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Histoire du Ramadan 11 Ă  12 ans Lecture 25 min. Disponible en histoire audio (1)

La lanterne qui grandissait en se partageant

Quatre amies découvrent un livre magique et une minuscule lanterne qui s’éveillent lorsque elles partagent; elles se lancent alors dans de petits gestes de solidarité pour rapprocher les habitants de leur quartier pendant le Ramadan.

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Cinq personnages : Mina (11 ans), châtain en queue, concentrée, assise à gauche tenant un livre illustré et regardant la petite lanterne dorée au centre de la table ; Lila (10 ans), cheveux bouclés, en pull coloré, debout près de la chaise à droite portant une boîte de gâteaux et riant vers Monsieur Pierre ; Inès (11 ans), peau légèrement mate, tresse noire, assise en face de Mina avec une carafe de citronnade et une bouchée à la main ; Sara (12 ans), lunettes fines, sourire calme, à côté de Mina portant un plateau de petits pains ; Monsieur Pierre (vers 70 ans), cheveux gris en bataille, gilet un peu grand, debout derrière la table tenant une petite boîte de cuillères et regardant les enfants avec un demi-sourire. Lieu : salon-cuisine chaleureux d’un immeuble ancien avec table en bois patiné, mur clair et horloge ronde, étagère à théières et livres, fenêtre laissant filtrer une lumière orange du soir, sol carrelé, nappe à carreaux et quelques assiettes empilées. Situation : iftar partagé — la lanterne au centre projette une lueur douce et des ombres délicates ; les enfants offrent plats et sourires, Monsieur Pierre accepte timidement ; atmosphère feutrée aux tons chauds (ors, ocres, rouges doux), expressions tendres et gestes de partage. signaler un problème avec cette image

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Durée de l'histoire audio : 23:45

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Chapitre 1 — Le livre aux lanternes

Mina aimait quand les choses étaient simples. Un goûter, c'était une pomme. Un plan, c'était un plan. Et une étagère, c'était fait pour ranger, pas pour cacher des mystères.

Sauf que, ce mercredi-là, à la bibliothèque du quartier, un mystère lui a sauté dessus.

Entre deux bandes dessinées, Mina a tiré un gros livre illustré. La couverture montrait une ruelle dorée, des étals d'épices, et des lanternes qui semblaient éclairer même le papier. Le titre parlait du Proche-Orient, avec des histoires de marchés, de voyages et de nuits pleines de bruit doux.

— Oh, il est trop beau, a soufflé Lila, qui avait toujours des idées en rouleau, comme des rubans.

— Regarde les dessins, on dirait que ça sent la cannelle, a ajouté Inès en plissant le nez, très sérieuse, comme si elle évaluait un parfum.

Sara, elle, lisait déjà la première page, un doigt posé sur les lignes pour ne pas perdre le fil.

— Ça parle d'un mois où les gens se retrouvent le soir pour partager… Ramadan, c'est écrit là.

Mina s'est assise, bien droite, comme quand elle veut comprendre vite. Elle a tourné une page. Une illustration montrait un vieux conteur sous une arche, tenant une petite lampe de cuivre.

Et là, quelque chose d'étrange a chatouillé l'air. Pas effrayant. Plutôt… comme quand on ouvre un placard et qu'une odeur de gâteau encore chaud vous dit bonjour.

Une phrase était écrite en lettres plus rondes que les autres : « Dans les nuits de Ramadan, une lumière se partage, et elle grandit. »

— C'est joli, a murmuré Mina. Mais c'est juste une phrase.

Au même moment, une minuscule étincelle a glissé hors de l'illustration, comme si quelqu'un avait frotté une allumette dans le livre. Elle a flotté entre leurs quatre têtes, puis s'est posée sur la page, en formant un point lumineux.

Lila a reculé d'un centimètre.

— Euh… Mina ? Ton livre… il clignote.

Mina a cligné des yeux, puis a fait ce qu'elle faisait toujours quand un problème arrivait : elle a cherché la solution la plus simple.

— On ne panique pas. On souffle doucement.

Elles ont soufflé. Le point lumineux a vacillé… et s'est transformé en petit dessin vivant : une lanterne miniature, pas plus grande qu'un bonbon, qui battait comme un cœur.

