Chapitre 1 : Le grand concours du « aïe »
Malo le jeune blaireau avait une spécialité : trouver le seul caillou d'un chemin pourtant rempli de mousse.
Ce soir-là, il voulait juste un coin doux pour dormir. Un coin doux, doux, doux. Le genre de douceur qui fait « pfff » quand on s'y pose.
Il entra dans sa tanière en se frottant les pattes.
— Bon. Test numéro un : mon lit.
Son lit, c'était un tas de feuilles, une couverture de fougères et… un mystère piquant. Malo s'allongea.
CRAC.
— Aïe.
Il se releva comme un ressort contrarié. Sous les feuilles, un gland dur comme un petit roc le regardait, insolent.
— Toi, tu te prends pour un coussin ? Tu as raté ton rêve.
Il l'éjecta hors du lit avec un petit « pouf » très satisfaisant. Il se rallongea.
CRAC.
— Aïe… encore ?
Cette fois, c'était une branchette fine mais déterminée, comme une épingle qui aurait fait du sport.
— D'accord, murmura Malo. Le sol complote.
Il remua les feuilles, les fougères, la mousse. Il tapota, il lissa, il secoua. Il recommença. Il recommença encore. C'était comique, à force : Malo lissait son lit comme s'il préparait une pâtisserie très fragile.
— Je suis un blaireau motivé, déclara-t-il à son oreiller (qui était une pomme de pin très gentille). Et je trouverai le coin le plus doux.
Son oreiller ne répondit pas, mais on sentait qu'il était d'accord. Une pomme de pin, ça approuve en silence.
Malo sortit de sa tanière. La forêt respirait doucement, avec des bruits de feuilles et de hiboux qui chuchotaient comme s'ils étaient déjà en pyjama.
— Très bien, dit Malo. Si le lit triche, je vais chercher mieux ailleurs.
Et il partit, décidé, un peu vexé, mais surtout plein d'espoir. La nuit n'avait qu'à bien se tenir : il allait lui trouver sa douceur.
Chapitre 2 : Le tapis du hérisson (pas recommandé)
Au détour d'un sentier, Malo aperçut Huguette la hérissonne, occupée à ranger des choses dans une boîte.
— Bonsoir, Huguette !
— Bonsoir, Malo. Tu as l'air froissé. Comme une feuille qui a rencontré la pluie et une mauvaise humeur.
Malo soupira.
— Je cherche le coin le plus doux pour dormir. Mais mon lit m'attaque.
Huguette réfléchit, l'œil brillant.
— Doux… J'ai quelque chose ! Attends.
Elle ouvrit sa boîte et en sortit… un petit tapis roulé.
— Tadaa ! C'est mon tapis de sieste.
Malo s'approcha, intrigué. Le tapis avait l'air moelleux, épais, parfait. Il posa une patte dessus.
— Oh… c'est doux !
Huguette toussota.
— Oui, enfin… doux pour moi.
Malo, optimiste, s'allongea complètement. Une seconde de bonheur. Puis…
— Aïe aïe aïe !
Il se redressa d'un bond, en faisant une danse ridicule : la « valse du blaireau piqué ». Huguette avait l'air désolée.
— Je t'avais prévenu. J'ai cousu ça avec… euh… mes propres piquants tombés. Recyclage !
Malo se gratta le ventre.
— C'est… très écologique, mais mon nombril n'est pas d'accord.
Huguette lui tendit une feuille de plantain.
— Tiens, pour les petits bobos. Et ne te décourage pas. Le coin le plus doux, ça se mérite.
Malo sourit malgré lui.
— Merci. Je continue. Résilience, comme dit mon oncle : « Quand ça pique, on apprend à viser le moelleux. »
Il reprit sa route. Derrière lui, Huguette roula son tapis, fière comme une couturière.
— Bonne chance ! cria-t-elle. Et évite les tapis qui mordent !
Malo leva la patte en signe de promesse, en la secouant encore un peu, au cas où un piquant s'y serait installé pour la nuit.
Chapitre 3 : Le hamac des écureuils acrobates
Plus loin, dans un chêne, des rires descendaient comme des noisettes. Deux écureuils, Lili et Paco, se balançaient dans un hamac fait de lianes et de feuilles.
