Le matin froid
Lina a 4 ans. Ce matin, quand elle ouvre les rideaux, elle voit l'hiver. Le ciel est gris clair. Les toits ont un peu de givre, comme du sucre. Les arbres sont tout nus. La journée est courte, et la lumière est douce.
Dans la cuisine, ça sent le chocolat chaud. Maman met une tasse devant Lina. La tasse réchauffe les mains. Lina souffle doucement. « C'est chaud, ça fait du bien », dit-elle.
« Aujourd'hui, on va au parc avec Noé », dit maman. « Il fait froid, on s'habille bien. »
Lina regarde son pull, son pantalon, ses chaussettes. Elle connaît l'ordre. « D'abord les chaussettes, après le pantalon, après le pull », répète-t-elle. Ça la rassure. Elle aime quand c'est simple.
Elle met son manteau rouge. Elle ferme la fermeture éclair, tout doucement. « Je peux », dit Lina, fière. Maman sourit. « Oui, tu peux. »
Puis Lina prend son bonnet. Elle le pose sur sa tête. Elle couvre ses oreilles. « Mes oreilles sont au chaud », dit-elle. Elle enfile ses moufles. Elle bouge les doigts. « Coucou, doigts ! »
Dehors, l'air pique un peu le nez. Lina respire. L'air sent le froid et le matin. Elle marche en faisant de petits pas sur le trottoir. Le soleil est timide. Les gens vont vite, bien emmitouflés.
Au coin de la rue, Noé attend avec son papa. Noé a 4 ans aussi. Il tient son manteau, mais il a l'air fâché. Son bonnet est de travers. Une moufle est tombée par terre.
« Je n'y arrive pas », dit Noé, la voix triste.
Lina s'approche. Elle regarde son ami. « On peut essayer ensemble », dit-elle doucement.
Noé fait un petit bruit de nez. « Ça gratte. Et c'est dur. »
Papa de Noé se baisse. « On va y aller doucement », dit-il.
Lina se souvient : quand c'est dur, elle prend son temps. Alors elle montre. « On fait une chose à la fois. Une chose. Après une autre. »
Noé regarde Lina. Il semble écouter.
Une chose à la fois
Au parc, la terre est dure. L'herbe est froide. Il y a des feuilles sèches qui craquent. Une petite flaque a un bord un peu gelé. Lina ne saute pas dedans. Elle regarde seulement. C'est joli, comme du verre.
Mais d'abord, il faut s'habiller bien. Noé a encore sa fermeture ouverte. Le vent entre. Il frissonne. Lina le voit et dit : « On ferme pour que le ventre soit au chaud. »
Noé prend la tirette. Ses doigts sont lents. Il souffle. « Ça glisse… »
« Tu veux que je t'aide un peu ? » demande Lina.
« Un peu », dit Noé.
Lina met sa main près de la tirette, sans tirer fort. « Toi tu tiens, moi je guide. Comme ça. » Noé tient, Lina guide. Ensemble, ils montent la fermeture. « Zip… zip… » Ça marche.
Noé ouvre de grands yeux. « J'ai fait ! »
« Oui, tu as fait », dit Lina. « Bravo Noé. »
Puis il reste le bonnet. Noé tire dessus et il tombe sur ses yeux. « Je vois plus ! » dit-il, un peu inquiet.
Papa de Noé rit doucement. « Pas grave. On le remonte. »
Lina dit : « Les oreilles dedans. Les yeux dehors. » Elle touche ses propres oreilles. « Oreilles dedans. »
Noé essaie. Il remonte le bonnet. Ses oreilles sont couvertes. Ses yeux voient. Il sourit.
Il reste les moufles. Noé n'aime pas. « Mes doigts sont coincés. »
Lina bouge ses mains en moufles. « Mes doigts font dodo ensemble. Comme dans un petit lit. » Elle serre et ouvre les mains. « Regarde, je peux bouger un peu. »
Noé regarde. Il respire. « D'accord, j'essaie. »
Papa de Noé tient la moufle ouverte. Noé met la main. Lina compte doucement : « Un… deux… trois… » Noé pousse un peu. La moufle entre. « Voilà ! » dit Lina.
