Dans la petite maison, il sentait bon la cannelle et le chocolat. Dehors, les lumières de Noël brillaient comme des étoiles. Et dedans, il y avait une petite fille de trois ans. Elle s'appelait Lila. Lila avait des chaussettes rouges. Et un pull tout doux avec un renne.
Lila regardait le sapin. Le sapin était grand pour elle. Il avait des boules qui luisaient. Il avait une guirlande qui faisait “tili-tili”. Lila tapotait ses mains, doucement.
« C'est bientôt Noël ? » demanda Lila.
« Bientôt, oui, » dit Papa en souriant. « Il faut attendre un peu. »
« Attendre… » répéta Lila. Elle aimait ce mot, mais parfois, c'était long.
Dans un coin du salon, près d'une tasse de lait, il y avait un petit lutin. Un lutin farceur de Noël. Il avait un bonnet vert qui pointait comme une feuille. Il avait des joues rondes et des yeux malicieux. Il s'appelait Pipo.
Pipo chuchota : « Moi, j'aime quand ça bouge. J'aime quand ça rigole. »
Il regarda Lila. Il regarda la maison. Et il eut une idée. Une idée qui chatouille.
Pipo glissa jusqu'au couloir, sur la pointe des pieds. Il prit un petit papier. Il prit un petit bâton de colle. Il colla le papier sur une porte. La porte de la cuisine.
Sur le papier, il y avait écrit en grosses lettres : « PAS PAR LÀ ».
Pipo recula et admirait son œuvre. « Hi hi. C'est juste pour rire, » murmura-t-il. « Une farce gentille. Une farce comme un flocon. »
Lila arriva en trottinant. Elle suivait l'odeur des biscuits. Elle voulait voir Maman qui préparait la pâte.
Elle s'arrêta net devant la porte.
Elle plissa les yeux. Elle lut comme elle pouvait, avec ses petites idées. « Pas… par… là… »
Elle leva la tête. « Papa ! Y a écrit “pas par là” ! »
Papa arriva. Il se pencha. « Oh ! C'est vrai. »
Maman sortit la tête de la cuisine. Elle avait de la farine sur le nez. « Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Lila pointa du doigt. « La porte dit non. La porte dit pas par là. »
Maman cligna des yeux. Puis elle rit doucement. « La porte ne parle pas, ma chérie. Mais quelqu'un a voulu faire une blague. »
Lila fit une petite moue. « Mais moi je veux les biscuits. »
Papa prit une voix de détective. « Hum… Qui a fait ça ? Un fantôme de sucre ? »
« Pas de fantôme, » dit Maman avec un clin d'œil. « Ici, tout est doux. »
Pipo, caché derrière un pot de fleurs, se mordait les lèvres pour ne pas rire trop fort.
Papa s'accroupit près de Lila. « On va être patients. On va chercher calmement. Et on va trouver. D'accord ? »
Lila souffla. « Patient… comme une tortue. »
« Oui, » dit Papa. « Comme une tortue de Noël. »
Ils regardèrent autour. Sur le tapis, il y avait des traces minuscules, comme des pas de poupée. Lila les suivit, un pas après l'autre.
« Un… deux… trois… » compta-t-elle. « Ça va là-bas ! »
Les petits pas menaient au salon, près du sapin. Et là, tout en haut d'une branche, Lila vit quelque chose. Une petite bottine verte qui dépassait.
Lila leva les bras. « Oh ! Une chaussure ! »
Papa leva les yeux. « Je crois que je vois… un lutin. »
Pipo se redressa, tout fier. Il fit un petit salut. « Bonsoir ! Je suis Pipo. Je fais des farces. Des farces gentilles. »
Lila ouvrit grand la bouche. « Un vrai lutin ? »
« Un vrai, » dit Pipo. « Mais je suis tout petit. Et je ne casse rien. Je rigole seulement. »
Maman arriva avec le rouleau à pâtisserie, comme un chef d'orchestre. « Alors, Pipo, c'est toi qui as collé “pas par là” ? »
Pipo hocha la tête. Son bonnet fit “flop”. « Oui… Je voulais voir les grandes personnes faire “Oh !” et “Ah !” »
Papa sourit. « C'était drôle. Mais Lila voulait aller en cuisine. »
Lila serra son doudou contre elle. « Moi je voulais les biscuits. »
Pipo descendit doucement du sapin. Il sauta sur le tapis, tout léger. Il s'approcha de Lila.
« Pardon, Lila, » dit-il. « Je ne voulais pas te bloquer longtemps. Juste un petit moment, comme un clin d'œil. »
Lila le regarda. Elle pensa très fort, avec sa tête de trois ans. Puis elle demanda : « Tu peux enlever le papier ? »
Pipo fit une révérence. « Oui, bien sûr. Mais… on peut jouer encore un peu ? Une farce douce ? »
Maman posa une main sur l'épaule de Lila. « Si on joue, on reste tranquilles. Et on pense aux autres. »
Papa ajouta : « Et on s'entraîne à attendre. La patience, c'est comme une guirlande. On la met petit à petit. »
Lila répéta : « Petit à petit. »
Pipo eut une autre idée. Une idée qui fait sourire sans embêter.
« Je propose un jeu, » dit Pipo. « Je vais enlever le “pas par là”. Et je colle un autre papier… mais pas sur une porte. Sur une boîte. Une boîte surprise ! Et Lila devra attendre trois respirations avant d'ouvrir. »
Lila demanda : « Trois respirations ? Comme ça ? »
Elle inspira. « Fffff… » Elle souffla. « Pffff… » Elle inspira encore, très fort. « Hhhh… »
« Oui, comme ça, » dit Pipo. « Un, deux, trois. »
Ils retournèrent au couloir. Pipo décolla le papier de la porte, doucement, sans déchirer. Il le replia bien.
« Voilà, » dit-il. « La cuisine est libre. Tu peux passer par là. »
Lila toucha la porte. « Merci, porte. »
Tout le monde rit, même la porte, dans leur imagination.
Dans la cuisine, Maman plaça une petite boîte sur la table. Une boîte rouge avec un ruban doré.
Pipo colla un papier dessus : « SURPRISE, MAIS DOUCEMENT ».
Lila se tortilla de joie. « J'ouvre ! J'ouvre ! »
Papa leva un doigt. « Trois respirations. Patience. »
Lila fit ses trois respirations. Une, deux, trois. Elle compta avec ses doigts. Elle attendit. Ce n'était pas facile. Mais c'était possible.
« Maintenant, » dit Maman.
Lila ouvrit la boîte. Dedans, il y avait un biscuit en forme d'étoile, tout chaud. Il y avait aussi une petite clochette.
Pipo chuchota : « La clochette, c'est pour appeler un câlin. Pas pour faire du bruit. Juste “ding”, et on se serre fort. »
Lila fit “ding” une seule fois. Papa la prit dans ses bras. Maman aussi. Et Pipo grimpa sur l'épaule de Lila comme un petit oiseau.
« C'est doux, » dit Lila.
Dehors, la nuit de Noël s'installait. Elle était calme. Elle était belle. Les guirlandes scintillaient. Dans le salon, le sapin faisait “tili-tili”.
Pipo souffla : « Ce soir, je promets. Des farces gentilles. Et pas trop longtemps. »
Lila hocha la tête. « Et moi, je promets… d'attendre. Petit à petit. Comme une guirlande. »
Ils mangèrent le biscuit. Ils goûtèrent le chocolat. Et dans la maison, il y eut des rires, des petits “ding”, et une patience toute neuve, bien au chaud, comme un pull de renne.