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Petits aventuriers 11 à 12 ans Lecture 25 min.

La branche tombée et le petit courage de Mila

Mila et son ami Anis s’aventurent dans un parc fermé après la chute d’une grosse branche, où ils trouvent un oisillon en détresse et tentent d’aider un voisin, tout en apprenant l’importance d’écouter et d’agir en sécurité.

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Mila, 12 ans, visage rond et taches de rousseur, queue de cheval, casque jaune de travers, genoux et mains sales, rampe à quatre pattes sous une grosse branche de marronnier cassée en tenant une petite voiture télécommandée rouge; Anis, ~11 ans, lunettes rondes, t-shirt bleu, accroupi à l’entrée du passage avec une lampe-torche, encourageant mais inquiet; Tom, ~8 ans, genoux écorchés, debout au-delà d’un ruban rouge, tend les mains pour récupérer la voiture; Sarah, agent du parc d’une trentaine d’années, gilet vert, corde attachée à Mila, tient la corde et donne des consignes calmes. Le parc est boueux avec feuilles et branches, une grille entrouverte et buissons en arrière-plan, lumière douce de fin d’après-midi; scène d’entraide et de petite aventure, tendue mais chaleureuse. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Mila a onze ans et un sac à dos qui grince un peu quand elle court. Ce mercredi, la cour de l'immeuble est calme. On entend juste une trottinette au loin et le vieux robinet qui goutte près des bacs à fleurs.

Mila descend avec sa voisine, Anis, qui a presque son âge et des lunettes toujours un peu de travers. Ils ont une mission très sérieuse : rapporter une baguette pour la mère de Mila, et… rendre le petit tournevis de la concierge, Madame Lenoir.

« On fait vite, hein, sinon ta mère va croire qu'on a été kidnappés par des pigeons, » plaisante Anis.

Mila rit. « Les pigeons de la place sont trop paresseux pour kidnapper qui que ce soit. »

Ils traversent le hall. La lumière y sent la poussière et le savon. Et là, sur le panneau d'affichage, une feuille est punaisée de travers :

“ATTENTION. Le parc du Marronnier est temporairement fermé. Branche tombée. Danger.”

Mila s'arrête. Le parc du Marronnier, c'est leur raccourci. C'est aussi l'endroit où elle connaît chaque banc, chaque caillou brillant, chaque coin d'ombre où les chats font semblant d'être invisibles.

« Temporairement fermé, ça veut dire… combien de temps ? » demande Mila.

Anis hausse les épaules. « Ça veut dire “on sait pas”. »

Mila fixe l'affiche. Une branche tombée. Une seule. Et tout un parc fermé. Ça lui chatouille la curiosité, comme quand elle entend une porte claquer dans un film et qu'elle sait qu'il va se passer quelque chose.

« On peut regarder, juste de loin, » dit-elle.

Anis la dévisage. « Tu veux dire… faire un détour de trois minutes pour voir une branche ? Tu es officiellement une scientifique. »

« Une scientifique solidaire, » répond Mila. « Si c'est dangereux, on le dira aux petits. »

Ils prennent la rue en pente. Le soleil fait briller les vitrines. Un chien tire sur sa laisse comme s'il avait rendez-vous avec une urgence.

Au bout, la grille du parc est entrouverte, avec un ruban rouge qui pend comme une langue. Un panneau “FERMÉ” se balance. Mais personne en vue.

Mila écoute. Rien que le vent dans les feuilles. Ça sent la terre humide et la résine.

« On ne rentre pas, » dit Anis, prudent.

« Juste un pas, pour regarder. Et on écoute, promis, » répond Mila.

Ils passent. Un pas. Puis un autre. Et la branche, ils la voient tout de suite.

Ce n'est pas une branche. C'est presque un bras d'arbre. Un énorme morceau de marronnier, tombé en travers du chemin, comme une barrière de géant. Sous les feuilles, on devine un passage sombre, très bas.

Mila se penche. Le chemin derrière est libre. Le boulanger est de l'autre côté. Leur raccourci est là, juste… bloqué.

« On dirait un pont mais à l'envers, » murmure Anis.

Mila approche. La branche est basse, avec des petites pointes et des feuilles froissées. Et dessous, un espace. Un tunnel minuscule.

