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Histoire de petits enquêteurs 11 à 12 ans Lecture 24 min.

Le mystère du hérisson disparu du square des Tilleuls

Deux amis enquêtent dans leur quartier quand la statue du hérisson du square disparaît, suivant des indices pour découvrir pourquoi elle a été enlevée et qui en est responsable.

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Malo, 12 ans, cheveux châtains en bataille, veste kaki, assis sur un banc à gauche avec un carnet ouvert et un petit sachet plastique de sable doré ; Ilyes, 12 ans, cheveux noirs courts, sweat bleu à capuche, debout à droite près d'un cercle clair au sol, penché et montrant du doigt une ficelle verte coincée dans la terre ; au square des Tilleuls au crépuscule, bancs en bois usés, grandes feuilles suspendues, bac à sable pâle en arrière-plan et traces au sol là où la statue était posée ; les deux jeunes enquêteurs observent l'emplacement vide, indices sur le banc, contraste entre le sable pâle et le sable doré, regards concentrés et atmosphère d'attention tranquille. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le banc vide du square

Le square des Tilleuls sentait la feuille froissée et la terre tiède. Sous les branches, la lumière tombait en morceaux, comme un puzzle de soleil. Malo et Ilyes, tous les deux douze ans, y avaient leurs habitudes : un banc à l'ombre, un ballon qui roulait souvent trop loin, et une mission officieuse… observer le quartier.

Ce mercredi-là, un détail clochait.

— Il manque quelque chose, chuchota Malo.

— Ton sandwich ? plaisanta Ilyes.

Malo secoua la tête et montra du menton le coin près du bac à sable. Là où trônait d'habitude la statue du hérisson en métal — un hérisson rigolo, avec un museau brillant à force d'être caressé — il ne restait qu'un cercle plus clair dans la poussière et quatre marques dans le sol, comme si des pieds avaient été arrachés.

Ilyes siffla doucement.

— On a volé… un hérisson.

— Ou on l'a déplacé, dit Malo, déjà en mode “cerveau en marche”. Mais personne ne déplace un hérisson de statue sans prévenir.

Autour d'eux, le square vivait tranquillement : un bébé riait dans une poussette, des collégiens passaient en traînant les baskets, un vieux monsieur lisait son journal. Tout avait l'air normal. Trop normal.

Malo sortit son petit carnet, celui où il notait “les choses qui ne collent pas”. Il écrivit : Hérisson disparu. Pas de bruit. Pas d'affiche.

— On commence par quoi ? demanda Ilyes.

Malo leva un doigt.

— Par les faits. Qui a vu quoi ? Et surtout : qu'est-ce qui a bougé, à part le hérisson ?

Ils s'approchèrent du cercle clair. Des morceaux de terre étaient tassés, et, près d'une marque, une petite trace sombre, comme une poussière différente.

— On dirait… du sable, murmura Ilyes.

— Le bac à sable est juste là, répondit Malo. Mais ce sable-là est plus… beige doré.

Malo se baissa et, avec précaution, glissa un peu de ce sable dans un mini sachet zip (il en gardait toujours dans sa poche “au cas où”). Il colla dessus un bout de scotch et écrivit au stylo : Échantillon A : sable près de la disparition.

— Sérieux, t'as pensé à tout, dit Ilyes.

— Pas tout. Mais on va faire comme les pros : on compare. Si ce sable ne vient pas d'ici, il nous mène ailleurs.

Ils se relevèrent. Une ombre passa sur le sol : quelqu'un venait de s'arrêter derrière eux.

— Vous jouez aux détectives ? demanda une voix.

C'était Madame Lenoir, la gardienne du square. Ses clés pendaient à sa ceinture et tintaient comme un petit carillon.

Malo sourit poliment.

— On enquête un peu. Vous avez vu ce qui s'est passé ?

Madame Lenoir soupira.

— Ce matin, quand j'ai ouvert, le hérisson n'était déjà plus là. Et personne ne m'a rien dit. J'ai appelé la mairie, ils “vont vérifier”. Vous savez ce que ça veut dire…

— Que ça prendra trois siècles, conclut Ilyes.

Elle eut un petit sourire.

— Exactement. Faites attention quand même. Pas de bêtises.

— Promis, dit Malo. Juste des questions.

