Le matin à la ferme
Ce matin-là, le soleil se lève doucement. À la ferme, tout est calme. Les poules font « cot cot ». Les vaches soufflent fort. On sent l'herbe humide.
Paul, l'agriculteur, met ses bottes. Elles font « ploc ploc » sur le sol. Il prend sa casquette et sourit.
« Bonjour, la ferme ! » dit-il.
Léo, un petit voisin, est là aussi. Il tient la main de sa maman, puis il regarde Paul.
« Je peux venir avec toi ? »
Paul s'accroupit pour être à sa hauteur.
« Oui, bien sûr. Ici, on apprend en faisant. Et on fait doucement. »
Ils vont vers l'étable. Paul ouvre la porte. Une vache noire et blanche tourne la tête.
« Meuh. »
Léo rit.
« Elle parle ! »
« Elle dit bonjour, » répond Paul. « Les vaches aiment la routine. Moi aussi. Ça rassure. »
Paul remplit l'auge avec du foin. Le foin sent bon, un peu comme le soleil. Il verse aussi de l'eau fraîche.
« Pourquoi tu fais ça tous les jours ? » demande Léo.
« Parce que c'est ma responsabilité, » dit Paul. « Les animaux comptent sur moi. Ils ont faim, ils ont soif, comme toi. »
Après les vaches, ils vont voir les poules. Paul ouvre le petit portail.
« Doucement, mes poules. »
Les poules trottinent. Leurs pattes font de petits bruits.
Léo chuchote :
« Elles vont me picorer ? »
Paul secoue la tête.
« Non. Si on est calme, elles sont calmes. Regarde. »
Paul ramasse des œufs dans un panier. Il en sort un, tiède.
« Oh ! Il est chaud ! » dit Léo.
« Oui. Un œuf, c'est fragile. Alors on le tient bien. Être agriculteur, c'est aussi faire attention. »
La terre, les graines et les boutons
Plus loin, il y a le jardin et les champs. La terre est brune. Elle sent la pluie d'hier. Paul prend une petite pelle. Il montre un sillon tout droit.
« Ici, je plante des graines, » explique-t-il. « Elles boivent l'eau, elles mangent la terre, et elles grandissent. »
Léo ouvre de grands yeux.
« Elles mangent ? »
Paul rit doucement.
« Oui, à leur façon. La terre leur donne de la force. »
Ils passent près d'un arbre. Sur une branche, il y a de tout petits boutons de fleurs, bien serrés.
Paul s'arrête. Il sort un carnet de sa poche et un crayon.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demande Léo.
« Je note une chose importante. La date des premiers boutons de fleurs. »
Il écrit lentement : « Aujourd'hui : premiers boutons. »
Puis il montre le carnet.
« Comme ça, je me souviens. Je sais quand le printemps commence vraiment. Et je peux mieux m'occuper des plantes. »
Léo regarde les boutons.
« Ils vont devenir des fleurs ? »
« Oui, » dit Paul. « Et après, parfois, des fruits. La nature a son rythme. Moi, je l'accompagne. »
Tout à coup, un bruit : « flap flap ! »
Une petite chèvre s'est faufilée près du seau de graines. Elle met son nez dedans.
Léo sursaute, puis il rit.
« Elle vole ! »
Paul garde une voix calme.
« Elle est surtout curieuse. Viens, on va la guider. »
Paul prend une poignée d'herbe et la tend à la chèvre.
« Tiens, Plume. Par ici. »
La chèvre suit Paul, contente. Paul remet le couvercle sur le seau.
« Ouf, » dit Léo.
« À la ferme, il y a des imprévus, » explique Paul. « Mais on reste tranquille. On trouve une solution. Et on protège ce qui doit être protégé. »
Ils vont ensuite au petit potager. Paul arrose avec un arrosoir vert. L'eau fait « glou glou ».
« Tu peux essayer, » dit Paul.
Léo tient l'anse avec les deux mains. Paul l'aide.
« Doucement, » dit Paul. « On donne juste ce qu'il faut. Trop d'eau, ce n'est pas bon non plus. »
« Comme le bain ! » dit Léo.
« Exactement, » répond Paul en riant.
Le soir, la photo et le cœur tout doux
La journée avance. Les animaux sont nourris. Les graines sont rangées. Les outils sont à leur place.
Paul ferme les barrières une par une.
« Pourquoi tu vérifies encore ? » demande Léo, un peu fatigué.
« Parce que je suis responsable, » dit Paul. « Je ne veux pas qu'une porte reste ouverte. La ferme, c'est comme une grande maison. On prend soin de tout. »
Le ciel devient rose. Une odeur de soupe vient de la cuisine de la ferme. Paul s'assoit sur un banc en bois. Léo s'assoit près de lui.
Paul sort son téléphone. Il fait défiler des images, puis il s'arrête sur une photo. On y voit la ferme au matin : la grange, le champ, et un petit bout de soleil.
Paul la regarde longtemps. Ses yeux brillent un peu.
« Tu es triste ? » demande Léo doucement.
Paul secoue la tête.
« Non. C'est une émotion douce. Je suis content. Cette photo me rappelle tout ce qu'on fait ici. Les efforts, les mains sales, les rires… et aussi les gens qui mangeront ce que la ferme donne. »
Léo pose sa main sur le bras de Paul.
« Moi, j'ai aimé les œufs chauds. Et Plume la chèvre. »
Paul sourit.
« Moi aussi. Et j'aime voir les boutons de fleurs. Ça dit : demain, ça continue. »
Au loin, une vache fait « meuh » comme une berceuse. Les poules se taisent. Le vent passe doucement dans l'herbe.
Paul range le téléphone, puis il dit :
« Bonne nuit, la ferme. Merci. »
Et dans le cœur de Léo, tout devient calme, chaud et rassurant, comme une petite lumière qui reste allumée.