Anis chuchote : « Si quelqu'un te voit, tu vas te faire gronder par le parc entier. »

Mila avale sa salive. Elle a un drôle de mélange dans le ventre. De la peur, un peu. Et une envie immense d'essayer.

« Il faut passer dessous, » dit-elle, comme si elle annonçait une découverte.

« À quatre pattes ? »

Mila hoche la tête. « À quatre pattes. Comme une exploratrice. »

Anis soupire, puis sourit. « D'accord. Mais on s'écoute. Si je dis stop, tu stops. Et si tu dis stop, je stop. »

« Deal. »

Mila pose son sac au sol, l'ouvre, et en sort une petite lampe de poche qui a la taille d'un doigt. Elle l'allume. Le faisceau tremble un peu.

« Tu vois ? On est équipés, » dit-elle.

Anis pointe son téléphone. « Et moi, j'ai… un appareil pour appeler l'ambulance si tu te coinces. C'est rassurant. »

Mila lui tire la langue. Mais son cœur tape plus vite. Elle s'accroupit. Le sol est frais. Une limace traverse lentement, très concentrée, comme si elle avait un rendez-vous important.

« Bon, » dit Mila, « on y va doucement. »

Elle rampe. Les feuilles lui frôlent les cheveux. La lumière de la lampe dessine des ombres qui bougent. Elle entend le souffle d'Anis derrière elle.

Et là, dans le silence, un petit bruit aigu se glisse sous la branche.

Un “piiip… piiip…” faible, comme un jouet abandonné.

Mila s'immobilise. Elle écoute. Son courage fait un pas. Sa prudence aussi.

« Tu as entendu ? » chuchote-t-elle.

Anis murmure : « Oui. Ça vient de… dessous. »

Mila avance encore, le ventre presque contre le sol. Et le “piiip” revient, plus net.

Ce n'est pas un jouet.

Ça ressemble… à un oiseau.

Chapitre 2

La poussière de terre colle aux coudes de Mila. Elle progresse comme dans un film d'aventure, mais avec une branche au-dessus et des cailloux qui piquent. Elle serre la lampe dans sa main, et sa respiration devient silencieuse.

Sous la branche, l'air est plus frais. On dirait que le parc retient son souffle.

Mila pointe la lumière sur le côté. Entre deux racines, dans une poche de feuilles, quelque chose bouge. Un petit paquet de plumes grises, tout rond, avec un bec jaune entrouvert.

Un oisillon. Tout seul. Ses yeux sont fermés, mais sa bouche s'ouvre et se ferme, comme s'il appelait.

« Oh non… » souffle Mila.

Anis se rapproche, à plat ventre. « Il est vivant ? »

L'oisillon fait “piiip” encore. Il tremble.

Mila sent son cœur se serrer. Elle parle doucement, comme si l'oisillon comprenait : « On est là. On t'a entendu. »

Elle regarde autour. La branche a dû tomber en emportant un bout de nid. À côté, quelques brindilles. Rien d'autre.

« Il faut le remettre en sécurité, » dit Mila.

Anis fronce les sourcils. « On a le droit de toucher ? »

Mila hésite. Elle se rappelle une phrase de son père : “On n'aide pas en faisant n'importe quoi. On observe, on réfléchit, on écoute.”

« On doit d'abord écouter, » dit-elle. « Écouter ce qu'il faut vraiment faire. »

Ils restent immobiles. Dans les arbres, un merle chante comme si tout allait bien. Mais au-dessus d'eux, aucun adulte ne vient.

Mila tourne la tête. Elle repère, un peu plus loin, un buisson dense, bas, avec des branches fines qui font comme une cabane naturelle.

« Si on le met là, il sera caché, » dit-elle.

Anis chuchote : « Et si ses parents le cherchent ? »

Mila réfléchit vite. « Ils le trouveront plus facilement si on ne l'emmène pas loin. On le déplace juste de quelques mètres. Et on le met au chaud. »

Anis avale sa salive. « D'accord. Mais doucement. »

Mila enlève son sweat à capuche, le plie, et le glisse sous la branche en le poussant avec précaution. Elle rampe, prend l'oisillon dans ses mains en coupe. Il est léger, presque comme un morceau de papier vivant. Il se calme un peu, comme s'il sentait la chaleur.

