Chapitre 1 : Un lundi matin pas comme les autres
Dans le village de Lanternebout, la magie pique, gratte, chatouille, et parfois… elle explose sans prévenir. Tout le monde s'y était habitué. Même les enfants, qui devaient faire attention à ce qu'ils touchaient dans les magasins, de peur que le pain chante ou que la confiture se mette à danser la polka dans le pot.
C'est dans ce décor qu'Oscar, Zoé et Léonie, trois amis de neuf ans, se retrouvaient chaque matin pour aller à l'école. Oscar, avec ses cheveux hirsutes et ses lunettes toujours de travers, avait un talent unique pour attirer les ennuis. Zoé, la fille aux tresses multicolores, se vantait d'avoir le record du lancer de bouse de crapaud magique (ce n'était pas très glorieux, mais elle en était fière). Léonie, plus discrète et passionnée de lecture, collectionnait les grimoires étranges qu'elle trouvait dans la bibliothèque de son grand-père.
Ce matin-là, Oscar avait reçu une étrange enveloppe. Il la montra fièrement à ses amis.
— Regardez, c'est pour moi ! s'exclama-t-il. Il y a écrit : « Mission Épique, à ouvrir d'urgence, mais pas trop vite. »
Zoé haussa un sourcil.
— Ça sent l'arnaque magique à trois kilomètres, dit-elle.
— Peut-être qu'il y a des bonbons à l'intérieur, ajouta Léonie en plissant les yeux.
Oscar ouvrit l'enveloppe d'un geste dramatique. Un petit nuage de confettis violets s'en échappa, flottant autour d'eux en chantonnant la Marche des Canards. Puis, un parchemin tomba au sol et se déroula tout seul.
— « Le Grand Conseil des Objets Magiques demande à Oscar Chiffon, accompagné de ses deux acolytes, de retrouver la Tablette du Goûter Éternel. Urgence absolue. Récompense : une semaine de devoirs en moins. »
Zoé ouvrit de grands yeux.
— UNE SEMAINE DE DEVOIRS EN MOINS ??? On y va direct !
Oscar n'était pas aussi enthousiaste.
— Euh… Vous n'avez pas entendu la partie “Mission Épique” ? Je suis nul en épique. La dernière fois, j'ai confondu un grimoire avec un grille-pain, et ma tartine parle encore en rimes.
Léonie sourit.
— On sera trois. Qu'est-ce qui pourrait mal tourner ?
À ce moment précis, la boîte aux lettres juste derrière eux éternua et se mit à cracher du courrier en tous sens. Les enfants échangèrent un regard complice : l'aventure venait de commencer.
Chapitre 2 : Le Chapeau à Malice et la Boussole Hystérique
Première étape : trouver la Tablette du Goûter Éternel. Selon le parchemin, elle était cachée “là où les grenouilles chantent la nuit et où les tartines volent sans permis”. Léonie consulta son grimoire de poche.
— Ça doit être la Forêt des Biscuits Volants, murmura-t-elle.
Les trois amis se mirent en route, bien décidés à réussir leur mission. Oscar, qui avait le sens pratique, décida d'apporter quelques objets magiques pour les aider. Il prit le Chapeau à Malice (qui lançait des blagues nulles, mais pouvait aussi faire apparaître des trucs utiles. Parfois.), la Boussole Hystérique (qui indiquait toujours le nord… sauf quand elle n'en avait pas envie), et le Sac Sans Fond de Zoé (dans lequel on retrouvait parfois des sandwichs, parfois un poisson rouge).
À mi-chemin, la Boussole Hystérique fit des siennes.
— Tournez à droite ! À gauche ! Non, sautez sur place ! s'écria-t-elle en tournant sur elle-même.
Zoé la fixa en croisant les bras.
— On dirait ma petite sœur quand elle veut aller partout en même temps…
Oscar secoua la boussole. Elle se mit à chanter faux, puis indiqua enfin une direction. Ils avancèrent, en évitant les flaques de confiture qui surgissaient parfois sous leurs pieds (la spécialité du coin). Soudain, une meute de biscuits volants leur fonça dessus.
— Halte-là ! cria le chef-biscuit. Mot de passe ?
Léonie réfléchit.
— Euh… Chocolatine ?
Le biscuit fronça ses miettes, mais un biscuit au sucre lança :
— Correct, c'est la réponse du jour. Vous pouvez passer.
Les enfants contournèrent le groupe de biscuits, en essayant de ne pas marcher sur des miettes traînantes qui, si elles s'accrochaient à vos chaussures, vous obligeaient à danser la valse pendant dix minutes. Oscar en avait déjà fait les frais une fois.
Le Chapeau à Malice décida de lancer une blague :
— Pourquoi les tartines n'aiment-elles pas l'école ? Parce qu'elles détestent les croûtes !
Zoé pouffa. Léonie leva les yeux au ciel. Oscar haussa les épaules. Il commençait à s'habituer aux objets qui avaient plus d'humour (ou presque) que lui.
Chapitre 3 : L'Épreuve des Grenouilles Parleuses
La Forêt des Biscuits Volants laissa place à un marais rempli de grenouilles aux couleurs pétantes. Dès qu'un enfant posait le pied dans l'eau, une grenouille géante surgissait et lançait :
— Mot de passe ?
Oscar, qui ne voulait pas se faire gronder par une grenouille, tenta :
— Croâ ?
La grenouille éclata de rire.
— Joli effort, mais non. Mot de passe, sinon je vous transforme en flan !
Léonie fouilla dans son sac et en sortit un livre intitulé “Les secrets des grenouilles qui parlent”.
