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Histoire du Ramadan 11 à 12 ans Lecture 15 min. (1)

Petit Loup et le fil lumineux de la solidarité

Petit Loup découvre la signification de la solidarité en préparant l'Aïd avec sa famille : il aide ses voisins, participe à la collecte et apprend que petits gestes, écoute et partage rapprochent les gens.

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Petit Loup, jeune loup anthropomorphe au pelage gris clair et aux grands yeux noisette, tend un petit sachet en papier brun décoré d’un ruban rouge contenant des biscuits en forme de lune ; derrière lui, Papa Loup, grand et rassurant au pelage brun, tient une boîte de gâteaux et veille avec un sourire tendre ; en face, Monsieur Nadir, homme à la peau olive et à l’expression timide mais reconnaissante, se tient dans l’encadrement de sa porte numérotée 3B et reçoit le sachet en tenant un plateau couvert. La scène se déroule sur un palier d’immeuble chaleureux — murs crème, carrelage usé, paillasson, boîte aux lettres et une petite plante sur le palier — éclairée d’une lumière dorée et décorée de fanions festifs. L’échange simple et solidaire d’un paquet de friandises pour l’Aïd dégage une atmosphère douce et lumineuse, dominée de tons pastel et d’accents dorés. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Un mot qui fait tilt

Petit Loup adorait se concentrer. Vraiment. Quand il se concentrait, ses oreilles pointaient comme deux antennes et même sa queue arrêtait de faire “fouit-fouit”, ce qui, d'après sa petite sœur, était “un événement mondial”.

Ce matin-là, à l'école, la maîtresse écrivit un mot au tableau en lettres rondes :

SOLIDARITÉ

— Ça veut dire quoi ? demanda Petit Loup, les yeux plissés comme s'il essayait de lire un secret.

— Ça veut dire qu'on s'entraide, répondit la maîtresse. Qu'on pense aux autres, surtout quand on fête quelque chose.

Petit Loup goûta le mot dans sa tête. So-li-da-ri-té. Ça sonnait comme une chaîne de petits cailloux qu'on aligne soigneusement.

En rentrant, il trouva Papa Loup dans la cuisine, en train de compter des dattes dans un grand bol, très sérieux, comme s'il faisait une réunion avec des fruits.

— Papa, c'est quoi, “solidarité” ? demanda Petit Loup.

Papa Loup sourit.

— C'est quand on partage. Et justement, ce soir, on attend la nouvelle de l'Aïd el-Fitr. La fête qui marque la fin du Ramadan. Chez nous, on aime la vivre avec douceur… et beaucoup de biscuits.

À ce mot-là, la queue de Petit Loup voulut redémarrer “fouit-fouit”, mais il se reconcentra si fort qu'elle n'osa pas.

— Alors… je peux illustrer la solidarité ? dit-il, très fier d'utiliser un mot de la maîtresse.

— Avec plaisir, répondit Papa. On va préparer des petits sachets gourmands pour les voisins et pour l'association du quartier.

Petit Loup attrapa des rubans, des sachets en papier, des noix, des dattes et des biscuits en forme de lune. Il travaillait avec application, la langue sortie d'un millimètre, comme un grand artisan.

— Tu fais une tête de sculpteur, ricana sa sœur.

— Chut. Je pratique la solidarité. Ça demande du calme.

Au moment où il ferma le premier sachet, un petit courant d'air fit frémir les rubans. Petit Loup eut l'impression qu'ils chuchotaient : “Merci… merci…”

Il cligna des yeux.

— Je dois être très concentré, murmura-t-il. Ou alors… c'est le début du merveilleux.

Chapitre 2 — La porte qui s'ouvre avec un sourire

L'après-midi, Petit Loup accompagna Papa Loup pour distribuer les sachets. Le ciel était doux, comme une couverture légère. Dans l'immeuble, ça sentait le savon, la soupe et un peu la peinture fraîche.

Ils frappèrent chez Madame Baya, la voisine du deuxième. Elle avait des lunettes rondes et un rire qui faisait “ha ha” comme un tambourin.

— Oh, des sachets ! s'émerveilla-t-elle. Vous préparez l'Aïd ?

— Oui, dit Papa Loup. Et Petit Loup apprend la solidarité.

