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Conte africain 11 à 12 ans Lecture 20 min. Disponible en histoire audio (3)

Néma la vache et la hyène Kpata : l’histoire du courage dans la poche

Kossi et Ayo, avec l’aide du village, tissent un conte pour rassurer la petite Lina : l’histoire d’une vache protectrice, d’un veau curieux et d’une hyène malicieuse qui explore courage et générosité réfléchie.

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Kossi, homme au visage large et aux mains calleuses, est assis près d’un petit feu, souriant calmement en montrant un fragment de bride en cuir aux enfants en s’inclinant vers eux; à sa gauche Ayo, garçon d’environ 10 ans en salopette poussiéreuse, accroupi, regard vif et fier, à sa droite Lina, fille d’environ 7 ans en robe simple, essuie une larme puis rit doucement. Derrière une clôture en piquets, la vache noire Néma veille sur le veau tacheté Piko, curieux, tandis qu’une silhouette de hyène se devine dans les hautes herbes par deux yeux jaunes; le tout se déroule dans un enclos de village au crépuscule, huttes d’argile en arrière-plan, ciel violet étoilé et lune fine, ambiance chaleureuse et rassurante au feu mais tendue par la présence distante de la hyène. signaler un problème avec cette image

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Durée de l'histoire audio : 20:19

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Chapitre 1

Écoutez, écoutez… Approchez vos oreilles comme on approche un bol du feu. Car la parole, chez nous, se chauffe avant de se servir.

Au bord du village, là où la poussière devient dorée quand le soleil se penche, s'étirait le grand enclos à bétail. Ses piquets de bois, plantés serrés, faisaient une couronne autour des vaches. La nuit, leurs souffles faisaient une brume légère, comme si la terre elle-même rêvait.

C'est là que vivait Kossi, un homme aux mains larges, des mains qui savaient calmer une corde, soulever une calebasse, et caresser une tête sans la faire trembler. On disait que Kossi parlait peu, mais quand il parlait, ses mots avaient des semelles: ils marchaient longtemps dans la mémoire.

Ce soir-là, un petit garçon, Ayo, traînait près de l'enclos, la mine aussi froissée qu'une feuille trop manipulée.

— Kossi… dit-il en remuant la poussière avec son orteil, tu peux me raconter une histoire? Une vraie. Une qui fait peur un tout petit peu, mais pas trop.

Kossi leva les yeux vers le ciel. Les étoiles y posaient des graines de lumière.

— Une histoire… pour toi? ou pour quelqu'un de plus petit?

Ayo soupira, comme un tambour qui se dégonfle.

— Pour ma sœur, Lina. Elle a sept ans. Elle pleure quand maman part au marché. Je veux lui donner une histoire pour tenir dans sa poche, mais… je n'en trouve pas.

Kossi sourit. Son sourire était une lampe discrète.

— Alors je vais t'aider. Une histoire, c'est comme une gourde: si tu la remplis avec ton cœur, elle ne fuit pas. Viens. Cette nuit, près de l'enclos, les bêtes vont nous prêter leurs oreilles, et la lune nous prêtera sa lampe.

Ils s'assirent contre un poteau tiède. Une vache secoua la tête; ses clochettes firent “tling tling”, comme si elles approuvaient.

— Mais d'abord, dit Kossi, pour raconter, il faut écouter. Et pour écouter, il faut marcher un peu. Demain, nous irons chercher une histoire. Pas dans un livre: dans la poussière, dans les rires, dans les pas des gens.

Ayo cligna des yeux.

— On peut… chercher une histoire?

— Oui. Une histoire se cache partout. Même dans un poil de vache, si tu le regardes longtemps.

Le vent passa entre les piquets. Il apporta une odeur de lait et de bois. Et, dans ce parfum, Kossi prit une décision: il préparerait avec Ayo un conte pour Lina, un conte qui tiendrait debout comme un arbre, et qui donnerait de l'ombre au cœur.

Chapitre 2

Le lendemain, le soleil monta vite, pressé comme un enfant qui court vers la rivière. Kossi et Ayo traversèrent le village. Les femmes pilaient le mil: “boum-boum”, la terre battait la mesure. Un coq criait comme s'il annonçait une nouvelle importante, mais personne ne le prenait au sérieux.

