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Histoire du Ramadan 11 à 12 ans Lecture 17 min.

La boîte des petites attentions et la marche sous la lune de Ramadan

Adam et ses amis entreprennent une promenade nocturne pendant le Ramadan où ils partagent petites attentions, s'entraident et redécouvrent la douceur du quartier sous la lune.

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Quatre enfants sur un banc d'une petite place de nuit aux pavés brillants sous des lampadaires jaunes : un garçon d'environ 11 ans aux cheveux courts bruns en t‑shirt bleu tenant un sac de provisions et souriant à gauche; une fille d'environ 10 ans en robe crème et tresse, assise au centre‑gauche, écrivant dans son carnet et pointant la lune; un garçon d'environ 12 ans cheveux noirs en bataille, casquette à l'envers et veste verte, assis au centre‑droit, riant et tendant une boîte décorée d'étoiles; une fille d'environ 11 ans aux cheveux courts bouclés, gilet moutarde, accroupie à droite et posant une coupelle d'eau pour un chat gris. La boîte des petites attentions est ouverte au centre avec des papiers colorés, la fontaine éteinte reflète la lune en croissant, les façades aux fenêtres chaudes et un réverbère projettent une ombre douce; ambiance calme et chaleureuse aux couleurs pastel avec reflets argentés sur les pavés. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Les nuits claires

Ce soir-là, Adam avait juré qu'il ne lâcherait pas sa manette. Une partie de foot sur console, un but à la dernière seconde, et hop, champion du salon. Sauf que la fenêtre était entrouverte, et une brise fraîche, parfumée de menthe et de pain chaud, venait lui chatouiller la nuque.

— Adam ! appela sa mère depuis la cuisine. Viens voir.

— J'arrive… dans deux minutes, répondit-il, la voix collée à l'écran.

Mais les deux minutes se transformèrent en cinq, et les cinq en… rien du tout, parce qu'un éclat de lumière glissa sur le mur. Pas une lumière d'ampoule. Une lumière d'argenterie, douce et posée, comme si la nuit avait sorti sa plus belle chemise.

Adam posa la manette.

Dehors, la rue semblait lavée. Les lampadaires dessinaient des ronds d'or sur le trottoir. Et au-dessus, le ciel de Ramadan était clair, incroyablement clair, avec une lune fine comme un sourire. On aurait dit qu'elle faisait exprès.

Adam ouvrit la fenêtre en grand. Un rire monta du bas de l'immeuble : Lina et Yassine discutaient avec Inès, tous les trois en bas, près du banc. Ils levaient la tête comme s'ils regardaient un spectacle.

— T'as vu la lune ? lança Lina en apercevant Adam. On dirait une virgule !

— Une virgule qui surveille nos bêtises, ajouta Yassine.

— Elle ne surveille pas, elle écoute, corrigea Inès très sérieuse. Les nuits de Ramadan, elles ont… je sais pas… une douceur spéciale.

Adam descendit quatre à quatre, sans même fermer son jeu. Dans l'entrée, sa mère sourit en le voyant déjà en baskets.

— Tu vas où, toi ?

— Juste… dehors, regarder la nuit avec les autres. Je reviens.

Elle hocha la tête, amusée.

— Reste dans le quartier. Et si tu croises Madame Naïma, propose-lui de l'aider avec ses sacs.

Adam promit. Promis, juré, sur la virgule de lune.

Chapitre 2 — L'idée de la marche

Le petit groupe se forma naturellement : Adam, Lina (qui avait toujours un carnet dans la poche), Yassine (expert en blagues et en dribbles), et Inès (qui remarquait des détails que personne ne voyait, comme les chats qui traversent au bon moment).

Ils avancèrent lentement, comme si marcher vite risquait de froisser la nuit.

— Ça fait bizarre, dit Adam. D'habitude, à cette heure-là, je suis… en train de gagner.

— En train de perdre, rectifia Yassine.

— En train de « presque gagner », conclut Lina en riant.

La rue sentait le savon, les plats mijotés, et un peu la fleur d'oranger qui s'échappait d'une fenêtre. Par endroits, on entendait des voix calmes, des assiettes qu'on range, une télévision trop forte chez le voisin du troisième.

Inès pointa du doigt une façade.

— Regardez, les fenêtres… elles brillent comme des aquariums. On dirait que chaque famille a sa petite scène.

— Moi, ma scène, c'est mon salon, dit Adam. Avec un héros très courageux.

— Un héros qui a peur de rater le dessert, murmura Lina.

Adam fit semblant d'être vexé, mais il riait.

