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Petits aventuriers 11 à 12 ans Lecture 24 min.

Le symbole du Passage : l’aventure sous les trottoirs

Silex, un renard curieux, suit des traces jusqu’aux égouts où il rencontre plusieurs compagnons et affronte épreuves et peurs pour retrouver un mystérieux symbole ancien.

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Renard roux (Silex) en papier orange/crème, allongé et tendant la patte pour tirer une chatte grise (Mouche) agile et surprise-soulagée, aide aussi un chien musclé gris-bleu (Brume) à grimper sur une grille ouverte ; pie perchée au-dessus, ruelle étroite de nuit aux murs de briques texturées, eau montante en vagues bleu foncé, flaques réfléchissantes et lampadaires, planche sur la porte métallique et craie gravée au premier plan, composition diagonale aux contrastes chaud/froid, textures découpées et éclaboussures stylisées. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le mur qui chuchote

Dans la ruelle derrière la boulangerie, il y avait un mur de briques. Un mur tout simple, avec des affiches qui se décollaient et une vieille gouttière qui cliquetait quand le vent passait.

Sauf que, ce matin-là, le mur semblait… parler.

Pas avec des mots, non. Plutôt avec des petits signes. Des traces fines, comme des griffures, presque effacées. Le renard les suivait du bout des yeux. Il s'appelait Silex. Il était prudent, du genre à tester la solidité d'une planche avant de poser la patte. Mais il était aussi hardi, parce que sa curiosité lui chatouillait le museau plus fort que la peur.

Silex vivait à la lisière de la ville, dans un jardin abandonné où les rosiers avaient pris des airs de jungle. Il connaissait les horaires des camions-poubelles, les coins où les chiens étaient attachés, et le trottoir qui sentait la confiture quand la boulangerie rinçait ses plaques.

Et il connaissait une histoire.

On disait qu'autrefois, un symbole avait été gravé quelque part, tout près, pour protéger les petits passages secrets de la ville. Un symbole discret, pas magique comme dans les films, mais assez important pour guider ceux qui se perdaient. Un symbole qu'on n'avait plus revu depuis longtemps.

Silex pencha la tête. Les griffures sur les briques formaient une spirale, puis un angle, puis… un morceau de triangle.

— Ça ressemble à un bout de flèche, murmura-t-il.

Au-dessus de lui, une pie se posa, l'air de tout savoir.

— Tu parles au mur, toi ? lança-t-elle. C'est nouveau.

— Je l'écoute, répondit Silex sans se vexer. Il a quelque chose à dire.

La pie cligna d'un œil. Son plumage brillait comme un costume de soirée.

— Si c'est un mur bavard, il va surtout te demander des miettes. Les murs sont très gourmands.

Silex eut un petit rire. Puis il sentit un frisson d'excitation. Les traces semblaient mener vers la bouche d'égout au bout de la ruelle. Une bouche ronde, sombre, qui soufflait une odeur d'humidité et de fer.

Silex recula d'un pas. Prudent. Mais son cœur, lui, avançait déjà.

— Je dois retrouver ce symbole gravé, dit-il. Je crois qu'il est là-dessous.

— Dans les égouts ? beugla la pie. Quelle idée. Les égouts, c'est un endroit où les chaussettes perdues finissent leur carrière.

— Justement. Si personne n'y va, personne ne le retrouve.

La pie s'approcha, intriguée malgré elle.

— Et si tu te coinces ? Et si ça glisse ? Et si tu rencontres… une chaussette en colère ?

— Alors je ferai attention. Et j'appellerai à l'aide si besoin.

Silex posa une patte sur la grille. Elle vibra, froide et solide. Il inspira, comme s'il avalait du courage.

— Tu viens ? demanda-t-il.

La pie renifla.

— Je ne descends pas. Mais je peux surveiller d'en haut. Je suis une assistance aérienne. Très officielle.

— Marché conclu, dit Silex.

Il glissa entre deux barres, doucement, sans se presser. La ville continua de vivre au-dessus, avec ses pas pressés et ses sacs en papier. En bas, il n'y avait que le souffle sombre, l'écho d'une goutte, et le début de l'aventure.