Madame Lenoir s'éloigna. Malo et Ilyes se regardèrent, excités et un peu inquiets.

— Dans un quartier où tout le monde se connaît, voler un hérisson, c'est… bizarre, souffla Ilyes.

— Donc ce n'est pas juste un vol. C'est une énigme, répondit Malo. Et une énigme, ça se résout.

Chapitre 2 : Des indices qui grattent

Malo décida de commencer par les témoins “logiques”, ceux qui traînaient souvent dans le square.

Le vieux monsieur au journal s'appelait Monsieur Pastre. Il porta ses lunettes sur son front.

— La statue ? Ah. Je l'ai vue hier, vers dix-huit heures. Des enfants jouaient autour. Puis j'ai quitté le square avant la fermeture.

— Vous avez vu des adultes près du hérisson ? demanda Ilyes.

— Un homme avec une veste bleue, répondit Monsieur Pastre après réflexion. Il regardait le bac à sable, pas la statue. Comme s'il cherchait quelque chose par terre.

Malo nota : Homme veste bleue. Cherche au sol.

Ils interrogèrent ensuite Lina, une fille de leur classe qui faisait souvent du skate à l'entrée du square.

— Le hérisson ? J'aimais bien lui faire un “high-five”, dit-elle. Mais hier soir, j'ai vu un utilitaire blanc garé pas loin, sur la rue des Mûriers. Un truc avec une échelle sur le toit.

— Une échelle ? répéta Malo.

— Ouais. Et le chauffeur avait des gants. Je me suis dit : “Il a peur de se salir, lui.” Et après, j'ai eu cours de skate, donc je suis pas restée.

Malo écrivit : Utilitaire blanc + échelle. Gants.

Ilyes, lui, scrutait le sol. Il adorait chercher les détails que les autres oubliaient. Près du cercle clair, il trouva un petit bout de ficelle verte, coincé dans une motte de terre.

— Ça, c'est pas du square, dit-il.

Malo le prit du bout des doigts.

— Ficelle fine… genre cordelette de jardinage.

Ils avancèrent jusqu'au bac à sable. Les enfants y faisaient des châteaux, concentrés comme des architectes. Le sable du bac était pâle, presque gris. Malo ouvrit discrètement son sachet d'échantillon A et compara à l'œil.

— Ça ne correspond pas, murmura-t-il. Le sable près des marques est plus doré. Comme… du sable de chantier.

Ilyes leva un sourcil.

— Un chantier ? Ici ?

Le quartier n'était pas immense. Il y avait bien des travaux, parfois, mais pas dans le square. Malo se tourna lentement, comme une caméra.

— Où est-ce qu'on a du sable doré, des gants, une échelle et de la ficelle de jardinage ?

Ilyes réfléchit, puis claqua des doigts.

— La maison en rénovation, au bout de la rue des Mûriers ! Celle de Monsieur Dervaux ! Ils refont la façade depuis deux semaines.

Malo hocha la tête. Ça collait déjà un peu trop.

— On va là-bas. Mais on ne fonce pas. On observe, on déduit, et on garde notre calme.

— Comme des ninjas de la logique, répondit Ilyes.

Ils quittèrent le square, le sachet de sable bien au chaud dans la poche de Malo. Sur le chemin, le soleil se cachait derrière les arbres, et l'enquête commençait à sentir le sérieux… sans perdre son parfum d'aventure.

Chapitre 3 : La rue des Mûriers et l'utilitaire blanc

La rue des Mûriers était bordée de haies bien taillées et de boîtes aux lettres qui cliquetaient au vent. Au bout, la maison de Monsieur Dervaux se repérait de loin : bâches plastiques, échafaudage, et une montagne de matériaux derrière une barrière.

Et, juste devant, un utilitaire blanc. Avec une échelle sur le toit.

Malo ralentit.

— On ne s'approche pas comme des espions dans un film. On fait comme si on passait par hasard.

— Alors… marche naturellement, dit Ilyes en exagérant une démarche “super naturelle”, épaules raides et bras qui balançaient trop.

Malo retint un rire.

Ils passèrent devant le chantier. Un homme en veste bleue parlait au téléphone, près d'un tas de sable doré. Il portait des gants de travail et tapotait le sol du pied, comme s'il attendait.