Au bout de la rue, la place du quartier s'ouvrit comme un grand tapis. Et là, surprise : la fontaine était éteinte, mais la lune la remplissait quand même. L'eau semblait porter des morceaux d'argent.

Yassine se pencha.

— Si je mets la main, je deviens riche ?

— Tu deviens mouillé, répondit Inès.

Lina, elle, avait déjà sorti son carnet.

— Je note : « la fontaine garde la lune comme un secret ».

— Tu notes tout, toi, dit Adam.

— Normal, si un jour la nuit décide de déménager, je veux garder une copie.

Ils éclatèrent de rire. Puis Adam proposa, sans trop savoir d'où ça venait :

— Et si on faisait une marche nocturne, là… juste pour voir le quartier autrement ? Pas longtemps.

Les trois autres se regardèrent comme si Adam venait d'inventer une nouvelle fête.

— Une marche de Ramadan, approuva Inès. Douce. Sans courir.

— Sans courir, c'est dur pour moi, souffla Yassine, déjà prêt à sprinter.

— Si tu cours, la lune mettra une virgule sur ton front, le menaça Lina.

— Une virgule ? Pourquoi pas un point d'exclamation, tant qu'on y est ?

Adam leva les mains.

— D'accord, d'accord. On marche. Mais on garde le droit de rigoler.

Marché conclu.

Chapitre 3 — La boîte des petites attentions

Ils avancèrent vers l'épicerie du coin, encore ouverte. La vitrine brillait comme un petit phare. À l'intérieur, Monsieur Rami empilait des dattes et des biscuits avec la précision d'un architecte.

— Bonsoir, les jeunes ! Vous êtes en expédition ?

— On fait une marche nocturne, annonça Lina avec une fierté d'exploratrice.

Monsieur Rami leva un sourcil.

— Une marche ? Alors il vous faut un trésor.

Il se pencha sous le comptoir et sortit une petite boîte en carton, décorée d'étoiles dessinées au feutre.

— Je l'ai faite avec ma nièce. Ça s'appelle « la boîte des petites attentions ». Chaque fois que vous faites un geste gentil, vous mettez un papier dedans. À la fin du mois, vous ouvrez et vous relisez.

Yassine chuchota à Adam :

— Moi je peux mettre : « J'ai laissé ma sœur choisir la chaîne TV ». Ça compte ?

— C'est un acte héroïque, approuva Adam.

Inès prit la boîte avec précaution, comme si elle contenait un oiseau.

— On peut l'utiliser ce soir ?

— Bien sûr, dit Monsieur Rami. Et tenez…

Il leur donna un petit paquet de dattes et quelques bonbons au miel.

— Pour partager. Pas pour avaler tout seuls dans un coin, hein.

— On est des gens civilisés, protesta Lina.

Ils sortirent, la boîte serrée contre eux. Dehors, l'air était plus frais, et le quartier semblait écouter leurs pas.

Au bout de la rue, ils tombèrent sur Madame Naïma, la voisine du bâtiment d'Adam. Elle avançait avec deux sacs qui avaient l'air de peser autant qu'un adulte de taille moyenne.

Adam se souvenait de la consigne de sa mère. Il s'approcha.

— Madame Naïma, vous voulez que je vous aide ?

Elle le regarda avec un sourire qui avait des rides gentilles.

— Oh, mon grand, si tu prends celui-là, tu sauveras mon bras droit.

Yassine attrapa l'autre sac sans attendre.

— Et moi je sauve le bras gauche ! Comme ça, vous êtes équilibrée.

Madame Naïma rit, un rire clair qui rebondit sur les murs.

— Merci, mes enfants. Vous êtes un vrai petit groupe.

Inès glissa un papier dans la boîte, déjà.

— Qu'est-ce que t'as écrit ? demanda Lina.

« Deux sacs, deux bras, quatre enfants. » C'est joli, non ?

— C'est surtout vrai, dit Adam en portant le sac. Et lourd.

Ils accompagnèrent Madame Naïma jusqu'à son immeuble. Avant de partir, elle fouilla dans sa poche et leur tendit une petite poignée de graines.

— Pour les oiseaux, demain. Sur le rebord de la fenêtre. La solidarité, ça ne concerne pas que nous.

Lina hocha la tête comme si on venait de lui confier une mission secrète.

— Promis.

Chapitre 4 — Le chat du trottoir et la lumière qui chuchote

Ils reprirent leur marche. Les bonbons au miel passèrent de main en main, soigneusement partagés. Adam découvrait que manger lentement, dehors, avec des amis, avait un goût différent. Un goût de temps.