Inès a chuchoté :

— Je crois qu'on vient de rencontrer un… euh… un “bonjour” magique.

Sara a tourné la page lentement, comme si elle avait peur de froisser l'air.

— Écoutez… le livre parle d'un conte où une lanterne n'éclaire vraiment que quand on la prête.

Mina a regardé la petite lanterne. Elle ne brillait pas fort. Une lumière polie, timide.

— D'accord. Simple : on suit l'histoire. Et on rend la lanterne… utile.

Chapitre 2 — Le plan le plus simple du monde

Dehors, le ciel était clair et un peu frais. Dans la rue, les vitrines commençaient déjà à afficher des guirlandes, des dattes en promotion, des boîtes de gâteaux. Le Ramadan approchait, et le quartier avait cette allure de veille de fête : pas pressé, mais plein de petites promesses.

Les quatre filles marchaient ensemble, le livre serré contre Mina, la lanterne miniature posée sur le marque-page comme un animal de compagnie sage.

— Si ça se trouve, elle veut rentrer dans le livre, a dit Lila.

— Ou manger des miettes d'encre, a proposé Inès.

— Ou nous montrer quelque chose, a dit Sara. Les histoires font souvent ça : elles montrent.

Mina a hoché la tête.

— On fait simple. On aide quelqu'un aujourd'hui. Et on voit si la lanterne brille plus.

— Aider qui ? a demandé Lila. On peut aider un chat à traverser, un voisin à porter des courses, ou… apprendre à Inès à ne pas parler de miettes d'encre.

— Très drôle, a répliqué Inès. Moi je vote pour aider en cuisine. Il paraît que ce soir, chez ma tante, ils préparent l'iftar. Il y a toujours mille choses à faire.

Sara a levé un doigt, comme en classe.

— On pourrait aussi préparer des petites parts à offrir. Le livre dit “une lumière se partage”.

Mina a senti quelque chose dans sa poitrine, comme une petite marche qu'on monte sans s'en rendre compte. Donner… ça sonnait facile, mais elle savait que ça demandait parfois plus que de bonnes intentions.

— D'accord, a-t-elle tranché. Chez ta tante, Inès. On propose un coup de main. Et on prépare quelque chose à partager avec quelqu'un qui n'a pas prévu de repas.

La lanterne a clignoté une fois, comme si elle approuvait, puis elle s'est mise à éclairer un peu plus, juste assez pour faire briller le bord doré du livre.

— Elle a dit oui ! s'est exclamée Lila.

— Elle a dit “peut-être”, a corrigé Mina. On verra avec les faits.

Quand elles ont sonné chez la tante d'Inès, une odeur de cuisine a débordé dans le couloir : soupe, pain chaud, épices qui se chamaillaient gentiment.

La tante d'Inès, Madame Noura, a ouvert avec un grand sourire.

— Ah, les amies ! Entrez, entrez. Vous tombez bien : mes mains sont partout et pourtant il en manque deux.

Inès a rougi, fière.

— On peut aider. Mina a… un plan.

— Un plan ? a répété Madame Noura avec un clin d'œil. Dans ma cuisine, les plans finissent souvent en farine sur le nez.

Lila a déjà mis ses manches en arrière.

— On commence par quoi ?

Madame Noura a désigné la table.

— Dattes à dénoyauter, feuilles de brick à plier, et surtout… de la bonne humeur à saupoudrer.

Mina a posé le livre à l'écart, et la petite lanterne s'est installée près du bol de dattes. Sa lumière était encore douce, mais elle semblait respirer, comme si elle attendait.

Chapitre 3 — Dattes, rires et petits paquets

La cuisine s'est remplie de bruits heureux : le craquement des feuilles de brick, le “plop” des noyaux de dattes, le chuintement de l'huile, et les éclats de rire de Lila quand une datte a glissé et a fait un saut dans l'évier.

— Elle voulait se baigner ! a déclaré Lila.

— Elle voulait s'échapper, plutôt, a répondu Sara en la repêchant avec une cuillère. Les dattes ont un instinct de liberté, c'est connu.

Mina, concentrée, alignait des petits paquets de feuilles de brick comme des enveloppes bien pliées.

— Simple : on plie, on garnit, on ferme. Pas de drame.

Inès, elle, goûtait la farce “pour vérifier”.