— Alors il faut lui donner un cours accéléré, déclara Madame Baya, très solennelle.

Elle posa une main sur son cœur.

— La solidarité, mon petit, c'est comme une soupe. Si chacun apporte un ingrédient, tout le monde mange chaud.

— Et si quelqu'un apporte… des chaussettes ? demanda Petit Loup.

— On les met de côté, répondit Madame Baya sans hésiter. Mais on garde la personne.

Petit Loup éclata de rire. Madame Baya leur offrit une petite boîte de gâteaux au miel.

— Pour ce soir. Et n'oubliez pas de saluer Monsieur Nadir au rez-de-chaussée. Il est nouveau, il est un peu timide… comme une bouilloire qui n'ose pas siffler.

En descendant, Petit Loup serra sa boîte contre lui. Il aimait ces phrases qui faisaient des images dans la tête.

Au rez-de-chaussée, ils trouvèrent Monsieur Nadir près des boîtes aux lettres, un grand sac de courses à la main. Il regardait le plan de l'immeuble comme on regarde une carte au trésor.

— Bonjour ! lança Petit Loup avec son sourire le plus simple.

Monsieur Nadir sursauta, puis sourit timidement.

— Bonjour… Je cherche l'appartement 3B. Je crois que j'ai tourné deux fois autour de l'escalier. Il va finir par me réclamer un loyer.

Petit Loup se redressa, concentré comme une boussole.

— C'est par là ! Je vous guide.

Ils montèrent ensemble. Papa Loup, derrière, murmura :

— Voilà une belle solidarité : aider sans attendre qu'on te demande trois fois.

Arrivés au 3B, Monsieur Nadir souffla.

— Merci. Je… je voulais juste déposer des cadeaux pour l'association, mais je ne connais pas encore les gens.

Petit Loup lui tendit un sachet.

— Nous, on connaît les sachets. Ça suffit pour commencer.

Monsieur Nadir rit. Et, pendant une seconde, Petit Loup crut voir une minuscule étincelle s'allumer au coin du sac, comme si la gentillesse frottait deux pierres ensemble.

Chapitre 3 — Le marché des bonnes idées

Le lendemain, la nouvelle tomba : l'Aïd serait célébré le jour suivant. Dans la maison, ça déclencha un mouvement général. On entendit le bruit des tiroirs, des épices, des assiettes qui se réveillent.

Maman Loup annonça :

— On va au marché. Il nous faut de la semoule, des amandes, et… de la patience.

— La patience, ça se vend où ? demanda la sœur de Petit Loup.

— Au rayon “attente”, répondit Papa Loup. Juste à côté de “c'est bientôt prêt ?”.

Au marché, les étals étaient comme des tapis colorés. Des pyramides d'oranges brillaient, des montagnes de pistaches semblaient prêtes à dévaler, et les vendeurs criaient avec enthousiasme, comme s'ils présentaient un spectacle.

Petit Loup marchait en tête, très concentré pour ne pas perdre Maman Loup. Il comptait mentalement : “Un pas, deux pas… ne pas se laisser distraire par les olives qui font de l'œil.”

Près du stand d'épices, une dame aux cheveux argentés emballait des sachets de riz et de lentilles.

— C'est pour la collecte du quartier, expliqua-t-elle à quelqu'un. Pour que chacun puisse préparer un repas de fête.

Petit Loup s'approcha, intrigué.

— Madame, c'est ça aussi, la solidarité ?

— Bien sûr, répondit-elle. Je m'appelle Samira. Je ne donne pas parce que je suis riche. Je donne parce que ça me rend légère. Comme si je rangeais mon cœur.

Petit Loup resta silencieux, absorbant la phrase. Puis il demanda :

— Et si on n'a pas grand-chose ?

Samira lui tendit une petite poignée de graines d'anis.

— Alors on offre un sourire, un service, une minute. Parfois, une minute bien donnée vaut un gâteau entier. Même si… un gâteau entier, c'est très convaincant.

Petit Loup pouffa. Il sentit que son cerveau rangeait tout ça dans une boîte précieuse.

Un peu plus loin, un enfant plus petit que lui faisait tomber ses pièces de monnaie. Elles roulèrent partout, comme des scarabées pressés. Petit Loup se pencha immédiatement, concentré sur chaque pièce.