— Malo ! appela Paco. Tu veux essayer notre hamac ? Il est doux comme une crème de châtaigne.
Malo leva le nez.
— Ça a l'air… très haut.
Lili fit un clin d'œil.
— On t'aide. On est des professionnels du « hop-là ».
Ils descendirent avec une agilité impressionnante, comme des petits éclairs poilus, et entourèrent Malo.
— Un, deux, trois… hop-là !
Malo se retrouva dans le hamac. Et là… oh.
Le hamac le prit comme une main géante et gentille. Il s'enfonça légèrement, enveloppé. Ses oreilles se détendirent.
— Wow… c'est vraiment doux.
Il se laissa aller. Le hamac se balança doucement. Trop doucement. Encore un peu. Beaucoup.
— Ça… bouge, dit Malo, la voix soudain plus aiguë.
— C'est le charme ! répondit Paco. Ça berce.
— Ça… donne aussi l'impression d'être une soupe, murmura Malo, alors que le hamac tournait un peu, juste pour rigoler.
Lili applaudit.
— Regarde, il devient tout détendu ! Enfin… il devient surtout tout rond.
Malo tenta de se redresser. Mauvaise idée : le hamac fit « floup » et le blaireau se retrouva roulé comme un burrito de forêt.
— Je suis emballé… mais pas convaincu.
Paco et Lili tirèrent doucement sur les lianes.
— Attention… on déroule le Malo.
Ils le libérèrent avec précaution. Malo atterrit sur les pattes, un peu étourdi, mais entier.
— Merci. C'était doux, oui. Mais je crois que mon estomac préfère un lit qui ne fait pas de manèges.
Lili hocha la tête, compréhensive.
— D'accord. Mais tu es resté courageux. Tu n'as pas crié « MAMAN »… ni « SÉCURI-TÉ ».
Malo ricana.
— J'ai pensé à « SAUVEZ-MOI », mais je me suis retenu.
Les écureuils lui offrirent une noisette « pour la route ». Malo la rangea soigneusement.
— J'avance. Le coin le plus doux m'attend quelque part. Et cette fois, il ne devra ni piquer ni tourner.
Il reprit le sentier, un peu plus sage, toujours motivé. La forêt, elle, continuait de respirer, calme et amusée de le voir chercher comme s'il traquait un trésor invisible.
Chapitre 4 : Le coussin de boue du sanglier (surprise parfumée)
Près d'une clairière, Malo aperçut Barnabé le sanglier, en pleine séance de roulade dans une mare de boue.
— Bonsoir, Barnabé… tu… euh… tu fais de la pâtisserie ?
Barnabé éclata de rire.
— Je fais du confort ! La boue, c'est le spa de la forêt. Viens tester : c'est moelleux, ça colle juste ce qu'il faut.
Malo hésita. La boue brillait sous la lune, épaisse comme du chocolat… mais un chocolat très suspect.
— Je cherche le coin le plus doux pour dormir, expliqua Malo. Pas forcément le plus… glissant.
Barnabé s'approcha, tout luisant.
— La douceur, mon petit, c'est aussi être prêt à se salir un peu. Allez ! Juste une patte.
Malo posa une patte dans la boue.
— Oh… c'est chaud.
Barnabé sourit.
— Voilà. Et maintenant, l'autre.
Malo, qui avait déjà survécu aux piquants et au hamac, se dit qu'il pouvait bien survivre à une mare. Il entra jusqu'au ventre.
— Hm. C'est… étonnamment confortable.
Barnabé hocha la tête, fier.
— Tu vois !
Malo s'allongea. La boue l'enveloppa comme une couverture tiède. Doux, oui. Trop doux, peut-être. Parce que…
— Je crois que je m'enfonce.
Barnabé éclata de rire.
— C'est normal ! La boue t'adopte. Elle te dit : « Reste avec moi pour toujours. »
Malo tenta de se relever. Ses pattes firent « schlop ». Puis « schlaap ». Puis « splorf », un bruit que la langue française n'avait pas demandé mais qui existait quand même.
— Barnabé… je suis collé.
— Pas collé ! rectifia Barnabé. Tu es… très attaché.
Malo tira. Son arrière-train resta une demi-seconde en retard, comme s'il hésitait à quitter le confort.
— J'ai trouvé un coin doux… mais si je dors là, je me réveille en statue de boue.