Kossi s'arrêta chez Ma N'Golo, une vieille tante au regard vif. On disait que ses rides étaient des chemins, et que chaque chemin menait à une histoire.

— Ma N'Golo, salua Kossi, nous cherchons un conte pour une petite. Un conte qui lui fasse courage.

La vieille hocha la tête lentement, comme une calebasse sur l'eau.

— Le courage? Ça ne se vend pas au marché. Ça se cultive. Mais j'ai peut-être une graine.

Elle leur donna un petit morceau de cuir.

— Tiens. C'est un bout d'ancienne bride. Une vache l'a portée avant de devenir mère de beaucoup de veaux. Garde-le. Dans un récit, un objet simple peut être un tambour: il fait battre le sens.

Ayo prit le cuir avec respect.

— Et l'histoire, Ma N'Golo?

— Pour l'histoire, allez à l'enclos, répondit-elle. Là-bas, les bêtes voient des choses que les humains oublient.

Ils repartirent. Sur le chemin, Ayo demanda:

— Kossi, tu vas raconter quoi?

— Je ne sais pas encore, dit Kossi. Je vais cueillir des morceaux et les tresser. Une histoire, c'est une natte: une seule herbe se casse, mais plusieurs herbes ensemble font un lit solide.

Arrivés près de l'enclos, ils trouvèrent le berger, Sékou, un jeune homme qui sifflait si bien que les chèvres semblaient danser. Il les salua d'un signe de menton.

— Kossi! Tu viens acheter une vache?

— Non, répondit Kossi. Je viens emprunter une idée.

Sékou éclata de rire.

— Une idée? J'en ai une qui traîne. Hier, une hyène a tourné autour de l'enclos. Elle tournait, tournait… comme si elle cherchait la porte de la chance. Mais elle n'a rien trouvé. Les vaches étaient tranquilles. Même le petit veau tacheté n'a pas tremblé.

Ayo ouvrit de grands yeux.

— Une hyène! Et personne n'a eu peur?

— La peur, dit Kossi, c'est une ombre. Si tu la regardes en face, parfois elle rapetisse.

Sékou ajouta, plus sérieux:

— Pourtant, j'ai remarqué une chose: le veau tacheté restait collé à sa mère, mais sa mère, elle, collait son flanc à la clôture, comme pour faire un mur. Elle n'était pas forte avec ses muscles seulement. Elle était forte avec sa place.

Kossi tapota le poteau.

— Voilà une autre graine.

Ils remercièrent Sékou. En repartant, Ayo tenait le morceau de cuir, comme un secret.

— Kossi… si on raconte une histoire de hyène, Lina va avoir peur.

— Alors on lui donnera aussi une lumière, répondit Kossi. Dans le conte, la hyène est la nuit; mais nous, nous apportons la lune.

Chapitre 3

Le soir tomba, doux et violet, comme un fruit mûr. On entendait les bêtes mâcher, “kra-kra”, et le bois de l'enclos craquer, “kik”, comme une vieille porte qui raconte.

Kossi alluma un petit feu. La flamme dansait, fine et vive, comme une langue qui apprend à parler. Ayo s'assit près de lui, impatience au bout des doigts.

— Nous allons fabriquer ton conte, dit Kossi. Il faut un héros. Il faut une épreuve. Il faut un don. Et il faut un retour.

— Le héros, c'est qui? demanda Ayo.

Kossi pensa, puis pointa du menton une vache au pelage noir, brillante comme une nuit propre.

— Appelons-le… Néma. Dans notre conte, Néma sera une vache, parce qu'une vache, c'est un coffre de douceur. Mais ce ne sera pas une vache ordinaire.

Ayo gloussa.

— Une vache qui parle?

— Elle parlera avec ses yeux, répondit Kossi. Les yeux parlent mieux que la bouche, parfois.

Kossi prit le morceau de cuir donné par Ma N'Golo et le posa entre eux.

— Et voici notre symbole: la bride. Elle rappelle que guider n'est pas tirer. Guider, c'est montrer un chemin.

Ayo répéta, comme pour goûter les mots:

— Guider, c'est montrer un chemin.

Le vent souffla. Une ombre passa derrière la clôture. Ayo sursauta.

