Chapitre 1 — Le robinet qui pleut
Il pleuvait. Encore. Pas comme un nuage qui éternue, mais comme un robinet que personne n'arrête. Les gouttes tombaient en file, musique douce et insistante. Dans sa chambre, Hugo regardait le ciel par la fenêtre et tapotait son oreiller comme on tape un tambour pour appeler une idée.
"Ça suffit !" dit-il à mi-voix, parce que parler plus fort pourrait réveiller le chat qui ronflait sur la pile de chaussettes.
Hugo avait sept ans et un désir simple : fermer le robinet de pluie. Pas un chiffon, pas un seau, un vrai robinet. Il imaginait une grosse clé en laiton, brillante, avec une poignée en forme d'étoile. Il imaginait la tourner, et puis... plus de gouttes. Voilà son rêve.
"Pourquoi tu veux fermer la pluie ?" demanda sa mère, en mettant une tasse de chocolat sur la table.
"Parce que j'ai des bottes sans trous," répondit Hugo en toute logique. "Et puis j'aimerais voir les étoiles. Et puis, j'en ai assez de chanter sous la douche tout le temps."
Sa mère sourit. "La pluie est utile, mon petit. Et puis elle a une chanson. Mais si tu veux vraiment essayer, fais attention. La magie est facétieuse."
Hugo aimait les histoires de magie qui étaient un peu bêtes, un peu malicieuses. Il mit sa cape — une serviette à rayures — prit sa loupe (pour les indices, dit-il), et partit.
Chapitre 2 — La première clef
Dans le jardin, la pluie tombait comme des perles sur un collier invisble. Les gnomes du potager semblaient muets. Hugo renifla, examina la terre. Un crapaud le regarda comme s'il allait lui confier un secret.
"Excuse-moi, monsieur Crapaud," dit Hugo en s'agenouillant. "Vous savez où se trouve la salle des robinets ?"
Le crapaud cligna des yeux. Puis il sauta sur un caillou et, avec un croassement qui ressemblait à un rire, pointa sa patte vers le vieux noisetier.
Hugo suivit. Sous le noisetier, un trou. Un petit trou rond. Il dut glisser son bras dedans. Il toucha du froid, puis du bois, puis... une clé. Pas une clé ordinaire. Une clé en biscuit ? Non, en métal, mais décorée d'empreintes de nuages.
"Ah !" s'exclama Hugo. "La clé des gouttes !"
Il la brandit. La pluie sembla hésiter. "Ne joue pas avec," murmura la clé, ou peut-être c'était le vent. Hugo sourit et la glissa dans sa poche.
"Tu dois trouver la porte," dit une voix. C'était probablement la voix du noisetier, ou bien du soleil qui se cachait pour écouter. Hugo prit une grande respiration.
"Hé, clé, tu sais parler ?" demanda-t-il.
"Pas trop," répondit la clé d'un petit crissement. "Mais je connais les serrures qui aiment la compagnie."
Hugo rit. "Moi aussi."
Chapitre 3 — Les serrures qui rient
Il chercha la porte des pluies. Il chercha la porte dans la cave, sous le lit, derrière la commode. Les voisins le regardaient par la fenêtre. Sa grand-mère planta un géranium. A la bibliothèque municipale, le vieux bibliothécaire lui offrit une carte. "Les portes des pluies sont parfois cachées dans les endroits que l'on oublie," dit-il en triturant sa moustache.
Hugo suivit la carte. Elle montrait un chemin d'escargots et une flèche mignonne qui disait "Pas par là, vas par ici". Le chemin le mena au parc. Là, sous un banc, une serrure riait. Oui, riait ! Une petite serrure en fer avait des taches de rouille qui formaient un sourire.
"Bonjour !" dit Hugo. "Je viens pour... fermer le robinet."
"Ah, encore un !" répondit la serrure d'une voix qui sonna comme une clochette. "Tu as la clé ?"
Hugo sortit la clé-nuage et la tendit. La serrure fit un petit tour et s'ouvrit. Une boîte jaillit, pleine de bruine et de confettis. De la pluie en rubans s'échappa. Hugo en prit un bout. Elle sentait le savon et le frais de la pluie matinale.
"Une seule clé ne suffit pas," dit la boîte en claquant des dents qui n'étaient pas du tout effrayantes. "Il y a plusieurs robinets. Et certains ont l'habitude de jouer à cache-cache."