Barnabé l'aida en poussant avec son groin, sans se moquer trop fort. Malo sortit enfin, recouvert d'une couche épaisse. Il se regarda.
— Je ressemble à une truffe géante.
— Une truffe courageuse ! dit Barnabé. Tiens, va te rincer au ruisseau. Et ne lâche pas : la douceur parfaite existe. Elle se cache juste mieux que la boue.
Malo hocha la tête. Il était fatigué, un peu lourd, mais pas vaincu.
— Merci, Barnabé. Je continue. Résilience : je glisse, je colle, mais je repars.
Il s'éloigna en faisant « ploc ploc » à chaque pas, comme un petit tambour mouillé.
Chapitre 5 : La colline des oreillers… qui sont des champignons
Après le ruisseau, Malo se sentit plus léger. Son pelage sentait l'eau fraîche, et sa noisette dans sa poche faisait « toc » quand il marchait, comme un métronome de courage.
Il arriva dans un coin de forêt où poussaient des champignons énormes, ronds, gonflés comme des coussins. Une petite famille de lapins sautillait entre eux.
— Oh ! fit Malo. Des oreillers naturels.
Un lapin, Caro, s'approcha.
— Attention, certains champignons sont… comment dire… très chatouilleux.
Malo cligna des yeux.
— Un champignon chatouilleux ?
— Oui, dit Caro, sérieuse. Celui-là, par exemple, quand tu t'assois dessus… il fait « POUF » et il te renvoie en l'air.
Malo observa le champignon en question. Il avait l'air innocent. Trop innocent.
— Je peux essayer un qui ne fait pas de blague ?
— Celui-ci est plutôt calme, dit Caro en montrant un gros champignon beige.
Malo monta dessus. C'était spongieux, agréable, comme une éponge géante et propre. Il soupira.
— Ah… ça, c'est doux.
Il s'allongea, les yeux mi-clos. Tout allait bien. Presque trop bien.
Soudain, le champignon émit un petit bruit :
— Hiiitchoum.
Malo se redressa.
— Pardon ?
Le champignon… éternua. Un nuage de spores minuscules chatouilla le nez de Malo.
— Atchoum !
Les lapins rigolèrent doucement, sans méchanceté.
— C'est rien, expliqua Caro. Il est sensible aux poils de blaireau.
Malo renifla.
— Je ne savais pas que j'étais… allergène.
Il essaya un autre champignon. Puis un autre.
À chaque fois : soit « pouf » catapulte, soit « hihihi » chatouille, soit « hiiitchoum » poussière d'éternuement. Même Malo finit par rire, entre deux reniflements.
— Bon. Ils sont doux, mais ils sont… vivants dans leur humour.
Caro posa une patte sur son épaule.
— Tu as essayé plein de coins, Malo. Ça fait beaucoup de « aïe », de « pouf » et de « atchoum ». Mais tu continues. C'est fort.
Malo inspira lentement. La nuit devenait plus silencieuse, plus veloutée.
— Je suis fatigué. Mais je ne veux pas abandonner juste avant le meilleur.
— Alors regarde en haut, dit Caro en levant la patte.
Malo leva la tête. Entre les branches, le ciel était clair, et un grand nuage passait, énorme, blanc, calme… avec une forme étrange, comme un coussin géant qui aurait appris à flotter.
Chapitre 6 : Le nuage moelleux et le coin le plus doux
Le nuage glissa au-dessus de la clairière, paresseux comme une baleine de coton. Il semblait presque attendre. Malo sentit quelque chose dans sa poitrine : une idée douce, un peu folle, mais très convaincante.
— Un nuage… murmura-t-il. Et si le coin le plus doux… n'était pas au sol ?
Les lapins le regardèrent.
— Tu ne vas pas… monter là-dessus ? demanda Caro, mi-inquiète, mi-curieuse.
Malo fixa le ciel. Il pensa aux piquants d'Huguette, au hamac-burrito des écureuils, à la boue collante de Barnabé, aux champignons farceurs. Il se sentit comme un explorateur de la sieste, un chercheur de moelleux.
— Je ne sais pas comment, dit-il. Mais je vais essayer.
Paco et Lili, qui avaient suivi discrètement (les écureuils suivent toujours discrètement, c'est leur hobby), arrivèrent en sautillant.
