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Petits aventuriers 11 à 12 ans Lecture 23 min.

Le secret du renard de la médiathèque

Noé et Lina suivent des indices cachés dans la médiathèque et découvrent un carnet qui les entraîne dans une mission discrète pour aider les bibliothécaires et améliorer le lieu.

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Un garçon de 12 ans, visage rond et taches de rousseur, regard timide, tient une grande feuille colorée remplie de dessins et de petits mots près d’un chevalet ; à côté, une fille du même âge, cheveux bruns en queue de cheval et sourire malicieux, pointe un dessin de renard. Mireille, environ 50 ans, lunettes rondes et chignon, main sur la poitrine, lit les messages avec émotion, tandis que Saïd, environ 45 ans, barbe courte et clef à la ceinture, se tient derrière elle, bras croisés, souriant avec bienveillance. La médiathèque est une grande salle en bois clair aux étagères hautes, lumière dorée filtrant par une verrière, affiches colorées, chariot de livres et coussins au sol ; il fait nuit et la pluie brille à la fenêtre, créant un contraste doux entre l’éclat des messages et la chaleur tamisée de la pièce. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Noé avait douze ans et un talent étrange : il remarquait les détails que les adultes oubliaient. Une poignée de porte qui grinçait, un papillon coincé derrière une vitre, un panneau “Ne pas courir” penché comme s'il faisait la tête.

Ce mercredi, il passait l'après-midi à la médiathèque du quartier. Ses parents disaient que c'était “calme”. Noé, lui, savait que c'était un endroit vivant. Il y avait le parfum des pages, le chuchotement des fauteuils, et les gardiens du lieu : Mireille et Saïd, qui veillaient sur tout comme sur un trésor.

Mireille portait des lunettes au bout du nez et repérait un livre mal rangé à dix mètres, comme un faucon. Saïd, lui, avait une clé énorme au trousseau. Il souriait aux enfants qui entraient, même à ceux qui faisaient semblant de ne pas être impressionnés.

Noé les aimait bien. Ils l'avaient aidé mille fois. Un jour, Mireille avait retrouvé sa carte de lecteur sous une pile de BD. Un autre, Saïd avait réparé le lacet de sa chaussure d'un geste rapide, comme un magicien de la vie quotidienne.

“Je devrais les remercier”, se dit Noé en tirant un livre d'aventures. “Pas juste un merci vite fait. Un vrai.”

Il s'installa près de la grande verrière. Dehors, la pluie tapotait doucement. Dedans, la lumière faisait des rectangles dorés sur le sol.

Il ouvrit le livre… et quelque chose glissa entre les pages. Une petite carte, jaunie, avec une flèche dessinée au crayon. Et, en bas, une phrase :

“Pour ceux qui osent chercher sans faire de bruit.”

Noé releva la tête. Mireille rangeait des romans. Saïd parlait à une dame près de l'entrée. Personne ne semblait avoir vu la carte.

Noé sentit son cœur faire un petit saut de cabri. Un jeu de piste ? Ici ? À la médiathèque ?

Il se pencha vers sa voisine de table, une fille de sa classe, Lina, qui faisait semblant de réviser mais dessinait des dragons au bord de son cahier.

— Lina… tu crois aux messages cachés ?

— Ça dépend. S'ils mènent à du chocolat, oui.

Noé lui montra la carte. Lina plissa les yeux, puis sourit.

— Oh. Ça, c'est intéressant.

Ils échangèrent un regard. Un regard qui disait : “On va explorer, mais pas comme des éléphants.”

Chapitre 2

La flèche sur la carte pointait vers un dessin minuscule : une étagère et un numéro. “B-12”.

— La section B, c'est les documentaires, murmura Lina.

— Et 12… c'est une étagère ou un rayon ?

— On va le découvrir, Sherlock.

Ils se levèrent doucement. Noé marcha comme s'il portait une pile de verres sur la tête. Lina, elle, avait le pas léger des gens qui savent se faufiler.

Dans le rayon B, les livres sentaient le bois et la poussière sage. Il y avait des titres sur les volcans, les étoiles, et même sur “La vie secrète des fourmis”. Noé s'arrêta.