— Attends… voilà ! Le mot de passe d'aujourd'hui est… « Biscotte en chaussettes » !
La grenouille sauta de joie.
— Bienvenue, jeunes aventuriers ! Faites attention à ne pas glisser sur les algues chantantes, elles sont de mauvais poil après midi.
Zoé observa le marais. De petites algues dansaient en chantant une chanson à propos de chaussettes mouillées et de biscuits perdus. Oscar faillit glisser, mais Zoé l'attrapa à temps.
Un peu plus loin, ils tombèrent sur une vieille grenouille, posée sur un nénuphar doré. Elle portait une longue moustache et lisait un journal intitulé “Le Coassement du Jour”.
— Vous cherchez la Tablette du Goûter ? s'enquit-elle sans lever les yeux.
— Oui ! On a une mission épique ! expliqua Oscar.
La grenouille renifla.
— Tout le monde cherche cette tablette. Mais elle n'est pas facile à trouver. La dernière fois, elle s'est transformée en galette bretonne pendant trois jours.
— Auriez-vous un indice ? demanda Léonie.
La grenouille leur tendit une pierre qui clignotait.
— Cette pierre vous guidera. Mais attention, à chaque fois qu'elle brille, il faudra dire une blague, sinon elle fait apparaître un chat qui miaule l'hymne national des hiboux.
Oscar et Zoé éclatèrent de rire.
— Pas question de rater ça, dit Zoé. J'adore les chats chanteurs.
Chapitre 4 : Entre tartines et galettes
Guidés par la pierre, les trois amis s'enfoncèrent plus loin dans le marais. La pierre brillait régulièrement, obligeant chacun à raconter des blagues.
— Pourquoi les magiciens mettent-ils toujours des chaussettes rouges ? demanda Oscar.
— Je donne ma langue au chat, répondit Zoé.
— Pour retrouver leurs pieds dans la nuit, pardi ! s'exclama Oscar avec un grand sourire.
La pierre clignota de satisfaction et une odeur de fraise embauma l'air. Mais soudain, une galette géante leur barra la route.
— Qui ose troubler mon repos sucré ? tonna-t-elle.
Léonie, toujours polie, répondit :
— Nous cherchons la Tablette du Goûter Éternel. On a une mission, et une semaine de devoirs en moins à la clé.
La galette se gratta le front (enfin, si on peut dire) d'un air pensif.
— Pour passer, vous devez résoudre mon énigme ! Écoutez bien : “Plus je sèche, plus je mouille. Qui suis-je ?”
Zoé fronça les sourcils. Oscar se gratta le menton.
— Facile, fit Léonie. C'est une serviette !
La galette sourit et s'écarta, en laissant tomber quelques miettes gentiment.
Derrière elle, un petit coffre doré attendait. Mais à l'instant où Oscar toucha le coffre, il fut entouré d'un nuage de confettis multicolores, et une voix résonna :
— Vous avez trouvé la Tablette du Goûter ! Mais… euh… il y a un léger souci…
La voix se racla la gorge, gênée.
— La tablette… a un effet secondaire. Quiconque la touche doit parler en rimes pendant une heure.
Oscar ouvrit le coffre. À l'intérieur, une magnifique tablette de chocolat scintillait. Il la brandit, mais se mit aussitôt à parler ainsi :
— Mes amis, quelle aventure épique,
Trouver ce trésor fantastique,
Mais maintenant je dois tout dire en poésie,
Oh là là, quelle drôlerie !
Zoé et Léonie éclatèrent de rire.
— Ça va être la plus longue heure de notre vie, soupira Zoé.
Chapitre 5 : Le Retour à Lanternebout
Sur le chemin du retour, Oscar improvisa des poèmes sur tout ce qu'il voyait :
— Ô grenouille à la robe verte,
Ta moustache me déconcerte,
Et toi, galette géante et dorée,
Merci de nous avoir laissé passer !
La Boussole Hystérique, amusée, se remit à indiquer la bonne direction en rythme, se trémoussant à chaque pas. Chaque objet magique semblait de meilleure humeur, ravi de participer à cette épopée burlesque.
Arrivés au village, ils furent accueillis par Madame Gribouillis, la directrice de l'école et membre honorifique du Grand Conseil des Objets Magiques. Elle portait un chapeau qui changeait de forme à chaque éternuement.
— Alors, mission accomplie ? demanda-t-elle.
Oscar s'inclina :
— Nous avons trouvé la tablette sucrée,
Et bien des obstacles avons surmonté,
Mais pourrons-nous, ô grande dame,
Avoir la récompense, c'est notre âme !
Zoé intervint :
— Il veut dire : où sont nos devoirs en moins ?
Madame Gribouillis hocha la tête, impressionnée par la rime d'Oscar.
— Voilà votre cadeau ! Une semaine entière sans le moindre devoir, et… un bon pour une tournée de biscuits chantants à la cantine.
Les enfants poussèrent un cri de joie. Oscar, la tablette magique dans une main, leva l'autre en signe de victoire.
— Mission épique réussie, sans trop d'égratignures, et avec un paquet de souvenirs rigolos, déclama-t-il.
Léonie lui donna une tape sur l'épaule :
— Tu sais, finalement, on est peut-être faits pour les épopées magiques.
Zoé renchérit :
— Surtout si on peut manger des biscuits volants au goûter.
Tous trois rirent, tandis qu'au loin, la boîte aux lettres éternua encore, lançant une pluie de cartes postales qui sentaient la confiture à la fraise. Parce qu'à Lanternebout, la magie n'est jamais bien rangée, et les aventures, elles, recommencent toujours quand on s'y attend le moins.