— C'est la hyène?

Kossi rit doucement.

— Non. C'est ta pensée qui trotte trop vite. Dans le conte, oui, il y aura une hyène. Elle s'appellera Kpata, et elle aura faim. Pas seulement faim de viande… faim de tout: faim de rire, faim d'attention, faim de prendre ce qui ne lui appartient pas.

— Elle va voler le veau? demanda Ayo, déjà tout tendu.

— Peut-être, dit Kossi. Mais écoute bien. Le plus petit n'est pas toujours celui qui perd. Le plus petit a parfois une idée grande comme un baobab.

Ayo se redressa.

— Comme Lina! Elle est petite, mais elle sait cacher les mangues mieux que moi.

— Voilà, dit Kossi. Tu vois? Les histoires poussent déjà en toi.

Ils commencèrent à tisser les scènes. Kossi parlait, Ayo complétait, coupait, ajoutait des détails.

— Et si le veau tacheté s'appelait… Piko? proposa Ayo.

— Piko, c'est bien, approuva Kossi. Piko est curieux. Piko croit que le monde est un tambour et que tout est fait pour être frappé. Alors il s'éloigne un peu de sa mère. Pas loin, juste assez pour que la hyène le remarque.

Ayo avala sa salive.

— Et Néma le protège en collant son flanc à la clôture, comme a dit Sékou!

Kossi hocha la tête.

— Oui. Mais la hyène est maligne. Elle murmure: “Donnez-moi un peu, juste un peu… et je partirai.” Elle essaie de faire croire que la générosité, c'est céder à la peur.

Ayo fronça les sourcils.

— Mais la vraie générosité, c'est pas ça.

— Tu apprends vite, dit Kossi. La vraie générosité, c'est donner sans se détruire, et partager sans laisser le mal commander.

Le feu crépitait. Les étoiles écoutaient. Le conte prenait forme, comme une poterie encore chaude.

Chapitre 4

Le lendemain, Kossi proposa une épreuve pour tester leur histoire: la raconter à quelqu'un qui n'est pas Lina. Parce qu'un conte, avant de courir, doit apprendre à marcher.

Ils trouvèrent Fatou, la fille du forgeron, qui avait la langue rapide et le rire qui rebondit. Elle réparait une corde près de l'enclos.

— Fatou, dit Kossi, écoute un bout de notre conte. Dis-nous si ça tient debout.

Fatou s'assit, menton dans la main.

— Si ça tombe, je le relèverai avec un bon conseil.

Kossi commença, d'une voix de griot, ronde et rythmée. Il parla de Néma la vache, de Piko le veau tacheté, et de Kpata la hyène aux yeux comme deux charbons impatients.

Quand la hyène apparut dans l'histoire, Fatou fit semblant de trembler.

— Oh! La vilaine! Elle va croquer tout le monde, hein?

Ayo répondit vite, comme s'il défendait ses personnages:

— Non! Parce que Néma est là.

Kossi continua. Il décrivit Néma qui se place contre la clôture, non pas pour se vanter, mais pour faire un rempart. Et Piko, qui tremble un peu, trouve dans sa petite tête une idée brillante: il se souvient de la vieille bride, du cuir, du guidage.

— Piko attrape la bride, dit Kossi, et il la jette par-dessus la clôture, loin, très loin, dans les herbes. Kpata, croyant que c'est une corde de berger, pense: “Si je l'emporte, je pourrai entrer dans l'enclos plus tard.” Et elle court après, elle court, elle court…

Fatou éclata de rire.

— La hyène qui court après une bride! Elle est affamée, mais pas très futée!

Ayo sourit. Puis il demanda:

— Et après?

Kossi s'arrêta exprès, pour voir.

Fatou tapota le sol.

— Après, la hyène revient, non? Une hyène, ça revient toujours.

Kossi acquiesça.

— Oui. Elle revient, vexée comme une marmite vide. Mais entre-temps, Piko a appris: il ne sort plus seul. Et Néma… Néma décide autre chose.

Ayo pencha la tête.

— Quoi?