— Si les fourmis ont une vie secrète, la médiathèque aussi.

Ils trouvèrent une petite étiquette “B-12” collée sur le côté d'une étagère. Juste en dessous, un livre dépassait, comme s'il tirait la langue.

Lina le prit. C'était un vieux atlas. À l'intérieur, une seconde carte était glissée. Cette fois, il y avait une énigme :

“Je garde l'eau sans la boire.

Je brille quand on me frotte.

Sous moi, le monde passe sans me voir.”

— Facile, dit Lina. Une fontaine.

— À la médiathèque, il y a un distributeur d'eau près des toilettes.

— Ça compte comme une fontaine moderne.

Ils avancèrent. Le couloir était plus sombre, avec des affiches d'expositions anciennes. Le distributeur d'eau ronronnait doucement.

Noé s'accroupit, regarda dessous. Il vit… un petit objet collé avec du ruban : un sachet minuscule, comme un paquet de sucre, et une note.

Lina attrapa le sachet.

— Si c'est de la poudre magique, je refuse d'éternuer ici.

Noé prit la note. Elle disait :

“Les gardiens veillent. Qui veille sur eux ?

Cherche l'endroit où les clés rêvent.”

— Les clés rêvent… répéta Noé.

— Le bureau de Saïd ! Il a des clés partout.

Ils se figèrent. Au bout du couloir, des pas approchaient.

— Plan silence, chuchota Lina.

Ils se collèrent contre le mur, en mode “tableau”. Saïd passa, un carton dans les bras, sans les voir. Il fredonnait un air joyeux. Noé sentit un mélange de soulagement et de rire coincé dans la gorge.

— On se fait peur avec rien, souffla-t-il.

— C'est ça, l'aventure. Le grand frisson… entre deux rayonnages.

Ils revinrent vers le bureau vitré où Saïd déposait parfois ses dossiers. La porte était fermée. Sur la poignée, une pancarte : “Accès réservé”.

Noé soupira. Une aventure, oui. Mais pas une catastrophe.

— On ne va pas entrer, dit-il.

— On peut chercher autour, répondit Lina. Les énigmes adorent tricher un peu.

Ils regardèrent près du bureau. Un porte-manteau. Une plante verte. Un tapis “Bienvenue” un peu de travers. Et, près du mur, une petite boîte en bois avec des clés de secours accrochées.

Noé s'approcha. Il y avait un cadenas, mais le cadenas n'était pas fermé. Il pendait, comme une oreille fatiguée. Sur la boîte, un autocollant : un petit renard.

— Le renard, dit Lina. C'est la mascotte de la médiathèque.

— Et aussi l'animal le plus “je sais un truc que tu ne sais pas”.

Noé souleva doucement le couvercle. À l'intérieur, des trousseaux. Et une enveloppe.

Il l'ouvrit. Une troisième carte, plus épaisse, avec un dessin de labyrinthe. En haut, écrit en gros :

“Si vous êtes arrivés là, c'est que vous savez marcher sans casser le monde.

La suite se trouve là où les histoires descendent sous terre.”

Noé sentit ses yeux s'agrandir.

— Sous terre… il y a une cave ?

— Il y a les archives, murmura Lina. Le sous-sol. On y descend par l'escalier de service.

Noé pensa à Mireille, à Saïd. Il pensa à leur patience. À leurs sourires. Il serra la carte.

— D'accord. Mais on fait ça proprement. Pas de bêtises.

— Promis. On est des aventuriers polis.

Ils partirent vers la porte “Réservé au personnel”, celle qui menait à l'escalier.

Et là, le vrai défi commença.

Chapitre 3

La porte “Réservé au personnel” n'était pas verrouillée. Elle était juste… intimidante. Un panneau rouge, des lettres sérieuses, comme si la porte avait un diplôme.

Noé posa la main dessus. Il hésita.

— On n'a pas le droit, souffla-t-il.

— On n'a pas le droit de déranger, corrigea Lina. Si on fait ça discrètement et qu'on ne touche à rien… c'est comme marcher sur la pointe des pieds dans un rêve.