— Vous entendez ? demanda Inès.

Ils s'arrêtèrent. Dans le silence, on percevait un petit bruit : un « mii » timide, presque étouffé.

Sous une voiture, un chat gris était recroquevillé. Ses yeux brillaient, mais son corps tremblait légèrement.

— Il a peur, souffla Lina.

Yassine s'accroupit, les mains en avant comme un diplomate.

— Bonjour, monsieur le chat. Nous venons en paix. Nous avons des dattes. Enfin… pas pour toi, c'est collant.

Adam observa autour. Un gobelet renversé, un morceau de carton mouillé. Le chat devait traîner là depuis un moment.

Inès prit une décision rapide.

— On peut lui donner de l'eau. Il y a la fontaine… mais elle est éteinte. Bon. L'épicerie !

Ils retournèrent en trottinant — trottinant, pas courir, parce que Lina faisait les gros yeux — et Monsieur Rami leur donna une petite coupelle et un peu d'eau.

— Vous avez un nouveau compagnon ?

— Juste un voisin à moustaches, dit Yassine.

De retour près de la voiture, ils posèrent la coupelle. Le chat hésita, puis s'avança, prudemment. Il but par petites gorgées, comme s'il apprenait à faire confiance.

À ce moment-là, un nuage glissa devant la lune, et la lumière changea. Pas plus sombre, juste différente, comme si quelqu'un avait baissé le volume du ciel.

Adam eut l'impression — une impression, pas une certitude — que la rue respirait.

— On dirait que la nuit nous parle, murmura-t-il.

— Qu'est-ce qu'elle dit ? demanda Lina, déjà prête à noter.

Adam chercha ses mots. Il n'avait pas envie de faire le poète, mais ça venait tout seul.

— Elle dit… « prenez votre temps ». Comme quand on marche et qu'on n'a pas besoin d'arriver vite.

Inès sourit.

— C'est ça, la douceur.

Yassine se redressa en faisant craquer ses genoux.

— La douceur, c'est aussi quand on ne me demande pas de faire mes devoirs.

— Ne confonds pas douceur et paresse, répliqua Lina.

Ils éclatèrent de rire, et le chat, comme vexé d'être ignoré, miaula plus fort.

— D'accord, d'accord, on ne t'oublie pas, dit Adam. On va revenir demain avec des graines, et… on verra.

Inès glissa un nouveau papier dans la boîte.

— Celui-là, je l'appelle : « un chat, une coupelle, un nuage ».

— Tu vas finir par écrire une encyclopédie, soupira Yassine.

— Une encyclopédie du quartier, corrigea-t-elle.

Chapitre 5 — Le banc des histoires

Ils arrivèrent à leur banc habituel, celui qui grinçait quand on s'asseyait trop vite. Ce soir, il grinça quand même, comme pour participer.

Autour d'eux, la place s'était calmée. Quelques familles rentraient, des sacs à la main. Une dame salua les enfants. Un garçon plus petit passa en trottinette en faisant attention de ne pas foncer dans les jambes des gens (miracle).

Lina sortit ses dattes.

— Partage officiel, déclara-t-elle. Une par personne, puis on recommence si tout le monde est d'accord.

— Tu gères ça comme un conseil municipal, dit Adam.

— C'est important, la justice des dattes, répondit-elle, très sérieuse.

Ils mangèrent en silence un instant, regardant la lune réapparaître complètement, comme une lampe qu'on rallume.

Inès posa la boîte au milieu.

— On l'ouvre ?

— Déjà ? protesta Yassine. On vient juste de commencer !

— Juste pour lire ce qu'on a mis. Pour se souvenir.

Adam hocha la tête. Ils sortirent les papiers. Les mots étaient simples, mais ils faisaient chaud, comme une boisson.

Lina lut :

« Deux sacs, deux bras, quatre enfants. »

Yassine lut le sien, qu'il venait d'écrire en douce :

« J'ai pas couru… enfin presque pas. »

— Ça, c'est un exploit, applaudit Adam.

Inès lut le dernier :

« Un chat, une coupelle, un nuage. »

Puis elle ajouta, en rougissant un peu :

— J'aime bien quand on fait des trucs ensemble sans que ce soit un concours.

Adam sentit quelque chose se poser dans sa poitrine, léger, comme une couverture.

— Moi aussi, dit-il. D'habitude, je joue pour gagner. Là… on marche, on aide, on partage. Et c'est… reposant.

Yassine posa son bras sur l'épaule d'Adam.

— T'inquiète, tu restes quand même nul à ton jeu.