— C'est une mission très sérieuse, a-t-elle dit la bouche pleine.

Madame Noura préparait la soupe et surveillait tout d'un œil tendre.

— Ce soir, on partage. Ramadan, c'est aussi ça : prendre soin, se retrouver, penser aux autres.

Mina a jeté un coup d'œil à la petite lanterne. Elle brillait un peu plus qu'avant, et sa lumière dessinait une tache ronde sur la table, comme un petit soleil poli.

— On devrait faire des portions en plus, a dit Sara. Pour offrir.

Madame Noura a hoché la tête.

— Bonne idée. Vous voyez le vieux monsieur au bout de la rue, Monsieur Pierre ? Il vit seul. Il est gentil, mais il fait semblant d'être grognon, ça le rassure.

Lila a ouvert de grands yeux.

— Grognon rassuré… j'adore.

Mina a senti son plan devenir réel.

— On lui apportera un plateau. C'est simple.

Elles ont préparé un sac avec des paquets croustillants, quelques dattes, et une petite bouteille de soupe dans un bocal. Madame Noura a ajouté des serviettes, “parce que le partage, c'est aussi éviter les catastrophes de soupe”.

Au moment de partir, la petite lanterne a glissé toute seule dans le sac, comme un chat qui choisit son panier.

— Elle vient, a constaté Inès.

— Elle veut voir, a dit Sara.

Dans l'escalier, Mina a senti une excitation calme : pas celle qui fait courir partout, plutĂ´t celle qui fait marcher droit, parce qu'on a une mission.

Arrivées devant la porte de Monsieur Pierre, elles ont hésité une seconde.

— Et si… il n'aime pas ? a murmuré Mina. Elle aimait le simple, mais pas les surprises compliquées.

Lila a tapoté le sac.

— On n'offre pas une obligation. On offre un bonsoir.

Inès a sonné.

Un bruit de pas, un verrou, puis la porte s'est ouverte sur un monsieur aux sourcils broussailleux. Il avait un gilet trop grand et une tête de “qu'est-ce que vous voulez encore ?”.

— Oui ?

Sara a parlé doucement.

— Bonsoir, Monsieur Pierre. On a préparé un petit plateau pour vous. C'est le Ramadan bientôt, et… on avait envie de partager.

Monsieur Pierre a plissé les yeux, comme s'il cherchait une blague cachée derrière leurs mots.

— Un plateau… de quoi ?

Lila a soulevé un coin du sac pour laisser passer l'odeur.

— De “miam”. Et de “vous comptez aussi”.

Le visage de Monsieur Pierre a vacillé, comme un rideau qu'on tire. Il a toussé.

— Eh bien… entrez deux secondes. Je… je vais chercher une assiette.

Mina a vu la petite lanterne briller plus fort à travers le tissu du sac. Une lumière chaude, sans éclat agressif. Juste… plus vivante.

Chapitre 4 — La porte grognonne et la lumière qui grandit

Chez Monsieur Pierre, tout était rangé d'une manière très stricte, comme si chaque objet avait signé un contrat : “Je reste ici, je ne bouge pas.” Il y avait un tic-tac d'horloge, et une odeur de thé qui avait oublié de sourire.

Monsieur Pierre a posé une assiette sur la table.

— Bon. Posez ça là.

Mina a sorti le plateau, en faisant attention à ne pas renverser la soupe. La petite lanterne a roulé sur la table et s'est arrêtée près de l'assiette.

Monsieur Pierre l'a fixée.

— C'est… un jouet ?

Inès a eu un petit rire.

— On dirait, mais… c'est compliqué.

Mina a corrigé, fidèle à elle-même :

— C'est simple : elle aime le partage.

Monsieur Pierre a froncé les sourcils, puis a attrapé un paquet croustillant du bout des doigts.

— Vous avez fait ça vous-mêmes ?

— Oui, a répondu Sara. Avec Madame Noura.

Le monsieur a mâché lentement. Son visage a changé, millimètre par millimètre. Moins de “grognon”, plus de “humain”.

— C'est… très bon, a-t-il admis comme s'il avouait un secret. Et… merci.

À ce moment-là, la petite lanterne a émis un petit “ting” discret. Sa lumière a gonflé, et une ombre sur le mur a dessiné une ruelle de l'illustration : un arc, des pavés, une porte en bois, comme un morceau du Proche-Orient venu se poser là, dans ce salon très rangé.

