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Fantasy urbaine 11 à 12 ans Lecture 21 min.

La gardienne des rêves derrière l’affiche frissonnante

Mina, une jeune fille ordonnée, devient gardienne d’un petit portail caché derrière une affiche et découvre qu’un mystérieux Retoucheur manipule les rêves de la ville, l’obligeant à protéger l’imaginaire en apprenant à voir les coutures du monde.

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Mina, 12 ans, visage rond, grands yeux, cheveux bruns à frange, petite tache d'encre au bout des doigts, appuie doucement sur un petit hublot d'obsidienne caché derrière une affiche tremblante; Armand, ~50 ans, gilet réfléchissant orange et balai, sourire fatigué mais bienveillant, se tient en retrait à droite en observant Mina; Madame Soria, ~70 ans, manteau violet et chignon, sac de courses sur un banc derrière Mina, semble sage et complice; affiche géante collée sur le mur d'une station de métro moderne bleu et rose, fente lumineuse et bords scintillants, néons et sol carrelé humide reflètent la lumière; ambiance nuit urbaine douce avec brume légère et étincelles de rêve, style fantasy urbaine, composition centrée sur la main de Mina et le hublot, perspectives chibi exagérées, couleurs saturées et textures papier et obsidienne marquées. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — L'affiche qui frissonne

Mina avait onze ans, une frange toujours trop droite et une passion pour les choses bien rangées. Elle alignait ses crayons par taille, ses chaussettes par couleur, et ses pensées… par étapes. Ça l'aidait à respirer dans la grande ville, cette forêt de verre et de béton où les bus soupiraient, où les drones-lampadaires clignotaient comme des lucioles modernes, et où les belvédères, tout en haut des tours, semblaient surveiller deux horizons à la fois.

On disait que la ville avait été “augmentée”. Sur les vitrines, des annonces apparaissaient et disparaissaient selon l'heure. Les passants portaient des lunettes qui faisaient danser des flèches et des constellations au-dessus des rues. Même les pigeons avaient parfois une étincelle étrange au coin de l'œil, comme s'ils savaient lire les panneaux invisibles.

Ce mercredi-là, Mina traversa la station Belvédère-Est pour rentrer chez elle. Le tunnel sentait le métal chaud et la pluie. Une affiche géante occupait un mur entier : une publicité pour une boisson énergisante, avec une montagne bleue trop parfaite et un slogan qui brillait.

Mina ralentit. L'affiche… frissonnait.

Pas comme du papier qui se décolle. Comme une peau qui retient un souffle.

Elle s'approcha, rigoureuse comme toujours : d'abord observer, ensuite vérifier, enfin agir. Elle posa deux doigts sur le bord de l'affiche. Le papier était froid, mais dessous, il y avait une chaleur douce, comme une tasse de chocolat.

— C'est… interdit de toucher, souffla une voix.

Mina se retourna. Un agent de nettoyage passait, balai à la main. Son gilet réfléchissant portait un badge : “Service des Rêves Urbains”. Mina fronça les sourcils.

— Service de quoi ?

L'agent sourit, un sourire qui avait l'air d'avoir dormi peu.

— Tu ne vois pas ? Parfait. Alors tu es peut-être la bonne personne.

Il tapa du doigt l'affiche. Au centre de la montagne bleue, une bulle minuscule apparut, comme une goutte d'eau sur une vitre.

— Derrière, il y a un petit portail. Et il vient de choisir.

— Choisir quoi ?

— Un gardien.

Mina ouvrit la bouche pour protester. Les choses importantes, chez elle, arrivaient avec un formulaire, un tampon et un délai. Pas avec une affiche qui frissonne.

Mais la bulle s'élargit. Une fente fine, discrète, comme une fermeture éclair, se dessina dans l'image. Et Mina, malgré tout son ordre intérieur, sentit son imagination se réveiller, comme un chat qui étire ses pattes.

— Moi ? demanda-t-elle.

— Oui, répondit l'agent. Et la ville a besoin de toi. Quelqu'un manipule les rêves cette nuit.

