Chargement en cours...
Petits aventuriers 11 à 12 ans Lecture 22 min.

Le chemin des justes et la boue du quartier

Gabin et Lila affrontent une zone boueuse qui bloque le chemin vers la médiathèque, découvrent un passage caché et décident d’agir pour protéger les plus vulnérables et dégager l’évacuation.

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

Gabin, 12 ans, visage concentré, avance prudemment sur une passerelle en planches qui grince; Lila, ~11 ans, tresse brune, inquiétude déterminée, soutient une grosse branche sous la passerelle comme béquille; Nougat, petit chien noisette, renifle la boue près des enfants; en arrière-plan un agent municipal en gilet jaune redresse un grillage; lieu : arrière d’un parc ancien avec grand saule, herbes hautes, fossé de boue noire et palissade orange; atmosphère d’entraide et d’aventure, tension douce, couleurs chaudes, style ligne claire, textures bois, boue et métal. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La carte sur le frigo

Gabin a douze ans et un sens de la justice collé au cœur comme un autocollant impossible à décoller. Quand quelqu'un triche au foot, il le voit. Quand un petit de sixième se fait bousculer dans le couloir, il intervient. Pas en héros qui crie, non. En arbitre calme. Équitable.

Ce mardi-là, il rentre de l'école avec son sac qui tape contre sa hanche. Dans la cuisine, sa mère a scotché un papier sur le frigo. Une note de la mairie, avec un plan du quartier.

“Travaux. Déviation piétons. Zone glissante”, lit Gabin.

Sur la carte, un gros pâté beige. La zone boueuse. Celle du chantier près du vieux parc. Et pile sur le chemin le plus court pour aller à la médiathèque.

— Super… marmonne-t-il.

Il doit y aller. Aujourd'hui, c'est le retour des livres. Et surtout, il attend un roman d'aventure réservé depuis des semaines. Or Gabin déteste la boue. Pas “beurk” comme un bébé. Plutôt “danger” comme un stratège. La boue colle, fait glisser, avale les baskets, et rend tout injuste. Certains s'en sortent, d'autres tombent. Et après, tout le monde se moque. Ça, Gabin ne supporte pas.

Il prend un crayon. Il décalque le plan sur une feuille. Il trace une alternative, par les petites rues. Puis il hésite. La déviation officielle passe tout près du chantier. Un goulet étroit entre deux palissades.

— Si tout le monde passe là… il y aura des bousculades, se dit-il.

Il entend un rire dehors. Sur le trottoir, Lila, sa voisine, promène son chien, une boule de poils nommée Nougat.

— Tu vas où avec ta tête de détective ? lance Lila par la fenêtre ouverte.

— À la médiathèque. Mais il y a la zone boueuse.

Lila fait une grimace.

— Beurk, la boue. Nougat a failli y perdre une patte hier. Enfin… une patte propre.

Gabin sourit malgré lui.

— Viens avec moi. On trouvera un passage. Un vrai. Sûr. Pour tout le monde.

Lila cligne des yeux.

“Pour tout le monde” ? Tu parles comme un panneau de signalisation.

— C'est important.

Et voilà comment une simple sortie pour rendre des livres devient une mission.

Chapitre 2 — La déviation des courageux

Ils partent avec des baskets serrées et une gourde dans le sac, “au cas où”. Nougat trottine devant, fier comme un capitaine. Le ciel est clair, mais l'air sent la terre humide. Le chantier, lui, grogne au loin. On entend des moteurs, des coups sourds, et parfois un bip-bip impatient.

Au coin de la rue, un ruban orange barre le passage.

— Interdit, dit Lila.

— Interdit de passer là, oui. Pas interdit de réfléchir, répond Gabin.

Ils suivent la déviation. Très vite, ils arrivent près des palissades. La fameuse zone glissante est juste à côté. On ne voit pas la boue, mais on la devine. Une odeur de terre retournée, et une sorte de silence collant, comme si le sol avalait les bruits.

Un groupe de collégiens arrive derrière eux. Ça pousse un peu.

— Allez, bouge ! dit un garçon plus grand.

Gabin se retourne, les épaules droites.

— On avance. Mais pas en se bousculant. Y a des petits devant.

— Pff, le chef de la file ! ricane l'autre.

Lila s'approche de Gabin.

— Tu vas encore jouer au justicier ?

— Pas justicier. Juste… juste.

Devant, une petite fille tient la main de sa grand-mère. Elles avancent lentement. La grand-mère a une canne.

— Si quelqu'un tombe ici, ça peut être dangereux, murmure Gabin.