Lila a écarquillé les yeux.

— Euh… vous voyez aussi la ruelle, ou c'est mon cerveau qui invente ?

Monsieur Pierre a cligné des yeux, puis s'est raclé la gorge.

— Je… vois quelque chose, oui. C'est… joli.

Sara a murmuré, fascinée :

— Le livre… il se mélange au vrai.

Mina a senti une chose simple se dessiner : ce n'était pas “de la magie pour faire joli”. C'était une magie qui répondait aux gestes.

Monsieur Pierre a regardé les filles, puis la lanterne.

— Vous savez… ma femme aimait beaucoup les histoires de voyages. Elle disait que les marchés du monde entier avaient le même bruit : celui des gens qui se parlent.

Un silence doux s'est posé. Pas gênant. Un silence qui tient chaud.

Mina a pris une inspiration.

— Si vous voulez, on peut revenir un soir. Vous nous raconterez une histoire de voyage. Ou même… une histoire de votre rue. Les histoires n'ont pas besoin d'aller loin.

Monsieur Pierre a tenté de grogner, mais ça s'est transformé en demi-sourire.

— On verra. Ne prenez pas trop d'habitudes, hein.

Lila a chuchoté à Inès :

— Ça veut dire oui, chez les grognons.

En sortant, Mina a remarqué que la petite lanterne ne les suivait pas tout de suite. Elle restait sur la table, comme pour éclairer Monsieur Pierre un moment.

— Elle… elle reste ? s'est étonnée Inès.

Sara a répondu doucement :

— Peut-être qu'elle se prête vraiment.

Mina a hoché la tête. Donner, c'était aussi accepter de ne pas tout garder, même les choses jolies.

Elles sont rentrées chez Madame Noura, un peu plus légères. Et quand elles ont raconté la ruelle sur le mur, la tante a souri sans surprise.

— Les choses partagées font parfois des miracles discrets.

Plus tard, en sortant de l'immeuble, Mina a vu un point de lumière dans la fenêtre de Monsieur Pierre : la petite lanterne, minuscule, mais bien présente.

Chapitre 5 — Le soir de l'iftar et l'invitation inattendue

Le jour suivant, le quartier semblait encore plus parfumé. Devant la boulangerie, des plateaux de gâteaux brillaient comme des mosaïques. À la maison, Mina a aidé sa mère à mettre la table pour le repas du soir. Elle aimait la répétition des gestes : poser les verres, plier les serviettes, aligner les assiettes. Simple. Calme.

Son téléphone a vibré. Message de Sara : « Monsieur Pierre nous invite ce soir. Il a dit “pas trop d'habitudes”, mais il a donné une heure. »

Mina a souri. Les grognons étaient prévisibles… à leur façon.

Le soir venu, les quatre amies se sont retrouvées dans la rue, chacune portant quelque chose : Lila une boîte de gâteaux “qui collent un peu, mais c'est le but”, Inès une carafe de citronnade, Sara des petits pains, et Mina… le livre illustré, parce qu'elle sentait qu'il avait encore des pages à offrir.

Chez Monsieur Pierre, la porte s'est ouverte plus vite que la veille.

— Entrez, a-t-il dit, pas grognon du tout, ce qui était presque inquiétant.

Sur la table, il y avait du thé, des assiettes, et la petite lanterne, qui avait l'air très fière. Sa lumière baignait la pièce d'une douceur dorée. Les objets rangés avaient l'air moins stricts, comme s'ils acceptaient de respirer un peu de travers.

— Elle vous a tenu compagnie ? a demandé Inès.

Monsieur Pierre a toussoté.

— Elle… éclaire juste comme il faut. Et puis… ça fait moins vide.

Mina a posé le livre sur la table.

— On a apporté des choses. On peut… partager, comme hier. Sans compliquer.

Monsieur Pierre a hoché la tête.

— Oui. Partager.

Pendant qu'ils goûtaient, il a raconté. Pas un grand voyage en bateau. Pas un désert immense. Juste un souvenir : quand il était enfant, un voisin lui offrait des figues du jardin “sans raison, sauf parce que c'était bon”.

