Chapitre 1 : La Chaussette de l'Imprévu
Un matin pas comme les autres, Adèle, Mathilde et Salomé, trois amies inséparables, s'étaient retrouvées devant la porte de l'école avec un air aussi fatigué qu'un chat qui aurait couru un marathon. Mais aujourd'hui, il n'y avait pas école. Car aujourd'hui, c'était samedi, et qui dit samedi, dit expédition dans le grenier d'Adèle.
Le grenier d'Adèle était réputé dans la ville de Meunier-les-Oies pour deux choses : ses toiles d'araignées capables de tricoter des écharpes et, surtout, ses objets plus incompréhensibles qu'un devoir de maths écrit à l'envers.
— Ce matin, c'est fouille générale ! déclara Adèle en enfilant sa salopette aux poches magiques (connues pour avaler et recracher les gâteaux au chocolat).
— Je parie qu'on va finir par retrouver la dent de lait de ton cochon d'Inde, ajouta Salomé, toujours prête à taquiner.
— Ou ta chaussette à paillettes qui disparaît et réapparaît tous les vendredis, lança Mathilde, l'œil pétillant.
Elles grimpèrent l'escalier du grenier, qui grinçait comme s'il se plaignait d'être réveillé si tôt. Là-haut, la lumière filtrait à travers une lucarne pleine de poussière et illuminait un joyeux bazar : parapluies sans manches, boîtes à musique muettes et... au sommet d'une pile de vieux jeux de société, une chaussette très particulière.
C'était une chaussette violette, grande, ornée de petits poulpes jaunes qui souriaient. Elle semblait… pulser légèrement, comme si elle respirait.
— Pourquoi elle bouge, ta chaussette ? demanda Mathilde, qui avait pourtant déjà vu Adèle inventer une soupe au yaourt et au ketchup.
— Je crois qu'elle essaie d'attirer notre attention, répondit Adèle en s'approchant.
Salomé, la plus courageuse, saisit la chaussette. Elle sentit une drôle de vibration, un chatouillement qui se propagea jusqu'à ses oreilles.
Et tout à coup, la chaussette parla. Oui, elle parla, et sa voix avait l'accent d'un moustique enrhumé.
— Enfin ! Des gens qui savent apprécier la vraie mode, fit la chaussette. Pour vous remercier, voici un cadeau… ou plutôt… un pouvoir !
Un éclair violet jaillit, et les filles se retrouvèrent projetées dans une explosion de confettis et de plumes de perroquet.
Quand elles se relevèrent, tout paraissait identique, sauf elles-mêmes : chacun portait sur la tête... un poisson pané doré et croustillant.
— On dirait que le pouvoir, c'est… le poisson pané crânien, rigola Adèle.
Mais aussitôt, elles comprirent que quelque chose avait changé : dès qu'elles pensaient très fort à un objet, il apparaissait, mais avec une touche… absurde. Mathilde pensa à un vélo, et, pouf, un vélo en bonbons surgit. Salomé imagina un parapluie, et hop, un parapluie qui chantait du rap.
Chapitre 2 : Les Objets Qui Font N'importe Quoi
Les trois amies, un peu sous le choc mais ravies, se mirent à tester leur nouveau pouvoir magique. Adèle ferma les yeux et pensa très fort à une pizza. Un disque de fromage (encore fumant !) apparut… mais il flottait au-dessus du sol et atterrissait sur la tête de qui s'approchait.
— Génial ! cria-t-elle, avant de courir partout pour échapper à la pizza volante qui décidait de la suivre comme un petit chien.
— Je vais essayer avec quelque chose de plus utile, déclara Mathilde. Elle pensa à une montre. Une montre apparut… mais elle donnait l'heure en langage morse (‘bip bip boum'… ‘bip bip bip boum') et dansait la samba sur son poignet.
Salomé, elle, rêvait d'un chapeau à la mode. Elle obtint un melon… littéralement un melon vert, posé sur sa tête, qui murmurait ‘abracadabra' à chaque fois qu'elle éternuait.