Noé eut un petit rire.

— C'est la phrase la plus bizarre et la plus rassurante du monde.

Ils ouvrirent. L'air changea. Il faisait plus frais. L'escalier descendait en colimaçon, avec une ampoule qui clignotait un peu, comme un clin d'œil.

Chaque marche grinçait légèrement. Noé compta dans sa tête. “Un, deux, trois…” Cela l'aidait à rester calme.

En bas, un couloir. Des portes grises. Une odeur de carton et de vieux papier. On aurait dit que le temps dormait ici, sous des couvertures de poussière.

— Bienvenue dans le ventre de la médiathèque, chuchota Lina.

Ils suivirent le dessin du labyrinthe. Sur la carte, il y avait des symboles : un cercle, une étoile, une lune. Sur les portes, des autocollants semblaient correspondre. Le cercle. Puis l'étoile.

Noé avançait avec prudence. Il avait l'impression que chaque bruit pouvait réveiller un dragon bibliothécaire.

Ils arrivèrent devant une porte avec une lune. Elle était entrouverte. À l'intérieur, un petit local plein de boîtes. Sur une étagère, une lampe de poche. Et, au milieu, une table avec… un carnet.

Noé le prit. Sur la première page, il y avait une écriture penchée.

“Journal des petites urgences.

Écrit par ceux qui gardent, pour ne pas oublier.”

Lina siffla sans faire de son.

— C'est… touchant.

Noé tourna les pages. Il y avait des notes simples : “Réparer la marche cassée.” “Retrouver le livre de Léa (elle pleurait).” “Éteindre la lumière du coin lecture, encore.” “Préparer le goûter pour l'atelier.”

Et puis, au milieu, une page différente, avec un dessin de renard.

“Si quelqu'un trouve ceci, c'est qu'il a un cœur curieux.

Nous, les gardiens, on voit beaucoup de monde.

Mais parfois, on est fatigués.

On a aussi besoin d'être remerciés.

Pas avec des cadeaux chers.

Avec un geste qui aide.”

Noé sentit ses joues chauffer. Ce message lui parlait directement, comme si quelqu'un l'avait attendu.

— C'est pour nous, murmura-t-il.

— Ou pour n'importe qui qui se soucie des autres, répondit Lina.

Sur la dernière page, un plan simple du bâtiment et une liste.

“Mission renard :

1. Remettre en ordre ce qui traîne.

2. Réparer ce qui peut l'être.

3. Préparer une surprise douce.

4. Puis sortir sans bruit, comme une bonne histoire qui se referme.”

Noé ferma le carnet. Il respira profondément.

— Ce n'est pas un trésor d'or. C'est… un trésor de tâches.

— Le plus rare, dit Lina en souriant, c'est les gens qui les font.

Ils se regardèrent. Noé sentit un courage nouveau. Pas celui qui saute d'un avion. Celui qui dit : “Je vais m'y mettre, même si c'est long.”

Ils remontèrent au rez-de-chaussée, plus silencieux encore. L'aventure venait de changer de forme.

Elle devenait une mission.

Chapitre 4

Ils commencèrent petit. Noé repéra une pile de livres abandonnés sur un rebord de fenêtre. Lina trouva des marque-pages froissés sous un fauteuil.

— On dirait que la médiathèque perd des miettes de papier, dit-elle.

— Et nous, on est des aspirateurs à gentillesse, répondit Noé.

Ils déposèrent les livres sur un chariot de retour. Noé vérifia les étiquettes pour les trier par section. Lina, très sérieuse, aligna les chaises du coin lecture comme une armée pacifique.

Un problème apparut vite : une étagère penchait légèrement. Pas assez pour tomber, mais assez pour faire peur.

Noé posa la main dessus.

— Ça bouge.

— Si ça tombe, ça fera un bruit de tonnerre. Et Mireille nous transformera en signets humains.

Ils cherchèrent une solution. Noé se rappela le sachet minuscule trouvé sous le distributeur d'eau. Il l'ouvrit. Dedans, pas de poudre magique. Juste… des patins en feutre, comme ceux qu'on colle sous les pieds des meubles.