« Tu le tiens bien ? » demande Anis.

« Oui… Il est tout petit. »

Ils avancent, centimètre par centimètre. Le passage est étroit. La branche touche presque le dos de Mila. Son sac est resté de l'autre côté. Elle n'a que sa lampe, son sweat, et l'oisillon.

Anis murmure : « Tu sais, c'est officiellement le moment où l'héroïne se coince. »

Mila souffle un rire sans bruit. « Chut. On est en mission. »

Arrivés près du buisson, Mila dépose l'oisillon sur le sweat. Elle l'entoure un peu, comme un nid improvisé. L'oisillon ouvre le bec, “piiip”, puis se recroqueville.

Mila recule. Elle observe. Rien d'autre à faire… à part prévenir un adulte compétent.

« On doit appeler quelqu'un, » dit-elle.

Anis sort son téléphone. « La mairie ? Les pompiers ? Le service des animaux ? Le service des branches méchantes ? »

Mila se mord la lèvre. Elle ne veut pas faire paniquer. Elle veut juste aider.

À ce moment-là, une silhouette apparaît au bout du chemin, derrière la branche. Une femme en gilet vert avec un sac d'outils. Une agente du parc. Elle tient une pince et un casque.

Mila se redresse, soulagée. Puis elle se rappelle qu'ils sont dans un parc fermé.

Anis murmure : « Euh… bonjour, ennuis. »

La femme les voit. Elle lève un sourcil. « Eh bien. Vous avez raté le panneau ? »

Mila se fige. Elle pourrait mentir. Dire qu'ils se sont perdus. Mais ça ne lui ressemble pas.

Elle inspire. « On a vu l'affiche. On est entrés parce qu'on a entendu un oisillon. Il était sous la branche. On l'a mis là, dans le buisson. On ne l'a pas emmené loin. »

La femme s'approche, attentive. Son visage se radoucit. « Vous avez entendu ? Vous avez bien fait de le dire. Montre-moi. Mais restez à distance. »

Mila indique le buisson. L'agente s'accroupit, observe l'oisillon, puis regarde le haut du marronnier.

« Le nid a dû tomber. Les parents peuvent revenir. On va sécuriser la zone et appeler la faune urbaine. »

Anis souffle. « Donc… on n'est pas en prison ? »

L'agente sourit. « Pas aujourd'hui. Mais vous ne rampez pas sous une branche sans prévenir, compris ? »

Mila hoche la tête. « Compris. On a voulu aider. »

« Aider, c'est bien, » dit l'agente. « Mais aider en sécurité, c'est mieux. »

Mila sent une chaleur dans sa poitrine. Elle a eu peur. Elle a eu envie de foncer. Et elle a écouté. Elle a aussi parlé vrai.

L'agente sort un ruban et commence à baliser.

« Pour sortir, » ajoute-t-elle, « vous repassez par où vous êtes entrés. Pas sous la branche. Vous faites le tour. »

Mila regarde l'autre côté du chemin, si proche, si tentant. La baguette est là-bas. Leur raccourci aussi.

Et surtout, la branche est là, comme un défi.

Mila serre les poings. Elle sent qu'elle n'a pas fini avec ce tunnel.

Chapitre 3

Ils ressortent du parc en faisant le tour, comme demandé. La rue semble plus bruyante après le silence du marronnier. Une voiture klaxonne, un ballon rebondit sur un trottoir, et l'odeur de la boulangerie vient leur chatouiller le nez.

Mila achète la baguette. Elle sent le pain chaud contre son bras, comme une récompense simple.

Sur le chemin du retour, Anis marche à côté d'elle.

« Tu sais, » dit-il, « tu as été… courageuse. Mais aussi… raisonnable. Ça fait bizarre. »

Mila le bouscule gentiment. « Merci, je crois. »

Ils arrivent devant l'immeuble. Et là, sur les marches, ils trouvent Tom, le petit du troisième. Huit ans. Genoux écorchés. Yeux brillants comme s'il venait de pleurer et de rire en même temps.

