1) La boîte qui clignote
Dans une clairière douce comme un tapis de mousse, vivait un renard roux nommé Lino. Lino avait des oreilles très fines et une idée dans la tête presque tout le temps. Il aimait inventer. Avec des bouts d'écorce, des graines rondes et des pierres plates, il fabriquait des choses étonnantes : une petite roue qui tourne, un sifflet qui fait « pouip », et même une lampe à lucioles (bon, les lucioles n'étaient pas toujours d'accord).
Ce matin-là, Lino cherchait des cailloux brillants près d'un vieux tronc creux.
« Parfait… il m'en faut trois, » murmura-t-il. « Un, deux, trois. »
Soudain, le sol vibra comme un ronron. Dans le ciel, une étoile descendit… mais ce n'était pas une étoile. C'était une petite boîte ronde, lisse, couleur perle. Elle tournoyait en silence, puis se posa sans faire mal à l'herbe.
La boîte fit : « Biiip… biiip… »
Lino recula d'un pas, la queue en panache.
« Euh… bonjour, boîte ? » tenta-t-il.
La boîte s'ouvrit comme une fleur. À l'intérieur, une lumière bleue dansait, et une voix toute douce dit :
« Bonjour. Où est… le comité d'accueil ? »
Lino cligna des yeux.
« Le… quoi ? Moi je suis Lino. Je peux accueillir, si tu veux. »
La voix hésita, puis répondit :
« Lino. Parfait. Je suis Zazou. Je viens de… loin. »
Une petite silhouette sortit de la boîte : un extraterrestre pas plus grand qu'un lapin, avec une peau vert menthe, deux antennes qui frémissaient, et un sac rond accroché au ventre. Ses yeux étaient immenses et très curieux.
Zazou regarda Lino, puis regarda sa propre boîte.
« Oups, j'ai atterri près d'un renard. C'est normal ? »
Lino pencha la tête.
« Je ne sais pas si c'est normal, mais c'est chouette. Tu veux visiter ? Ici, il y a des noisettes. Et des feuilles qui font “froufrou”. »
Zazou fit un petit rire : « Froufrou, c'est un bon mot. »
La boîte, elle, se mit à clignoter plus fort.
« Biiip biiip biiip ! »
Zazou tapota la boîte.
« Elle dit qu'il manque un code. Sans code, elle ne pourra pas repartir. »
Lino se redressa, fier comme un inventeur.
« Un code ? Je connais des codes ! J'ai un code pour ouvrir ma cachette : trois cailloux et deux pommes de pin. »
Zazou secoua ses antennes.
« Mon code est un code de nombres. Dans ma langue. »
Lino ouvrit grand les yeux.
« Des nombres extraterrestres ? Oh ! Apprends-moi ! J'adore compter. »
Zazou sortit de son sac une petite plaque qui brillait comme une goutte d'eau. Dessus, des signes dansaient : des ronds, des traits, des petites étoiles.
« D'accord, » dit Zazou. « Mais il faut un endroit spécial. Un endroit où les pierres parlent avec la lumière. »
Lino connaissait un endroit pareil.
« Je sais ! La plaine aux rochers lumineux ! Viens, je te guide. »
2) La plaine aux rochers lumineux
Ils marchèrent entre les fougères hautes et les troncs tordus. Zazou sautillait et posait mille questions.
« Pourquoi les arbres ne bougent pas ? »
« Ils bougent un peu, mais très lentement, » répondit Lino.
« Pourquoi ta queue fait un balai ? »
« Pour l'équilibre. Et pour faire joli, » dit Lino, amusé.
Au bout d'un moment, la forêt s'ouvrit. Une grande plaine apparut, comme un jardin géant. Et partout, des rochers brillaient. Certains étaient bleus comme un ciel de nuit, d'autres roses comme une barbe à papa, d'autres verts comme Zazou. La lumière venait de l'intérieur, douce et chaude, comme si les pierres avaient des petits soleils cachés.
Zazou resta bouche ouverte.
« Wouaa… On dirait la piste d'atterrissage de mon école spatiale ! »
Lino trottina jusqu'à un rocher violet.
« Ici, la nuit, tout s'allume encore plus. Je viens souvent compter les rochers pour m'endormir. »
Zazou posa sa main sur le rocher violet. Le rocher répondit par un petit “poum” de lumière, comme un cœur.