— Merci pour ce moment de solidarité, répondit Adam d'un ton solennel.

Ils rirent encore. Et la place, avec ses lumières et ses ombres, semblait rire un peu avec eux.

Au moment de se lever, une petite fille s'approcha. Elle avait l'air gênée, et tenait une boîte de gâteaux un peu trop grande pour elle.

— Excusez-moi… vous pourriez m'aider à porter ça jusqu'à l'immeuble là-bas ? Mon frère est occupé.

Sans discuter, les quatre se levèrent.

— Bien sûr, dit Inès.

— On est une équipe de porteurs officiels, annonça Yassine.

— Et on travaille au sourire, ajouta Lina.

Adam prit un côté de la boîte, Lina l'autre, et ils avancèrent en rythme. La petite fille les regardait comme si c'étaient des héros. Adam trouva ça drôle et un peu gênant, mais agréable.

Arrivés devant l'immeuble, la petite fille leur offrit un gâteau chacun.

— Pour vous remercier.

— On va partager aussi, promit Lina, même si le gâteau était déjà petit.

Inès glissa un papier supplémentaire dans la boîte, sans même le lire à voix haute. Son sourire disait tout.

Chapitre 6 — Le retour et le pyjama plié

La nuit avançait. Pas vite, mais sûrement. Les fenêtres s'éteignaient une à une, comme des paupières. Le quartier devenait plus calme, plus rond.

— Il est tard, dit Adam en regardant l'heure. Je crois que je vais rentrer.

— Moi aussi, dit Lina. J'ai une phrase qui me suit, là, je dois l'écrire avant qu'elle s'échappe.

— Laquelle ? demanda Yassine.

« La nuit marche avec ceux qui marchent doucement. »

— Oh là là, soupira Yassine. Ça y est, elle est officiellement poète.

Inès les accompagna jusqu'au bas de l'immeuble d'Adam. Avant de se séparer, elle tendit la boîte.

— On la garde chacun un soir ? Comme ça, on continue les petites attentions.

— Bonne idée, approuva Adam. Je la prends demain, après l'école.

Ils se dirent bonne nuit, avec cette chaleur tranquille qu'on garde dans les poches.

Adam monta chez lui. Dans l'entrée, l'odeur du repas flottait encore, douce. Sa mère était en train de ranger.

— Alors, cette nuit claire ? demanda-t-elle.

Adam hésita, cherchant une phrase qui ne sonne pas trop « grand discours ».

— C'était… comme si le quartier était plus gentil. On a aidé Madame Naïma, on a donné de l'eau à un chat, et… on a partagé des trucs.

Sa mère le regarda avec une fierté discrète.

— Je suis contente. Va te préparer, maintenant.

Dans sa chambre, Adam vit la manette posée là où il l'avait abandonnée. Il sourit. Il n'alluma pas la console. À la place, il ouvrit la fenêtre une dernière fois. La lune, virgule tranquille, était toujours là, comme si elle terminait une phrase sans se presser.

Il se mit en pyjama. Puis, sans trop savoir pourquoi, il prit le temps de le plier soigneusement, bien net : le haut sur le bas, les manches alignées, comme un petit carré de calme.

Sur sa chaise, le pyjama plié attendait le lendemain.

Adam s'allongea, et avant de fermer les yeux, il pensa à la marche nocturne, à la boîte des petites attentions, aux rires, aux sacs trop lourds, au chat moustachu, et à cette douceur qui avait la couleur de la lune.

Dehors, la nuit continuait, patiente et claire, à chuchoter : « prenez votre temps ».

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Entrouverte
Ouverte un peu, pas complètement fermée.
Brise fraîche
Petit courant d'air qui est frais et agréable.
Argenterie
Objets en métal brillant, comme des couverts ou des plateaux.
Virgule
Petit signe de ponctuation ; ici, image pour décrire la lune.
Mijotés
Cuits lentement pour que la nourriture reste tendre et parfumée.
Façade
La face extérieure d'un bâtiment, celle qu'on voit de la rue.
Aquariums
Bacs en verre pour poissons ; ici, comparaison pour des fenêtres.
Recroquevillé
Replié sur soi, en boule, souvent parce qu'on a froid ou peur.
Coupelle
Petit récipient ou assiette peu profonde pour poser quelque chose.
Solidarité
S'entraider et se soutenir entre personnes d'un groupe.
Paresse
Manque d'envie de faire un effort, préférence pour rester tranquille.
Architecte
Personne qui dessine et organise la construction des bâtiments.
Mission secrète
Tâche à faire discrètement, que peu de gens connaissent.

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