Chargement en cours...
Histoire de petits enquêteurs 11 à 12 ans Lecture 29 min.

Le mystère du film disparu au cinéma des Tilleuls

Quatre amies enquêtent au Cinéma des Tilleuls lorsque la copie du film disparaît et suivent des indices — scotch, popcorn, caramel et une affiche décollée — pour découvrir qui se cache derrière une mystérieuse « surprise ».

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

Quatre filles de 12 ans dans un petit cinéma rétro : Lina, châtain foncé en carré, accroupie devant une affiche décollée tirant doucement un boîtier noir entre l’affiche et le mur ; Inès, tresses blondes, jean et baskets rouges, à gauche de Lina, bras levé, sourire triomphant ; Zoé, cheveux courts noirs, carnet et stylo, juste derrière Lina, notant les indices ; Maëlys, boucles brunes en fauteuil roulant moderne, à droite, penchée vers l’affiche observant une trace de scotch au sol; décor : moquette rouge, comptoir snack, affiches encadrées et éclairage chaud; scène : elles examinent une affiche du film « Le Chat Cosmique », coin décollé révélant un boîtier noir, petit popcorn collé à un scotch brillant — atmosphère de mystère chaleureux et d’aventure amicale. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La bobine qui disparaît

Le Cinéma des Tilleuls sentait toujours le popcorn, la moquette un peu poussiéreuse et les soirées qui commencent bien. C'était un petit cinéma de quartier, avec une enseigne qui clignotait quand il faisait trop froid.

Lina adorait venir ici. Elle aimait surtout ce moment juste avant le film, quand les lumières baissent et que tout le monde se tait, comme si la salle retenait son souffle.

Avec elle, il y avait son trio inséparable : Inès, Zoé et Maëlys. Quatre filles, douze ans, des idées plein la tête.

— On a des places au milieu, annonça Inès, brandissant les tickets comme un trésor.

Maëlys, assise dans son fauteuil roulant, fit tourner une roue du bout des doigts.

— Parfait. Au milieu, on voit tout… et on entend tout.

Zoé ricana.

— Maëlys veut encore espionner les conversations.

— Pas espionner, corrigea Maëlys. Observer. C'est différent.

Lina sourit. Elles avaient un jeu : « l'enquête du jour ». D'habitude, c'était pour retrouver un bonnet oublié ou deviner qui avait mangé le dernier cookie. Rien de très sérieux.

Ce soir-là, pourtant, quelque chose clochait.

À la caisse, Monsieur Pujol, le gérant, avait le front plissé comme un ticket mal déchiré. Il parlait à une employée, Nora, qui comptait des tickets en tremblant un peu.

— Ce n'est pas possible, répétait Monsieur Pujol. La bobine était là à dix-huit heures. Et maintenant… plus rien.

Lina s'arrêta net.

— Une bobine ? demanda Zoé, curieuse.

Nora les regarda, soulagée de voir des visages familiers.

— Le film de ce soir. La copie… enfin, le disque, maintenant. Mais Monsieur Pujol dit toujours « bobine ». Il a ses habitudes.

— Elle a disparu ? chuchota Inès, les yeux ronds.

Monsieur Pujol soupira si fort que son masque glissa presque de son nez.

— Oui. Et sans ça, pas de séance.

Derrière elles, une file se formait. Un monsieur tapotait du pied. Une dame disait déjà : « On va demander un remboursement ! »

Lina sentit son cœur battre plus vite. Un mystère, un vrai, là, sous son nez.

Elle s'approcha.

— Monsieur Pujol… on peut aider ?

Le gérant leva les yeux, surpris.

— Aider ? Vous êtes… des détectives ?

Zoé prit une voix grave.

— Détectives du quartier. Très redoutables.

Maëlys ajouta, sérieuse :

— On pose des questions. On observe. On déduit.

Inès hocha la tête avec enthousiasme.

Monsieur Pujol hésita. Il avait l'air d'un homme qui n'avait plus beaucoup de solutions.

— D'accord… mais discrètement. Si les clients panquent, c'est fini.

Nora montra une petite porte à côté de la caisse.

— La réserve est derrière. C'est là qu'on garde les films.

Lina sentit le goût de l'aventure, comme un grain de sel sur la langue.

— Alors, on commence par là, dit-elle. Et on se fait une règle : rien toucher sans le dire.

— Logique, approuva Maëlys. Une scène de crime, ça se respecte.