— Je ne comprenais pas, a-t-il dit. Je pensais qu'il voulait quelque chose. Mais non. Il voulait juste que je goûte.

Sara a murmuré :

— Donner, c'est recevoir aussi. Vous avez reçu le goût.

Mina a senti la phrase s'installer en elle comme une évidence. Quand on reçoit, on n'est pas obligé de rendre la même chose. On peut rendre autrement. Plus tard. À quelqu'un d'autre.

La petite lanterne a clignoté, et sur le mur, la ruelle est revenue, plus nette. Cette fois, on distinguait même un petit chat dessiné, assis près d'une fontaine.

Lila a chuchoté :

— Le chat du livre… il nous regarde, je crois.

Inès a frissonné, mais elle riait.

— Si le chat sort du mur, je lui donne un gâteau. Mais après, il se brosse les dents, hein.

Monsieur Pierre a regardé la ruelle, puis les filles.

— Votre livre… il a des choses à dire.

Mina a ouvert une page au hasard. Une illustration montrait des enfants portant des plateaux, traversant une cour. La phrase disait : « La lumière circule de main en main. »

Mina a fermé le livre doucement.

— Alors on continue. On la fait circuler.

Chapitre 6 — La tournée des petites lumières

Le lendemain, elles ont décidé d'une “tournée” dans l'immeuble et la rue : pas une grande opération compliquée, juste des petits gestes simples. Mina a fait une liste courte, parce que les listes trop longues la fatiguaient rien qu'en les regardant.

1) Madame Rachida du troisième : lui proposer de porter ses sacs.

2) Les jumeaux du premier : leur prêter un ballon (et leur apprendre à ne pas viser les boîtes aux lettres).

3) Le nouveau voisin, Monsieur Jun, qui parlait peu : lui dire bonjour et lui offrir des gâteaux.

— C'est une liste de gentillesse, a déclaré Lila. J'aime beaucoup.

Elles ont commencé par Madame Rachida, qui avait toujours des sacs, même quand elle disait “je n'ai presque rien pris”.

— Oh, mes chéries, merci ! a-t-elle dit. Vous me sauvez les bras.

La petite lanterne, que Mina portait dans une petite boîte pour éviter les “accidents de lumière”, a brillé à travers le carton, comme si elle tapait du pied : “Oui, oui, ça, c'est bien.”

Au premier, les jumeaux ont attrapé le ballon en criant.

— Merci ! On va jouer dehors !

— Pas contre les boîtes aux lettres, a rappelé Mina.

— Promis ! (Ils ont dit ça très vite, donc c'était probablement un “promis” élastique.)

Puis elles ont frappé chez Monsieur Jun. Il a ouvert avec prudence. Son appartement sentait le riz et une plante verte.

Sara a souri.

— Bonjour. On est vos voisines. On a des gâteaux. On voulait partager.

Monsieur Jun a hésité, puis son visage s'est détendu.

— Merci… c'est gentil. Je… je peux offrir du thé, si vous voulez.

Lila a chuchoté :

— Ça y est, on a déclenché le mode “thé”.

Ils ont bu un thé léger, et Monsieur Jun a montré un petit origami sur l'étagère : une étoile pliée.

— Chez moi, on plie des étoiles pour porter chance, a-t-il expliqué.

Inès a levé son verre.

— Nous, on a une lanterne qui fait des ruelles sur les murs.

Monsieur Jun a cligné des yeux, croyant à une blague. Mais la petite lanterne, posée sur la table, a décidé de participer : elle a projeté une petite constellation de points dorés, comme des étoiles en papier, au-dessus de l'origami.

Monsieur Jun a souri, vraiment.

— Ah. D'accord. Votre quartier est… surprenant.

Mina a senti son cœur faire un petit “clic”. La lumière ne grandissait pas seulement parce qu'elles donnaient. Elle grandissait aussi parce que les autres répondaient, à leur manière : un sourire, un thé, une histoire, une étoile.

En rentrant, elles ont croisé Monsieur Pierre dans le hall. Il tenait une petite boîte.

— Pour vous, a-t-il dit. Ne vous emballez pas, ce n'est rien.

Mina a ouvert : quatre petites cuillères à thé, anciennes, brillantes.

— Elles appartenaient à ma femme, a ajouté Monsieur Pierre plus doucement. Elle aimait quand les gens restaient discuter.