« Mila ! » souffle Tom. « Ma voiture télécommandée… elle est passée sous la grille du parc ! Et Papa est au travail et Maman est en réunion et moi j'ai essayé avec un bâton mais ça a poussé la voiture encore plus loin ! »

Il parle comme un train. Sans frein.

Anis ouvre de grands yeux. « Le parc fermé… ce parc fermé ? »

Tom hoche la tête, la bouche tremblante. « Elle est là-bas. C'est mon cadeau d'anniversaire. Je voulais juste… juste faire une course. »

Mila se tait. Son cerveau travaille vite. Un parc fermé. Une branche dangereuse. Une agente qui a dit non. Et un petit garçon désespéré.

Elle s'accroupit pour être à sa hauteur. « Tom, écoute-moi. On ne va pas faire n'importe quoi. Tu comprends ? »

Tom renifle. « Je veux juste ma voiture. »

« Je sais. On va chercher une solution. Mais on va écouter les règles. On va écouter aussi ce que tu ressens, » dit Mila. « Tu as peur de la perdre. C'est normal. »

Tom hoche la tête, les yeux humides.

Mila se redresse. « Anis, tu as le numéro de Madame Lenoir ? »

« La concierge ? Oui. Pourquoi ? »

Mila montre le tournevis dans son sac. « On devait lui rendre ça. Elle connaît tout le monde. Et elle sait parler aux adultes sans que ça finisse en catastrophe. »

Anis sourit. « Tu veux dire, elle sait gronder avec élégance. »

Ils montent deux étages. Madame Lenoir ouvre sa porte avant même qu'ils frappent, comme si elle les avait entendus respirer.

« Mila. Anis. Qu'est-ce que vous… Oh. Et toi, Tom. Qu'est-ce que c'est que cette tête ? »

Mila parle vite mais clairement. Le parc fermé. La branche tombée. L'oisillon. Et maintenant la voiture.

Madame Lenoir les écoute sans couper, les bras croisés, les sourcils froncés. Quand Mila finit, elle soupire.

« Bon. Vous avez eu de bonnes intentions. Mais les bonnes intentions ne réparent pas les jambes cassées. »

Tom murmure : « Je voulais pas… »

Madame Lenoir s'adoucit un peu. « Je sais, mon petit. »

Mila demande : « On peut demander à l'agente du parc ? Celle en gilet vert. Elle était là. »

Madame Lenoir attrape ses clés. « On va surtout faire ça correctement. Je viens. »

En redescendant, Mila sent une fierté discrète. Pas celle d'avoir désobéi. Celle d'avoir cherché de l'aide.

Au parc, l'agente est toujours là. Elle parle au téléphone près du ruban. Quand elle voit le groupe, elle raccroche, surprise.

« Rebonjour, » dit Anis, un peu gêné.

Mila s'avance. « Excusez-nous. On ne veut pas entrer. Mais Tom a perdu sa voiture sous la grille. On voulait savoir si… si vous pouviez nous aider. »

L'agente regarde Tom, puis la grille, puis la zone balisée.

« Une voiture télécommandée, » répète-t-elle.

Tom hoche la tête très fort, comme si sa tête pouvait pousser la voiture vers lui.

L'agente soupire. « D'accord. On va voir. Mais vous restez derrière le ruban, compris ? »

« Compris ! » répondent Mila et Anis en même temps.

Madame Lenoir ajoute : « Et je reste là. Comme témoin officiel de la sagesse retrouvée. »

L'agente prend une longue perche avec un crochet. Elle se penche, passe la perche sous la grille, et tente d'attraper la voiture. Mais la voiture est plus loin, coincée derrière une racine, du côté de la grosse branche tombée.

L'agente grimace. « Trop loin. Et je ne peux pas passer par là sans sécuriser davantage. »

Tom laisse échapper un petit bruit triste. Mila le regarde. Elle sent l'urgence, mais aussi la limite.

Puis Mila a une idée. Une idée qui ressemble à leur matinée. Un tunnel bas. Un passage à quatre pattes.

Elle regarde la grosse branche. Le chemin derrière est libre. Si quelqu'un passait dessous, il pourrait atteindre la voiture, la ramener, ressortir. Mais l'agente a dit non. Sauf si…

Mila lève la main, comme en classe.