Kossi répondit:

— Néma pense: “Si la hyène a faim, c'est peut-être parce qu'elle est seule.” Alors, le lendemain, au bord du village, Néma laisse une calebasse de lait caillé… pas dans l'enclos, dehors, loin des veaux. Un don qui nourrit sans ouvrir la porte au danger.

Fatou siffla.

— Ah! Voilà la sagesse. Donner, mais avec intelligence.

Ayo murmura, comme s'il écrivait dans l'air:

— Donner, mais avec intelligence.

Kossi demanda à Fatou:

— Est-ce que ça te semble vrai?

Fatou réfléchit, puis dit:

— Oui. Parce que même la hyène, si on lui donne un petit peu de paix, elle mord moins fort. Mais attention: il faut aussi lui montrer les limites. Sinon, elle croit que tout lui est dû.

Kossi se tourna vers Ayo.

— Tu vois? Notre conte grandit. Il prend des os solides.

Ayo se sentit fier, mais une inquiétude lui chatouilla le ventre.

— Kossi… et Lina? Elle comprendra?

Kossi posa une main sur son épaule.

— Si tu racontes avec ton cœur, elle comprendra. Les enfants comprennent le cœur avant les mots.

Chapitre 5

Le jour où maman partit au marché, Lina s'accrocha à sa robe comme un petit singe.

— Ne pars pas… murmura-t-elle.

La mère embrassa son front.

— Je reviens avant que l'ombre du baobab touche le puits.

Mais Lina avait déjà les yeux mouillés. Ayo courut chercher Kossi.

Ils se retrouvèrent près de l'enclos, sous un arbre qui faisait une ombrelle de feuilles. Kossi s'assit sur une pierre. Ayo et Lina s'installèrent face à lui. Lina reniflait, mais sa curiosité pointait déjà le bout du nez.

Kossi commença doucement, avec la musique des contes:

— Écoutez, écoutez… Il était une fois, près d'un grand enclos à bétail, une vache nommée Néma. Son pelage était noir comme la nuit, mais son cœur, lui, était clair comme l'aube…

Lina cessa de pleurer. Les mots étaient des mains qui essuyaient ses joues.

Ayo observait Kossi et apprenait. Quand Kossi parlait de la hyène, il baissait la voix, comme si la nuit entrait. Quand il parlait de Néma, il la remontait, comme si le jour revenait.

— Et Kpata la hyène arriva, dit Kossi, la faim dans le ventre et le manque dans l'esprit. Elle tourna autour de l'enclos, tourna, tourna… comme une idée qui ne trouve pas sa place.

Lina chuchota:

— Elle veut manger le bébé?

Ayo répondit, en suivant le rythme:

— Elle veut surtout prendre ce qui n'est pas à elle.

Kossi sourit intérieurement. Ayo était devenu un morceau du conte.

— Piko le veau tacheté trembla, continua Kossi. Mais il regarda sa mère. Et dans le regard de Néma, il vit un mur de calme. Alors Piko pensa: “Je suis petit, mais je peux être malin.” Il attrapa la vieille bride et la lança loin, loin, loin…

Lina ouvrit la bouche.

— Elle court après?

— Elle court! répondit Ayo, amusé. Elle court comme si la bride était une banane qui parle!

Lina éclata de rire. Son rire fit fuir le dernier nuage de tristesse.

Kossi termina la scène du lait caillé déposé loin de l'enclos.

— Et Néma dit: “Je donne pour apaiser, mais je protège pour aimer.” La hyène lécha, trouva un peu de paix, et comprit la limite: l'enclos n'était pas une bouche ouverte, mais une maison.

Lina resta silencieuse un instant, puis demanda:

— Et maman… elle revient?

Ayo la regarda, compris ce que cachait la question. Kossi répondit sans mentir, comme on répond aux enfants avec respect:

— Les mamans vont et viennent, comme la lune. Elles disparaissent un moment, mais elles reviennent éclairer la cour. Et toi, Lina, tu peux tenir l'histoire dans ta poche pendant qu'elle est partie.

Lina serra ses mains contre son cœur.

— Je veux la raconter aussi.

Ayo se redressa, fier comme un petit coq, mais sans arrogance.

— Je vais t'apprendre. Et tu la raconteras à tes poupées. Elles aussi ont besoin de courage.

Kossi les observa et pensa: la générosité, c'est aussi donner une parole qui rassure.

