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Petits aventuriers 11 à 12 ans Lecture 21 min.

Le chemin jaune du bon rythme

Mina, une fille toujours pressée, découvre grâce à une mystérieuse dame et son amie Lila un parcours de petites marques et d'épreuves qui lui apprend à ralentir, écouter et retrouver son propre rythme.

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Mina, 12 ans, visage concentré et serein, cheveux châtain en queue de cheval, veste bleue et sac à dos clair, court doucement une main tendue pour attraper un ballon rouge juste avant qu’il ne passe sous une grille ; à sa gauche, Lila, 12 ans, cheveux bouclés bruns, sourire excité et mains levées, regarde Mina avec complicité. À droite, Madame Orphée (~70 ans) debout près d’un banc, manteau beige et caddie rempli d’objets colorés, sourire bienveillant. Devant le toboggan orange, un garçon d’environ 8 ans tient le ballon récupéré, le visage rouge d’émotion et plein de gratitude. Lieu : petit parc urbain aux tilleuls, sol en goudron clair avec traces de craie jaune et un dessin d’escargot, banc en bois usé et jardinières vertes, lumière chaude de fin d’après-midi. Scène centrée, atmosphère douce et dynamique, couleurs pastel saturées et textures lisses, ambiance de courage et de calme ; au sol des marques jaunes et un petit panneau indiquent « Ici, une minute respire ». signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le matin qui court trop vite

Mina a douze ans et un sac trop lourd. Son réveil a sonné trois fois. Elle a appuyé sur « plus tard » comme si c'était un superpouvoir.

Dans la cuisine, le bol de céréales fait un bruit de pluie. Sa mère pose une tartine devant elle.

— Tu as encore l'air pressée, dit-elle.

— Je suis née pressée, répond Mina, la bouche pleine.

Son père, lui, regarde l'horloge comme si elle allait l'attaquer.

— Ce n'est pas l'heure qui court. C'est toi.

Mina soupire. Elle a l'impression d'être une chaussure qu'on a lacée trop serré. Dans le couloir, elle enfile sa veste en sautant sur un pied. Elle cherche ses clés. Elles sont dans sa main. Elle cherche son téléphone. Il est dans sa poche. Elle cherche son souffle. Lui, il n'est nulle part.

Dehors, l'air est frais. Les immeubles sont gris, mais le ciel a une bande rose, comme un trait de feutre. Mina part au trot. Elle dépasse le kiosque, la boulangerie, le banc où un monsieur nourrit des pigeons.

— Pardon ! Pardon ! Pardon ! répète-t-elle en slalomant.

Et là, au coin de la rue des Tilleuls, elle manque de renverser… une vieille dame. Non. Une vieille dame, oui, mais aussi un caddie qui déborde de trucs bizarres : des bobines de fil, un ruban jaune, un petit panneau en bois, et… une sonnette de vélo.

La dame lève un sourcil.

— Jeune fusée, tu vas finir par décoller sans toi.

— Désolée ! Je suis en retard, bafouille Mina.

— En retard sur quoi ? demande la dame en se penchant, comme si elle voulait entendre le cœur de Mina. Sur ta journée ? Sur toi-même ?

Mina ouvre la bouche, puis la referme. Elle ne sait pas répondre. La dame sort une petite carte de sa poche. Elle est en papier épais, avec un dessin de pas.

— Tiens. Si un jour tu veux repartir au bon rythme, suis ça.

Mina prend la carte. Elle est tiède, comme si elle avait été au soleil. Dessus, une phrase au crayon : « Le bon rythme se trouve là où on écoute. »

— C'est… un jeu ? demande Mina.

— C'est une aventure, dit la dame. Mais une aventure de trottoir. Les plus dangereuses, parce qu'on croit qu'il n'y a rien.

La sonnette de vélo dans le caddie fait « dring » toute seule. Mina sursaute.

— Elle aime quand on dit la vérité, glousse la dame.

Mina regarde sa montre. Trop tard. Elle soupire encore.

— Bon… une aventure de trottoir, pourquoi pas. De toute façon, je suis déjà en retard.

Et, sans savoir pourquoi, elle glisse la carte dans sa poche comme un secret.

Chapitre 2 : L'escalier qui respire

Après l'école, Mina ne rentre pas tout de suite. Elle traîne. Pas pour une bêtise. Pour une enquête.

Dans la cour, sa meilleure amie, Lila, la rejoint.

— Tu fais une tête de détective, dit Lila.