Elles passèrent la porte. Et le cinéma, tout à coup, devint un terrain d'enquête.

Chapitre 2 — La réserve, la clé et la miette de popcorn

La réserve n'était pas très grande. Des cartons empilés, des affiches roulées, des sacs de gobelets. Une ampoule nue pendait du plafond et faisait une lumière de cave.

Sur une étagère, il y avait une boîte noire ouverte, vide. À côté, une étiquette : « Séance 20 h — L'Odyssée du Chat Cosmique ».

— Donc le film était là, murmura Lina.

Monsieur Pujol montra une petite serrure sur la porte.

— La réserve se ferme à clé. La clé est sur ce crochet, derrière la caisse.

Inès se tourna vers Nora.

— Et tout à l'heure, la clé était où ?

— Sur le crochet, répondit Nora. Je l'ai prise à dix-huit heures trente pour ranger des bonbons. Puis je l'ai remise.

Maëlys fit glisser son fauteuil de quelques centimètres, juste pour mieux voir le sol.

— Regardez.

Près du seuil, il y avait une miette de popcorn… collée à quelque chose de plus intéressant : un petit bout de ruban adhésif transparent, froissé.

Zoé se pencha.

— Qui colle du scotch sur du popcorn ?

— Ou qui a du scotch sur les doigts, dit Lina. Et qui a marché ici.

Elle regarda la porte. Aucun signe de forçage. Pas de trace évidente.

Maëlys leva un doigt.

— Question logique : si la porte était fermée à clé, il faut soit la clé… soit quelqu'un qui a pu entrer avant que ce soit fermé.

Inès tourna la tête, comme si elle voyait déjà le plan du cinéma.

— Qui a accès à la clé ?

Nora compta sur ses doigts.

— Monsieur Pujol. Moi. Hugo, l'ouvreuse… enfin l'ouvreur, il déchire les tickets. Et Sami au snack.

Monsieur Pujol grommela.

— Et personne d'autre.

Zoé regarda l'étagère vide.

— Le film, ça ressemble à quoi ?

Nora expliqua :

— Un boîtier noir, pas très gros. Facile à glisser dans un sac.

Lina observa autour. Sur une pile d'affiches, il y avait une feuille blanche, avec des traits au feutre. Un dessin rapide : un chat avec un casque spatial. Et en dessous, une phrase : « NE PAS OUBLIER LA SURPRISE ».

Inès sourit.

— C'est sûrement un mémo pour la séance.

Monsieur Pujol fronça les sourcils.

— Une surprise ? Je n'ai prévu aucune surprise.

Les filles se regardèrent. Ça, c'était nouveau.

Maëlys posa une question calmement, comme un professeur.

— Qui a écrit ça ?

Nora secoua la tête.

— Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais vu.

Lina se mordit la lèvre. Elle sentait que l'affaire n'était pas juste un vol.

— On a besoin d'une liste, dit-elle. D'abord, ce qu'on sait. Ensuite, ce qu'on doit vérifier.

Zoé sortit un petit carnet de sa poche. Elle écrivait tout, tout le temps. Même des blagues nulles.

— Je note : 1) le boîtier du film a disparu. 2) pas de porte forcée. 3) bout de scotch + popcorn au seuil. 4) message “surprise” inconnu.

Inès leva la main, comme en classe.

— Et 5) la séance est dans une heure.

Monsieur Pujol se passa la main dans les cheveux.

— Dans quarante-cinq minutes, en fait.

Maëlys sourit, un sourire qui disait : « On a du boulot. »

— Alors, dit Lina, on interroge les personnes qui ont accès. Et on cherche ce que signifie “surprise”.

Elles ressortirent de la réserve. Dans le hall, des gens commençaient à chuchoter, comme des moineaux nerveux.

Le mystère venait de s'installer, bien au chaud, entre les affiches de films.

Chapitre 3 — Interrogatoires au snack

Le snack était un petit comptoir brillant, avec des bocaux de bonbons et une machine à popcorn qui soufflait de la chaleur. Sami, un grand ado avec une casquette à l'envers, remplissait des sachets sans lever les yeux.

Lina s'approcha.

— Sami, on a besoin de te poser des questions.

Il sourit, sans s'inquiéter.

— Si c'est pour savoir combien de popcorn je mange par jour, la réponse est : trop.

Zoé posa son carnet sur le comptoir.