« Parfait, » dit Zazou. « Les rochers lumineux aident la mémoire. Je vais t'apprendre à compter en zazouli. »
Lino s'assit bien droit. Il avait l'air d'un élève très sérieux, même si ses moustaches frémissaient d'impatience.
Zazou dessina dans l'air avec son doigt. Des petites étincelles restaient, comme des craies de lumière.
« En zazouli, on dit :
Un = “za”
Deux = “zi”
Trois = “zo”
Quatre = “zu”
Cinq = “zaa” »
Lino répéta, en tapant la patte sur le sol à chaque mot.
« Za. Zi. Zo. Zu. Zaa ! »
Zazou applaudit avec ses petites mains.
« Super ! Tu as une bouche très rapide. »
Lino rit.
« Et après cinq ? »
Zazou leva un doigt.
« Après cinq, on fait des paquets. Six, c'est “zaa-za”. Sept, “zaa-zi”. Huit, “zaa-zo”. Neuf, “zaa-zu”. Et dix… c'est “zoum”. »
Lino essaya.
« Zaa-za… zaa-zi… zaa-zo… zaa-zu… zoum ! »
À chaque bon mot, un rocher changeait de couleur, comme s'il approuvait. Le violet devenait bleu, puis re-violet, puis bleu encore. Cela faisait rire Zazou.
« Tes rochers font des grimaces ! »
« Ils sont chatouilleux, » dit Lino. « Ou ils aiment les maths. »
Zazou posa sa plaque brillante sur un rocher jaune. La plaque projeta une image : la boîte ronde, et sur le côté, une petite porte fermée avec dix points.
« Voilà le problème, » expliqua Zazou. « La boîte demande une suite en zazouli. Si on se trompe, elle fait une chanson trop forte. »
Comme pour montrer, la boîte, dans le sac de Zazou, fit : « LA-LA-LA-LA ! »
Lino sursauta.
« Ouh là ! On va éviter la chanson trop forte, hein. »
Zazou rougit un peu (enfin, sa peau passa du vert menthe au vert pistache).
« Oui. Elle est… fière de sa voix. »
Lino regarda les rochers, puis la plaque, puis Zazou.
« On peut s'entraîner. Compte les rochers avec moi. Comme ça, on ne se trompe pas. »
Ils se mirent à compter les rochers les plus proches. Lino pointait du museau, Zazou pointait du doigt.
« Za ! » dit Lino.
Un rocher bleu clignota.
« Zi ! » dit Zazou.
Un rocher rose répondit.
« Zo ! » dirent-ils ensemble.
Mais au moment de « Zu », un mini-rebondissement arriva : un rocher orange s'éteignit d'un coup. Toute la plaine sembla retenir son souffle.
Zazou fit une petite voix inquiète.
« Oh. Quand un rocher s'éteint, ça veut dire qu'il manque de… lumière intérieure. »
Lino posa doucement sa patte sur le rocher éteint.
« Ne t'inquiète pas. On va l'aider. »
Zazou sortit de son sac un drôle de petit outil, comme une cuillère transparente.
« Ça s'appelle un “réveille-rocher”. Mais il marche seulement si on donne le bon nombre de tapotements. »
Lino redressa les oreilles.
« Le bon nombre ? C'est un travail pour un renard qui apprend à compter en zazouli ! »
Zazou montra trois petits points sur sa plaque.
« Il faut trois tapotements. Donc… “zo”. »
Lino sourit.
« Zo ! »
Il tapota : un, deux, trois. À chaque tapotement, Zazou dit avec lui : « Zo, zo, zo ! »
Le rocher orange se ralluma, d'abord timidement, puis avec une lumière chaude, comme un petit feu de camp.
« Ça a marché ! » s'écria Zazou.
Lino gonfla le poitrail.
« Tu vois ? Quand on compte bien, on peut rallumer des choses. »
3) Le code de retour et l'espoir
Le soleil descendait, et la plaine devenait encore plus magique. Les rochers faisaient des taches de couleurs sur l'herbe, comme des confettis de lumière. Zazou installa la boîte ronde au milieu d'un cercle de pierres.
« D'accord, » dit-il. « La boîte veut une suite jusqu'à dix, en zazouli. Après, elle ouvre la porte. »
Lino avala sa salive. Il voulait aider. Il voulait surtout que Zazou ne soit pas triste.
Zazou regarda la plaine, puis Lino.
« Si je ne rentre pas, mon papa et ma maman étoile vont s'inquiéter. Mais… je suis content de t'avoir rencontré. »
Lino s'approcha et frotta doucement son museau contre la main de Zazou.