Chapitre 2 : La rivière sous les trottoirs

Le tunnel sentait la pierre mouillée et les feuilles pourries. Silex avançait lentement. Ses moustaches frôlaient les parois, comme deux antennes.

La lumière venait d'en haut, en petits disques pâles, là où il y avait des grilles. On aurait dit des lunes découpées.

Un filet d'eau coulait au milieu. Pas une grosse rivière, mais assez pour faire un bruit de chuchotement.

— Ne te prends pas pour un poisson, Silex, se dit-il. Tu es un renard. Un renard qui… n'aime pas avoir les pattes trempées.

Il chercha un chemin sur les côtés, en sautant de pierre en pierre. Certaines glissaient. À chaque fois, il ralentissait, testait, puis repartait. Prudence d'abord, bravoure ensuite.

Au détour d'un virage, un petit tas de choses brillantes apparut. Un trésor, peut-être ? Silex s'approcha… et découvrit un amas de capsules de bouteilles, de boutons, et d'une petite cuillère tordue.

Un rat sortit de l'ombre. Il portait une capsule sur la tête comme un casque.

— Stop ! Territoire de Riton, protecteur officiel des objets oubliés !

Silex se figea. Son pelage se hérissa un peu, puis redescendit.

— Je ne veux rien voler, dit-il calmement. Je cherche un symbole gravé. Un signe ancien.

Riton plissa les yeux.

— Un symbole ? Ici, il y a surtout le symbole de “attention, ça pue”.

Silex sourit, malgré lui.

— Je te promets, ce n'est pas une blague. Il paraît que ce symbole guide les passages secrets. Et j'ai trouvé des traces au mur, là-haut.

Riton s'approcha, intrigué. Son museau tremblait.

— Des traces ? Montre.

Silex indiqua la paroi. Là, près du sol, on distinguait une marque en creux. Un angle, une spirale, comme dans la ruelle.

Riton gratta la pierre du bout des griffes.

— Ça, c'est vieux. Très vieux. Même plus vieux que ma plus vieille capsule, et elle date d'hier.

Silex sentit son cœur taper plus fort.

— Tu sais où ça mène ?

Riton fit un geste vague avec sa queue.

— Les marques apparaissent parfois après les grosses pluies. Elles vont vers le “carrefour qui résonne”. Mais fais gaffe. Là-bas, il y a une porte coincée. Et quand une porte est coincée, elle est de mauvaise humeur.

Silex pencha la tête.

— Tu viens avec moi ?

Riton eut un mouvement de recul.

— Moi ? Dans le carrefour qui résonne ? Je… je préfère garder mon trésor. Quelqu'un doit surveiller les cuillères, tu comprends.

Silex comprit. Il vit la peur dans les yeux de Riton, et il ne se moqua pas.

— D'accord. Merci de m'avoir aidé, dit-il doucement. Tu as été courageux de me parler.

Riton sembla surpris, puis un peu fier.

— Bon. Si tu reviens, rapporte-moi un bouton. Un vrai, pas un de ces trucs en plastique triste.

— Promis, dit Silex.

Il reprit sa route. À chaque pas, il pensait à Riton. On pouvait être petit et trembler, mais quand même tendre la patte. C'était ça, l'entraide.

Et quelque part, dans le noir, le symbole l'attendait.

Chapitre 3 : Le carrefour qui résonne

Le tunnel s'élargit. Les murs s'éloignèrent. L'eau se mit à couler plus vite. Et soudain, l'endroit devint immense, comme une place souterraine.

Quatre tunnels s'ouvraient autour de lui, et le moindre bruit rebondissait, revenait, se répétait. Son souffle faisait : souffle… ouffle… ffle…

— Oh, génial, marmonna Silex. Même ma respiration se moque de moi.

Au centre, une vieille porte métallique barrait un passage. Elle était coincée de travers, comme si quelqu'un l'avait poussée trop fort et abandonnée là.

Silex s'approcha. Il posa une patte dessus. Elle vibra.

— D'accord… on va faire ça intelligemment.

Il regarda autour. Au sol, il y avait une barre de fer rouillée. Trop lourde pour la porter longtemps, mais assez pour faire levier.