Malo chuchota :

— Veste bleue. Gants. Sable doré. On a déjà trois correspondances.

Ilyes murmura :

— Et la ficelle verte, regarde…

Sur une caisse, des bobines de cordelette verte identique à celle trouvée au square.

Malo sentit son cœur accélérer, mais il se força à rester méthodique.

— On a des indices, pas une preuve. On doit comprendre le “pourquoi”.

Ils continuèrent jusqu'au coin de la rue, puis revinrent en passant de l'autre côté. Cette fois, une fenêtre de la maison était ouverte, et ils entendirent une voix intérieure :

— …je te dis qu'on ne pouvait pas le laisser dehors, avec la pluie ! On l'abîme, après on a des problèmes !

Une autre voix répondit, plus basse :

— Ouais, mais fallait prévenir quelqu'un…

Malo s'arrêta net. Ilyes aussi.

“Le”, c'est peut-être le hérisson, souffla Ilyes.

Malo hocha la tête, puis prit une décision.

— On va poser des questions. Sans accuser. Comme ça, si c'est un malentendu, ça se règle vite. Et si ce n'est pas un malentendu… on verra.

Ils s'approchèrent de la barrière. L'homme à la veste bleue les remarqua, raccrocha, et les dévisagea.

— Vous cherchez quelqu'un ? demanda-t-il.

Malo inspira.

— Bonjour. On vient du square des Tilleuls. La statue du hérisson a disparu. On a trouvé du sable doré près de l'endroit, et… on a pensé à un chantier.

L'homme fronça les sourcils, puis son expression se détendit d'un coup, comme un ballon qu'on lâche.

— Ah. Le hérisson. D'accord. Attendez.

Il posa ses gants sur une planche.

— Je m'appelle Karim. Je travaille ici. Ce n'est pas un vol. Enfin… pas comme vous l'imaginez.

Ilyes se pencha, méfiant mais curieux.

— Alors pourquoi il n'est plus là ?

Karim eut un air embêté.

— Parce qu'hier soir, on a trouvé la statue abîmée. Une patte bougeait. Les fixations étaient presque sorties. C'était dangereux. Un petit aurait pu se faire mal si ça tombait. Alors… on l'a emportée pour la sécuriser. On comptait appeler la mairie ce matin, mais on a eu un souci avec la livraison et…

Malo sentit la logique s'aligner, mais une question restait.

— Vous l'avez emportée où ?

Karim pointa son pouce vers l'intérieur du chantier.

— Elle est à l'abri, dans le garage. On allait la ressouder. C'est mon collègue qui sait faire.

Ilyes souffla, mi-soulagé, mi-déçu.

— Donc… c'est une enquête qui finit en “on a voulu bien faire” ?

Malo ne se laissa pas piéger. Il serra son carnet.

— Peut-être. Mais pourquoi le sable près des marques, la cordelette verte, et surtout… pourquoi personne n'a vu l'emporter ? Et l'utilitaire… c'était vous ?

Karim hocha la tête.

— Oui. On l'a chargée vite, après la fermeture. Madame Lenoir était déjà partie. On ne voulait pas attirer l'attention, sinon on aurait eu dix questions et zéro minute de travail.

Malo échangea un regard avec Ilyes : ça se tenait. Mais une dernière chose grattait encore.

— Et la patte qui bougeait, ça venait d'où ? demanda Malo. Quelqu'un a peut-être essayé de la dévisser avant vous.

Karim eut un petit silence.

— Ça, je ne sais pas. Quand on l'a vue, c'était déjà comme ça.

Malo sentit l'enquête se déplacer : le hérisson n'avait peut-être pas été “volé”… mais il avait failli l'être.

— Est-ce qu'on peut le voir ? demanda-t-il.

Karim hésita, puis répondit :

— Si vous restez derrière moi et que vous ne touchez à rien. D'accord ?

— D'accord, dirent-ils en chœur.

Chapitre 4 : Le hérisson au garage

Le garage sentait la peinture fraîche et le bois coupé. Dans un coin, sous une couverture grise, une forme ronde attendait. Karim souleva le tissu.

Le hérisson apparut, un peu poussiéreux, mais bien là. Son museau brillait toujours.

Ilyes soupira, franchement soulagé.

