porte de bois gravée apparut soudain au fond de l'atelier, comme si on l'avait posée là. Le tic-tac était plus fort.

Sur la porte, une nouvelle inscription se forma, dessinée en lumière verte :

CHOISIS CE QUI DOIT RESTER.

Chapitre 5 : La porte qui fait tic-tac

Mina s'approcha de la porte. Le tic-tac résonnait comme un cœur impatient. Elle posa la main sur la poignée en porcelaine. Elle était froide.

— Ne l'ouvre pas sans réfléchir, souffla Sacha.

— Je réfléchis, dit Mina. Je réfléchis très bien. Je suis une championne de la réflexion… quand personne ne me presse.

Le tic-tac, justement, pressait.

Mina ferma les yeux une seconde. Elle sentit la fiole réparée dans sa poche, sa cicatrice argentée contre le tissu. Elle pensa à l'encre de sortilège : utile, dangereuse, tentante. Elle pensa aussi à son intention. Réparer, autrement.

Elle ouvrit.

Cette fois, ce n'était pas un couloir à nuages. C'était une pièce ronde, avec deux piédestaux. Sur l'un, la fiole — une version parfaite, sans cicatrice, lisse comme un verre neuf. Sur l'autre, la fiole réparée par Mina, avec sa fine trace argentée.

Entre les deux, flottait un ruban de lumière verte, le même que la trace du début, mais plus épais, plus vivant.

Une voix sans corps murmura, comme le vent dans les feuilles :

— Choisis ce qui doit rester. Le parfait ou le vrai.

Mina sentit sa gorge se serrer. Elle s'avança vers la fiole parfaite. Elle était belle. Elle donnait envie de dire : « Voilà, problème effacé. »

Sacha resta derrière, silencieuse. Mina se retourna.

— Tu ferais quoi, toi ?

Sacha haussa les épaules, mais son sourire était doux.

— Je ne peux pas choisir à ta place. Mais je peux te dire un truc : le parfait, c'est souvent une histoire qu'on raconte pour ne pas voir le reste.

Mina fixa la fiole parfaite, puis sa fiole à cicatrice. Elle se souvint de sa promesse. Elle n'avait pas recollé pour faire comme avant. Elle avait recollé pour continuer.

Elle posa la main sur la fiole à cicatrice.

— Je choisis celle-ci.

Le ruban de lumière verte frémit, comme satisfait. Le tic-tac ralentit. La fiole parfaite se dissipa, comme un reflet dans une eau qu'on trouble. La porte derrière elles s'ouvrit sur un couloir de haies.

La voix murmura encore :

— La créativité répare sans effacer.

Mina sentit un frisson chaleureux lui courir dans le dos. Elle ramassa sa fiole réparée.

Sacha souffla, soulagée.

— Bon choix. Et tu vois ? Tu n'as pas explosé. C'est déjà un progrès.

Mina lui donna un petit coup d'épaule.

— Merci, très encourageant.

Elles sortirent de la pièce. Le labyrinthe semblait moins hostile, maintenant. Les haies bougeaient toujours, mais d'une manière… presque dansante.

— Comment on sort ? demanda Mina.

Sacha leva le doigt.

— On suit la trace. Sauf qu'elle ne sera plus devant toi. Elle sera…

Mina sentit une chaleur dans sa poche. Elle sortit la fiole : la cicatrice argentée s'illumina, dessinant une mince ligne de lumière qui pointait vers la droite.

— …là, termina Sacha. La sortie est reliée à ce que tu as réparé. Les liens invisibles, tu te souviens ?

Mina hocha la tête, impressionnée.

— Donc ma fiole est devenue une boussole.

— Une boussole un peu susceptible, oui. Ne la menace plus de salive, ça la rend nerveuse.

Mina éclata de rire.

— D'accord, d'accord.

Elles avancèrent. Le vent soufflait, mais au lieu de les piéger, il semblait pousser les haies pour leur ouvrir le passage. Comme si le labyrinthe avait décidé de les accompagner.

Après plusieurs tournants, elles arrivèrent devant le bassin miroir, celui que Mina avait évité. L'eau n'était plus immobile : elle ondulait doucement.

Mina ralentit.

— On doit passer par là ?

Sacha regarda la fiole-boussole. La ligne argentée pointait droit sur le bassin.

— Oui.

Mina soupira.

— Évidemment.

Elle s'agenouilla au bord. Son reflet apparut, mais cette fois, il souriait. Et il montra la cicatrice sur la fiole, puis leva le pouce.

Mina ne put s'empêcher de sourire aussi.

— Tu es moins bizarre que tout à l'heure, moi.

Le reflet fit une moue comme pour dire : merci bien.

Sacha glissa un caillou dans l'eau. Des cercles se formèrent, et au centre, la surface s'ouvrit brièvement comme une paupière.

