Chapitre 1 : L'appel silencieux
Dans l'immense noirceur de l'espace, la capsule de Jonas glissait, minuscule flèche d'acier, loin de toute étoile familière. À travers son hublot, des milliers de points lumineux perçaient la nuit, mais aucun ne semblait se soucier d'un homme seul en route vers un vaisseau-mère en transit. Jonas, les mains posées sur les commandes, écoutait le sifflement régulier de la ventilation. Le silence, ici, n'était jamais tout à fait vide.
Il consulta son tableau de bord. « Protocole d'approche engagé », murmura-t-il, pour se rassurer plus que pour la machine.
— Allez, Capitaine, tu sais faire ça les yeux fermés, se dit-il à voix basse, avant de sourire à cette idée. Les yeux fermés, sans doute pas. Pas aujourd'hui.
La voix du contrôle automatique s'éleva, douce et neutre : « Attention. Trajectoire incertaine. Correction recommandée. »
Jonas soupira. Il savait ce que cela voulait dire : il avait dérivé. Il sortit une barre énergétique de la poche de sa combinaison, la coinça entre ses dents, puis pianota sur le clavier.
— Orbi, où es-tu ?
Un léger bourdonnement répondit. Dans un coin de la cabine, une sphère métallique de la taille d'un ballon de foot clignota et s'anima. Orbi, son drone d'inspection, s'éleva en silence et vint flotter à côté du siège de Jonas.
— Analyse de la situation, demanda Jonas.
Orbi projeta un hologramme de la trajectoire. Une mince ligne bleue ondulait, s'écartant doucement du vaisseau-mère, une forme massive à peine visible dans la distance.
— Correction possible, dit Orbi de sa voix métallique. Intervention recommandée avant vingt-deux minutes.
Jonas acquiesça, avala la bouchée dans sa bouche, puis posa la main sur la commande latérale. Un éclat de rire lui échappa soudain.
— Tu pourrais au moins me souhaiter bonne chance, Orbi.
— Bonne chance, répondit la machine. Puis : Tu es compétent.
Jonas sourit, rassuré. Il enclencha la manœuvre de correction, prêt à affronter les mystères spatiaux et ses propres doutes.
Chapitre 2 : Un détour imprévu
Le vaisseau-mère, l'Atlas, semblait danser à travers l'immensité noire. Malgré la distance, ses lumières clignotaient comme un phare rassurant. Jonas se concentra. Il ajusta les propulseurs, guidé par les données projetées devant lui.
Les moteurs grondaient doucement, comme le ronronnement d'un chat endormi. Pourtant, brusquement, la capsule vibra. Jonas agrippa les accoudoirs.
— Orbi, diagnostic !
Le drone fit un tour sur lui-même, puis émit une petite lumière verte.
— Microdébris détectés. Boucliers intacts. Détour conseillé.
Jonas fronça les sourcils. Un nuage de poussière cosmique, invisible à l'œil nu, passait à proximité. S'il ne le contournait pas, il risquait d'endommager la capsule ou, pire, de rater l'Atlas.
Il consulta le plan de vol. La trajectoire sûre était plus longue. S'il s'éloignait, il devrait ajuster ses réserves d'oxygène et d'énergie avec soin.
— Orbi, tu en penses quoi ?
— Intégrité prioritaire. Détour recommandé. Risque faible si application immédiate.
Jonas hésita. Il pouvait tenter de passer en force, mais cela n'était ni prudent ni honnête envers l'équipage qui comptait sur lui. Il respira profondément.
— On fait le détour, dit-il finalement. L'intégrité avant tout.
Orbi clignota d'un bleu chaleureux.
La capsule glissa alors sur la nouvelle route, évitant le piège invisible. Jonas ressentit une pointe de fierté. Ce n'était peut-être pas la solution la plus rapide, mais c'était la bonne.
Chapitre 3 : L'appel du passé
Le détour permit à Jonas de ralentir. Il repensa à tout ce qui l'attendait sur l'Atlas : ses collègues, la mission, et surtout, ce sentiment d'appartenir à quelque chose de plus grand que lui.
Dans la cabine, la radio grésilla soudain.
— Capsule J-77, ici l'Atlas. Statut, s'il vous plaît. Terminé.
Jonas sourit. C'était la voix de Maïa, responsable des communications, et amie de longue date.
— Ici Jonas. Petit détour pour éviter un nuage de microdébris. Arrivée prévue dans quarante-sept minutes. Rappelle-moi de te raconter la blague du drone quand je serai à bord.
Un petit rire résonna dans l'habitacle.
— Reçu, Jonas. Contente que tu nous joues la carte de la prudence. On t'attend. Et je veux la blague, parole de Maïa.
Jonas sentit une chaleur familière, comme un feu de camp sous les étoiles. Il jeta un coup d'œil à Orbi qui flottait toujours, impassible.
— Tu crois qu'ils ont fait des cookies cette fois ?
— Probabilité élevée. Maïa en a préparé six fois la semaine dernière.
Jonas éclata de rire.
— Tu es le meilleur drone, Orbi.
Le vaisseau poursuivait sa course lente. Parfois, la simplicité d'un échange, même avec une machine, suffisait à rendre l'univers un peu moins vaste.
Chapitre 4 : Incident technique
La capsule approchait de l'Atlas. Le vaisseau-mère grandissait à vue d'œil. On distinguait maintenant ses modules, ses armes de défense repliées, ses panneaux solaires déployés comme des ailes de géant.