— Il est vivant… enfin, en métal, mais vivant.

Malo s'accroupit pour examiner les pattes. Sur deux fixations, les boulons étaient rayés, comme si un outil avait glissé. Et autour, des petites miettes de terre.

— Vous avez utilisé quoi pour le démonter ? demanda Malo.

— Une clé. Mais on n'a pas eu besoin de forcer autant que ces rayures-là. On a surtout tiré parce que ça venait déjà.

Malo regarda les rayures de plus près. Il sortit son sachet d'échantillon A.

— Le sable que j'ai pris… il y en a un peu ici, sur la base.

Karim haussa les épaules.

— Normal, on a traversé le square. On a dû en ramener.

— Oui, mais ce sable-là est doré, comme celui de votre chantier, pas comme celui du bac à sable du square, répondit Malo.

Ilyes se gratta la tête.

— Attends… ça veut dire que quelqu'un a mis du sable de chantier au pied de la statue, là-bas ?

Malo tapa doucement du doigt sur son carnet.

— Ou que quelqu'un qui travaillait avec ce sable est allé au square. Avant vous.

Karim se redressa, soudain sérieux.

— Vous insinuez que quelqu'un de l'équipe a voulu la prendre ?

— Je n'insinue rien, répondit Malo. Je relie des faits. Et je préfère vérifier plutôt que d'accuser.

Karim soupira.

— On est trois sur ce chantier. Moi, et deux collègues. Bruno et Sacha. Bruno est parti tôt hier. Sacha est resté avec moi jusqu'à la fin. On a fermé vers dix-neuf heures.

Ilyes lança :

— Et après dix-neuf heures, vous êtes revenus ?

— Oui, vers vingt heures trente. Pour le hérisson, justement. On a attendu que la rue soit calme.

Malo fixa la base de la statue. Un détail le frappa : une petite trace de peinture bleue sur le métal, très fine, comme un frottement.

— Votre veste est bleue… mais la peinture ?

Karim montra ses mains.

— Pas moi. La peinture bleue, c'est celle qu'on utilise sur les volets là-haut. Sacha s'en occupe.

Malo prit une grande inspiration. Il n'aimait pas pointer quelqu'un, mais l'esprit critique, c'était aussi accepter l'idée qu'on pouvait se tromper… et donc vérifier.

— Karim, est-ce que Sacha a un utilitaire aussi ?

— Non. Il vient en scooter.

Ilyes se pencha vers Malo.

— Donc l'utilitaire, c'est Karim. La veste bleue au square, c'est peut-être Karim… ou quelqu'un d'autre avec une veste bleue. Dans le quartier, il y en a mille.

Malo hocha la tête, reconnaissant.

— Exact. On a besoin d'un indice qui distingue.

Malo regarda la cordelette verte, posée sur l'établi. Il se souvint d'un autre détail : au square, la cordelette trouvée avait une odeur forte, un parfum de pin, comme un produit de jardinage.

— Karim, votre cordelette… elle sert à quoi ?

— À attacher les bâches, répondit-il. Pourquoi ?

Malo montra le hérisson.

— Au square, on a trouvé un bout de cordelette verte, comme la vôtre. Si quelqu'un a essayé de déplacer la statue avant, il aurait pu l'utiliser pour tirer.

Karim fronça les sourcils.

— Ça… c'est possible.

Malo sentit qu'ils tournaient autour d'une vérité simple, mais encore floue. Il devait poser la question la plus utile, celle qui ouvre une porte.

— Qui, dans le quartier, aurait intérêt à prendre cette statue ? demanda-t-il.

Karim eut un rire bref.

— Intérêt ? À part un collectionneur de hérissons en métal ? Aucune idée.

Ilyes, lui, regardait par la fenêtre du garage. Au fond du jardin de Monsieur Dervaux, il y avait un petit atelier avec une pancarte : Ferronnerie — Réparations.

— Hé, Malo, souffla-t-il. Monsieur Dervaux… il travaille le métal, non ?

Malo se redressa.

— Exact. Et s'il avait demandé qu'on la mette à l'abri pour la réparer, ça expliquerait le garage. Mais pas le silence.

Karim fit un geste de la main.