Silex la traîna jusqu'à la porte, en soufflant. Son reflet se tordait dans l'eau.

Il plaça la barre sous le bord, chercha le bon angle. Il poussa. La porte grinça, un son qui fit sursauter tout le carrefour.

Et quelque chose répondit.

Un grognement.

Silex se figea. Une silhouette apparut dans le tunnel de droite. Un chien. Pas un énorme chien de garde, mais un chien de ville, musclé, avec un collier encore au cou. Ses yeux brillaient dans la pénombre.

Le chien renifla.

— Qui est là ? gronda-t-il. Cet endroit est à moi.

Silex avala sa salive. Un renard face à un chien, ce n'était jamais une situation confortable. Il recula d'un pas, sans courir.

— Je m'appelle Silex. Je cherche juste un symbole gravé. Je ne veux pas d'ennuis.

Le chien avança. Son pas faisait clap dans l'eau.

— Un symbole ? Les humains gravent des trucs partout. Ça ne sert à rien.

Silex sentit la peur lui piquer les pattes. Mais il pensa à Riton. Il pensa aussi à la pie, là-haut, qui surveillait. Il devait rester calme.

— Peut-être que ça ne sert à rien pour toi, dit-il. Mais pour moi, c'est important. Et… si tu as peur que je prenne ta place, je peux te promettre que je ne veux pas rester ici.

Le chien hésita. Son oreille bougea.

— Peur ? Moi ?

— Non, dit Silex rapidement, avec un sourire prudent. Je veux dire… que tu protèges cet endroit. Ça se voit. Tu as l'air d'un gardien.

Le chien gonfla un peu le poitrail, flatté malgré lui.

— Je m'appelle Brume, dit-il.

— Brume, c'est un beau nom.

Brume fit mine de ne pas apprécier, mais sa queue remua d'un millimètre. Silex continua, doucement.

— Je ne suis pas venu te défier. Je suis venu comprendre. Et si ce symbole est ici, c'est peut-être parce qu'il a aidé d'autres animaux à ne pas se perdre.

Brume baissa la tête.

— Je… je me suis perdu, moi, dit-il d'une voix plus basse. Un jour, la barrière du parc était ouverte. J'ai suivi une odeur de frites. Et puis… plus personne.

Silex sentit une chaleur dans sa poitrine. De l'empathie, simple et forte.

— Ça doit être dur, dit-il. Tu as dû te débrouiller seul.

Brume détourna les yeux.

— Ici, au moins, personne ne me chasse.

— Je ne te chasserai pas non plus, dit Silex. Mais laisse-moi ouvrir cette porte. Si je trouve le symbole, je le regarderai, je le mémoriserai, et je partirai.

Brume fixa la porte, puis la barre de fer.

— Tu vas te coincer la patte.

— Peut-être, admit Silex. Mais je peux y aller lentement. Et si tu m'aides à tenir la porte, ce sera plus sûr.

Brume resta immobile. Puis il s'approcha, posa son épaule contre le métal.

— Une fois, dit-il, sans regarder Silex, j'avais une famille. Ils disaient que j'étais “brave”. Je veux bien essayer de l'être encore.

Ensemble, ils poussèrent. La porte grinça, protesta, puis céda. Un souffle d'air plus frais passa, comme un soupir.

Derrière, un couloir étroit descendait.

Sur le mur, une marque en creux brillait faiblement, comme si la pierre avait gardé un peu de lumière.

Silex s'approcha. Son cœur tambourinait.

— On dirait… que je suis sur la bonne piste, chuchota-t-il.

Chapitre 4 : La salle des craies

Le couloir menait à une petite salle ronde. Le sol était sec. Les murs étaient couverts de dessins à la craie : des étoiles, des flèches, des cercles, des silhouettes d'animaux.

On aurait dit que quelqu'un avait fait ici une carte du monde, version souterraine.

Silex marcha au milieu, impressionné.

— C'est… beau, souffla-t-il.

Brume entra derrière lui, méfiant.

— Je n'étais jamais allé si loin.