— Dis-nous plutôt : tu as vu qui près de la réserve entre dix-huit heures et maintenant ?

Sami prit un air réfléchi, exagérément sérieux.

— Alors… j'ai vu une dame demander des serviettes. Un monsieur perdre une pièce. Et Hugo courir parce qu'il avait oublié son badge.

Inès sauta sur l'occasion.

— Hugo a couru vers où ?

— Vers la caisse. Il a dit qu'il devait ouvrir la salle 2. Après, je l'ai vu près de la réserve… enfin, passer dans le couloir.

Maëlys pencha la tête.

— Tu as vu la clé ?

Sami fit non.

— Non. Mais… j'ai vu Nora avec un rouleau de scotch.

Zoé leva les yeux de son carnet.

— Du scotch ? Pourquoi ?

— Elle a réparé une boîte de gobelets qui s'était ouverte. Elle a fait ça ici, sur le comptoir.

Lina pensa au bout de ruban trouvé dans la réserve. Ça collait… au moins un peu.

— Nora, tu as utilisé du scotch, c'est vrai ? demanda Lina en se tournant vers elle. Sans accusation, juste une question.

Nora rougit.

— Oui. Et j'ai sûrement laissé des bouts partout. Je suis… pas très douée.

Maëlys fit tourner une roue, doucement.

— Le scotch explique la trace. Mais pas la disparition.

Inès regarda la machine à popcorn.

— Et le popcorn au seuil ?

Sami haussa les épaules.

— Ici, il y en a partout. Ça tombe, ça roule, ça vit sa vie.

Zoé nota : « scotch = Nora, popcorn = tout le monde ».

Lina s'approcha un peu de Sami.

— Autre question : tu as entendu parler d'une “surprise” ?

Sami eut un sourire mystérieux.

— Ah… ça. J'ai entendu Hugo dire qu'il préparait un truc “trop cool” pour ce soir. Il faisait le malin.

— Un truc trop cool, répéta Inès. Comme quoi ?

— Je sais pas. Il a juste dit : “Vous verrez.” Et il a tapé dans ses mains comme un magicien.

Zoé grimaça.

— Les magiciens, c'est suspect.

Maëlys leva un sourcil.

— Ou juste enthousiastes.

Lina se pencha vers ses amies.

— Donc Hugo savait quelque chose. Il est passé dans le couloir. Et il avait oublié son badge… Ça peut vouloir dire qu'il était stressé.

Inès ajouta :

— Et si la “surprise” était liée au film ? Peut-être qu'il a déplacé le boîtier.

Zoé referma son carnet.

— On va parler à Hugo. Mais doucement. Un bon interrogatoire, c'est comme un film : il faut du suspense.

Elles quittèrent le snack. Dans le hall, la tension montait. Monsieur Pujol essayait de calmer un monsieur très mécontent qui disait : « Moi je voulais voir le chat cosmique ! »

Lina aperçut Hugo près des portes de la salle 2. Il tournait son badge entre ses doigts. Il avait l'air… trop innocent pour être totalement innocent.

Chapitre 4 — Le badge d'Hugo et les indices qui se contredisent

Hugo avait dix-sept ans, une veste noire et un sourire un peu trop sûr de lui. Quand il vit les filles arriver, il se redressa.

— Oh, les quatre mousquetaires ! Vous venez pour des places gratuites ?

— On vient pour une enquête, répondit Zoé.

Hugo rit.

— Une enquête ? Ici ? Sur quoi, le mystère du nacho froid ?

Lina resta calme.

— Le film de ce soir a disparu. Et on a trouvé un message parlant d'une surprise.

Le sourire d'Hugo se figea, juste une seconde. Assez pour que Maëlys le remarque. Lina aussi.

— Ah, euh… ouais, j'ai entendu. C'est la galère.

Inès croisa les bras.

— Où étais-tu entre dix-huit heures et dix-neuf heures ?

Hugo ouvrit de grands yeux.

— Wouah, direct comme ça.

— Réponds simplement, dit Maëlys.

Il soupira.

— J'étais à l'accueil, puis j'ai fait un tour dans le couloir technique. J'ai dû récupérer un truc.

Zoé pencha la tête.

— Quel truc ?

— Mon badge, justement. Je l'avais perdu.

Lina pointa le badge qu'il tenait.

— Et tu l'as retrouvé où ?

Hugo gratta sa nuque.