À ce moment-là, Nougat s'arrête net et renifle une fente entre deux palissades. Il gratte doucement, comme s'il cherchait un secret.

— Hé… regarde, dit Lila.

Entre les planches, un passage étroit s'ouvre sur une allée de service. Pas signalée. Pas interdite non plus. On voit des dalles en béton, plus sèches.

— On dirait un raccourci, souffle Lila.

Gabin observe. À droite, la boue. À gauche, l'allée. Plus loin, une grille entrouverte qui donne sur l'arrière du parc.

— Ça pourrait éviter le goulet, dit-il. Mais… est-ce qu'on a le droit ?

Il cherche un panneau. Rien. Juste un autocollant déchiré sur une planche : “Accès technique”.

— Technique, ça veut dire… pour les gens qui travaillent, chuchote Lila.

Gabin réfléchit vite. La petite fille devant eux glisse légèrement, se rattrape. La grand-mère vacille.

Gabin tend la main à la grand-mère.

— Ça va ?

— Ça va, mon garçon. Mais ce passage est étroit, dit-elle en regardant derrière. Et les jeunes derrière ont l'air pressés.

Gabin serre les dents.

— Je crois qu'on doit trouver une autre route. Pas seulement pour nous.

Il s'accroupit, parle à la petite fille.

— Tu t'appelles comment ?

— Inès.

— D'accord, Inès. Tu vas rester à côté de ta grand-mère. Nous, on va voir si l'allée est sûre. Si oui, on reviendra te chercher. Promis.

Lila ouvre grand les yeux.

— Gabin, on n'est pas des guides officiels !

— Non. Mais on peut être utiles.

Ils se faufilent dans l'ouverture. Nougat passe comme une flèche.

Chapitre 3 — Le parc derrière le parc

De l'autre côté, le monde change. L'allée de service longe le chantier, mais elle est bordée de vieux murs en pierre. On dirait un couloir secret. Le soleil fait des bandes lumineuses sur le béton.

— On se croirait dans un niveau de jeu vidéo, chuchote Lila.

— Avec la musique en moins, répond Gabin.

Nougat renifle tout. Il s'arrête devant une petite plaque en métal, au sol, couverte de poussière. Gabin essuie avec sa manche. Des lettres apparaissent : “Eaux”.

— Une bouche d'égout ? demande Lila.

Gabin tape doucement du pied. Ça sonne creux.

— Les eaux passent ici. Si la boue déborde, ça veut dire que ça s'évacue mal.

Il avance. La grille au bout est entrouverte. Il pousse. Elle grince comme un vieux violon qui n'a pas envie de jouer.

Ils entrent dans l'arrière du parc. Sauf que ce n'est pas le parc “propre” avec les bancs et les jeux. Ici, l'herbe est haute. Des ronces font des croche-pattes. Et au milieu, un grand saule pleureur penche ses branches comme un rideau.

Sous le saule, il y a quelque chose. Un petit panneau en bois, presque effacé. Gabin s'approche.

On peut lire : “Chemin des…”

La suite a disparu.

— Chemin des quoi ? demande Lila.

Nougat aboie, puis tire vers la droite. Là, une passerelle en planches traverse un petit fossé. Le fossé n'est pas rempli d'eau. Il est rempli d'une boue noire, luisante, comme du chocolat raté.

Lila recule.

— Non. Non non non. J'ai dit non à la boue.

Gabin sent son ventre se serrer. Voilà l'obstacle. La zone boueuse, mais en version cachée. Pourtant, il voit aussi autre chose : des traces de pas sur la passerelle. Donc, des gens l'utilisent.

— La passerelle évite la boue, dit-il. Si elle tient.

Il pose un pied sur la première planche. Elle craque. Pas méchamment, mais comme une vieille porte.

— Elle est fatiguée, remarque Lila.

Gabin regarde les fixations. Des clous rouillés. Des planches un peu tordues.

— Si Inès et sa grand-mère passent là, ça doit être solide. Sinon, c'est injuste de leur proposer.

Lila le fixe.

— Donc on fait quoi, Monsieur Équité ?

Gabin fouille son sac. Il sort sa gourde, un petit rouleau de ruban adhésif qu'il garde toujours “pour les urgences”, et… une ficelle, oubliée d'un ancien projet d'art plastique.

— On renforce. Comme on peut.

— Avec du scotch ? Tu vas réparer un pont avec du scotch ?

— Pas réparer. Sécuriser un peu. Et tester.

Ils cherchent des branches épaisses près du saule. Gabin cale deux branches sous la passerelle, comme des béquilles. Lila tient les planches pendant que Gabin attache la ficelle autour d'un poteau et d'une branche, pour limiter le balancement.