— Monsieur Dervaux est au fond, justement. Allez lui parler. Moi, je retourne au boulot. Et… merci de ne pas crier au voleur dans la rue.

— On ne crie jamais sans preuve, dit Malo. C'est la règle numéro un.

Chapitre 5 : La vérité se cache dans les détails

Monsieur Dervaux était un homme aux cheveux gris en bataille, avec des lunettes tachées de poussière. Dans son atelier, des outils pendaient au mur comme des instruments de musique. Il leva les yeux quand Malo et Ilyes entrèrent.

— Vous êtes les garçons du square, non ? demanda-t-il, avant même qu'ils parlent.

Malo cligna des yeux.

— Comment vous savez ?

— Parce que vous avez la tête de ceux qui posent des questions. Et parce que Karim m'a envoyé un message : “Deux détectives en approche.”

Ilyes eut un sourire.

— On n'est pas officiels. Juste… motivés.

Monsieur Dervaux se frotta les mains.

— La statue du hérisson. Je suppose que c'est ça.

Malo acquiesça.

— On veut comprendre. Et éviter les rumeurs.

Monsieur Dervaux s'appuya contre l'établi.

— Très bien. Hier, vers dix-sept heures, j'ai vu deux adolescents s'acharner sur la base du hérisson. Ils avaient un sac à dos. Je les ai surpris en train de forcer. Quand je leur ai parlé, ils ont filé comme des lapins.

— Vous les connaissez ? demanda Ilyes.

— Je ne les ai pas reconnus. Casquettes, capuches… mais pas très discrets. Ils avaient laissé tomber… ça.

Il attrapa un petit objet sur l'établi : une douille de clé, minuscule, avec un bord un peu abîmé.

Malo sentit une étincelle dans sa tête.

— C'est donc eux qui ont rayé les boulons.

— Oui, répondit Monsieur Dervaux. Et comme la statue était devenue instable, j'ai appelé Karim. Je lui ai dit : “On ne peut pas la laisser. Quelqu'un va se blesser.” Alors ils l'ont emportée après la fermeture pour éviter que les deux reviennent.

Ilyes se croisa les bras.

— Mais pourquoi ne pas prévenir Madame Lenoir ? Ou mettre un mot ?

Monsieur Dervaux eut un air gêné.

— Parce que j'ai été idiot. Je me suis dit : “On la remet demain matin, personne ne s'en apercevra.” Sauf que ce matin, Karim a eu un retard, et la gardienne a paniqué. Et vous aussi.

Malo sortit son carnet.

— On a trouvé du sable doré près des marques. Ça vient de votre chantier. Donc les adolescents ont dû passer par ici avant d'aller au square… ou ils ont marché dans votre tas de sable.

Monsieur Dervaux acquiesça.

— Le portail était ouvert hier. Ils ont peut-être traîné par ici. Le sable colle aux semelles, surtout quand il fait chaud.

Ilyes ajouta :

— Et la cordelette verte ?

— Elle est à nous. Ils ont dû en arracher un bout pour tirer, répondit Monsieur Dervaux. Ce n'est pas très malin, mais… ça arrive.

Malo sentit l'histoire se rassembler, pièce après pièce. Il restait le plus important : que faire maintenant ?

— Les deux adolescents… ils vont recommencer, dit Malo. Peut-être sur autre chose.

Monsieur Dervaux hocha la tête, grave.

— C'est ce qui m'inquiète. Ce n'est pas “le hérisson” le problème. C'est l'idée qu'on peut prendre ce qu'on veut, juste parce que c'est dehors.

Ilyes regarda Malo.

— On fait quoi ? On appelle la police ?

Malo réfléchit vite. Ils n'avaient pas de preuve d'identité, pas de noms. Mais ils avaient une solution pour empêcher que ça se reproduise, et pour calmer le quartier.

— On commence par la mairie et Madame Lenoir. Et on sécurise le hérisson. On peut aussi faire une annonce au square : “Statue en réparation, retour bientôt.” Comme ça, plus de rumeur, plus de panique.

Monsieur Dervaux sourit.

— Voilà une bonne méthode. Pas de bruit inutile, mais des actions utiles.

Malo ajouta, sincère :

— Et si on voit les adolescents revenir, on prévient un adulte. Pas question de jouer aux héros.

Ilyes leva les mains.