— Tiens, dit-il en les ramassant une à une. Ne t'inquiète pas, elles ont juste voulu faire une balade.

L'enfant le remercia. À ce moment-là, une brise passa et Petit Loup crut entendre un “ding” très léger, comme si l'air applaudissait.

Il leva la tête. Les fanions au-dessus du marché frémissaient. On aurait dit qu'ils souriaient.

Chapitre 4 — La cuisine, royaume des nuages sucrés

La veille de l'Aïd, la cuisine devint un royaume. Sur la table, la semoule attendait sagement, les amandes étaient prêtes à se faire hacher, et le miel brillait comme un petit soleil coincé dans un pot.

Petit Loup avait une mission : rouler des boulettes de pâte pour les gâteaux.

— Concentre-toi, lui rappela Maman Loup. C'est délicat.

— Je suis concentré comme une statue, déclara Petit Loup.

Sa sœur éclata de rire.

— Une statue qui a de la farine sur le museau !

Effectivement, Petit Loup avait un nuage blanc sur le nez. Il essaya de l'enlever d'un coup de patte… et en ajouta deux autres. Il se retrouva avec un camouflage de boulanger.

— Tu vois, dit Papa Loup, c'est ça l'esprit de fête : on travaille ensemble, on se taquine, et on finit tous un peu sucrés.

On sonna à la porte. C'était Monsieur Nadir, tenant un plateau couvert.

— Je… j'ai essayé une recette de ma mère. J'espère que ce n'est pas trop… comment dire… aventureux.

Papa Loup souleva le torchon. Une odeur délicieuse se répandit, chaude et épicée.

— Aventureux ? s'exclama Maman Loup. C'est une expédition dans le bonheur !

Monsieur Nadir rougit de plaisir. Il se tourna vers Petit Loup.

— Tu sais, quand on arrive quelque part, on peut se sentir invisible. Aujourd'hui, je ne le suis plus. Merci.

Petit Loup sentit quelque chose vibrer doucement dans sa poitrine, comme un tambour minuscule.

Alors qu'ils disposaient les gâteaux sur une grande assiette, Petit Loup remarqua un détail étrange : les petits biscuits en forme de lune semblaient un peu plus brillants, comme s'ils captaient la lumière des rires.

— Maman… tu les as vernis ? chuchota-t-il.

— Vernis ? Non, mon cœur. C'est le miel.

Petit Loup regarda le miel. Il avait l'air normal. Pourtant, quand il cligna des yeux, il crut voir une minuscule étoile se refléter dedans.

Il ne dit rien. Il se contenta de se reconcentrer. Après tout, le merveilleux préfère les gens calmes.

Chapitre 5 — Le matin de l'Aïd, et le grand “bonjour”

Le matin de l'Aïd el-Fitr arriva avec une lumière claire, comme si le soleil avait pris une douche.

Dans la maison, on s'habilla avec soin. Petit Loup enfila une chemise qui le chatouillait un peu au cou.

— Je crois que ma chemise veut me faire des câlins trop serrés, se plaignit-il.

— C'est parce que tu grandis, dit Maman Loup en ajustant le col. Elle est jalouse.

Ils sortirent avec une boîte de gâteaux et quelques sacs pour la collecte de l'association. Dans la rue, des voisins se saluaient, certains avec des plateaux, d'autres avec des bouquets, tous avec des sourires qui semblaient plus larges que d'habitude.

Aïd Moubarak ! lança Madame Baya en agitant la main, si fort qu'on aurait dit qu'elle saluait un bateau.

Petit Loup répondit, un peu impressionné par cette énergie joyeuse.

— Aïd Moubarak !

Au centre du quartier, dans la salle commune, les tables étaient déjà dressées. On apportait des plats, on échangeait des histoires, on riait doucement, comme si on ne voulait pas réveiller la paix.

Samira, la dame du marché, était là. Elle distribuait des sacs de provisions avec une efficacité redoutable.

— Ah, voilà mon petit loup concentré ! dit-elle. Aujourd'hui, tu vas voir : la solidarité, ça se pratique en équipe.