« Et si on passait sous la branche, » dit-elle, « mais avec votre accord, et en vous écoutant. Avec un casque, et une corde. Et juste pour récupérer la voiture. »

Anis la fixe. « Tu proposes officiellement de ramper sous la branche… légalement. »

Madame Lenoir murmure : « C'est la première fois que j'entends une bêtise demander une autorisation. Je suis émue. »

L'agente observe Mila. Elle ne se moque pas. Elle jauge. Comme si elle regardait si Mila était une tête brûlée ou une tête qui pense.

« Tu as onze ans ? » demande-t-elle.

« Oui. »

« Tu sais ramper, visiblement, » dit-elle avec un demi-sourire. « Mais tu sais écouter ? »

Mila soutient son regard. « Oui. Dites-moi comment faire en sécurité. Et si vous dites stop, je stop. »

L'agente regarde la branche, puis la grille, puis Tom.

« Bon. On va faire ça comme une opération. Une vraie. Parce que le quotidien, parfois, ça devient une aventure. Mais une aventure bien cadrée. »

Mila sent son cœur bondir. Cette fois, ce n'est pas une désobéissance. C'est une mission.

Chapitre 4

L'agente du parc s'appelle Sarah. Elle leur donne des consignes nettes, comme des marches d'escalier.

« Un : tu mets ce casque. Deux : tu attaches cette petite corde autour de ta taille. Je garde l'autre bout. Trois : tu avances lentement. Quatre : tu ne touches pas l'oisillon. Cinq : à la moindre gêne, tu dis stop. »

Mila répète : « Lentement. Corde. Stop si besoin. »

Anis chuchote à Tom : « On assiste à un moment historique. Mila en mode agent secret. »

Tom regarde Mila comme si elle était une super-héroïne en baskets. « Tu vas y arriver ? »

Mila s'accroupit devant lui. « Je vais essayer. Et toi, tu vas écouter aussi. Tu restes ici. D'accord ? »

Tom acquiesce, très sérieux. « D'accord. Je bouge pas. Je respire même pas. »

« Respire quand même, » dit Anis. « On a déjà assez de soucis. »

Mila se place devant la branche. Le bois est rugueux. Des feuilles pendent comme des drapeaux. Le sol dessous est sombre, mais Mila connaît maintenant cette sensation : être petite sous un géant.

Elle se met à quatre pattes. Ses genoux touchent la terre. Le casque claque un peu contre une petite branche.

Sarah tient la corde. « Doucement. »

Mila avance. Un pas de main. Un pas de genou. Elle garde la tête basse. Elle sent son souffle dans le casque, comme un mini-orage.

Elle pense à l'oisillon, tout à l'heure. À sa fragilité. Et à Tom, dehors, qui attend. Elle se dit que le courage, ce n'est pas foncer. C'est continuer quand on a peur, sans oublier de réfléchir.

Sous la branche, elle voit le buisson où l'oisillon est installé. Elle détourne sa lampe, respectueuse. Elle n'est pas là pour jouer au sauvetage partout. Une mission à la fois.

Plus loin, près de la racine, elle aperçoit un morceau de plastique rouge. La voiture de Tom. Elle est coincée, roue contre racine.

Mila murmure : « Je la vois. »

Sarah, dehors, répond : « Prends ton temps. »

Mila avance encore. Ses doigts frôlent la racine. Elle attrape doucement la voiture. Elle tire. Ça résiste.

Elle tente un autre angle. Elle se souvient des puzzles : parfois, il faut sortir en biais, pas en force.

Elle penche la voiture, soulève une roue, glisse le nez. Ça passe presque. Puis ça bloque encore.

Anis, de l'autre côté, appelle : « Mila, tu veux que je te raconte une blague pour te donner du courage ? »

Mila souffle : « Si c'est celle du poisson qui fait du vélo, non merci. »

Anis rit. Tom aussi, un peu.

Mila se reconcentre. Elle écoute. Pas seulement les voix. Le bois au-dessus. Le sol. Son propre corps. Elle sent une petite douleur dans son poignet.

« Stop, » dit-elle.

Sarah tire légèrement sur la corde, pas pour la ramener, juste pour montrer qu'elle est là. « Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Mon poignet tire. Je change de position. »

« D'accord. Vas-y. »

Mila pose la voiture, secoue doucement sa main, puis reprend avec l'autre. Elle prend une respiration lente. Elle recommence, plus délicate.