— Dans le couloir, près de la… euh… réserve.

Inès fit un petit « ah ! » triomphant.

— Donc tu étais près de la réserve.

Hugo se défendit aussitôt.

— Oui, mais ça veut rien dire ! Tout le monde passe là. Et puis la réserve est fermée.

Maëlys demanda, posément :

— Tu as vu la clé ?

— Non.

Zoé ouvrit son carnet.

— Tu as parlé d'une surprise, c'est vrai ?

Hugo hésita, puis sourit d'un air gêné.

— Bon… oui. Je voulais faire une mini animation avant le film. Un truc simple, pour le quartier. Un petit jeu, avec des tickets à gratter. Mais… c'est rien.

Lina s'étonna.

— Des tickets à gratter ? Comme une tombola ?

— Voilà. J'ai imprimé des cartes. Une personne gagne un soda gratuit, une autre un poster…

Inès cligna des yeux.

— Et Monsieur Pujol n'est pas au courant ?

— Je voulais lui faire la surprise, avoua Hugo. Il est stressé en ce moment, je voulais… le faire sourire.

Maëlys hocha la tête.

— Ça explique le mot “surprise”.

Mais il restait le film.

Lina reprit :

— Et le boîtier du film, tu l'as vu ?

Hugo secoua la tête, trop vite.

— Non. Enfin… non, je crois pas.

Zoé le fixa.

“Je crois pas”, c'est pas “non”.

Hugo soupira, battu.

— Ok. Je l'ai vu. De loin. Quand je suis passé dans le couloir, la porte de la réserve était… entrouverte.

Les filles se figèrent.

— Entrouverte ? répéta Inès. Mais Monsieur Pujol a dit que c'était fermé.

— Peut-être que quelqu'un venait de sortir, dit Hugo. J'ai pas réfléchi. J'étais en train de chercher mon badge.

Maëlys demanda :

— Tu as entendu du bruit ?

— Juste… un froissement. Comme un sac plastique. Et une odeur de caramel, ajouta-t-il, bizarrement précis.

Lina pensa au snack. Au caramel.

— Qui aime le caramel ici ? demanda Zoé à voix haute.

Inès leva la main.

— Moi, mais je suis innocente.

Maëlys sourit.

— On n'accuse pas sur la base des goûts.

Lina réfléchit. Une porte entrouverte, un sac plastique, une odeur de caramel… Ça pointait vers le snack, ou vers quelqu'un qui y était passé.

— Hugo, dit Lina, montre-nous où tu as vu la porte entrouverte.

Hugo hésita.

— Je vais me faire tuer par Pujol si je mets mon nez là-dedans.

— Tu préfères te faire tuer par les clients s'il n'y a pas de film ? répliqua Zoé.

Hugo grimaça.

— Ok, ok. Suivez-moi.

Ils allèrent dans le couloir. La lumière y était plus blanche, plus froide. On entendait au loin les conversations du hall, comme une mer agitée.

Arrivés devant la réserve, la porte était bien fermée.

Hugo montra le sol.

— Là. C'est ici que j'ai trouvé mon badge.

Maëlys repéra aussitôt une petite trace sombre, comme une marque de roue de chariot.

— Quelqu'un a transporté quelque chose, dit-elle.

Inès se pencha.

— Et regardez… une petite tâche collante.

Zoé renifla.

— Ça sent le caramel.

Lina sentit un frisson. L'indice était concret. Et il menait quelque part.

— D'accord, dit-elle. On a un plan : on vérifie qui a pris du caramel, qui avait un sac plastique, et qui a pu pousser un chariot.

Maëlys ajouta :

— Et on doit trouver où on pourrait cacher un boîtier dans un cinéma, sans sortir du bâtiment.

Zoé eut un sourire.

— Une cachette de cinéma… Ça, c'est prometteur.

Chapitre 5 — Le plan du cinéma et la cachette impossible

Elles retournèrent au hall. Monsieur Pujol faisait les cent pas. Quand il vit le groupe, il leva les mains.

— Alors ? Vous avez trouvé mon film ?

— Pas encore, dit Lina. Mais on avance. On a besoin d'un plan du cinéma.

Monsieur Pujol cligna des yeux.

— Un plan ?

— Oui. Les endroits où on peut stocker, cacher, ou déposer un boîtier sans qu'on le voie, expliqua Maëlys.

Le gérant sembla hésiter entre rire et pleurer.