— J'ai trouvé un truc. Regarde.

Mina sort la carte. Lila la lit à voix haute, en mettant une voix mystérieuse :

« Le bon rythme se trouve là où on écoute. » Oh là là. C'est poétique. Et un peu louche.

— La dame avait un caddie magique. Il y avait une sonnette qui sonnait toute seule.

— D'accord. Là, c'est carrément louche.

Elles éclatent de rire, mais Mina sent un petit frisson. Pas de peur. De curiosité, comme quand on ouvre une porte inconnue.

Au dos de la carte, Mina n'avait pas vu : un petit plan, très simple. Une flèche vers « Passage des Marronniers », puis un dessin d'escalier.

— C'est à dix minutes, dit Lila.

— Dix minutes… au bon rythme, répond Mina.

Elles y vont. Le passage des Marronniers est un couloir entre deux immeubles. Les murs sont couverts d'affiches froissées. Une odeur de pluie et de pierre froide flotte là.

Au fond, il y a un escalier extérieur, en béton, qui descend vers des caves. Sur la première marche, une trace de peinture jaune.

— On fait quoi ? demande Lila, moitié excitée, moitié inquiète.

— On écoute, dit Mina.

Elles se taisent. Au début, Mina n'entend que la ville : un bus, un chien, quelqu'un qui ferme un volet. Puis autre chose. Un souffle. Comme un « hhh… hhh… » régulier.

— Tu l'entends ? chuchote Mina.

— On dirait… que l'escalier respire, murmure Lila.

La trace jaune brille un peu, comme si elle avait gardé la lumière. Mina pose un pied sur la marche. Le souffle devient plus net. Elle pose l'autre pied. L'escalier ne bouge pas, mais Mina sent ses jambes ralentir toutes seules, comme si le béton lui disait : « Doucement. »

Sur le mur, une petite flèche jaune apparaît. Elle n'était pas là avant. Mina cligne des yeux.

— Je te jure que je ne l'ai pas peinte, dit-elle.

— Moi non plus. Je n'ai même pas de peinture, répond Lila, en montrant ses mains.

Elles descendent. À chaque marche, le souffle se cale sur leur respiration. Mina se surprend à inspirer plus longuement. Sa poitrine se desserre.

Au bas de l'escalier, une porte métallique. Dessus, un autocollant : un petit escargot qui sourit. Et un message écrit au feutre : « Courage, pas vitesse. »

Mina pose la main sur la poignée.

— On y va ? demande Lila.

Mina avale sa salive. Son cœur tape. Mais pas comme ce matin. Pas en panique. Comme un tambour qui donne le départ.

— On y va, dit-elle. Ensemble.

Chapitre 3 : Le couloir des secondes perdues

La porte grince, puis s'ouvre sur un couloir faiblement éclairé. L'air sent le carton et la menthe, un mélange impossible. Des étagères longent les murs. Elles sont pleines d'objets du quotidien : une chaussette orpheline, un bouton, un ticket de bus, une gomme à moitié mangée.

— On est dans la cave de quelqu'un ? chuchote Lila.

— Si c'est une cave, elle est… organisée bizarrement, dit Mina.

Au plafond, des ficelles pendent. Au bout, de petites étiquettes. Mina en attrape une : « 2 minutes — perdues en cherchant ses clés ». Elle en prend une autre : « 30 secondes — oubliées en regardant le plafond ».

— C'est une collection de temps ? demande Lila, les yeux ronds.

— Une collection de secondes perdues, répond Mina, fascinée.

Plus elles avancent, plus les étiquettes deviennent précises.

« 5 minutes — passées à s'inquiéter pour rien. »

« 12 minutes — à courir alors qu'on pouvait marcher. »

« 1 minute — à respirer enfin. »

Mina s'arrête devant une boîte en plastique transparente. Dedans, une petite bille qui brille. Une étiquette : « Mina — ce matin — 7 minutes — envolées ».

— Hé ! proteste Mina. Je n'ai pas perdu sept minutes. J'ai juste… accéléré.

— Accélérer, c'est parfois perdre, dit une voix derrière elles.

La vieille dame du matin est là, assise sur un tabouret, comme si elle avait toujours été là. Son caddie est à côté, sagement. La sonnette de vélo fait un petit « dring » discret, comme un bonjour.

— Vous nous suivez ? s'indigne Lila.

— Je vous attends, corrige la dame. Je m'appelle Madame Orphée. Je garde ce que les gens laissent tomber sans s'en rendre compte.

