Chapitre 1 — La noisette qui éternue
Dans la clairière du Bois-Pas-Trop-Sérieux, un petit loup nommé Loupiot rangeait des glands dans une boîte à biscuits vide. Il n'avait pas l'air pressé. Loupiot, c'était le genre de loup au courage tranquille : pas le genre à hurler à l'aventure, mais pas le genre à se cacher derrière un champignon non plus.
Ce matin-là, quelque chose roulait dans l'herbe avec une détermination ridicule. Une noisette. Une noisette… qui éternuait.
— Atchiii ! fit la noisette, comme si elle avait avalé du pollen.
Loupiot cligna des yeux. Il se pencha, l'oreille tendue.
— Tu viens d'éternuer ? demanda-t-il, poliment, parce qu'on ne sait jamais avec les noisettes.
— Évidemment, répondit la noisette d'une voix pincée. Je suis allergique aux regards insistants.
— Ah. Pardon.
La noisette se redressa toute seule, comme si elle avait des petits genoux invisibles. Elle avait un autocollant doré dessus : « NE PAS SECOUER (sauf si c'est drôle) ».
Loupiot eut un sourire en coin.
— Je ne vais pas te secouer. Je vais juste… te tenir.
— Je préfère, soupira la noisette. Et maintenant, ouvre-moi.
— Comment ça, “ouvre-moi” ? Tu es… une noisette.
— Je suis une noisette magique à fermeture éclair intérieure. Tu vois bien que je suis spéciale : je fais “atchiii” avec dignité.
Loupiot, curieux comme un loup devant une nouvelle odeur de confiture, posa ses griffes sur la noisette. Elle vibra. Un minuscule « clic » retentit, comme une goutte qui tombe dans un verre.
Et soudain, sous ses pattes, l'herbe se froissa comme un tapis qu'on soulève.
Une petite voie ferrée apparut, fine comme un lacet. Une locomotive grosse comme une théière surgit en toussotant des bulles de vapeur qui sentaient la menthe.
— Tchou-tchou… pfff… tchou, fit le train, comme s'il s'excusait d'exister.
Le train s'arrêta devant Loupiot. Une porte, grande comme une feuille, s'ouvrit en grinçant très légèrement, juste pour le plaisir du son.
— Embarquement immédiat ! annonça une voix joyeuse, quelque part dans la cheminée.
Loupiot regarda la noisette. La noisette regarda Loupiot (enfin, façon de parler).
— Bon, dit Loupiot, je suppose que c'est… le moment.
— Et surtout, ne t'assieds pas sur le bouton rouge, chuchota la noisette.
— Il y a un bouton rouge ?
— Il y a toujours un bouton rouge.
Chapitre 2 — Un train minuscule, mais très fier
Loupiot fit attention à ses pattes. Monter dans un train aussi petit, c'était comme essayer d'entrer dans une tasse sans renverser le thé.
À l'intérieur, tout était minuscule et parfaitement sérieux. Les banquettes étaient rembourrées avec des plumes de pissenlit. Les rideaux, taillés dans des pétales de coquelicot, bougeaient au rythme d'un courant d'air qui semblait faire de la gymnastique.
Et, au fond, un conducteur apparut : un hérisson avec une casquette trop grande, un sifflet, et une moustache dessinée au crayon (on voyait encore la gomme).
— Billet ! dit-il d'un ton important.
Loupiot leva la noisette.
— J'ai ça.
Le hérisson plissa les yeux.
— Hmm. Billet noisette. Première classe, catégorie “surprise”. Très bien. Votre nom ?
— Loupiot.
— Profession ?
— Ranger des glands… et ne pas paniquer.
— Parfait, déclara le hérisson. Ici, on adore les gens qui ne paniquent pas. Ça nous évite de devoir paniquer à leur place. Installez-vous !
Le train se mit en route avec un « tchou-tchou » tout mignon, puis un deuxième « tchou-tchou » comme pour se rassurer.
Loupiot s'assit. Sur la banquette, une étiquette cousue disait : « Attention, banquette chatouilleuse ». Il posa sa queue dessus et sursauta.
— Hihi, fit la banquette.