Noé met l'autre. Cette fois, il pousse tout seul. « J'ai fait tout seul ! » dit-il très fort.
Lina tape doucement dans ses moufles. « Bravo ! Tu es grand. »
Après, ils marchent dans le parc. Lina voit leur souffle, comme un petit nuage. Noé aussi. Il fait « pfff » et il rit. « Un nuage ! »
Ils vont vers un petit coin où il y a une pente douce. Ce n'est pas une grande montagne, juste une petite pente. Des enfants glissent assis sur un petit carton. Ça glisse doucement. Ça fait des rires doux.
Lina s'arrête. Elle regarde. Elle a envie, mais elle n'ose pas trop. Son ventre fait un petit nœud.
Noé dit : « Moi, je n'ose pas. Je vais tomber. »
Lina dit : « Moi aussi, je n'ose pas trop. »
Papa de Noé dit : « On peut regarder d'abord. On peut essayer petit. Et je suis là. Maman de Lina est là aussi. »
Maman de Lina s'approche. « On peut commencer tout en bas, sur un tout petit bout », dit-elle. « Juste pour sentir. »
Le petit courage
Lina prend un carton. Il est un peu mouillé, mais ça va. Elle le pose au bas de la pente, là où c'est presque plat. « Petit bout », dit-elle.
Noé prend un autre carton. Il colle son carton près de celui de Lina. « Petit bout aussi », dit-il.
Lina s'assoit. Ses fesses sont au froid, mais le manteau protège. Elle serre ses moufles. Son cœur fait boum-boum. Maman est juste à côté. Noé est juste à côté. Tout est bien.
« On y va ensemble ? » demande Lina.
Noé hoche la tête. « Ensemble. »
« Un… deux… trois… » dit Lina.
Ils poussent un peu avec leurs pieds. Ça glisse. Juste un tout petit peu. Le carton avance. Le vent passe sur le visage. Lina rit, surprise. « Oh ! Ça marche ! »
Noé rit aussi. « Je glisse ! Je glisse ! »
Ils recommencent. Encore une fois. Encore une fois. Chaque fois, ils vont un peu plus haut sur la pente. Pas trop. Juste un peu. Lina apprend : si elle regarde devant et si elle garde les pieds près du sol, c'est facile. Noé apprend aussi. Il respire mieux. Son visage est calme.
Après quelques glissades, Lina dit : « J'avais peur, mais j'ai essayé. »
Noé répond : « Moi aussi. Et je suis content. »
Maman dit : « Vous avez eu un petit courage. Un courage à votre taille. »
Papa dit : « Et vous vous êtes aidés. »
Le soleil descend déjà. L'hiver fait des jours courts. Les ombres s'allongent. Lina sent le froid sur ses joues, mais son corps est bien chaud dans ses habits. Elle se sent forte, comme un petit sapin bien planté.
Sur le chemin du retour, Lina et Noé marchent côte à côte. Noé touche sa fermeture. « J'ai mis mon manteau tout seul. »
Lina dit : « Et moi, j'ai glissé. »
Arrivés à la maison, l'air est tiède. Les chaussures se posent près de la porte. Lina enlève ses moufles, puis son bonnet. Elle fait comme le matin, dans l'ordre. « Une chose à la fois », murmure-t-elle.
Dans le salon, une petite lumière jaune brille. Maman donne une couverture douce. Lina s'y roule. Noé boit un peu d'eau. Il a les joues roses.
« L'hiver, c'est froid dehors », dit Lina. « Mais dedans, c'est chaud. Et dans le cœur aussi. »
Noé sourit. « J'aime l'hiver, quand je sais faire. »
Lina ferme un peu les yeux. Elle pense à la pente douce, au carton qui glisse, à leur rire. Elle pense aussi à Noé qui a mis ses moufles. Elle se sent tranquille.
« Demain, on pourra refaire ? » demande Noé.
« Oui », dit Lina, doucement. « Et on fera encore une chose à la fois. »
Le soir arrive. La maison est calme. Lina bâille. Elle est contente d'avoir osé. Son corps se repose. Son cœur est tout chaud, prêt pour dormir.