Lila a eu un “oh” silencieux.

Sara a dit :

— Merci. On les utilisera pour partager du thé et des histoires.

La petite lanterne a brillé si fort un instant que le hall a semblé recouvert d'un tapis de lumière. Pas aveuglant. Juste… comme si l'endroit se souvenait d'être chaleureux.

Mina a compris, sans grand discours : en donnant, Monsieur Pierre recevait aussi. Et elles, elles recevaient un morceau de son histoire.

Chapitre 7 — La poignée de main

Le dernier soir du Ramadan, le quartier avait une douceur particulière. Les fenêtres étaient plus vivantes, les voix plus proches. Chez Madame Noura, la table était longue, et il y avait de la place “même pour les surprises”, comme elle disait.

Mina, Lila, Inès et Sara étaient là, avec Monsieur Jun, Madame Rachida, et… Monsieur Pierre, qui prétendait être venu “parce qu'on m'a dit qu'il y avait de la soupe”.

— Oui, bien sûr, a soufflé Inès. La soupe. Pas du tout les gens.

Le repas du soir s'est déroulé comme un tissage : un plat passait, une main recevait, une autre tendait. Les cuillères à thé de Monsieur Pierre ont servi pour le dessert. Elles tintaient doucement, comme si elles approuvaient elles aussi.

À un moment, Mina a posé le livre illustré près de la petite lanterne. La lanterne brillait maintenant d'une lumière stable, sereine, comme une veilleuse qui connaît son travail.

Mina a ouvert une dernière page. L'illustration montrait une place, des enfants, des adultes, des lanternes suspendues. Et une phrase simple : « La lumière n'appartient à personne. Elle circule. »

Mina a refermé le livre.

— Je crois qu'elle a fini sa tournée, a-t-elle dit.

La petite lanterne a clignoté, puis sa lumière s'est adoucie, comme si elle se reposait. Elle n'a pas disparu, mais elle n'avait plus besoin d'impressionner qui que ce soit. Elle était là, tranquille, comme un objet devenu souvenir.

Après le repas, les invités ont aidé à ranger. Mina aimait ce moment : les gestes simples, les assiettes empilées, les miettes qu'on chasse en riant.

Monsieur Pierre s'est approché d'elle, tenant sa veste.

— Mina… c'est ça ?

— Oui.

Il a hésité, puis a tendu la main. Une vraie main, un peu rugueuse, un peu timide.

— Merci. Pour le plateau, pour les visites… et pour… la place à table.

Mina a serré sa main. Une poignée de main claire, ferme, sans cérémonie compliquée. Juste un accord silencieux : on se voit, on se respecte, on se donne un peu de chaleur.

— Merci à vous, a répondu Mina. Pour les cuillères, pour les histoires… et pour avoir ouvert la porte.

Monsieur Pierre a souri, cette fois sans se cacher derrière ses sourcils.

— Vous savez… finalement, les habitudes, ce n'est pas si terrible.

Lila, qui entendait toujours tout, a glissé à Sara :

— Il vient d'avouer qu'il nous aime bien. C'est historique.

La petite lanterne a lancé un dernier petit “ting”, comme une clochette contente. Et Mina a senti, simplement, que donner n'avait rien d'un grand discours. C'était un geste, puis un autre. Une lumière de main en main. Et au bout, une poignée de main qui disait : “On continue.”

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Bibliothèque
Endroit où l'on prête ou consulte des livres et des bandes dessinées.
Couverture
La page frontale d'un livre qui protège et montre son titre ou son dessin.
Ruelle
Petite rue étroite entre des bâtiments, souvent calme et intime.
épices
Ingrédients secs comme la cannelle ou le cumin, qui donnent du goût aux plats.
Ramadan
Mois sacré pour les musulmans, où beaucoup jeûnent et se retrouvent le soir.
Arche
Structure ou ouverture en forme de demi-cercle sur une porte ou un mur.
Dénoyauter
Enlever le noyau d'un fruit, comme d'une datte ou d'une olive.
Feuilles de brick
Feuilles très fines de pâte utilisées pour faire des plats croustillants.
Iftar
Repas du soir qui rompt le jeûne pendant le Ramadan.
Tissage
Façon dont on entrecroise des fils ou des gestes pour former un tout.

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