— C'est très mature, murmura Loupiot, en se rasseyant plus prudemment.
Par la fenêtre, le monde défilait… mais à l'échelle d'un insecte. Les brins d'herbe semblaient des arbres. Une flaque ressemblait à un lac. Un escargot, vu de près, avait l'air d'un bus lent et concentré.
— Où on va ? demanda Loupiot au hérisson conducteur.
— À la Gare des Petits Impossibles, répondit le hérisson. Là où les choses improbables prennent leur petit-déjeuner.
— Et… pourquoi moi ?
Le hérisson réfléchit, la moustache au crayon frémissant.
— Parce que vous avez une tête à ouvrir ce qu'on ne devrait pas ouvrir… avec prudence. Et ça, c'est rare.
Loupiot regarda la noisette dans ses pattes.
— Je dois ouvrir quoi ?
La noisette fit semblant de ne pas entendre et éternua :
— Atchiii !
Chapitre 3 — La boîte à surprises (qui a de l'humour)
Le train ralentit près d'un panneau minuscule : « Prochain arrêt : HOP ! » On ne savait pas si c'était le nom de la gare ou une instruction au train.
— Nous y voilà ! annonça le hérisson. N'oubliez pas vos… euh… proportions. Ici, tout est petit, même les grands problèmes.
Loupiot descendit. La gare était une boîte d'allumettes transformée en bâtiment, avec un banc en noyau de cerise. Sur le mur, une horloge indiquait toujours « bientôt ».
Au centre du quai, une boîte trônait sur un tabouret. Elle était carrée, rayée, avec un ruban trop long qui traînait comme une langue. Sur le couvercle, un écriteau :
« BOÎTE À SURPRISES
Ouvrir avec calme.
Refermer avec respect.
Rire autorisé. »
Loupiot s'approcha. La noisette vibra encore, comme si elle applaudissait en silence.
— C'est pour moi ? demanda Loupiot.
— C'est pour celui qui est là, répondit le hérisson. Et comme vous êtes là… c'est très scientifique.
Loupiot prit une grande inspiration. Il posa une patte sur le ruban.
La boîte parla. Oui. Elle parla, d'une petite voix rapide, comme une radio qui fait des blagues.
— Oh là là, doucement ! Je suis chatouilleuse, moi aussi !
— Tout est chatouilleux, ici ? soupira Loupiot.
— C'est un train minuscule, monsieur, répliqua la boîte. On compense la taille avec la personnalité.
Loupiot tira le ruban, délicatement. Le couvercle s'ouvrit… et une odeur de caramel et de pluie sortit, mélangée à un “plop”.
À l'intérieur, il y avait… un petit sifflet, une paire de lunettes en feuilles, et une boule de lumière qui sautillait comme une balle.
— Surprise numéro un ! cria la boîte. Lunettes de Traduction des Grincements !
Les lunettes bondirent sur le museau de Loupiot. Elles lui allaient parfaitement, ce qui était louche.
— Surprise numéro deux ! poursuivit la boîte. Sifflet à Répétition Rigolote ! Un coup = un écho comique !
Loupiot prit le sifflet. Il souffla, juste pour tester.
— Pouiiit ! fit le sifflet.
— Pouiiit ! répondit un écho, mais avec une voix de canard.
— Pouiiit ! répéta un autre écho, en chuchotant comme s'il racontait un secret.
Loupiot éclata de rire malgré lui.
— Surprise numéro trois ! annonça la boîte, très fière. Bulle-Lumière à Idées !
La boule de lumière sauta hors de la boîte et se posa sur l'épaule de Loupiot comme un oiseau minuscule.
— Salut, dit Bulle-Lumière. Je brille quand tu as une idée. Et parfois quand tu n'en as pas, juste pour mettre la pression.
— Super, marmonna Loupiot.
La boîte se racla la gorge.
— Maintenant, le petit détail. Il y a une quatrième surprise. La surprise cachée.
— Je n'aime pas trop les surprises cachées, dit Loupiot. Les surprises visibles, déjà, c'est sportif.
— Oh, elle est gentille, celle-là, promit la boîte. Mais… elle ne s'ouvre qu'avec une phrase précise.
Loupiot fronça le museau.