— C'est malin, souffla Noé. C'était ça, la “poudre magique”.

— La magie du bricolage, dit Lina. J'adore.

Ils glissèrent doucement les patins sous le pied de l'étagère. Noé appuya, Lina calait. L'étagère se stabilisa, comme si elle soupirait de soulagement.

— Victoire silencieuse, murmura Lina.

Ensuite, ils passèrent à un autre détail. La poignée d'une porte grinçait. Noé se souvenait de ce bruit agaçant depuis des semaines. Il avait dans son sac un petit tube de baume à lèvres. Ce n'était pas fait pour ça, mais il improvisa.

— Tu fais quoi ? demanda Lina.

— De la science approximative.

Il frotta un peu de baume sur la pièce métallique. Il tourna la poignée. Le grincement disparut presque.

Lina le fixa.

— Tu viens d'inventer le “baume anti-monstre”.

— Je préfère “baume anti-grincement”. Moins héroïque, mais plus utile.

Ils rirent sans bruit, des rires qui secouent les épaules mais pas l'air.

Le temps passa vite. Ils travaillaient comme une équipe. Noé observait, planifiait. Lina allait vite, repérait les coins oubliés. Quand l'un doutait, l'autre trouvait une idée.

À un moment, Mireille s'approcha, ses lunettes glissant un peu.

— Vous avez besoin d'aide pour quelque chose ? demanda-t-elle, méfiante mais douce.

Noé sentit sa gorge se serrer. Il ne voulait pas mentir. Il choisit la vérité, mais en version simple.

— On… on essaie juste de rendre l'endroit encore plus chouette.

— Sans faire de bazar, ajouta Lina.

Mireille les observa. Ses yeux passèrent sur les chaises bien alignées, sur le chariot rempli, sur l'étagère enfin droite.

— Eh bien, dit-elle, c'est… appréciable. Merci.

Elle s'éloigna. Noé sentit un petit feu de fierté lui chauffer le ventre. Lina lui donna un coup de coude léger.

— On a reçu un “merci” de Mireille. C'est comme gagner une médaille en silence.

— On n'a pas fini, murmura Noé. Il reste la surprise douce.

Ils consultèrent le plan du carnet. “Préparer une surprise douce.” Il fallait quelque chose de simple. Quelque chose de respectueux. Et surtout, autorisé.

Noé pensa aux gardiens. À leurs journées longues. À leurs mains qui rangent, réparent, rassurent. Il eut une idée.

— On fait un mur de messages.

— Ça, c'est parfait, dit Lina. Et on peut demander aux autres de participer.

Ils attrapèrent des feuilles et des crayons à l'accueil, avec l'accord rapide de Mireille, étonnamment amusée.

— Pas sur les livres, les enfants.

— Promis, jurèrent-ils.

L'opération “Renard” passait au niveau supérieur.

Chapitre 5

Ils installèrent une grande feuille près du panneau d'affichage, sur un chevalet. En haut, Noé écrivit, soigneusement :

“Merci aux gardiens de la médiathèque.”

Lina ajouta un petit renard dessiné, avec une queue énorme et un air fier.

Puis ils se mirent à recruter, comme des espions gentils.

— Tu veux écrire un mot de merci ? demanda Lina à un garçon qui lisait des mangas.

— Pourquoi ?

— Parce qu'ils nous aident tout le temps. Et ça fait du bien de le dire.

Le garçon hésita, puis écrivit : “Merci de garder les livres en vie.” Il rougit, puis fila.

Une dame âgée écrivit : “Merci pour votre patience.” Un petit de six ans dessina un bonhomme bâton avec une cape. Noé lut : “Super Saïd”.

Noé sourit. La feuille se remplissait, comme une voile qui prend le vent.

Mais tout ne fut pas facile. Un groupe de collégiens entra, bruyants, avec des sacs qui cognent.

— C'est quoi, votre truc ? se moqua l'un.

— Un mur de remerciements, répondit Noé, droit. Tu peux écrire si tu veux. Ou passer ton chemin.