Petit Loup aida à aligner les sacs, à vérifier les noms, à porter des cartons. Il se sentait utile, comme une pièce qui trouve enfin sa place dans un puzzle.

Une petite fille s'approcha, hésitante, tenant une enveloppe.

— C'est pour… je sais pas trop à qui donner, murmura-t-elle.

Petit Loup s'accroupit à sa hauteur.

— Donne à Samira. Elle a une tête de personne qui sait où ranger les choses. Même les enveloppes timides.

La petite fille rit et s'exécuta. Samira posa une main sur l'épaule de Petit Loup.

— Tu vois ? Tu viens de transformer une hésitation en action. C'est puissant.

Petit Loup sentit ses oreilles chauffer. Il n'était pas habitué à l'idée d'être “puissant”. Il se sentait plutôt… bien rangé.

Quand ils partagèrent ensuite des gâteaux et du thé, Monsieur Nadir raconta une blague.

— Dans mon ancien immeuble, l'ascenseur était tellement lent qu'on avait le temps de se faire des amis… et de se brouiller… entre deux étages.

Tout le monde rit. Petit Loup, lui, observa les mains qui se tendaient, les yeux qui se croisaient, les “merci” qui circulaient. On aurait dit un fil invisible reliant tout le monde, un fil solide et doux.

Et, pendant une seconde, il crut voir ce fil briller, comme une guirlande très discrète. Pas un truc de magie spectaculaire. Plutôt une lumière gentille, qui n'avait pas besoin d'applaudissements.

Chapitre 6 — La veilleuse et le calme qui reste

Le soir, la maison retrouva un silence confortable. Les chaussures étaient rangées, les plats lavés, et les rires de la journée flottaient encore, comme une chanson qu'on n'a pas tout à fait finie.

Petit Loup s'assit au bord de son lit. Il avait la tête pleine de scènes : Madame Baya et sa soupe imaginaire, Samira et son cœur rangé, Monsieur Nadir et son ascenseur trop lent, la petite fille et son enveloppe timide.

Papa Loup entra, tenant une petite veilleuse en forme d'étoile.

— On la met ce soir, dit-il. Pour garder une lumière douce. Après une journée aussi pleine, ça aide à respirer.

Petit Loup prit la veilleuse avec précaution, comme si c'était un secret lumineux. Il la posa sur la table de chevet.

— Papa ?

— Oui ?

— La solidarité… c'est pas juste donner des choses, hein ?

— Non, répondit Papa Loup. C'est aussi donner de l'attention. Du temps. Du respect. Et parfois, une direction dans un escalier qui tourne.

Petit Loup sourit.

— Je crois que j'aime bien ce mot. Il me force à me concentrer sur les autres.

Papa Loup lui ébouriffa le front.

— Et tu le fais très bien.

Quand Papa Loup sortit, Petit Loup resta un moment à écouter la maison. Un robinet goutta une fois, comme un point final poli. Au loin, une voiture passa, chuchotant sur l'asphalte.

Petit Loup alluma la veilleuse.

Une lumière douce se répandit, chaude comme un biscuit tout juste sorti du four. L'étoile n'éblouissait pas. Elle rassurait. Et, dans ce halo tranquille, Petit Loup crut revoir le fil invisible de la journée, celui qui reliait les gens, les gestes et les sourires.

Il ferma les yeux, la queue enfin immobile.

Et la veilleuse resta allumée.

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SOLIDARITÉ
Aider et partager avec d'autres pour que tout le monde aille mieux.
Aïd el-Fitr
Fête qui marque la fin du Ramadan, avec repas et cadeaux entre proches.
Aïd Moubarak
Formule de vœux que l'on dit pour souhaiter une bonne fête de l'Aïd.
Semoule
Petites parties dures obtenues en broyant le blé, utilisées pour faire des gâteaux.
Collecte
Action de rassembler des choses ou de l'argent pour aider des personnes.
étals
Tables ou présentoirs sur un marché où les vendeurs mettent leurs produits.
Provisions
Nourriture et produits que l'on garde pour cuisiner ou pour une fête.
Veilleuse
Petite lampe qui donne une lumière douce pour ne pas rester dans le noir.
Sachets
Petits paquets en papier ou en plastique pour mettre des gâteaux ou des cadeaux.
Association
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