Elle glisse deux doigts sous la racine, comme un crochet. Elle soulève un tout petit peu la voiture, juste assez pour la libérer. Puis elle la tire en arrière, centimètre par centimètre.

Enfin, la voiture se dégage avec un petit “crac” de terre.

Mila sourit, mais sans crier. Elle recule prudemment, toujours à quatre pattes, voiture contre son ventre. La branche lui semble moins menaçante, comme si elle acceptait le passage.

Elle pense : “Je passe sous une branche, d'accord. Mais je passe surtout au-dessus de ma peur.”

Elle atteint la sortie. La lumière du jour lui saute au visage. Sarah l'aide à se relever.

Tom tend les mains. Ses yeux brillent.

Mila lui donne la voiture. Tom la serre comme un trésor. « Elle est pas cassée ! »

Anis fait semblant d'essuyer une larme. « C'est beau. Le retour du bolide. »

Sarah retire le casque à Mila. « Bien. Tu as respecté les consignes. Tu as dit stop au bon moment. Ça, c'est de l'intelligence. »

Mila sent ses joues chauffer. « Merci… C'était… serré. »

Madame Lenoir hoche la tête. « Et maintenant, on arrête les explorations clandestines, hein. »

Tom regarde Mila. « Je peux te prêter la voiture, si tu veux. En échange… je promets de demander avant. »

Mila sourit. « Garde-la. Mais oui, demande avant. Et écoute quand on te dit non. Même si ça t'énerve. »

Tom fait une grimace. « C'est dur. »

« C'est dur pour tout le monde, » dit Anis. « Même pour moi quand on me dit d'éteindre l'écran. »

Ils rient. Le parc semble moins inquiétant, même fermé. Comme s'il avait juste besoin de respect et de patience.

Sarah remet le ruban correctement. « Je vais rester jusqu'à l'arrivée de l'équipe. Et vous, vous rentrez. »

Mila récupère sa baguette. Elle a un peu de terre sur les manches. Elle se sent grande, mais pas invincible. Juste capable.

Sur le chemin du retour, Tom marche entre Mila et Anis, plus calme.

« Mila ? » demande Tom.

« Oui ? »

« Quand tu as rampé… tu avais peur ? »

Mila réfléchit. « Oui. Mais j'ai écouté. Et quand on écoute bien, on a moins peur, parce qu'on sait quoi faire. »

Tom hoche la tête, comme s'il rangeait cette phrase dans une poche secrète.

Arrivés au hall, Madame Lenoir récupère son tournevis. Elle regarde Mila, puis Anis, puis Tom.

« Bon, » dit-elle. « Aujourd'hui, vous avez fait une aventure. Mais vous avez aussi appris une chose utile : l'entraide, ça marche mieux quand on s'écoute. »

Mila serre la baguette contre elle. Elle pense à l'oisillon, à la branche, au tunnel, au “stop” prononcé au bon moment.

Elle se tourne vers Sarah, qu'on aperçoit encore au loin à travers les arbres, comme un point vert dans le parc.

Mila lève la main et dit, simplement :

merci.

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Temporairement
Pour un certain temps seulement, pas de façon définitive.
Punaisée
Accrochée au mur avec une punaise, plantée sur un support fin.
Résine
Substance collante produite par certains arbres, qui sent fort.
Raccourci
Chemin plus court que le trajet habituel pour aller quelque part.
Limace
Petit animal sans coquille qui glisse lentement et laisse une trace brillante.
Brindilles
Petits morceaux fins de bois, souvent cassés ou tombés d'un arbre.
Faune urbaine
Les animaux qui vivent ou se déplacent dans la ville.
Baliser
Mettre des rubans ou des signes pour fermer ou sécuriser un endroit.
Agente
Personne qui travaille officiellement pour un service, ici du parc.
Cabane naturelle
Endroit formé par des branches et des plantes qui ressemble à une cabane.
Ruban
Bande de tissu ou de plastique utilisée pour marquer ou attacher un espace.
Se recroqueville
Se plier sur soi-même en se serrant, souvent pour se protéger.

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