— Au moins, on ne s'ennuie pas, fit Salomé, ricanant sous son melon magique.
Les filles se laissèrent emporter par l'enthousiasme. Bientôt, le grenier fut envahi d'objets plus farfelus les uns que les autres : des chaussettes qui jouaient de la trompette, une chaise qui applaudissait quand on s'asseyait dessus, et des pantoufles qui lévitaient en colimaçon.
Brusquement, Adèle remarqua un problème.
— Regardez, la porte du grenier ! On est enfermées !
En effet, la poignée avait disparu… remplacée par une moustache géante qui grattait la porte, comme pour les chatouiller.
— On est piégées, avec des objets qui font n'importe quoi, marmonna Mathilde. Il faut trouver comment sortir !
Chapitre 3 : L'Escalier des Énigmes Grotesques
Réunies autour de la fenêtre, elles tentèrent d'appeler à l'aide, mais seules des bulles de savon multicolores sortirent de leurs bouches à chaque mot.
— Impossible de prévenir quelqu'un… sauf si quelqu'un passe et comprend le code des bulles ! proposa Salomé, tout en rattrapant une bulle en forme de caniche qui s'envolait.
— Il faut réfléchir… Cherchons un moyen de sortir d'ici, déclara Adèle.
Soudain, le poisson pané de Salomé vibra. Une voix, râpeuse comme un grillon enrhumé, s'échappa :
— La sortie n'est accessible qu'à celles qui résolvent les énigmes de l'Escalier Grotesque ! Suivez le guide…
Le grenier trembla, et subitement, le plancher s'ouvrit. Un escalier en marshmallow apparut, invitant les filles à descendre.
— Si c'est de la guimauve, ça peut être sympa, dit Mathilde, croquant un barreau.
Mais chaque marche avalée se reformait aussitôt, et, au bout de trois bouchées, Mathilde se retrouva avec une moustache de sucre rose.
Elles descendirent prudemment, les marches couinaient des blagues à chaque pas (« Pourquoi les chaussettes ne racontent jamais de secrets ? Parce qu'elles ont peur de se faire mettre sur la sellette ! »).
Au bas de l'escalier, une table de ping-pong géante barrée par un crocodile en tutu leur barra la route.
— Pour passer, il faut répondre à mon énigme, annonça le crocodile d'une voix grave et élégante.
— Vas-y, demanda Salomé, qui n'avait plus peur de rien.
— Qu'est-ce qui est toujours en avance, mais n'arrive jamais à l'heure ?
Les filles réfléchirent. Adèle murmura :
— Les trains ? Les devoirs ? Le réveil du lundi matin ?
Mais Mathilde, levant la main :
— Je sais ! La montre qui danse la samba !
Le crocodile éclata de rire, fit une pirouette et laissa la place.
Chapitre 4 : Le Labyrinthe des Objets Fous
De l'autre côté de la table, un immense labyrinthe s'offrait à elles, construit entièrement en objets absurdes : murs en oreillers qui changeaient de place, portes qui s'ouvraient vers le plafond, et chemins pavés de chaussettes bavardes.
— Si on veut sortir, il faut traverser ce labyrinthe, dit Adèle.
— Mieux vaut y aller en douceur, suggéra Salomé, son melon commençant à fredonner un air d'opéra.
Elles s'engagèrent, évitant les pantoufles sauteuses, les arbres à spaghettis qui leur proposaient des écharpes de pâtes, et répondant aux questions de chaises curieuses (« Où va une chaise quand elle a mal aux pieds ? Chez le tapissier ! »).
Au détour d'un couloir, elles tombèrent sur trois portes : l'une était peinte en zèbre, l'autre couverte de plumes de poulet, la dernière ornée de brosses à dents qui se brossaient toutes seules.
Une voix mystérieuse résonna :
— Pour sortir, choisissez la porte qui grince… et qui rit !