Silex repéra une série de flèches qui pointaient vers une brique un peu différente. Plus lisse. Plus claire. Comme si des pattes l'avaient touchée souvent.

Il approcha son museau. Il sentit une odeur de poussière et de savon.

— Qui a dessiné tout ça ? demanda-t-il.

Une voix répondit, douce et râpeuse.

— Nous.

Silex sursauta. Une chatte grise sortit d'un renfoncement. Elle avait un petit sac en toile sur le dos, et une craie coincée derrière l'oreille.

— Je m'appelle Mouche, dit-elle. Et vous venez de marcher sur mon dernier morceau de craie. Enfin… presque. Ouf.

Silex leva ses pattes, comme s'il était accusé d'un crime.

— Désolé ! Je ne l'ai pas cassé !

Mouche sourit.

— Je plaisante. Un peu. On a besoin de rire, ici.

Elle regarda Brume, sans peur.

— Tu es le chien du carrefour.

Brume grogna, pas méchant.

— Et toi, tu es la chatte qui gribouille.

“Cartographie artistique”, corrigea Mouche. C'est plus chic.

Silex se détendit. L'endroit semblait moins menaçant avec elle.

— Je cherche un symbole gravé, dit-il. Un signe ancien, caché dans la pierre.

Mouche hocha la tête, sérieuse.

— Le symbole du Passage. Je le connais. Enfin… je connais l'idée. On dit qu'il aide à retrouver le chemin quand on doute. Mais il n'apparaît pas pour n'importe qui.

Silex fronça les sourcils.

— Il choisit ?

— Disons qu'il se mérite, répondit Mouche. Il faut le chercher avec de bonnes raisons. Pas pour se vanter.

Brume renifla.

— Lui, il n'a pas l'air de se vanter.

— C'est vrai, admit Mouche. Il a l'air de quelqu'un qui réfléchit avant de sauter. C'est rare. Même chez les chats.

Silex eut un petit sourire.

— Tu peux nous aider ?

Mouche s'approcha de la brique lisse. Elle passa la patte dessus.

— Derrière cette brique, il y a une alcôve. Mais attention. Il y a un piège tout simple : si tu tires trop fort, tout s'écroule en poussière. Il faut pousser d'abord, puis glisser.

Silex observa. Il posa ses pattes comme elle montrait. Il poussa légèrement. La brique s'enfonça d'un millimètre. Puis il la fit glisser sur le côté.

Un petit clic résonna.

La brique révéla une cavité. À l'intérieur, il y avait une plaque de pierre, et dessus… une gravure.

Un symbole net. Un triangle ouvert sur un côté, avec une spirale au centre. Simple, mais puissant, comme un signe qu'on comprend sans savoir l'expliquer.

Silex resta sans voix. Il sentit une joie calme, comme un feu qui réchauffe.

— Je l'ai trouvé, murmura-t-il.

Brume s'approcha, les yeux ronds.

— C'est juste un dessin.

— Oui, dit Silex. Mais c'est un dessin qui dit : “Tu peux passer. Tu peux continuer. Tu n'es pas seul.”

Mouche hocha la tête.

— Voilà. Tu comprends.

Silex mémorisa chaque trait. Il le grava dans sa tête, comme on garde un secret précieux.

Puis, un bruit de gouttes plus fort se fit entendre. Un grondement lointain, comme un tambour.

Mouche se figea.

— Non… pas maintenant. La pluie.

Brume leva la tête, inquiet.

— L'eau va monter ?

Mouche attrapa son sac.

— Oui. Ici, ça se remplit vite. Il faut sortir. Et vite.

Silex sentit l'aventure se transformer en urgence. Il prit une grande inspiration.

— On y va ensemble, dit-il. Personne ne reste derrière.

Chapitre 5 : La montée des eaux

Ils coururent dans le couloir. L'air semblait plus lourd. Derrière eux, l'eau commençait à parler plus fort, comme une foule qui approche.

Silex était devant. Il connaissait le chemin jusqu'au carrefour. Il comptait les virages dans sa tête.

— À gauche, puis tout droit, puis le grand espace, dit-il.

Brume suivait, solide, prêt à porter ou pousser si besoin. Mouche, plus légère, sautait sur les côtés pour éviter les flaques.