Mina pointe la boîte.

— Vous gardez mon temps ?

— Je garde l'idée de ton temps, dit Madame Orphée. Pour que tu le reconnaisses. Regarde-toi courir. Tu vas vite, mais tu ne vas pas toujours là où tu veux.

Mina serre les poings.

— Je veux juste… être à l'heure. Réussir. Ne pas décevoir.

Madame Orphée incline la tête.

— Et toi, Mina, tu es à l'heure pour toi ?

Silence. Le couloir semble écouter aussi.

Madame Orphée se lève et prend un ruban jaune dans son caddie.

— Ta mission est simple, dit-elle. Repartir au bon rythme. Pas celui des autres. Le tien. Celui qui te laisse penser, sentir, choisir.

— Et on fait comment ? demande Mina.

Madame Orphée tend un bout du ruban.

— On balise.

Lila prend l'autre bout.

— On fait des marques ? Comme en randonnée ?

— Exactement, dit Madame Orphée. Sauf que la forêt… c'est votre quartier. Et les dangers… ce sont les pièges pressés.

Elle ouvre une petite boîte. Dedans : de la craie jaune, des mini-panneaux en bois, et des autocollants d'escargots.

— Première épreuve, annonce Madame Orphée. Retrouver une minute. Une vraie. Pas une minute écrasée. Une minute qui respire.

Mina déglutit.

— Et si on n'y arrive pas ?

Madame Orphée sourit.

— Alors vous recommencez. La résilience, c'est ça : tomber sur une minute ratée, puis se relever sur une minute possible.

La sonnette fait « dring ! » comme pour approuver.

Chapitre 4 : La minute qui se cache au parc

Madame Orphée les guide jusqu'à une trappe qui donne sur l'extérieur. Elles débouchent près du petit parc des Tilleuls. Le soleil commence à descendre. Les feuilles bougent comme des mains.

— La minute se cache ici, dit Madame Orphée. Elle aime les endroits où on croit qu'il n'y a rien.

— Comme vous avez dit, murmure Mina.

Madame Orphée leur donne trois choses : un bout de craie, un mini-panneau, et un escargot autocollant.

— Vous ne courez pas, ordonne-t-elle gentiment. Vous observez. Vous écoutez. Et quand vous sentez la minute, vous la marquez.

— Comment on « sent » une minute ? demande Lila.

— Comme on sent qu'on a soif, répond Madame Orphée. Ça ne s'explique pas toujours. Ça se remarque.

Mina et Lila entrent dans le parc. Elles marchent lentement, ce qui est déjà un exploit. Mina a l'impression d'avoir mis un frein doux dans sa tête.

Près du toboggan, des petits crient. Mina les regarde. D'habitude, ça l'agace, parce que ça fait du bruit. Là, elle entend autre chose : des rires qui rebondissent. Un ballon qui tape. Un « attention ! » joyeux.

— Je crois que je tiens quelque chose, chuchote Mina.

Elle ferme les yeux. Une seconde passe. Puis une autre. Elle respire. Elle entend son souffle. Elle sent l'air sur son nez. Une minute commence à se former, comme une bulle.

Soudain, un garçon court et trébuche. Son ballon roule vers la route.

— Mon ballon ! crie-t-il.

Instinctivement, Mina veut partir en sprint. Son corps connaît ça. Mais elle se rappelle : courage, pas vitesse. Elle calcule vite. Le ballon va rouler sous la grille, puis sur le trottoir.

— Lila ! Par là ! dit Mina.

Elles se séparent. Mina prend le chemin le plus court mais sans foncer n'importe comment. Elle anticipe. Elle saute par-dessus une petite bordure, attrape le ballon juste avant qu'il ne passe la grille.

Le garçon arrive, les joues rouges.

— Merci ! Tu l'as sauvé !

— Il essayait de fuguer, dit Mina, essoufflée mais contente.

Elle se rend compte qu'elle a couru… mais avec sa tête. Pas avec la panique. Elle a choisi. C'est différent.

Lila la rejoint.

— Tu as vu ? Tu as été rapide, mais pas pressée.

Mina sourit.

— Je crois que c'est ça, le bon rythme.

Elle sort la craie jaune et trace un petit escargot sur le bord du chemin. Puis elle plante le mini-panneau dans la terre, près d'un banc. Elle écrit dessus : « Ici, une minute respire. »

À cet instant, le vent se lève et fait frissonner les feuilles. Mina a la sensation étrange que le parc la félicite.