Le collégien ricana.

— Des remerciements… c'est pour les bébés.

Noé sentit une colère monter, chaude et rapide. Il eut envie de répondre fort. De prouver quelque chose.

Lina posa une main sur son bras, discrète.

— Respire, chuchota-t-elle. Courage, ça veut aussi dire se retenir.

Noé inspira. Il regarda le collégien.

— Tu sais, dit Noé calmement, c'est facile de se moquer. C'est plus difficile d'être sympa sans y gagner quelque chose.

Le collégien resta bloqué une seconde. Comme s'il cherchait une réplique et qu'il n'y en avait pas.

Finalement, il haussa les épaules.

— Bon… j'écris un truc, alors.

Il prit le crayon, écrivit vite, presque en cachette : “Merci pour le Wi-Fi… et les chaises.” Puis il partit, moins bruyant.

Lina souffla.

— Victoire numéro deux. Sans bagarre.

— Je crois que j'ai grandi de deux millimètres, répondit Noé.

Quand la feuille fut bien remplie, Noé et Lina la fixèrent au panneau. Elle faisait comme une fenêtre de mots, pleine de couleurs et de dessins.

Il manquait encore quelque chose. “Surprise douce”, avait dit le carnet. Les messages étaient doux, oui. Mais Noé voulait un geste concret.

Il repéra le coin “retour des livres”, souvent en désordre. Il proposa :

— On pourrait créer des petites étiquettes de tri. Pour aider les gens à déposer au bon endroit.

— Et éviter que Mireille fasse les yeux de faucon triste, approuva Lina.

Avec l'autorisation de Saïd, ils fabriquèrent des panneaux simples : “Romans”, “BD”, “Documentaires”, “Contes”. Lina dessina des icônes. Noé écrivit lisible, bien droit.

Saïd arriva, regarda leur travail, puis écarquilla les yeux.

— C'est vous qui avez fait ça ?

— Oui, dit Noé. Enfin… on a eu de l'aide. Un peu.

— Et l'idée, elle vient d'un… renard ? demanda Saïd en pointant le dessin de Lina.

Lina prit un air sérieux.

— Le renard est un animal très organisé. Il range ses pensées dans des tiroirs invisibles.

Saïd éclata de rire. Un rire franc, qui fit tourner quelques têtes.

— Merci, vraiment. Vous rendez service à tout le monde.

Noé sentit un grand calme. Il avait trouvé son “merci” parfait. Pas un gros cadeau. Juste un endroit rendu plus simple, plus doux.

Mais l'aventure n'était pas tout à fait terminée. La médiathèque avait encore un secret. Noé le sentait, comme un dernier chapitre qui attend.

Au moment où il rangeait un crayon, il vit Mireille s'approcher du panneau de messages. Elle lut. Ses lèvres tremblèrent un peu, puis elle ajusta ses lunettes.

Saïd la rejoignit. Il lut aussi. Ses épaules se relâchèrent, comme si on lui avait retiré un sac invisible.

Ils échangèrent un regard. Un vrai regard de gardiens. Et ils appelèrent doucement :

— Noé. Lina. Venez.

Chapitre 6

Noé et Lina s'approchèrent, un peu gênés. Comme si on les avait surpris en train de faire une bonne action. C'était idiot, mais ça faisait ça.

Mireille montra le panneau.

— C'est vous qui avez lancé ça.

— On voulait… dire merci, murmura Noé. Pour tout.

Saïd hocha la tête.

— Vous savez, on pense souvent que notre travail est invisible. On range, on surveille, on dépanne. Et puis on rentre. Alors… lire ça… ça fait quelque chose.

Mireille prit une petite respiration.

— Il y a des jours où la médiathèque ressemble à une mer agitée. Vous avez apporté du calme, et du sens.

Noé se gratta la nuque.

— C'était un jeu de piste, au début. Avec des cartes. On a trouvé un carnet au sous-sol. On n'a rien cassé, je jure.

— Je m'en doutais, dit Mireille avec un sourire. Ce carnet… c'est une vieille tradition. On l'a laissé là pour ceux qui cherchent autrement que pour eux-mêmes.