Le carrefour qui résonne les accueillit avec un écho inquiet. L'eau arrivait déjà par un des tunnels, rapide, bouillonnante.

— Ça va fermer les passages ! cria Mouche.

Silex aperçut la porte métallique qu'ils avaient ouverte. Elle tremblait.

— Si elle se referme, on est coincés, dit Brume, la voix serrée.

Silex pensa vite. Prudent, mais hardi. Il observa les courants. L'eau venait surtout du tunnel de droite. Il fallait passer par le tunnel opposé, celui qui montait vers la grille de la ruelle.

Mais l'eau commençait à l'envahir aussi.

— Brume ! aide-moi à maintenir la porte ouverte ! Mouche, cherche quelque chose pour la bloquer !

Mouche fila comme une flèche. Elle revint avec… une vieille planche de bois, gonflée d'eau.

— C'est ça ou une chaussure, dit-elle. La chaussure sent mauvais.

— La planche ira très bien, dit Silex.

Brume poussa la porte avec son épaule. Silex glissa la planche en travers, la coinça avec la barre de fer rouillée qu'il avait laissée là.

Le métal protesta, mais tint.

— Ça devrait ralentir, souffla Silex. Allez !

Ils s'engagèrent dans le tunnel de la ruelle. L'eau leur léchait les pattes. Silex sentit le courant tirer. Il planta ses griffes dans la pierre, chercha les aspérités.

À un moment, Mouche glissa. Sa patte arrière partit dans l'eau.

— Ah !

Brume se retourna, prêt à bondir. Mais Silex fut plus rapide. Il se coucha presque, allongea tout son corps, tendit sa patte.

— Attrape !

Mouche saisit son poignet avec ses griffes. Silex serra, les muscles tremblants. Il sentit la peur lui mordre le ventre. Mais il ne lâcha pas. Il pensa : “Doucement. Respire. Tiens.”

Brume attrapa Mouche par le col du sac et tira. Ensemble, ils la ramenèrent sur la pierre.

Mouche haleta, puis lâcha un rire nerveux.

— J'ai toujours dit que je détestais les bains.

Silex souffla, soulagé.

— On avance. On avance ensemble.

Ils continuèrent, pas après pas, comme une petite équipe serrée. Silex repéra enfin la lueur d'une grille au-dessus. La sortie.

— Là ! dit-il.

Brume leva la tête.

— Elle est haute.

Silex observa la paroi. Il y avait des encoches, comme des marches. Un vieux mur rugueux.

— Je monte d'abord, dit Silex. Je pousse la grille. Ensuite Mouche. Ensuite Brume.

Brume grimaça.

— Je ne suis pas… un excellent grimpeur.

Mouche lui donna un coup d'épaule.

— Moi non plus, je ne suis pas une excellente nageuse. On fait avec.

Silex grimpa. Ses pattes trouvèrent les prises. Il poussa la grille avec son dos. Elle résista, puis céda en grinçant. L'air de la ruelle entra, frais et plein d'odeurs de pain.

Mouche monta à son tour, agile malgré la peur. Puis Brume commença. Il glissa, se rattrapa, grogna.

Silex se pencha.

— Regarde la pierre, pas le vide, dit-il. Une patte, puis l'autre. Tu peux.

Brume inspira, puis monta encore. Au dernier moment, Silex attrapa sa patte avant et tira fort. Brume sortit, trempé, mais dehors.

La grille retomba derrière eux avec un clac lourd. En bas, l'eau rugissait, enfermée.

Dans la ruelle, la pluie tombait, fine et froide. Mais la ville était là, vivante, rassurante.

La pie apparut sur le bord d'une gouttière.

— Eh bien ! lança-t-elle. Vous sentez l'égout. C'est une remarque affectueuse, hein.

Silex rit, épuisé.

— Merci de l'assistance aérienne très officielle.

Mouche secoua ses pattes, éclaboussant un peu.

— On a trouvé le symbole, dit-elle.

La pie pencha la tête.

— Un symbole ? Montrez.