— Vous êtes incroyables… Bon. Venez.

Il les conduisit derrière le comptoir, dans un petit bureau. Là, sur un tableau, un plan simple du cinéma était punaisé : hall, salle 1, salle 2, couloir, réserve, local ménage, cabine de projection, sortie de secours.

Zoé pointa la cabine de projection.

— Qui peut y entrer ?

Nora répondit :

— Monsieur Pujol. Parfois Hugo, s'il doit aider.

Inès désigna le local ménage.

— Et là ?

— Tout le monde, dit Monsieur Pujol. Enfin, ceux qui travaillent ici.

Lina regarda la sortie de secours.

— Elle donne dehors, donc si quelqu'un est sorti avec le film…

Monsieur Pujol secoua la tête.

— L'alarme sonne si on ouvre. Et personne n'a entendu.

Maëlys posa une question qui changea tout :

— Est-ce que le boîtier peut être près du film… sans être dans la réserve ? Par exemple, dans une salle, sous un siège, derrière un rideau.

Nora ouvrit de grands yeux.

— On a nettoyé les salles tout à l'heure.

Zoé haussa les épaules.

“Nettoyer” et “tout voir”, ce n'est pas pareil.

Lina se concentra sur les indices : caramel, sac plastique, chariot.

— Qui utilise un chariot ici ? demanda-t-elle.

Nora répondit :

— Le chariot du ménage. Il est dans le local.

— Qui l'a utilisé aujourd'hui ? insista Inès.

Nora réfléchit.

— Moi, après le goûter, pour changer les sacs poubelle. Et… Sami a aidé à porter des cartons de gobelets.

Sami, au snack, avait dit que Nora avait réparé une boîte de gobelets avec du scotch. Donc cartons, scotch, chariot : on tournait en rond autour d'eux… mais Lina ne voulait pas accuser sans preuve.

Maëlys fixa le plan.

— Dans un cinéma, il y a un endroit parfait pour cacher quelque chose : derrière une affiche.

Zoé eut un petit rire.

— Comme dans les films ! Une cachette secrète derrière un poster.

Inès se tourna vers Monsieur Pujol.

— Est-ce qu'il y a des affiches qui ont été changées aujourd'hui ?

Monsieur Pujol gratta son menton.

— Oui… on a reçu des nouvelles affiches ce matin. Hugo devait les installer.

Tous les regards glissèrent vers Hugo. Il leva les mains.

— Quoi ? J'ai juste accroché du papier. Je suis pas un voleur d'affiches.

Lina posa une question simple, la plus logique.

— Hugo, quand tu as installé les affiches, tu avais un sac plastique ? Pour les anciennes ?

Hugo cligna des yeux.

— Oui. Un grand sac noir. Pour jeter les vieilles affiches.

Zoé écrivit : « sac plastique = Hugo ».

Maëlys demanda :

— Et le caramel ?

Hugo fit une grimace.

— J'ai pris des bonbons au caramel au snack. Deux. Pour me donner du courage, ok ?

Inès chuchota à Lina :

— Ça fait beaucoup de coïncidences.

Lina répondit à voix basse :

— Oui, mais il a aussi un motif gentil : la surprise.

Elle se tourna vers Hugo, sans agressivité.

— On ne dit pas que tu as volé le film. Mais tu peux nous aider à vérifier les affiches. Toutes.

Hugo soupira.

— D'accord. Mais vite, sinon la foule va me transformer en popcorn.

Ils commencèrent dans le hall. Les grandes affiches étaient encadrées sous verre. On voyait des reflets, des couleurs vives, des visages d'acteurs qui semblaient les observer.

Zoé tapota chaque cadre, comme si elle cherchait un double fond.

Inès regarda derrière les affiches non encadrées, accrochées avec des pinces dans le couloir.

Rien.

Puis Maëlys s'arrêta devant une affiche du film du soir : un chat cosmique qui flottait dans l'espace. Le coin inférieur était un peu décollé.

— Là, dit-elle.

Hugo s'approcha.

— Ça, c'est pas moi, j'vous jure.

Lina glissa ses doigts sous le papier décollé. Elle sentit quelque chose de rigide. Un boîtier.

Le cœur de Lina fit un bond.

— Je crois… qu'on l'a.

Elle tira doucement. Le boîtier noir sortit, coincé entre l'affiche et le mur.

Inès eut un souffle triomphant.

— Oui !