Les filles écoutèrent : la porte zèbre couinait, la porte en plumes piaillait, mais la porte aux brosses à dents… faisait des ‘hihihi' à chaque coup de brosse.
Elles choisirent la porte rieuse, qui s'ouvrit sur… un toboggan géant fait de bananes molles.
Mathilde s'élança la première, glissant et rebondissant jusqu'à atterrir dans un bassin de pop-corn. Les autres la suivirent, riant comme jamais.
Chapitre 5 : L'Affrontement du Grand Fromage
Quand elles sortirent du bassin, elles découvrirent une immense salle, dominée par un trône où siégeait un fromage gigantesque, coiffé d'une couronne de brocolis.
— Je suis le Grand Fromage, gardien de l'absurdité ! Qui ose pénétrer mon royaume ?
Les trois amies s'inclinèrent, le plus sérieusement possible quand on porte un poisson pané, un melon et une moustache sucrée.
— Nous devons sortir de ce labyrinthe et retrouver le monde normal ! déclara Adèle.
— Mais pourquoi voudriez-vous quitter ce monde fabuleusement absurde ? Vous y êtes presque reines, et vous pouvez y créer tout ce que vous voulez !
Les filles hésitèrent. Après tout, ici, tout était possible. Mais Mathilde prit la parole.
— C'est drôle, mais on veut aussi revoir nos familles… et manger de la vraie pizza, pas une qui nous poursuit.
Le Grand Fromage sourit (enfin, fit fondre un peu plus son sourire de gruyère).
— Pour partir, il faudra réussir l'Épreuve Suprême de l'Absurde !
Un gong retentit, libérant une armée de chatons en rollers qui se mirent à jongler avec des ananas.
— L'épreuve consiste à me faire rire ! dit le Grand Fromage.
Adèle, inspirée, fit apparaître un canard en pyjama, qui entama un discours sur la philosophie du couscous.
Salomé fit voler son melon, qui atterrit sur la tête d'un des chatons, avant de se mettre à miauler « Liberté, égalité, melon-cité ! »
Mathilde, elle, pensa très fort à une blague… et soudain, son vélo en bonbons se divisa en deux, chaque moitié entamant un débat sur la meilleure saveur de gelée.
Le Grand Fromage explosa de rire, de la mozzarella jaillit de partout, et le trône se transforma en trampoline.
— Bravo, vous avez gagné ! Vous pouvez rentrer chez vous… ou rester pour toujours parmi les objets zinzins, si le cœur vous en dit.
Chapitre 6 : Le Retour à la Réalité (Ou Presque)
Les filles se concertèrent. Elles s'aimaient bien, leur vie, même si elle était moins absurde.
— On reviendra si l'envie de moustaches géantes et de vélos-bonbons nous reprend, promit Adèle en saluant le Grand Fromage.
Un passage s'ouvrit, surmonté d'une arche faite de chaussettes applaudissantes.
Elles sautèrent sur le trampoline royal et… atterrirent toutes ensemble dans le grenier d'Adèle.
Tout semblait normal : la poussière, les boîtes, même la chaussette violette, inoffensive, à sa place. Elles se regardèrent, vérifièrent leurs têtes : plus de poisson pané, ni de melon chanteur.
— C'était… incroyable, souffla Salomé. Tu crois qu'on a rêvé ?
Pourtant, sur la table, trônait une petite pizza volante, qui salua les filles d'un clin d'œil avant de s'envoler par la fenêtre.
Elles éclatèrent de rire, et Adèle déclara :
— Dire que tout ça a commencé par une chaussette à poulpes !
— Ça me donne faim, avoua Mathilde. On se fait une pizza (classique, hein !), les filles ?
Elles descendirent du grenier, fières et joyeuses, emportant le souvenir d'un monde absurde où l'amitié était la plus belle magie.
Dans la rue, un chat passa à toute vitesse, poursuivi par… une pantoufle voltigeuse.
Les filles se regardèrent, un sourire complice sur les lèvres, prêtes à vivre de nouvelles aventures, aussi absurdes que fabuleuses.