— Promis. Nos super-pouvoirs, c'est le cerveau, pas les bagarres.

Monsieur Dervaux rit doucement.

— Ça, c'est le meilleur des super-pouvoirs.

Chapitre 6 : Le retour du hérisson et la paix du quartier

Le lendemain, au square des Tilleuls, une petite affiche était scotchée près du bac à sable : “La statue du hérisson est en réparation pour votre sécurité. Retour très bientôt. Merci de votre patience.” Signé : Mairie du quartier et Madame Lenoir.

Madame Lenoir, justement, surveillait la place comme une capitaine de navire. Quand Malo et Ilyes arrivèrent, elle les héla.

— Alors, mes détectives, vous avez trouvé ?

Malo expliqua tout, simplement : les adolescents, les fixations, la réparation, le malentendu. Il insista sur les faits, pas sur les suppositions.

Madame Lenoir poussa un long souffle.

— Bon. Ça me rassure. Et ça évitera que Madame Tricot raconte que “des gangs ont attaqué le square”.

Ilyes pouffa.

— Trop tard, elle l'a déjà raconté à mon voisin. Il m'a demandé si j'étais en danger en allant acheter du pain.

Madame Lenoir leva les yeux au ciel.

— Voilà pourquoi les mots sont importants. Vous avez bien fait d'enquêter calmement.

Dans l'après-midi, Monsieur Dervaux et Karim revinrent avec la statue. Le hérisson avait une patte renforcée et des fixations neuves. Ils la reposèrent dans son cercle, bien droite, bien solide. Karim serra les boulons avec une nouvelle clé, et Monsieur Dervaux vérifia l'équilibre.

Malo observa le sable autour. Rien de doré, cette fois. Madame Lenoir balaya soigneusement, comme pour effacer les dernières traces de l'histoire.

Quand tout fut fini, des enfants applaudirent sans trop savoir pourquoi. Un petit s'approcha et posa sa main sur le museau brillant.

— Il est revenu, dit-il, sérieux comme un juge.

Ilyes se pencha vers Malo.

— En fait, on a sauvé un hérisson… et la tranquillité du square.

Malo sourit.

— On a surtout appris un truc : avant d'imaginer le pire, on vérifie. Les indices, les témoins, les explications. L'esprit critique, c'est comme une lampe. Ça évite de trébucher dans le noir.

Ilyes tapota la poche de Malo.

— Et ton sachet de sable, tu le gardes ?

Malo sortit l'échantillon A et le regarda un instant. Ce sable doré, minuscule, avait mené à une réponse.

— Je le garde, dit-il. Pour me souvenir qu'un détail peut raconter une histoire. Mais aussi que les détails ne suffisent pas sans questions.

Le soir, le square retrouva son calme. Les tilleuls berçaient l'air, les bancs grinçaient doucement, et le hérisson, bien fixé, semblait sourire dans l'ombre.

Dans le quartier, les rumeurs s'éteignirent aussi vite qu'elles étaient nées. On reparla de choses simples : le prochain match, la fête de l'école, les meilleurs cookies de la boulangerie.

Et Malo et Ilyes, assis sur leur banc à l'ombre, se sentirent exactement à leur place : là où le quotidien pouvait devenir une aventure… à condition de garder la tête froide.

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Square
Petit parc ou place avec des arbres et des bancs où les gens se promènent.
Mission officieuse
Tâche faite sans l'annoncer officiellement, souvent en secret ou discrètement.
Échantillon A
Petit morceau ou portion pris pour être observé ou gardé comme preuve.
Bac à sable
Grand bac rempli de sable où les enfants jouent et font des châteaux.
échafaudage
Structure provisoire en bois ou métal pour travailler en hauteur sur un bâtiment.
Utilitaire
Véhicule de travail, souvent une camionnette pour transporter des outils.
Bâches
Grandes toiles qui protègent de la pluie ou de la poussière.
Ferronnerie
Atelier ou travail du métal pour fabriquer ou réparer des objets en fer.
Douille
Petit morceau d'outil qui s'enclenche sur une clé pour visser ou dévisser.
Fixations
Pièces qui servent à attacher ou maintenir un objet en place.
Rumeurs
Infos non vérifiées que les gens racontent sans preuve.

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