Nougat observe, la tête penchée, comme un professeur sévère.

— Évaluation du pont : niveau “moyen”, dit Lila en prenant une voix sérieuse.

Gabin rit, puis reprend son sérieux.

— Je passe. Si ça tient, on fait passer les autres un par un.

Il avance lentement, bras écartés. La boue en dessous fait des bulles discrètes, comme si elle chuchotait : “Viens… juste un petit pas de travers…”

La passerelle tremble, mais tient.

Arrivé de l'autre côté, Gabin souffle.

— Ça va.

Lila traverse à son tour. Elle ne regarde pas en bas. Elle fixe un point imaginaire au loin.

— Je déteste être courageuse, grogne-t-elle une fois arrivée.

Gabin sourit.

— Moi aussi. Mais ça marche.

Ils suivent un petit sentier qui rejoint la rue derrière la médiathèque. Sauf que, juste avant la sortie, ils découvrent un nouveau problème.

Un grillage est tombé, couché sur le chemin. Et derrière, la boue a débordé en une flaque énorme, prête à avaler le sentier.

— Voilà, dit Lila. Fin de l'aventure. On rentre.

Gabin se penche. La flaque avance lentement, comme une bête paresseuse.

— Si on ne fait rien, ce passage sera inutilisable. Et tout le monde retournera au goulet. Avec les bousculades.

Lila fronce les sourcils.

— Tu veux… combattre la boue ?

— Je veux l'éviter. Et aider les autres à l'éviter.

Il repense à la plaque “Eaux”. L'évacuation. Quelque chose bouche.

— On doit trouver pourquoi ça déborde, dit-il.

Nougat éternue, puis se met à gratter près du grillage.

— Il a trouvé quelque chose, dit Lila.

Sous les feuilles, un petit regard d'évacuation est bouché par des déchets : un sac plastique, des gobelets, des bouts de carton.

Gabin serre les poings.

— Sérieux ? Les gens jettent ça là, et après ils se plaignent que c'est boueux.

— Les gens sont parfois… des gens, résume Lila.

Gabin inspire.

— On nettoie.

Chapitre 4 — La bataille du sac plastique

Ils n'ont pas de gants. Alors Gabin enroule du ruban adhésif autour de ses doigts, côté collant à l'extérieur.

— Tu fais des gants de super-héros, se moque Lila.

— Des gants de super-pratique, corrige Gabin.

Lila utilise un vieux mouchoir en tissu. Nougat, lui, se contente d'aboyer sur les déchets, comme si ça allait les intimider.

Gabin attrape le sac plastique. Il résiste, accroché au métal comme un drapeau stupide.

— Viens là, toi, grogne Gabin.

Il tire. Le sac se déchire. Un peu de boue éclabousse son pantalon.

— Ah ! s'exclame Lila. La boue t'a marqué !

— Chut. Ne lui donne pas d'importance, dit Gabin en essuyant.

Ils retirent les cartons, les gobelets, les feuilles compactées. Peu à peu, l'eau sale commence à glouglouter dans le regard. Le bruit est satisfaisant, comme quand on débouche une paille.

La flaque s'affaisse, lentement. La boue recule, vexée.

— Ça marche ! dit Lila.

Gabin surveille la passerelle au loin. Si le niveau baisse, le sentier redeviendra utilisable. Mais le grillage tombé bloque encore.

— On ne pourra pas porter ça à deux, dit Lila en touchant le métal.

Gabin regarde autour. Un banc en bois, renversé, près d'un arbre. Il a dû être déplacé pendant les travaux.

— Le banc. On peut s'en servir comme levier.

Ils glissent le banc sous le grillage et poussent ensemble. Le grillage se soulève de quelques centimètres.

— Encore ! dit Gabin.

— Je pousse ! Je pousse ! souffle Lila.

Nougat, enthousiasmé, saute autour d'eux, puis s'arrête juste au mauvais endroit. Le banc glisse. Le grillage retombe.

— Nougat ! s'écrie Lila. Collaborateur… très enthousiaste, mais pas très précis !

Nougat s'assoit, l'air innocent.

Gabin se redresse, essoufflé. Il regarde ses mains. Son ruban adhésif est couvert de terre.

— On a besoin d'un troisième, dit-il. Ou d'une idée meilleure.

À ce moment-là, une voix arrive du sentier.

— Vous faites quoi, là ?

C'est un agent municipal, avec un gilet jaune et un casque accroché à la ceinture. Il porte une pince et une radio.