Madame Orphée les rejoint.

— Voilà, dit-elle. Vous venez de récupérer une minute. Pas en l'attrapant. En la laissant venir.

— On la met où ? demande Lila.

— En vous, répond Madame Orphée. Et sur votre chemin, avec vos marques. Pour la retrouver quand ça accélère.

Mina regarde son escargot dessiné. Il est un peu de travers.

— Il a l'air fatigué.

— Comme toi, parfois, dit Madame Orphée. Mais il avance quand même. C'est ça, la confiance.

Chapitre 5 : Le passage des trois choix

Le lendemain, Mina se réveille. Le réveil sonne. Son doigt hésite au-dessus de « plus tard ». Elle inspire. Elle se redresse.

— Pas aujourd'hui, murmure-t-elle.

À l'école, tout va vite. Les devoirs, les contrôles, les « dépêche-toi » qui volent dans les couloirs. Mina sent l'ancienne accélération vouloir reprendre le volant.

À la sortie, Lila l'attend.

— Alors ? Tu as couru ce matin ?

— J'ai marché. Et… j'étais quand même à l'heure. C'est louche, non ?

— Très louche, dit Lila en riant.

Elles retrouvent Madame Orphée au Passage des Marronniers. Elle a un nouveau panneau en bois, plus grand.

— Aujourd'hui, annonce-t-elle, vous traversez le passage des trois choix.

Le passage est une petite ruelle avec trois chemins possibles : à gauche, un escalier raide ; au milieu, un tunnel sombre sous un immeuble ; à droite, un chemin plus long mais éclairé, bordé de jardinières.

Sur le mur, une phrase à la craie : « Le bon rythme n'est pas le plus court. C'est le plus juste. »

— On choisit lequel ? demande Mina.

Madame Orphée pose un doigt sur ses lèvres.

— D'abord, on observe. Puis, on décide. Ensuite, on assume. Ça, c'est du courage.

Le tunnel du milieu attire Mina, comme un défi. Il est sombre, et on entend des gouttes d'eau tomber. L'escalier de gauche est direct, mais il a des marches cassées. Le chemin de droite est tranquille, mais il fait un détour.

— Moi, je n'aime pas le tunnel, avoue Lila. Ça sent le film d'horreur.

— Moi non plus, dit Mina. Mais… parfois, j'ai peur de choisir le chemin long. J'ai l'impression de « perdre du temps ».

Madame Orphée lève son panneau.

— Perdre du temps, c'est courir sans voir où on va. Prendre du temps, c'est avancer en comprenant.

Mina regarde les trois options. Elle se parle à elle-même, comme une petite chef d'expédition.

« Escalier : rapide mais dangereux. Tunnel : court mais stressant. Chemin long : sûr et clair. »

Elle se tourne vers Lila.

— On prend le chemin de droite. On n'a rien à prouver au tunnel.

Lila souffle, soulagée.

— Merci. Mon courage dit merci.

Elles s'engagent sur le chemin éclairé. Les jardinières débordent de menthe et de géraniums. Une abeille tourne autour, très concentrée, comme si elle avait un rendez-vous important.

Au bout, elles trouvent un autre signe : un ruban jaune attaché à un poteau. Et un autocollant d'escargot collé juste à côté.

— Quelqu'un est passé avant nous ? demande Lila.

Madame Orphée sourit.

— D'autres apprennent aussi. Le quartier est plein de petits explorateurs qui ne se connaissent pas encore.

Mina ressent une chaleur dans le ventre. L'idée qu'elle n'est pas seule la rend plus solide.

— Marquez votre choix, dit Madame Orphée.

Mina trace une flèche jaune au sol, vers le chemin de droite, et écrit : « Ici, on choisit le clair. »

Elle recule, observe son travail. C'est simple. Mais c'est comme planter un drapeau sur une montagne invisible.

Chapitre 6 : Le chemin balisé

Le troisième jour, Mina a un gros contrôle. Rien que le mot « contrôle » lui donne envie de sprinter. Dans le bus, son genou saute tout seul. Elle relit ses notes, puis les relit encore, comme si les mots allaient s'enfuir.

À un arrêt, le bus reste bloqué. Un camion de livraison gêne. Les minutes s'étirent. Mina sent la panique monter, rapide et piquante.