— Quelle phrase ?
— À toi de la deviner, répondit la boîte, avec un rire de carton.
Le hérisson fit tinter son sifflet de chef.
— Indice ! La phrase doit être dite dans le train. Et il faut être en mouvement. La magie aime les trajets.
Loupiot regarda le minuscule train qui attendait, l'air patient.
— Bon, dit-il. On retourne dedans. Et on réfléchit sans paniquer.
— Excellent programme, approuva Bulle-Lumière, qui brilla un tout petit peu, comme une lampe qui cligne.
Chapitre 4 — Le bouton rouge et la logique du n'importe quoi
De retour dans le wagon, Loupiot posa la boîte à surprises sur la banquette chatouilleuse.
— Hihi, fit la banquette, juste parce que.
— Oui, oui, murmura Loupiot. Concentre-toi.
Le train repartit. Les roues faisaient un bruit minuscule : « tic-tic-tic », comme une souris qui tricote.
Loupiot observa la boîte. Elle avait l'air innocente, ce qui était suspect pour une boîte bavarde.
— La phrase… murmura-t-il. Une phrase qui ouvre une surprise cachée.
Bulle-Lumière se mit à briller davantage.
— J'ai une idée ! dit-elle. Dis un truc poli. Les objets magiques adorent la politesse, ça leur donne l'impression d'être importants.
Loupiot se racla la gorge et déclara :
— S'il te plaît, boîte à surprises, ouvre-toi encore.
La boîte soupira.
— Trop classique. Je suis une boîte moderne, moi. J'ai besoin d'originalité.
Le hérisson conducteur passait dans l'allée en vérifiant des billets invisibles.
— Un conseil, dit-il. Ici, les phrases marchent mieux quand elles riment. Le train adore les rimes, ça lui donne l'impression de danser.
Loupiot tenta :
— Boîte à surprises, fais-moi des… euh… délires, sinon je… respire ?
La boîte toussota.
— C'est une rime qui a besoin de vacances.
Loupiot regarda autour de lui. Sur le mur du wagon, il y avait un petit panneau :
« RÈGLES DE SÉCURITÉ :
1. Ne pas courir (sauf si c'est drôle).
2. Ne pas manger les rideaux.
3. Ne pas appuyer sur le bouton rouge (surtout si c'est drôle). »
Loupiot baissa les yeux.
Sous son siège, bien sûr, il y avait un bouton rouge. Un vrai. Il avait l'air de dire : « Appuie. Allez. Juste une fois. »
— Je ne vais pas appuyer, dit Loupiot, très calme.
— Tu y penses fort, répondit Bulle-Lumière. Je brille, tu sais.
— Je pense à ne pas appuyer.
— Ah oui, ça brille pareil. La magie n'est pas très fine.
La noisette, posée près de la boîte, éternua.
— Atchiii !
Loupiot la fixa.
— Toi, tu sais la phrase.
— Moi ? répondit la noisette, innocente. Je ne suis qu'une noisette qui souffre d'allergies sociales.
Le train fit un virage si doux qu'on aurait dit un chat qui se retourne.
Loupiot prit le sifflet à répétition rigolote et souffla une fois.
— Pouiiit !
— Pouiiit ! (voix de canard)
— Pouiiit ! (chuchoté)
Et là, les lunettes en feuilles se mirent à vibrer. Loupiot entendit soudain… le grincement du train. Mais ce n'était pas un simple grincement. C'était des mots.
— “J'ai faim… d'une phrase… qui roule…”, grincèrent les essieux.
Loupiot ouvrit de grands yeux.
— Le train parle en grinçant !
— Voilà, dit Bulle-Lumière. Et tes lunettes traduisent. Malin, non ?
Loupiot se pencha vers la fenêtre, comme si ça aidait.
— Train… tu veux une phrase qui roule ?
— “Oui… une phrase… en voyage…”, grincèrent les roues.
Loupiot réfléchit. Une phrase en voyage… qui roule… avec une rime… et un sourire.
Il regarda la boîte. Il regarda la noisette. Il regarda le bouton rouge. Il regarda ailleurs, vite.