Saïd ajouta, comme s'il révélait un secret de pirate :

— Le renard n'amène pas à un coffre. Il amène à une idée.

Noé sentit sa poitrine se gonfler. Il n'avait pas “gagné” au sens habituel. Mais il avait gagné un lien. Et c'était plus rare.

Mireille regarda l'horloge.

— Il est presque l'heure de la fermeture. On va faire la marche de fin.

Noé cligna des yeux.

— La marche de fin ?

— Oui, dit Saïd. On vérifie les salles. On éteint les lumières. On s'assure que tout est en ordre. D'habitude, on le fait à deux. Mais… si vous voulez, vous pouvez nous accompagner.

Lina ouvrit de grands yeux.

— Comme une patrouille secrète ?

— Une patrouille très calme, corrigea Mireille. En file. Et sans toucher à ce qui ne vous appartient pas.

Noé hocha la tête, sérieux comme un explorateur.

— On veut bien.

Ils rassemblèrent leurs affaires. Mireille fit un signe aux derniers lecteurs. Les chaises grincèrent doucement. Les pages se refermèrent avec des soupirs de papier.

Puis Saïd ouvrit la marche. Mireille derrière. Noé et Lina ensuite. Une file tranquille, comme un petit train silencieux.

Ils parcoururent les rayons. Saïd vérifia les fenêtres. Mireille regarda les tables. Noé repéra un livre resté ouvert, le referma délicatement et le posa sur le chariot. Lina ramassa un crayon oublié.

À chaque salle, la lumière s'éteignait. Les rectangles dorés disparaissaient. Le monde devenait plus doux, plus secret.

Dans le coin lecture, Noé regarda les coussins. Il se rappela son premier jour ici, quand il avait eu peur de demander où étaient les livres d'aventure. Mireille l'avait guidé. Saïd lui avait fait un clin d'œil, comme pour dire : “Ici, tu as ta place.”

Ils arrivèrent à l'entrée. Dehors, la pluie avait cessé. Le trottoir brillait sous les lampadaires, comme un ruban argenté.

Saïd ferma la porte à clé. Le son du verrou fit un “clac” net. Pas un bruit de prison. Un bruit de protection.

Mireille se tourna vers Noé.

— Merci pour aujourd'hui.

— Merci à vous, répondit Noé. Pour… tout le reste.

Lina ajouta, avec son sérieux de comédienne :

— Et merci au renard, qui range ses pensées dans des tiroirs invisibles.

Saïd rit encore.

Ils restèrent une seconde là, ensemble, sur le seuil, dans l'air frais. Noé se sentit grand. Pas parce qu'il avait osé descendre au sous-sol. Mais parce qu'il avait compris que l'aventure pouvait être une manière d'aider.

Ils s'éloignèrent enfin, toujours en file, calmement, comme si la nuit elle-même écoutait leurs pas. Et derrière eux, la médiathèque dormait, bien gardée… et un peu plus aimée.

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Médiathèque
Un lieu où on prête des livres et où l'on peut lire tranquillement.
Gardiens
Les personnes qui surveillent et prennent soin d'un lieu comme la médiathèque.
Verrière
Une grande surface en verre qui laisse entrer la lumière dans une pièce.
Jaunie
Qui a pris une couleur un peu jaune à cause du temps ou de l'âge.
Trousseau
Un ensemble de clés attachées ensemble pour ouvrir plusieurs portes.
Colimaçon
Qui tourne en spirale, comme un escalier qui fait des cercles en descendant.
Archives
Endroit où l'on garde des documents ou des livres anciens et importants.
Patins en feutre
Petits morceaux de tissu collés sous des meubles pour éviter les rayures.
Mascotte
Un personnage ou un animal qui représente un lieu ou un groupe.
énigme
Une question ou un indice difficile à résoudre, comme un petit mystère.
Carnet
Un petit cahier où l'on écrit des notes ou des listes.
Patrouille
Un groupe qui fait le tour d'un lieu pour vérifier que tout va bien.

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