« Tu vas rentrer. On va réussir. Et même si tu es loin, on peut garder de l'espoir. L'espoir, c'est comme un rocher lumineux : ça brille de l'intérieur. »
Zazou eut un sourire tout rond.
« J'aime ça. Un espoir-rocher. »
La boîte fit un petit “biiip” impatient.
Zazou appuya sur une zone brillante. Une voix sortit de la boîte, très sérieuse :
« Entrez la suite. »
Lino prit une grande inspiration.
« Za. Zi. Zo. Zu. Zaa. Zaa-za. Zaa-zi. Zaa-zo. Zaa-zu. Zoum. »
Un silence. Puis la boîte répondit :
« Suite correcte. Bravo. »
La porte s'ouvrit en faisant un son de bulle : « plop ! »
Zazou sauta de joie.
« Ouiii ! »
Mais voilà le dernier petit rebondissement : au moment où Zazou remit son sac et s'approcha de la boîte, un courant d'air fit voler la plaque brillante. Elle glissa sous un rocher bleu et disparut.
Zazou s'arrêta net.
« Ma plaque ! C'est ma carte… et mes dessins… et mes devoirs… »
Lino lança un regard rapide autour de lui.
« Ne bouge pas. On va la retrouver. On va compter les rochers autour du rocher bleu. »
Zazou hocha la tête, un peu tremblant.
Ils se mirent à compter en zazouli, comme un jeu de piste. Lino observait les petits espaces entre les pierres. À « Zu », il vit quelque chose scintiller.
« Attends ! Je vois une lueur. »
Il glissa sa patte doucement sous le rocher, sans le pousser. La plaque brillait là, coincée contre une racine. Lino la ramena avec précaution.
Zazou la serra contre lui.
« Tu l'as sauvée ! Merci, Lino. »
Lino sourit.
« C'est toi qui m'as donné des mots de nombres. On est une équipe. »
Zazou monta dans la boîte. Avant de fermer, il tendit la tête.
« Lino, je veux te laisser quelque chose. Mais pas un objet de machine. Un souvenir. »
Il sortit un petit rouleau de papier très fin, et un morceau de ruban collant argenté.
« C'est du scotch spatial, » expliqua Zazou. « Il colle même sur les rêves. »
Lino rit.
« Ça, c'est pratique. »
Zazou déroula le papier : dessus, il y avait un dessin. Un renard roux avec une grande queue, et à côté, un petit extraterrestre vert menthe. Derrière eux, la plaine aux rochers lumineux, avec des couleurs partout. En haut, un mot écrit en signes zazoulis, puis en lettres simples :
« ESPOIR. »
Lino resta tout calme un instant. Son cœur faisait “poum” comme les rochers.
« Il est… magnifique. »
Zazou lui donna le dessin.
« Tu le scotches où tu veux. Comme ça, quand tu le regardes, tu te souviens : tu sais compter en zazouli, et tu as aidé un ami à rentrer chez lui. »
Lino hocha la tête, très fier.
« Et toi, quand tu seras dans l'espace, tu te souviendras que sur ma planète, les rochers font des grimaces. »
Zazou éclata de rire.
« Je le raconterai à tout le monde ! Ils ne me croiront pas ! »
La boîte se referma doucement. Elle vibra, puis s'éleva sans bruit, comme une bulle qui monte. Elle devint une étoile, puis une petite étoile, puis un point.
Lino resta dans la plaine, entouré de lumière. Il rentra chez lui au pas tranquille, le dessin serré contre lui.
Dans son terrier, il choisit un endroit bien visible : juste au-dessus de son coin à inventions, là où il rangeait ses cailloux, ses graines, ses idées.
Il prit le scotch spatial. Il colla le dessin. Le papier fit un petit “tac” satisfait.
Lino recula d'un pas et le regarda.
Le renard du dessin semblait lui faire un clin d'œil. Les rochers lumineux brillaient comme des bonbons. Et le mot « ESPOIR » paraissait chaud, comme une couverture.
Lino murmura, tout doux :
« Za, zi, zo, zu, zaa… Je sais. Je peux. Et un jour… peut-être que Zazou reviendra. »
Dehors, la nuit s'installait. Dans la plaine, les rochers allumaient leurs couleurs. Et dans le terrier de Lino, le dessin scotché brillait un tout petit peu, juste assez pour dire : l'inconnu peut être un ami, et l'espoir a toujours une place.