Puis il dit, d'un ton clair, comme s'il lançait un petit sort raisonnable :
— Surprise en boîte, roule et rigole : montre-moi ce que tu raffoles !
La boîte resta silencieuse une seconde. Puis elle frissonna.
— Oooh. Ça, c'est pas mal, avoua-t-elle. Ça rime, ça bouge, et ça me flatte un peu.
Un petit “clac” se fit entendre. Un double fond s'ouvrit dans la boîte, révélant… un minuscule ticket de train.
Sur le ticket, il était écrit : « DESTINATION : LA GRANDE FIN TOUTE DOUCE ».
— C'est… la surprise cachée ? demanda Loupiot.
— Oui, répondit la boîte. Tu as gagné un changement d'aiguillage. Une petite aventure en plus… ou une sortie tranquille. C'est toi qui choisis.
Le hérisson conducteur s'approcha, impressionné.
— Bravo. Et maintenant, le vrai choix : pour activer le ticket, il faut… valider. Où ça ? Sur le bouton rouge.
Loupiot cligna des yeux.
— Évidemment.
— ÉVIDEMMENT, répéta l'écho du sifflet dans une voix de canard, sans qu'on lui ait demandé.
Loupiot inspira. Courage tranquille : activé.
— D'accord. Mais je n'appuie pas n'importe comment.
— Comment alors ? demanda Bulle-Lumière.
Loupiot posa une patte à côté du bouton rouge, et annonça :
— Je vais appuyer… avec élégance.
Il appuya, très doucement, comme on touche une bulle de savon.
Le bouton fit « bip »… puis « biiip »… puis, pour être sûr : « biiip-bip ».
Le train ralentit. Les rideaux de pétales se gonflèrent comme des voiles. Et le sol du wagon se mit à glisser sur le côté, comme un tiroir secret.
— Bienvenue sur la ligne des Mini-Mystères ! annonça le hérisson, ravi. Prochaine station : le Snack des Aiguillages !
Chapitre 5 — Le Snack des Aiguillages et la grande idée toute petite
Le train entra dans un tunnel formé par deux racines entremêlées. À la sortie, un endroit improbable apparut : un petit snack posé sur une feuille, avec une enseigne en brin d'herbe : « CHEZ CROK'CROK — Soupe de rosée, chips de feuilles, rire compris ».
Derrière le comptoir, un blaireau minuscule (ou peut-être un gros blaireau vu de très loin, difficile à dire) touillait une marmite de rosée avec une cuillère en épine de pin.
— Service express ! cria-t-il. Ici, on sert avant même que vous ayez faim, c'est notre concept !
Loupiot descendit. La boîte à surprises sautille sur le quai.
— On fait une pause, dit le hérisson. Les trains aussi ont besoin de grignoter… des mots.
— Des mots ? demanda Loupiot.
— Oui, répondit le hérisson. Sans mots, on ne peut pas annoncer “tchou-tchou”. C'est terrible.
Bulle-Lumière brilla soudain comme un lampadaire.
— J'ai une idée ! Enfin… c'est toi qui l'as, mais je la montre. Ta quatrième surprise, c'est un ticket pour une fin douce. Donc… tu dois rentrer. Mais tu peux aussi ramener quelque chose du voyage : une blague, une chanson, ou un truc rassurant.
Loupiot observa le snack. Sur une table, il y avait une salière étiquetée « SEL DE BONNE HUMEUR ». À côté, une petite boîte de mouchoirs : « POUR LES ÉTERNUMENTS DRAMATIQUES ».
La noisette éternua, évidemment.
— Atchiii !
— Tu veux un mouchoir ? proposa Loupiot.
— Je veux surtout qu'on arrête de me regarder, répondit-elle, en se mouchant quand même avec dignité.
Loupiot alla au comptoir.
— Monsieur Blaireau, vous vendez quoi de… spécial ?
Le blaireau lui tendit un petit pot.
— Confiture de rires, garanti sans chatouilles excessives. Une cuillère avant de dormir, et hop, les soucis glissent comme des escargots sur du savon.
— Parfait, dit Loupiot. J'en prends.
— Paiement ? demanda le blaireau.
Loupiot chercha dans sa poche. Il n'avait que… un gland et un ticket magique.