Gabin se fige. Lila aussi.

— On… on essayait de dégager le passage, dit Gabin. Et de déboucher l'évacuation. Parce que… ça déborde. Et des gens risquent de glisser.

L'agent les observe. Puis il se penche, regarde le regard d'évacuation.

— Eh ben. Vous avez déjà fait la moitié du boulot.

Lila ouvre la bouche.

— On n'est pas en train de se faire gronder ?

L'agent sourit.

— Je devrais vous dire de ne pas traîner dans les zones de travaux. Mais je vois que vous avez été prudents. Et surtout, que vous avez agi pour la sécurité des autres. Ça, c'est… rare.

Gabin relève le menton.

— On voulait éviter que les plus fragiles soient coincés au goulet. C'est pas juste.

L'agent hoche la tête.

— Vous avez raison. Attendez ici. Je relève le grillage.

Avec sa pince, il détache un fil de fer, redresse le grillage, le fixe correctement au poteau. Le passage est de nouveau ouvert. La flaque continue de diminuer.

— Voilà. Et je vais signaler qu'il faut renforcer la passerelle, ajoute-t-il. Vous avez un nom ?

Gabin hésite. Dire son nom, c'est accepter une responsabilité. Mais c'est aussi assumer.

— Gabin. Et elle, c'est Lila.

— Merci, Gabin et Lila. Vous avez rendu service à tout le monde.

Lila chuchote quand l'agent s'éloigne :

— On vient de gagner un point de réputation dans le quartier.

Gabin rit, puis regarde l'heure.

— La médiathèque !

Ils repartent en courant, en évitant soigneusement la moindre trace humide.

Chapitre 5 — La médiathèque et le carnet oublié

La médiathèque sent le papier, le bois ciré et un peu la pluie ancienne. Gabin adore ce lieu. Il parle moins fort rien qu'en passant la porte, comme si les livres écoutaient.

Au comptoir, la bibliothécaire, Madame Roussel, lève les yeux.

— Ah, Gabin. Tu as ton retour ?

— Oui. Et… j'avais réservé “Les Explorateurs du Vent”.

Madame Roussel sourit, et lui tend le livre.

— Tout juste arrivé.

Gabin le prend comme un trésor. Lila caresse Nougat, qui s'ennuie poliment.

— Vous avez couru un marathon ? demande Madame Roussel en voyant la tache de boue sur le pantalon de Gabin.

Gabin échange un regard avec Lila.

— Une… petite aventure de quartier, dit-il.

Madame Roussel rit doucement.

— Les meilleures sont souvent juste au coin de la rue.

Sur une table, près des nouveautés, un petit carnet attire l'œil de Gabin. Couverture en cuir, élastique usé. Il est ouvert à une page où quelqu'un a écrit d'une écriture fine :

“Légende du Chemin des…”

La suite est déchirée, comme le panneau sous le saule.

Gabin fronce les sourcils. Il regarde autour.

— Madame Roussel, ce carnet est à vous ?

Elle s'approche, surprise.

— Oh ! Je ne l'avais pas vu. Il a dû être oublié. Il y a parfois des carnets dans la boîte à objets trouvés, mais celui-ci… Tiens, regarde, il y a un tampon ancien.

Gabin lit : “Société des Amis du Parc”.

Lila se penche.

— C'est une société secrète ?

— C'est surtout un vieux club, dit Madame Roussel. Des gens qui aimaient le parc, il y a longtemps.

Gabin tourne délicatement les pages. Il y a des croquis d'arbres, des notes sur des oiseaux, et des phrases mystérieuses.

Puis il trouve une page plus nette :

“Quand la boue gagne, le chemin disparaît.

Quand l'entraide s'en mêle, le chemin réapparaît.

Et celui qui passe sans salir son cœur…”

La phrase s'arrête.

Gabin sent une chaleur dans sa poitrine.

— On dirait… une légende à compléter, murmure-t-il.

Madame Roussel les observe, amusée.

— Si ce carnet vous inspire, vous pouvez le lire ici. Mais il ne sort pas de la médiathèque.

Gabin acquiesce.

— On reviendra.

Lila hausse un sourcil.

“On” ?

— Oui. Parce que ce chemin… c'est le nôtre aussi.

Ils rentrent chez eux par la route sûre, celle qu'ils ont dégagée. Et, en passant, ils voient Inès et sa grand-mère. Elles traversent le passage en douceur, accompagnées d'un autre adulte. Personne ne pousse.

Gabin ralentit, soulagé.

— Ça valait la peine, dit-il.

La grand-mère leur fait un signe de la main.