Silex ne pouvait pas le montrer vraiment. Il était gravé en bas, et aussi dans sa mémoire. Alors il le dessina du bout de la griffe sur une flaque : un triangle ouvert, une spirale au centre.

La pie le regarda, silencieuse cette fois.

— Pas mal, admit-elle. Ça a l'air important. Et… ça vous va bien.

Brume fixa le dessin. Ses yeux étaient plus doux.

— Ça veut dire que je peux trouver un chemin, moi aussi ?

Silex posa doucement sa patte sur l'épaule de Brume.

— Oui. Et tu n'as pas à le faire seul.

Chapitre 6 : Le symbole partagé

Le soir tomba. La pluie s'arrêta comme si quelqu'un avait fermé un robinet géant. Les lampadaires s'allumèrent, dessinant des halos dorés sur le bitume.

Ils marchèrent jusqu'au jardin abandonné de Silex. Les rosiers bougeaient doucement. Les feuilles brillaient encore.

Mouche s'assit sur une pierre plate.

— Je vais redessiner la carte, dit-elle. Avec le symbole. Pour que d'autres puissent se repérer. Pas pour attirer les ennuis. Pour aider.

Brume hésita, puis s'assit aussi. Il avait l'air fatigué, mais plus léger.

— Je pourrais… rester près de la ruelle, dit-il. Pas dans les égouts. Dehors. Pour prévenir quand il pleut fort. Et pour… garder un œil.

La pie ricana.

— Garder un œil ? Avec ta taille, tu peux en garder deux, facile.

Brume souffla, presque un rire.

Silex regarda ses nouveaux compagnons. Il sentit une fierté tranquille. Ils n'avaient pas vaincu un monstre. Ils avaient fait mieux : ils avaient traversé la peur, ensemble. Ils avaient écouté les doutes, sans les laisser commander.

Silex prit une petite branche et traça le symbole sur la terre, près du rosier le plus vieux.

— Ce n'est pas une marque pour dire “c'est à moi”, dit-il. C'est une marque pour dire “tu peux demander de l'aide ici”.

Mouche hocha la tête.

— Et si quelqu'un a peur ?

— Alors on l'écoute, répondit Silex. On ne rit pas de sa peur. On l'aide à avancer à son rythme.

Brume regarda le ciel.

— J'aimerais retrouver ma famille, dit-il. Un jour.

Silex pensa vite. La ville avait des parcs, des odeurs, des habitudes. Un chien ne disparaissait pas sans laisser de traces.

— On cherchera, dit-il. Avec prudence. Et courage. Et un plan, parce que courir au hasard, c'est juste… faire du sport.

La pie éclata d'un rire sec.

— Un renard qui donne des leçons d'organisation ! Voilà une nouvelle que je vais raconter à tout le monde. Enfin… à moi-même, ça ira.

Ils restèrent un moment en silence. Le jardin respirait. Au loin, on entendait encore la ville, comme une mer calme.

Silex sentit le sommeil venir, doux.

Il avait retrouvé le symbole gravé. Mais surtout, il avait trouvé quelque chose d'autre : une équipe, une promesse, une façon de regarder les autres avec attention.

Avant de fermer les yeux, il dit, tout bas, comme un secret partagé :

— À bientôt.

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Bouche d’égout
Ouverture ronde dans la rue qui permet à l'eau et aux canalisations de passer.
Lisière
Bord ou limite d'un endroit, comme la lisière d'une ville ou d'une forêt.
Alcôve
Petit renfoncement dans un mur, souvent utilisé comme petit espace secret ou abri.
Cavité
Trou ou espace creux à l'intérieur d'une pierre ou d'un objet.
Gravure
Trace ou dessin creusé dans la pierre ou le bois pour laisser un signe durable.
Spirale
Forme enroulée qui tourne autour d'un point, comme un escargot dessiné.
Résonne
Faire un son qui revient en écho dans un lieu fermé ou vaste.
Aspérités
Petits reliefs ou bosses sur une surface, qui permettent d'accrocher ou de tenir.
Gouttière
Canal le long d'un toit qui recueille et conduit l'eau de pluie.
écho
Retour d'un son qui rebondit sur des murs et qu'on entend répété.

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