Chapitre 6

Quand la mère revint du marché, l'ombre du baobab touchait presque le puits. Lina courut vers elle, mais sans larmes cette fois. Elle lui sauta au cou et dit, d'une voix triomphante:

— Maman! J'ai une hyène dans ma tête, mais une vache la tient dehors!

La mère cligna des yeux, confuse, puis rit.

— Voilà une phrase que je n'entends pas tous les jours.

Le soir venu, le village se rassembla comme souvent, parce que la nuit est une marmite où les voix mijotent mieux. Kossi, assis près de l'enclos, reçut des visiteurs. Pas des visiteurs avec des cadeaux brillants, non. Des visiteurs avec des nouvelles, des petites et des grandes, enveloppées dans la poussière des chemins.

Un vieux chasseur arriva avec une information sur des buffles plus loin dans la savane. Une femme raconta qu'au marché, le prix du sel avait baissé. Un enfant annonça qu'une poule avait enfin pondu après des jours de silence. Chaque nouvelle était une graine, et le village aimait les graines.

Ayo et Lina observaient. Ayo demanda à Kossi:

— Pourquoi tout le monde vient te parler?

Kossi répondit en montrant l'enclos:

— Parce que cet endroit est un cœur. Les bêtes y dorment, les gens y passent, et les paroles s'y rassemblent. Une nouvelle, si tu la gardes seul, elle se dessèche. Si tu la partages, elle devient utile.

À ce moment-là, Ma N'Golo arriva, tenant un grand panier tressé. Il était rempli de petits paquets: des feuilles de kola, des bouts de tissus, des noix, des messages écrits maladroitement, des rubans… Chaque paquet portait un nom, ou un signe.

— Kossi, dit-elle, le village a parlé. Voici le panier de nouvelles. Chacun a mis quelque chose: une information, une invitation, une gratitude, une demande d'aide. Ce panier ira de concession en concession, pour que personne ne reste dans le silence.

Elle se tourna vers Ayo et Lina.

— Et vous deux, vous y mettez quoi?

Lina réfléchit très sérieusement, puis déclara:

— Moi, je mets l'histoire de Néma. Comme ça, si quelqu'un a peur, il pourra l'emprunter.

Ayo ajouta:

— Et moi, je mets une règle: donner, oui… mais sans ouvrir la porte au danger. Et apprendre aux petits à être malins.

Kossi hocha la tête, les yeux brillants.

— Voilà la morale, dit-il, simple comme une calebasse: la générosité n'est pas une faiblesse. C'est une force qui choisit. Elle nourrit sans se perdre. Elle partage sans se laisser voler.

Ma N'Golo plaça symboliquement un petit morceau de cuir, une bride miniature, au sommet du panier.

— Pour rappeler à tous que guider, ce n'est pas tirer, murmura-t-elle. C'est marcher devant un instant, puis revenir à côté.

Le panier de nouvelles fut porté au centre du village. On entendait des rires, des “ah bon?”, des “viens voir”, des “je peux aider”. Les mots circulaient comme de l'eau fraîche.

Et près de l'enclos, sous les étoiles qui clignaient comme des yeux attentifs, Kossi regarda Ayo apprendre à Lina la première phrase du conte.

— Écoutez, écoutez…

La nuit, douce et musicale, répondit sans bruit. Et le village, nourri de nouvelles et de générosité, s'endormit avec une histoire dans la poche.

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Enclos
Une grande clôture ou espace fermé où l'on garde des animaux.
Calebasse
Un fruit sec vidé et utilisé comme récipient ou bol.
Semelles:
Ici, image pour dire que les mots restent longtemps en mémoire.
Natte
Tresse ou tissage plat fait de fibres, utilisé comme tapis ou lit.
Bride
Une lanière de cuir qui sert à guider ou attacher un animal.
Caillé
Lait qui a épaissi et formé une sorte de fromage frais.
Concession
Dans un village, une grande cour privée où vit une famille.
Apaiser,
Rendre plus calme, faire cesser l'inquiétude ou la colère.
Crépitait.
Faire un petit bruit sec et répétitif, comme un feu qui brûle.
Marmite
Un grand récipient en métal ou en terre pour cuire les aliments.

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