"Je chercherai," promit Hugo.
Il trouva une autre serrure près du lac, sous une pierre qui chantait. Elle était timide. "Je n'aime pas qu'on me touche," chuchota-t-elle. Hugo lui parla doucement, comme on parle à un chat. Il fit des grimaces ridicules. La serrure rit tellement qu'elle laissa tomber une autre clé, petite, en forme de goutte.
"Tu es comique," dit la serrure. "Continue."
Hugo sentit son cœur comme une petite cuillère dans un pot de miel : collant et content. Il eut une idée. "Et si on demandait de l'aide ?" proposa-t-il.
"Qui ?" demanda la clé-nuage.
"Les nuages ! Les oiseaux ! Les voisins !" dit Hugo. "Tout le monde peut aider, non ?"
La clé-nuage clignota. "Un peu d'astuce," dit-elle, "et beaucoup de bonne humeur. Voilà la vraie magie."
Chapitre 4 — La fermeture et la vague douce
Hugo organisa une petite expédition. Il raconta son plan au chat, au crapaud, au bibliothécaire, et même au vieux tuyau qui crachotait devant la maison. Les enfants du quartier arrivèrent, armés de parapluies colorés et de chansons préparées.
"Nous allons chanter aux robinets comme on chante aux plantes," dit Hugo. "Une chanson de merci et de pause."
Ils marchèrent, chantant des notes aiguës et des voyelles joyeuses. Les robinets des nuages, qui étaient très curieux, s'arrêtèrent pour écouter. Ils ne savaient pas que la pluie pouvait aimer la musique.
Devant la plus grosse goutte, une porte ronde apparut. Elle avait des clous qui semblaient rires et une poignée en coquillage. Hugo prit toutes ses clés. Il en essaya une, puis une autre, puis... la petite clé-goutte. La serrure soupira et, pour la première fois de la semaine, la pluie fit une pose.
"Pas tout de suite," dit la poignée. "Je veux juste un peu de silence pour masser mes gouttes."
Hugo fit la moue, puis sourit. "Merci," dit-il. Il fit tourner la clé. La pluie ralentit. Elle ne s'arrêta pas complètement. Elle tintait comme une cloche, mais plus douce.
Le ciel devint clair, puis plus clair. Des rayons de soleil sortirent comme des chats de poche. Les enfants sautèrent dans les flaques avec des éclats de rire. Le chat secoua sa queue, heureux d'un spectacle.
"Pourquoi tu voulais fermer le robinet de pluie ?" demanda la pluie, toute curieuse, en tombant comme une caresse sur la joue de Hugo.
"Pour voir les étoiles," répondit-il honnêtement. "Et pour respirer différemment."
La pluie réfléchit. Elle caressa le monde une dernière fois, puis dit : "Je ne veux pas partir pour toujours. Mais je promets de faire des pauses. Et pendant ces pauses, tu pourras écouter d'autres chansons."
Hugo sentit une vague de bien-être comme une couverture chaude qui s'étendait depuis ses doigts jusqu'à ses orteils. Tout brillait. Les fleurs souriaient. Les grandes personnes se laissaient surprendre par des idées gentilles. Même le vieil escargot trouva sa vitesse parfaite.
"Tu as réfléchi," dit la pluie. "Tu as demandé, partagé, et tu as trouvé des amis. Voilà une vraie magie."
Hugo hocha la tête. Il serra la clé-nuage dans sa main. Les gouttes dansèrent encore un peu, comme pour saluer.
"On peut encore chanter ?" demanda une fillette.
"Oui !" répondit Hugo. "Chantons pour la pluie, pour le soleil, et pour les clés qui aiment blaguer."
Ils chantèrent une chanson courte, drôle et tendre. Les sons montèrent et descendirent comme des vagues. La pluie, sage et joueuse, fit un clin d'œil.
Et quand la nuit tomba, Hugo regarda les étoiles qui s'étaient glissées entre les nuages comme des grains de sucre. Il mit la clé sous son oreiller, pas pour l'oublier, mais pour se souvenir. Il sentit une grande vague de bien-être. Tout allait bien. Il avait appris qu'une idée se ferme mieux quand on la partage, et que la magie du quotidien était toujours prête à faire la farce juste après le câlin.