— On a entendu « monter » ! s'exclama Paco. On adore.
Barnabé arriva aussi, en reniflant.
— J'ai entendu « nuage ». Je ne sais pas si ça se mange, mais je viens.
Huguette apparut, très digne.
— Si ça pique, je veux être au courant.
Tout le monde leva la tête. Le nuage descendait doucement, comme s'il avait décidé d'être poli. Une brise légère le poussait, et, incroyable, une grande branche courbée formait une sorte de tremplin naturel au bord de la clairière.
Lili sauta la première sur la branche.
— On va faire simple : tremplin, saut, nuage.
— Simple, répéta Malo. C'est le mot que tu utilises quand tu fais des choses pas simples.
Barnabé se plaça derrière Malo.
— Je te donne une petite poussée. Une mini-poussée de sanglier. Mini.
Malo avala sa salive.
— Mini, oui. Mini.
Huguette ajusta un petit brin d'herbe sur la tête de Malo, comme un casque ridicule.
— Pour le courage, dit-elle.
Caro les lapins comptèrent :
— Un… deux… trois !
Barnabé poussa. Mini, peut-être, mais version sanglier. Malo fut propulsé sur la branche, puis dans les airs. Pendant une seconde, il eut l'impression d'être une chaussette lancée trop fort.
— OOOH !
Et puis… le nuage le reçut.
Pas un choc. Pas un « crac ». Pas un piquant. Pas un « pouf » moqueur.
Juste un « fff… » doux, comme si le monde se transformait en oreiller.
Malo s'enfonça dans le nuage moelleux. Il était tiède, léger, et ça sentait presque la pluie propre. Ses pattes se détendirent d'elles-mêmes, comme si elles avaient attendu ce moment toute leur vie.
— Voilà…, souffla-t-il. Le coin le plus doux.
En bas, ses amis sautillaient et agitaient les pattes. Leurs voix arrivaient comme des bulles.
— Alors ? cria Paco.
— Ça pique ? demanda Huguette, très sérieuse.
— Ça colle ? ajouta Barnabé, un peu jaloux.
— Ça éternue ? demanda Caro.
Malo se retourna sur le dos. Le ciel avait l'air encore plus grand vu d'ici. Le nuage le berçait sans tourner trop vite, sans blague, sans piège. Juste une lente balancelle de douceur.
— Non, répondit-il, la voix déjà plus lente. Ça ne pique pas… ça ne colle pas… ça ne me catapulte pas… ça ne me chatouille même pas… C'est… parfait.
Paco eut une idée.
— On peut monter aussi ?
Le nuage, comme s'il comprenait, descendit un peu plus. Un par un, les animaux sautèrent. Même Barnabé, avec une technique étrange : il prit son élan, fit un « hop » héroïque, et le nuage l'accueillit en soupirant comme un canapé surpris mais content.
Huguette s'installa sans planter un seul piquant, par politesse. Les lapins se roulèrent en boule. Les écureuils se firent un mini-nid dans un coin. Barnabé poussa un ronflement doux, comme un tambour lointain.
Malo sentit ses paupières devenir lourdes, mais d'une lourdeur agréable, comme si elles étaient remplies de coton.
— Finalement, murmura-t-il, tout ce voyage… ça valait la peine.
Huguette répondit, déjà à moitié endormie :
— Tu vois… la résilience… c'est continuer… jusqu'à trouver… le bon moelleux…
Malo sourit. Il pensa à son lit de feuilles, à ses « aïe », à ses essais. Il ne regrettait rien. Chaque raté avait été une marche vers cette douceur-là.
Le nuage moelleux glissa lentement au-dessus de la forêt. En dessous, les arbres semblaient chuchoter pour ne pas déranger. Les étoiles brillaient comme des petites veilleuses sages.
Les phrases dans la tête de Malo se firent plus longues, plus tranquilles, plus coulantes… comme un ruisseau qui ralentit… comme une couverture qu'on remonte doucement… juste sous le menton.
Et dans le coin le plus doux du monde, porté par un nuage moelleux, Malo s'endormit enfin, sans aïe, sans atchoum, sans schlop… seulement avec un soupir heureux… et le calme qui suit les grandes aventures quand tout finit bien.