Jonas se préparait à enclencher la séquence d'arrimage quand un voyant rouge s'alluma sur sa console.
— Oh non… Pas maintenant, marmonna-t-il.
— Lecture capteurs : anomalie détectée dans la dérivation énergétique, signala Orbi.
Jonas fronça les sourcils. Il consulta les schémas. Un circuit secondaire surchauffait. Il savait ce qu'il fallait faire : couper une partie de l'alimentation non essentielle, sinon il risquait la panne des propulseurs.
— Pas de panique, dit-il pour lui-même.
Il ouvrit le panneau de maintenance et introduisit ses mains gantées dans le labyrinthe de fils. Orbi projetait une carte lumineuse pour guider ses gestes.
— Débranche le module de chauffage auxiliaire, recommanda Orbi. Il n'est pas critique.
Jonas hésita. Désactiver le chauffage signifiait avoir froid, mais la capsule resterait fonctionnelle. Orbi avait raison.
Il actionna l'interrupteur. L'air se fit aussitôt plus frais.
— Voilà, on va s'en sortir.
— Température interne en baisse, mais stabilisée. Risque écarté, confirma Orbi.
Jonas se frotta les bras. Il grelottait, mais la sécurité de la capsule était assurée.
— Tout va bien, Maïa, lança-t-il à la radio. Petit souci technique réglé. C'est moi ou il fait un peu frais par ici ?
— Courage, répondit Maïa. Tu auras droit à deux cookies.
Il sourit, songeant qu'une promesse de cookies valait bien tous les soleils de l'univers.
Chapitre 5 : Le ballet de l'arrimage
L'Atlas n'était plus qu'à quelques kilomètres. Jonas pouvait voir de minuscules silhouettes s'activer près des baies d'accueil. Il s'assura que tout était prêt.
— Orbi, vérification finale ?
— Tous systèmes stables. Séquence d'arrimage autorisée.
Jonas enclencha le mode automatique. La capsule vibra, puis ralentit. Les propulseurs ajustaient la position, la cabine frémissait comme un animal prêt à bondir.
— On dirait une danse, murmura Jonas.
— Chorégraphie spatiale, confirma Orbi.
La capsule poursuivit sa lente valse dans l'espace, ses projecteurs éclairant les parois gris argenté du vaisseau-mère. Des bras robotiques s'ouvrirent pour la guider vers le sas.
Jonas surveillait chaque étape, prêt à intervenir. Une légère secousse, puis un clic métallique : l'amarrage était réussi.
Une lumière verte s'alluma sur le tableau de bord. Jonas soupira de soulagement.
— Mission accomplie, Orbi.
— Bravo, Jonas.
Il détacha ses sangles, se tourna vers son drone et lui adressa un clin d'œil.
— Prêt pour les cookies ?
Orbi clignota d'un vert joyeux. Ensemble, ils franchirent le sas, accueillis par l'éclat des lumières et le sourire de Maïa.
Chapitre 6 : Le secret d'Orbi
Dans la salle commune de l'Atlas, Jonas retrouvait enfin la chaleur et la lumière d'un foyer flottant. Maïa arriva, un plateau de cookies à la main.
— Tu as l'air gelé, Jonas ! Prends-en deux, tu l'as mérité.
— Merci, Maïa.
Jonas s'installa, croquant dans une douceur encore tiède. Orbi flottait près de lui, curieux.
— Tu m'as bien aidé, aujourd'hui, dit Jonas au drone. Tu as toujours la bonne solution.
Maïa s'approcha, un sourire malicieux sur les lèvres.
— Tu sais, c'est fou ce que tu fais confiance à Orbi. Tu ne te demandes jamais pourquoi il tombe toujours juste ?
Jonas haussa les épaules.
— C'est simple. Il analyse mieux que moi. Il ne cherche pas la gloire, il cherche juste la meilleure solution.
Maïa hocha la tête.
— Tu as raison. D'ailleurs, on devrait tous parfois réfléchir comme lui. L'intégrité, c'est le secret des bons astronautes.
Jonas songea qu'elle avait raison. Il observa Orbi, dont les voyants pulsaient doucement.
— On forme une bonne équipe, alors.
Orbi émit un petit bip de satisfaction.
— Équipe optimale, confirma-t-il.
Chapitre 7 : Un ciel sans alarme
Quelques heures plus tard, Jonas s'assit devant la grande baie vitrée du mess, un mug chaud entre les mains. Dehors, le vaisseau-mère traversait l'ombre d'une planète inconnue, et l'espace s'étendait, vaste, paisible.
Aucun voyant ne clignotait, aucune alarme ne hurlait. Sur la passerelle, tout semblait sous contrôle.
Jonas repensa à sa traversée. Il n'avait pas choisi la facilité, mais il avait suivi la voie honnête, même quand cela demandait du courage et un peu de froid.
Il sentit une présence discrète à ses côtés. Orbi flottait là, silencieux, comme pour veiller à son bien-être.
— Merci, Orbi, murmura Jonas.
Le drone répondit par une douce lueur bleutée.
Maïa passa la tête par la porte.
— Jonas, tu viens ? L'équipe veut écouter ta fameuse blague du drone !
Jonas se leva, le cœur léger. Il jeta un dernier regard à l'univers tranquille, là, derrière la vitre. Un ciel sans alarme, vaste comme une promesse.
Puis il rejoignit ses amis, prêt à partager un rire, un cookie, et une histoire de plus sous les étoiles.