« Ça y est, je vais être en retard. Je vais rater. Je vais… »

Elle s'arrête. Elle se souvient du couloir des secondes perdues. De la boîte « Mina — ce matin ». Elle se dit :

« Une pensée pressée, c'est une pensée qui fait du bruit. »

Elle range ses notes. Elle pose ses mains sur ses cuisses. Elle respire, comme sur l'escalier qui respirait.

Un, deux, trois… L'air entre. Un, deux, trois… L'air sort.

La dame assise à côté d'elle la regarde.

— Tu fais du yoga ?

Mina hésite, puis sourit.

— Non. Je retrouve mon rythme.

La dame hoche la tête, comme si ça lui parlait.

— Bonne idée. Le monde aime nous secouer.

Le bus redémarre. Mina arrive à l'école juste à temps. Pas une seconde à perdre, mais surtout pas une seconde à écraser. Elle marche jusqu'à la classe. Elle sent ses pieds. Elle sent son sac. Elle est là.

Après le contrôle, elle retrouve Lila et Madame Orphée au parc.

— Alors ? demande Lila.

— J'ai failli paniquer. Puis j'ai… respiré. Et j'étais là. Vraiment là.

Madame Orphée lui tend un dernier ruban jaune, plus long.

— Tu es prête.

Elles sortent du parc et commencent à poser des marques, comme une vraie équipe de balisage. Un escargot près du banc. Une flèche jaune au coin de la boulangerie. Un petit panneau au pied de l'escalier : « Ici, on descend doucement. » Un autre à l'entrée du Passage des Marronniers : « Ici, on écoute. »

Les passants regardent, intrigués.

Un monsieur demande :

— C'est pour une course ?

Mina répond, sérieuse comme une exploratrice :

— Non. C'est pour ne pas courir.

Le monsieur rit.

— Celle-là, je la note.

À la fin, leur ruban jaune relie le parc à la rue des Tilleuls, puis jusqu'à l'école. Un chemin discret, mais clair. Un chemin du quotidien, devenu une aventure.

Madame Orphée observe leur travail. Ses yeux brillent.

— Voilà votre chemin balisé. Quand tu te sentiras repartir trop vite, Mina, tu n'auras pas besoin de te gronder. Tu suivras les signes. Tu te rappelleras que tu sais faire.

Mina regarde les flèches, les escargots, les panneaux. Elle a l'impression d'avoir dessiné une carte de confiance sur sa propre ville.

— Et si quelqu'un enlève les marques ? demande Lila.

— Alors vous les referez, dit Madame Orphée. Ou vous en inventerez d'autres. La confiance, ce n'est pas un objet fragile. C'est un geste qu'on répète.

Mina sourit.

— Madame Orphée… vous gardez vraiment les secondes perdues ?

— Oui, dit-elle. Mais maintenant, tu sais aussi retrouver des minutes.

La sonnette de vélo fait « dring ! » une dernière fois, comme un petit applaudissement.

Le soir, Mina rentre chez elle. Elle marche. Pas trop lentement. Pas trop vite. Juste comme il faut. À chaque marque jaune, elle respire un peu mieux.

Dans l'entrée, sa mère la regarde.

— Tu as l'air… différente.

Mina pose son sac, sans le jeter.

— Je me suis entraînée à repartir au bon rythme.

— Et ça marche ?

Mina pense au parc, au tunnel évité, au bus bloqué, aux flèches jaunes.

— Oui, dit-elle. Et si j'oublie… j'ai un chemin pour me retrouver.

Elle monte dans sa chambre. Dehors, la ville continue de courir. Mina, elle, avance. Sur un chemin balisé qu'elle a construit avec du courage, de l'intelligence, et une amie qui marche à côté.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Bafouille
Parler de façon confuse quand on est gêné ou pressé.
Caddie
Grande panière sur roues utilisée pour porter des courses.
Bobines
Petits cylindres où on enroule du fil ou du ruban.
Froissées
Qui sont tout chiffonnés, comme du papier pressé.
Tiède
Qui est un peu chaud, ni froid ni chaud.
Résilience
Capacité à se remettre après une difficulté ou un échec.
Anticipe
Prévoir ce qui va arriver et agir avant que cela arrive.
Balise.
Mettre des signes ou des repères pour indiquer un chemin.
Tabouret
Petit siège sans dossier sur lequel on peut s'asseoir.
Essoufflée
Qui respire vite après un effort ou en courant.
Autocollant
Image ou étiquette qui colle et se colle sur une surface.
Ruban jaune
Bande étroite et souple, souvent utilisée pour marquer.

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