— Merci, les enfants !

Lila répond :

— De rien ! Et attention à la boue, elle est susceptible !

Nougat aboie, comme pour approuver.

Chapitre 6 — La légende complétée

Le soir, Gabin ne parvient pas à lire son roman tout de suite. Il pense au carnet. Au panneau effacé. Au bruit de l'eau qui se remet à couler quand on enlève ce qui bloque.

Le lendemain, après les cours, il retourne à la médiathèque avec Lila. Ils s'installent à une table, le carnet entre eux. Dehors, le quartier vit. Un vélo passe. Un bus soupire. Quelqu'un rit.

Gabin relit la phrase incomplète.

“Quand la boue gagne, le chemin disparaît.

Quand l'entraide s'en mêle, le chemin réapparaît.

Et celui qui passe sans salir son cœur…”

Lila tapote le papier.

“Sans salir son cœur”, ça veut dire… sans devenir méchant ? Sans se moquer ? Sans pousser les autres ?

Gabin hoche la tête.

— Sans rendre la vie plus difficile aux autres, juste pour aller plus vite.

Il pense au garçon qui poussait dans le goulet. Il pense aussi à lui-même, à son envie de foncer, parfois. À son impatience.

Madame Roussel arrive avec un stylo.

— J'ai trouvé une feuille pour que vous proposiez une fin. Ce carnet est ancien, mais les légendes vivent quand on les raconte.

Gabin prend le stylo. Il hésite. Compléter une légende, c'est comme signer un pacte.

Lila lui chuchote :

— Fais simple. Fais vrai.

Gabin écrit, en lettres appliquées, avec des phrases courtes, comme un sentier clair.

“Quand la boue gagne, le chemin disparaît.

Quand l'entraide s'en mêle, le chemin réapparaît.

Et celui qui passe sans salir son cœur

laisse derrière lui un passage plus sûr,

où les petits, les grands, et les fatigués

avancent à leur tour, sans être bousculés.

On l'appelle alors le Chemin des Justes,

car il évite la boue… et garde les gens debout.”

Il repose le stylo. Son cœur bat vite, mais doucement, comme s'il s'était calé au bon rythme.

Madame Roussel lit. Ses yeux brillent.

“Le Chemin des Justes”. J'aime beaucoup.

Lila sourit.

— Ça sonne comme Gabin.

Gabin rougit un peu.

— Ça sonne comme nous, corrige-t-il. Et comme Inès. Et comme la grand-mère. Et même comme l'agent municipal.

Dehors, un rayon de soleil glisse sur les vitres, comme une promesse.

Ils repartent ensuite, sans se presser. Sur le chemin, ils passent près du saule. La passerelle est désormais marquée d'un ruban de sécurité, et un panneau neuf indique : “Passage piétons conseillé”.

Gabin regarde la boue en dessous. Elle est toujours là, bien sûr. La boue ne disparaît jamais complètement. Elle attend. Elle teste. Mais maintenant, il y a un passage. Et surtout, il y a une idée.

Lila donne une petite tape sur l'épaule de Gabin.

— Tu sais quoi ? La prochaine fois qu'on voit un problème, on ne dira pas juste “beurk”. On dira… “on fait quoi ?”.

Gabin sourit.

— Exactement.

Nougat secoue ses poils et, par miracle, n'éclabousse personne.

Et le quartier, sans le savoir, vient de gagner une légende de plus. Une légende simple. À hauteur d'enfant. Mais assez solide pour porter beaucoup de monde.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Déviation piétons
Itinéraire temporaire pour les personnes à pied quand le chemin principal est fermé.
Zone glissante
Endroit où le sol est glissant et où l'on peut facilement tomber.
Chantier
Lieu où l'on construit ou répare quelque chose, avec des outils et du matériel.
Goulet
Passage étroit où les gens peuvent se retrouver coincés ou bousculés.
Palissades
Structures en bois qui entourent un lieu pour le protéger ou le cacher.
Médiathèque
Lieu où l'on emprunte des livres, des films et parfois des ordinateurs.
Décalque
Copie d'un dessin faite en traçant les contours sur une autre feuille.
Bouche d’égout
Ouverture sur la rue qui permet à l'eau de s'écouler sous terre.
Allée de service
Chemin utilisé par les travailleurs pour accéder à l'arrière d'un lieu.
Passerelle
Petit pont pour traverser un fossé, une rivière ou une zone difficile.
Grillage
Structure en métal formée de fils croisés, utilisée comme clôture.
Regard d’évacuation
Ouverture qui permet à l'eau de s'écouler dans les canalisations.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.