Zoé leva les bras.

— Mission accomplie !

Mais Lina ne bougea pas. Un détail la chiffonnait.

— Attendez. Pourquoi cacher le film… ici ?

Hugo avait l'air aussi surpris qu'elles.

— Je… je sais pas. Je l'ai pas mis là.

Maëlys plissa les yeux.

— Donc quelqu'un l'a caché derrière l'affiche du film du soir. Quelqu'un qui savait que tout le monde regarderait ailleurs.

Lina sentit le mystère se resserrer. Elles avaient trouvé le film… mais pas l'histoire derrière.

Et une enquête sans histoire, ce n'est qu'un objet retrouvé.

Chapitre 6 — Le coupable… et le secret bien gardé

Monsieur Pujol récupéra le boîtier comme si c'était un bébé panda.

— Vous l'avez trouvé ! Je… je n'y crois pas.

Dans le hall, les clients furent soulagés. La mer agitée redevint une rivière. Les gens râlaient encore un peu, mais moins. On distribua des excuses, et même quelques bonbons pour faire passer la déception.

La séance pouvait avoir lieu.

Mais Lina ne lâchait pas.

— Monsieur Pujol, dit-elle, il reste une question : qui l'a caché et pourquoi ?

Le gérant serra le boîtier contre lui.

— Une mauvaise blague, peut-être.

Maëlys secoua la tête.

— Une mauvaise blague laisse des traces. Là, on a des indices : scotch, caramel, sac plastique, porte entrouverte, et une affiche décollée.

Zoé ajouta :

— Et quelqu'un a écrit “NE PAS OUBLIER LA SURPRISE”.

Hugo se tortilla.

— Hé, ça, c'était peut-être moi… Enfin, j'ai écrit “surprise” sur une feuille, oui. Mais je l'ai perdue. Je voulais me rappeler d'aller chercher les tickets à gratter.

Inès le fixa.

— Donc tu as écrit la note. Et tu as des bonbons au caramel. Et tu avais un sac. Et tu étais près de l'affiche.

Hugo ouvrit la bouche, puis la referma.

— Ok, oui, c'est louche, vu comme ça. Mais je vous jure… j'ai pas caché le film.

Lina observa Nora. Depuis tout à l'heure, elle avait l'air d'un chat qui veut miauler mais qui se retient.

— Nora ? demanda Lina doucement. Tu veux dire quelque chose ?

Nora sursauta.

— Moi ? Non… enfin…

Monsieur Pujol se tourna vers elle.

— Nora ?

Nora serra ses mains.

— D'accord. Je… je vais expliquer. Mais promets, Monsieur, que tu ne vas pas te fâcher.

Le gérant cligna des yeux, surpris.

— Je… promets.

Nora inspira.

— J'ai caché le boîtier.

Inès faillit s'étouffer.

— Quoi ?!

Zoé la fixa.

— Pourquoi ?

Nora parla vite, comme si les mots lui brûlaient la bouche.

— Parce que je croyais que c'était une surprise. J'ai trouvé la note. “Ne pas oublier la surprise.” J'ai vu Hugo imprimer des cartes, chuchoter, courir partout… Et j'ai entendu Monsieur Pujol dire ce matin qu'il regrettait “l'époque des projections spéciales”.

Monsieur Pujol eut un petit « oh ».

Nora continua :

— Alors j'ai imaginé un truc… Une séance surprise, avec un mini jeu, une entrée en scène… Je voulais aider. Je voulais que Monsieur Pujol ait un moment magique. Mais j'avais peur qu'il dise non si je demandais.

Maëlys demanda :

— Donc tu as caché le film pour… forcer la surprise ?

Nora rougit jusqu'aux oreilles.

— Oui. Je voulais le ressortir au dernier moment, comme… ta-da ! Et dire : “On a failli le perdre, mais non !” C'était idiot.

Zoé souffla.

— C'est un plan de méchant de dessin animé… sauf que tu es gentille.

Inès ajouta, mi-amusée, mi-soulagée :

— Et pas très douée en timing.

Nora baissa la tête.

— Je sais.

Lina, elle, se concentra sur la logique, pour que tout s'emboîte.

— Le scotch, c'est toi. Tu l'avais sur les doigts quand tu as pris le boîtier, et un bout est tombé près de la réserve. Le caramel, tu en as mangé ?

Nora hocha la tête.