La boîte à surprises intervint :
— Il peut payer en répétant trois fois “merci” d'une voix sincère. Ici, la politesse vaut de l'or.
Loupiot se redressa.
— Merci. Merci. Merci.
Le pot se posa tout seul dans ses pattes, satisfait.
— Bonne route, dit le blaireau. Et ne laissez pas votre courage tranquille prendre froid.
Dans le train, Loupiot rangea le pot près de la boîte. Bulle-Lumière se calma un peu, comme si elle venait de trouver sa place.
— Prêt pour la destination “Grande Fin Toute Douce” ? demanda le hérisson.
Loupiot regarda par la fenêtre. Les brins d'herbe défilaient. Tout était absurde, mais ça avançait dans le bon sens.
— Prêt, dit-il. Et sans appuyer encore sur le bouton rouge.
— Dommage, soupira le bouton rouge, sans parler, mais on le sentait.
Chapitre 6 — La gare “bientôt” et le retour à la clairière
Le train reprit sa ligne. Les roues chantaient en grinçant, traduites par les lunettes :
— “On roule… on déroule… vers la fin… tranquille…”
Loupiot ferma un instant les yeux. Le “tchou-tchou” était devenu plus doux, comme un bâillement.
La boîte à surprises, moins bavarde, murmura :
— Tu sais, tu as bien joué. Pas besoin de faire exploser quoi que ce soit pour vivre une aventure.
— Je préfère quand rien n'explose, confirma Loupiot.
La noisette fit un dernier petit éternuement, tout petit, comme une ponctuation.
— Atchi… mini.
— À tes souhaits, dit Loupiot.
— Je souhaite qu'on me mette dans une poche et qu'on arrête de me poser des questions existentielles, répondit la noisette.
— Marché conclu.
Le train s'arrêta à la gare où l'horloge disait toujours « bientôt ». Le hérisson ouvrit la porte.
— Dernier arrêt. Descendez avec votre taille normale, s'il vous plaît. Les grands loups dans les petits trains, ça fait des courants d'air.
Loupiot descendit. Il posa le ticket “Grande Fin Toute Douce” sur le quai. Le ticket se transforma en un petit pont de lumière entre la gare et la clairière, comme une passerelle de lucioles.
Bulle-Lumière se posa sur son épaule et brilla juste assez pour éclairer le chemin, sans éblouir.
— Au revoir ! cria le hérisson. Et souvenez-vous : ici, vous avez toujours un billet… si vous trouvez une noisette qui éternue.
— J'espère ne pas en trouver tous les jours, répondit Loupiot, amusé.
Il traversa le pont de lumière. À chaque pas, il reprenait sa taille normale. L'herbe redevint de l'herbe. La flaque redevint une flaque. L'escargot redevint… un escargot, toujours très concentré.
Dans la clairière, le pont de lucioles s'éteignit doucement, comme une lampe qu'on baisse.
Loupiot se retrouva près de sa boîte à biscuits. Le monde avait l'air exactement pareil… sauf que lui avait une boîte à surprises, un pot de confiture de rires, et des lunettes en feuilles sur le museau.
— Bon, dit-il. C'était… improbable.
La boîte à surprises fit un petit bruit de carton content.
— C'était toi, surtout, dit-elle. Calme, mais pas ennuyeux.
Loupiot retira les lunettes et les posa dans la boîte.
— On les gardera. Pour traduire les grincements… si un jour une porte se met à râler.
Le soir arriva comme une couverture douce. Les étoiles s'allumèrent une par une, sans faire de bruit, pour ne pas déranger.
Loupiot ouvrit le pot de confiture de rires. Il en goûta une toute petite cuillère. Ça avait le goût d'une blague qu'on n'explique pas.
Il s'allongea dans l'herbe.
La noisette, dans sa poche, murmura :
— Ne me regarde pas.
— Je ne te regarde pas, répondit Loupiot, les yeux déjà mi-clos.
Le vent passa, léger, comme un “tchou-tchou” lointain.
Et Loupiot s'endormit, avec son courage tranquille bien au chaud, et l'idée que même les aventures minuscules peuvent faire de grands sourires.