Le village aux rizières qui brillent
Écoutez, écoutez, petits oreilles, ouvrez grand vos yeux du dedans.
Il y avait, quelque part en Afrique, un village posé comme un petit bol de terre rouge. Tout autour, des rizières. Des rizières vertes, vertes, si vertes qu'on aurait dit des morceaux de grenouille endormis sous le soleil. L'eau y chantait en petits filets, et le vent y faisait « frrr-frrr » comme une maman qui berce.
Dans ce village vivait un jeune homme. Il s'appelait Kofi. Kofi n'avait pas un grand chapeau, pas une grande voix, pas un grand orgueil. Il avait une marche tranquille et un sourire qui ne fait pas de bruit. On disait de lui : « Il est comme une calebasse d'eau fraîche : simple, mais précieux. »
Un matin, le chef du village dit :
— La saison est chaude. Les bêtes ont soif. Qui guidera le troupeau vers l'eau ?
Kofi leva la main, doucement, comme une feuille qui se lève.
— Moi, je veux essayer, dit-il.
Les anciens hochèrent la tête. Les enfants chuchotèrent : « Kofi ? Il est si modeste ! »
Mais la modestie, vous le savez, peut être une lampe cachée.
Le troupeau, lui, n'était pas facile. Des vaches aux cornes en lune, des chèvres qui bondissent comme des grains de maïs dans la poêle, et même un vieux bœuf qui marchait comme s'il comptait les pierres. Kofi prit un bâton léger, pas pour frapper, non, mais pour montrer le chemin, comme on montre la lune du doigt.
— Allez, allez, mes amis, dit Kofi. L'eau nous attend.
Le chemin qui fâche
Le sentier passait entre les rizières. À gauche, l'eau brillait. À droite, le riz murmurait. Et devant, la terre chauffait les pieds.
Au bout d'un moment, le troupeau arriva près d'un petit canal. Là, un autre jeune homme gardait des chèvres. Il s'appelait Amadou. Amadou avait le cœur rapide, comme un tambour qui part trop tôt. Il vit le troupeau de Kofi et cria :
— Hé ! Ne passe pas ici ! Tes bêtes vont piétiner mes jeunes pousses !
Kofi répondit doucement :
— Frère, je veux seulement aller à l'eau. Je ferai attention.
Mais une chèvre de Kofi, curieuse comme un enfant, fit trois bonds… et crac ! Elle écrasa une petite tige de riz.
Amadou devint rouge comme un piment.
— Tu vois ! Tu ne respectes rien !
Kofi sentit sa gorge se serrer. Il avait envie de dire : « Ce n'est pas ma faute ! » Le mensonge et la colère se bousculaient dans sa bouche, comme des poules dans la cour. Mais il se rappela une phrase de sa grand-mère : « Quand la parole se fâche, elle devient un caillou. »
Alors Kofi dit :
— Amadou, je suis désolé. Ta tige est cassée. Je vais réparer comme je peux.
Amadou souffla fort.
— Réparer ? Une tige cassée ne se recolle pas !
Le troupeau, lui, commençait à s'éparpiller. Une vache tirait vers l'ombre. Deux chèvres partaient vers les rizières. Et le vieux bœuf, têtu, s'arrêtait net.
Kofi se dit : « Si je me dispute, je perds le troupeau. Si je cours sans parler, je perds un ami. »
Il leva les yeux. Le ciel semblait écouter.
— Amadou, dit Kofi, aide-moi d'abord à rassembler les bêtes. Après, je resterai pour t'aider au champ. Je te le promets.
Amadou hésita. Son regard était dur, puis un peu moins dur. Il regarda le troupeau, puis les jeunes pousses.
— D'accord, dit-il. Mais vite.
Alors, côte à côte, ils firent le travail. Kofi appelait : « Hooo, hooo ! » Amadou sifflait : « Fiu-fiu ! » Les bêtes comprirent. Les vaches tournèrent. Les chèvres revinrent. Même le vieux bœuf bougea, lentement, comme une histoire qui prend son temps.
Un mini-rebondissement, écoutez bien : au moment où tout allait mieux, un veau glissa près du canal. Plouf ! Ses pattes tremblèrent dans la boue.
— Oh non ! cria Amadou.
Kofi sauta, pas comme un héros bruyant, mais comme une main qui attrape une calebasse avant qu'elle tombe. Il tira le veau, Amadou poussa derrière. Ensemble, ils le sortirent. Le veau secoua ses oreilles et fit « meuh » comme pour dire merci.
Amadou regarda Kofi autrement.
— Tu as du courage, dit-il, tout bas.
Kofi sourit.
— Le courage, c'est parfois juste… ne pas répondre avec la colère.
L'eau, la parole, et l'ombre accueillante
Enfin, ils arrivèrent au point d'eau, un grand bassin au bord d'un arbre immense. L'arbre était un fromager, large comme un toit. Son ombre s'étalait sur le sol comme un grand pagne frais. Une ombre accueillante, douce, qui disait sans parler : « Venez, reposez-vous. »
Les bêtes burent. Glou-glou, glou-glou. L'eau était une chanson pour leurs ventres. Kofi s'assit, Amadou aussi. Le silence avait une bonne odeur.
Kofi prit la parole :
— Amadou, je n'ai pas voulu te faire du tort. J'ai appris aujourd'hui que guider, ce n'est pas seulement marcher devant. C'est aussi regarder sur les côtés.
Amadou baissa la tête.
— Moi, j'ai crié trop vite. Ma colère a couru plus vite que mon esprit. Pardonne-moi.
Kofi posa sa main sur l'épaule d'Amadou.
— Je te pardonne, frère. Et toi, pardonne-moi aussi.
— Je te pardonne, dit Amadou. On va replanter ensemble près du canal.
Sous l'ombre du fromager, leurs paroles étaient comme deux graines posées dans la même terre. Et quand on plante des graines de pardon, on récolte la paix.
Le soir, ils revinrent au village avec le troupeau calme. Les rizières brillaient encore, mais autrement : on aurait dit qu'elles souriaient. Le chef demanda :
— Alors, Kofi, as-tu guidé les bêtes vers l'eau ?
Kofi répondit :
— Oui, chef. Et j'ai aussi guidé deux cœurs vers la réconciliation.
Amadou acquiesça, un peu gêné, mais heureux.
Les enfants, eux, répétèrent en chantant :
— Quand la colère arrive, on l'assoit à l'ombre ! Quand la colère arrive, on l'assoit à l'ombre !
Et depuis ce jour, on raconte, on raconte : près des rizières, il existe une ombre accueillante où les disputes se reposent, où les amis se retrouvent, et où les troupeaux, guidés avec douceur, trouvent l'eau qui chante.