Chapitre 1 : L'oreiller qui fait coin-coin
Ce soir-là , dans la clairière des ronflements, l'ours Barnabé avait décidé de se coucher tôt. Il avait passé la journée à gratter le dos des arbres, à chercher du miel (qu'il n'avait pas trouvé, mais il avait mangé trois pommes de pin, ce qui n'était pas mal pour un ours distrait), et à courir après son ombre qui, bizarrement, allait toujours plus vite que lui.
Barnabé adorait le moment du coucher. Sauf qu'aujourd'hui, son oreiller semblait avoir décidé de lui jouer un tour. À peine avait-il posé sa grosse tête dessus qu'un « coin-coin » sonore retentit. Barnabé sursauta, roula sur le côté, et vit une plume dépasser de l'oreiller.
— Coin-coin ! fit l'oreiller, comme pour le narguer.
Barnabé fronça les sourcils. « Peut-être que j'ai rêvé… » pensa-t-il. Mais non. Dès qu'il reposa la tête, le « coin-coin » retentit de plus belle, suivi d'un petit « pouic ! » inattendu.
Décidément, ce n'était pas gagné pour s'endormir.
Chapitre 2 : La couverture qui chatouille
Barnabé se dit qu'il allait ignorer l'oreiller farceur. Il tira sa couverture à carreaux couleur mousse et la remonta jusqu'à son museau. Mais à peine avait-il fermé les yeux qu'il sentit… des chatouilles ! Exactement là , entre les deux oreilles.
— Hé, arrête ! s'écria-t-il en se grattant.
Mais la couverture continuait, comme si elle avait mille doigts invisibles. Barnabé gigota, se tortilla, roula-boula jusqu'au bord de son lit de mousse, et faillit tomber sur un caillou rond (qui, heureusement, était très poli et se poussa tout seul).
— D'accord, je vois le genre, grogna Barnabé. Cette nuit, c'est la nuit des objets farceurs !
Il décida de plier la couverture en deux, puis en quatre, puis en mille (enfin, presque), jusqu'à ce qu'elle ressemble à un coussin minuscule qu'il posa loin de lui.
— On ne m'aura pas deux fois !
Mais il ne savait pas encore que le tapis sous ses pattes avait lui aussi des idées derrière la tête.
Chapitre 3 : Le tapis qui veut danser
Barnabé, un peu fatigué, posa ses pattes sur le tapis en feuilles de châtaignier. Aussitôt, le tapis commença à onduler doucement, puis à se trémousser, puis à tourner sur lui-même comme une toupie.
— Oh non, pas la valse du tapis ! s'exclama Barnabé, en essayant de garder l'équilibre.
Le tapis fit un triple saut périlleux digne d'un écureuil acrobate, et Barnabé se retrouva assis sur son popotin, le museau tout ébouriffé.
— Je crois que mes affaires veulent me faire danser jusqu'au bout de la nuit, marmonna-t-il, mi-amusé, mi-grognon.
Mais au fond, il trouvait ça plutôt rigolo. Après tout, on ne s'ennuie pas avec une maison qui a le sens de l'humour. Il se releva, tapota le tapis (qui, vexé, s'aplatit en boudant), et retourna vers son lit.
Chapitre 4 : La berceuse du vent rigolo
Barnabé se dit qu'il allait essayer sans oreiller, sans couverture, et sans tapis. Il s'allongea simplement sur la mousse douce, ferma les yeux, et respira profondément. C'est alors qu'un souffle de vent entra par la fenêtre.
— Ouuuuuuuuuuuuuuuuuuh ! fit le vent, mais pas comme un fantôme. Plutôt comme un hibou enrhumé qui aurait avalé un harmonica.
Le vent se mit à siffler, à tourner, à produire des « wouiii » et des « pfiouuu » rigolos, comme s'il essayait de jouer une berceuse, mais qu'il ne connaissait que les notes farfelues.
Barnabé, qui n'était pas du genre à se laisser impressionner, se mit à rigoler tout seul.
— Allez, vent, encore un petit air ! demanda-t-il.
Le vent, flatté, fit de son mieux et joua une mélodie qui ressemblait à une chanson de grenouille qui saute sur des nénuphars.
Chapitre 5 : Les voisins du soir
Alors que Barnabé commençait à se détendre, il entendit un « toc toc toc » discret à la porte de sa tanière. Il ouvrit un œil : c'était Marcel le hérisson, suivi de Simone la belette et de Gaston le hibou.
— On a entendu de la musique ! s'exclama Simone. On peut entrer ?
— Bien sûr ! répondit Barnabé. Mais attention à la couverture, elle chatouille, et à l'oreiller, il fait coin-coin.
Marcel s'installa sur le tapis qui, tout content, recommença à danser, mais cette fois un slow tranquille. Gaston siffla un air avec le vent, et Simone se roula en boule dans la couverture, qui la chatouilla gentiment.
Barnabé sentit son cœur se réchauffer. Dormir, c'est bien, mais dormir entouré de copains, c'est encore mieux.
Chapitre 6 : La bataille de ronflements
Tout le monde s'allongea, la lumière de la lune caressa la tanière. Et soudain… Les ronflements commencèrent, doux d'abord, puis plus sonores. Marcel le hérisson faisait « prrrr-prrrr-prrrr » comme une petite moto. Simone la belette poussait de longs « ffffchhhh » qui ressemblaient à la pluie sur les feuilles. Gaston le hibou, lui, ronflait en rythme avec le vent, « houuu-houuu-houuu ».
Barnabé, impressionné, tenta d'ajouter son propre ronflement. Mais à chaque fois qu'il commençait, il éclatait de rire, ce qui réveillait les autres et provoquait une nouvelle série de fous rires.
— On fait un concours de ronflements ? proposa Gaston.
— D'accord, mais le gagnant a droit à un câlin de la couverture ! lança Simone, en gloussant.
La bataille de ronflements dura un bon moment, entrecoupée de rires, de coin-coin de l'oreiller, et de quelques notes bizarres du vent. Mais petit à petit, les rires s'apaisèrent, et chacun se laissa bercer par la douceur de la nuit.
Chapitre 7 : Le sommeil tout doux
La tanière s'emplit d'une chaleur douce et rassurante. Barnabé sentit ses paupières devenir lourdes, très lourdes, comme deux petites pierres polies par la rivière.
Le vent, apaisé, soufflait maintenant une berceuse toute douce, presque silencieuse. L'oreiller ne coin-coinait plus, la couverture s'était endormie sur Simone, et le tapis, fatigué de danser, s'était roulé en boule sous Marcel.
Barnabé sourit dans le noir. Il pensa à toutes les farces de ses objets, aux rires de ses amis, à la musique du vent. Il sentit le sommeil arriver, tout doucement, comme une plume qui descend lentement du ciel, qui virevolte, qui chatouille le bout du museau, et qui finit par se poser en silence.
Dans la clairière des ronflements, tout était paisible. Les rêves de Barnabé commençaient, remplis de coussins farceurs, de couvertures câlines, de tapis dansants et de copains rigolards. Et, tout doucement, la nuit murmura une dernière blague, juste pour lui, avant de l'emmener au pays du sommeil tendre et rigolo.
Bonne nuit, Barnabé. Bonne nuit, les amis. Bonne nuit, les sourires.