— Oui. Sami m'en a donné. Et j'avais un sac pour jeter des choses… j'ai pris celui d'Hugo qui était resté près des affiches.

Hugo ouvrit de grands yeux.

— Hé ! Mon sac !

Nora se mordit la lèvre.

— Désolée… Et j'ai utilisé le chariot du ménage pour transporter des cartons. J'ai mis le boîtier dedans, sous un sac poubelle, pour ne pas qu'on le voie. Puis je l'ai glissé derrière l'affiche quand le couloir était vide.

Maëlys conclut, calme :

— Tout correspond. Les indices ne mentaient pas. On les a juste mal reliés au début.

Monsieur Pujol resta silencieux une seconde. Puis il posa une main sur l'épaule de Nora.

— C'était… maladroit. Mais ton intention était bonne. La prochaine fois, la surprise, on la prépare ensemble.

Nora eut les yeux brillants.

— Promis.

Hugo souffla, soulagé.

— Donc je ne vais pas finir transformé en popcorn.

Zoé sourit.

— Non. Tu restes humain. Pour l'instant.

La salle 1 s'ouvrit. Les gens entrèrent. Les lumières baissèrent. Le film allait commencer.

Mais avant, Monsieur Pujol fit signe aux filles de s'approcher du bureau.

— Attendez. Vous m'avez rendu un grand service. Alors… à mon tour.

Il ouvrit un tiroir et en sortit une petite enveloppe kraft, vieille, avec un tampon du cinéma.

— Ça, c'est un secret. Un vrai. Et je le garde depuis des années.

Lina sentit son ventre se serrer, comme quand on ouvre un cadeau.

Monsieur Pujol baissa la voix.

— Quand j'étais jeune, ce cinéma allait fermer. Les gens venaient moins. J'ai eu peur de perdre le lieu. Alors j'ai organisé, en cachette, des séances gratuites pour les voisins… en utilisant un projecteur de secours que personne ne savait encore en état. C'était interdit, un peu… mais ça a sauvé le cinéma. Les gens sont revenus. Ils ont parlé. Ils ont souri.

Il tapota l'enveloppe.

— Dans cette enveloppe, il y a la liste des premières personnes qui sont venues. Les “sauveurs du Cinéma des Tilleuls”. Je ne l'ai jamais montrée à personne.

Inès chuchota :

— Pourquoi nous ?

Monsieur Pujol sourit, fatigué mais heureux.

— Parce que ce soir, vous avez fait pareil. Vous avez sauvé la séance. Et vous l'avez fait avec… de la logique. Pas avec des cris.

Maëlys demanda :

— On peut la lire ?

Monsieur Pujol secoua la tête, mais sans méchanceté.

— Non. Pas encore. Un secret bien gardé, ça se mérite et ça se protège. Mais je vous promets une chose : le jour où vous aurez treize ans, je vous inviterai dans la cabine de projection. Et je vous montrerai l'enveloppe. Et peut-être… le projecteur de secours.

Zoé chuchota :

— Donc c'est une enquête… à suivre.

Lina sourit. Elle aimait ça : un mystère résolu, et un autre qui attend sagement, comme une porte fermée à clé.

Dans la salle, le chat cosmique apparut à l'écran, flottant dans l'espace.

Et Lina pensa : parfois, la meilleure aventure commence juste derrière une affiche, avec un indice collant au caramel… et quatre amies qui savent réfléchir ensemble.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Moquette
Tapis épais qui couvre le sol d'une salle, souvent doux sous les pieds.
Clignotait
S'allumer et s'éteindre rapidement, en faisant des petits flashs de lumière.
Bobine
Support rond qui servait à contenir les vieux films sur pellicule.
Séance
Temps où l'on projette un film dans un cinéma pour un public.
Gérant
Personne qui dirige et s'occupe d'un lieu, comme un cinéma.
Réserve
Pièce où l'on range le matériel et les objets du cinéma.
Ampoule nue
Lampe sans abat-jour, visible et sans protection autour.
Scotch
Ruban adhésif transparent utilisé pour coller ou réparer rapidement.
Entrouverte
Légèrement ouverte, pas complètement fermée ni complètement ouverte.
Chariot
Petit véhicule à roulettes pour transporter des objets lourds ou nombreux.
Cabine de projection
Pièce où se trouve la machine qui projette le film sur l'écran.
Affiche
Grande image ou papier publicitaire qui annonce un film ou un événement.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.