Une petite passerelle de feuilles tressées émergea, juste assez solide pour marcher.

— Après toi, dit Sacha en s'inclinant exagérément.

— Quel honneur, répondit Mina.

Elles traversèrent. La passerelle ondulait, mais tenait bon. L'eau sentait la pluie et la menthe.

De l'autre côté, la haie s'écarta, révélant un dernier couloir qui montait légèrement, comme une sortie vers la lumière.

La cicatrice argentée de la fiole brillait de plus en plus fort.

« On y est presque », pensa Mina, le cœur battant.

Chapitre 6 : La sortie et la promesse

Le couloir s'ouvrit brusquement sur la clairière. Le ciel était devenu plus clair, lavé par le vent. Les arbres autour semblaient parfaitement ordinaires, comme s'ils n'avaient aucune idée qu'un labyrinthe vivant se cachait là.

Derrière Mina et Sacha, les haies frémirent et se déplacèrent une dernière fois, puis l'entrée… glissa, se referma, et il ne resta qu'un mur vert lisse, innocent.

Sacha inspira profondément, comme si elle avait retenu son souffle depuis des heures.

— Et voilà. On est dehors.

Mina regarda autour d'elle. La trace lumineuse avait disparu. Mais dans sa main, la fiole réparée rayonnait d'une petite lueur argentée, discrète, comme un secret bien gardé.

— Merci, dit Mina, simplement.

Sacha lui fit une révérence ridicule.

— C'est mon métier imaginaire. Alliée inattendue.

Mina la dévisagea.

— Tu vas où, maintenant ?

Sacha pointa du menton le chemin vers le village.

— Je rentre. J'ai… des biscuits à sauver de mon petit frère, et c'est une mission héroïque.

Mina rit.

— Tu pourrais venir à la bibliothèque, un jour. Je… j'essayerai de ne pas casser les choses.

Sacha fit semblant de réfléchir, la main sur le menton.

— Hum. Tentant. Mais seulement si tu promets de ne pas courir après la magie comme si c'était un autobus qui part.

Mina leva deux doigts.

— Promis. Enfin… je promets d'essayer autrement.

Sacha sourit, sincère cette fois.

— C'est mieux qu'un « promis » parfait. Allez, à bientôt, Mina.

Elle s'éloigna, ses bottes faisant crisser l'herbe. Au bout de quelques pas, le vent souffla, et sa cape trop courte se souleva. Elle se retourna.

— Ah, et Mina ?

— Oui ?

— La cicatrice sur ta fiole… garde-la. Elle te rappellera que tu peux inventer des solutions au lieu de chercher la formule toute faite.

Mina serra la fiole contre elle.

— Je m'en souviendrai.

Sacha repartit. Elle disparut derrière les arbres, comme si elle avait toujours fait partie du décor.

Mina prit le chemin du retour. Chaque pas la rapprochait du village, des toits, des odeurs de soupe, et de la normalité. Pourtant, quelque chose avait changé. Pas le monde. Elle.

Arrivée à la lisière du labyrinthe, elle se retourna une dernière fois. Le mur vert semblait silencieux, mais Mina crut entendre, très faintement, un murmure de feuilles.

Comme un rire.

Mina glissa la fiole dans sa poche, là où elle serait en sécurité. La cicatrice argentée resta tiède contre sa paume, comme une petite étoile apprivoisée.

— D'accord, dit-elle au vent. J'ai compris. Je réparerai… avec imagination.

Le vent lui répondit en soulevant une mèche de cheveux et en la déposant gentiment sur son front, comme une feuille qui aurait appris la politesse.

Mina eut un sourire.

Puis elle reprit sa route, avec un pas déterminé, et l'impression délicieuse que, juste derrière le monde ordinaire, l'extraordinaire l'attendait — sans se presser.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Besace
Petit sac porté en bandoulière pour transporter des affaires personnelles.
Fiole
Petit récipient en verre qui contient un liquide ou une potion.
Sortilège
Un pouvoir magique ou un enchantement lancé par quelqu’un.
Fissure
Fente ou cassure fine dans un objet solide, comme du verre.
Clairière
Espace dégagé et ouvert au milieu d’une forêt ou des arbres.
Labyrinthe
Ensemble de chemins compliqués où il est facile de se perdre.
Haie
Rangée de buissons taillés qui sert de clôture ou séparation.
Allée
Chemin ou passage, souvent bordé d’arbres ou de haies.
Piédestaux
Supports surélevés qui servent à exposer une statue ou un objet.
Cicatrice
Trace laissée sur un objet ou sur la peau après une réparation.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

À lire ensuite dans Histoires fantastiques de sorcellerie pour 11 à 12 ans

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.