Chapitre 2 — Le petit portail derrière le papier

L'agent de nettoyage s'appelait Armand. Il tenait son balai comme un sceptre un peu fatigué.

— Écoute, Mina. Tu peux dire non. Mais dans ce cas, le portail restera sans gardien… et ce qui passe au travers n'aime pas attendre.

Mina inspira. Elle compta mentalement jusqu'à trois, comme quand elle s'apprêtait à plonger à la piscine. Un, deux, trois.

— D'accord, dit-elle. Mais je veux comprendre. Et je veux des règles.

Armand parut ravi.

— Parfait. Première règle : ne jamais déchirer l'affiche. Deuxième règle : ne jamais promettre à voix haute ce que tu n'es pas sûre de tenir. Troisième règle : toujours écouter les belvédères.

— Les belvédères n'ont pas d'oreilles, protesta Mina.

— Dans cette ville, beaucoup de choses ont des oreilles, murmura Armand.

Il écarta légèrement un coin de l'affiche. La fente s'ouvrit, juste assez pour laisser passer une main. Mina glissa ses doigts à l'intérieur. Au lieu du mur, elle sentit… de l'air. Un air qui sentait la menthe et l'orage lointain.

Elle tira doucement. L'affiche se souleva, et derrière, dans le béton même, se trouvait une petite porte ovale, pas plus grande qu'un hublot. Elle était faite d'un matériau sombre, comme de l'obsidienne polie, et pourtant on y voyait des reflets de la station : les néons, les rails, le visage de Mina.

Au centre, il y avait un bouton, aussi simple qu'un bouton d'ascenseur. Dessus, un symbole : une lune entourée de deux points, comme des yeux.

— Si tu appuies, expliqua Armand, tu deviens gardienne. Tu auras accès au passage entre les deux mondes : le nôtre… et celui qui se superpose, juste à côté. Le monde des Rêves en Ville.

Mina avala sa salive.

— Et si quelqu'un manipule les rêves… il fait quoi, exactement ?

Armand hocha la tête vers les couloirs.

— Tu as remarqué les gens qui bâillent sans arrêt ? Les élèves qui s'endorment en cours ? Les adultes qui oublient leur code de porte ? Les rêves sont comme des fils. Quand on les tire, tout tremble.

Mina pensa à son père qui, ce matin, avait mis du sel dans son café en jurant que c'était du sucre.

— Alors… c'est pour ça.

Armand se pencha, sérieux.

— Un manipulateur de rêves peut voler l'imagination. Et sans imagination, la ville devient une machine. Elle tourne, elle tourne… mais elle n'invente plus rien.

Mina posa son doigt sur le bouton. Elle aurait voulu un plan, une liste, un emploi du temps. À la place, elle avait un hublot et une responsabilité.

Elle appuya.

Le bouton s'enfonça sans bruit. Et dans le tunnel, les néons semblèrent devenir plus doux, comme si la station venait de cligner des yeux.

La porte ovale s'illumina. Un mot apparut, gravé en lettres fines :

GARDIENNE.

— Bienvenue, Mina, dit Armand. Maintenant, il faut monter au belvédère. Les rêves se voient mieux de haut.

Chapitre 3 — Le belvédère des deux horizons

Ils prirent l'ascenseur de la tour de la station, un vieux cylindre de verre qui montait en soupirant. La ville s'ouvrit sous eux : avenues brillantes, toits couverts de panneaux solaires, écrans géants, jardins suspendus. Tout semblait normal… et pourtant, Mina distinguait maintenant des détails qui n'existaient pas avant.

Au-dessus d'un carrefour, un ruban d'encre flottait comme une écharpe : un rêve oublié. Sur un banc, un homme tenait un parapluie fermé, mais une pluie minuscule tombait uniquement sur ses chaussures : un cauchemar en miniature. Et près d'un kiosque, une petite étoile rebondissait sur le bitume, comme une balle de ping-pong lumineuse.

— D'accord, souffla Mina. Je crois que je vois.

Armand posa une main sur la rambarde quand ils arrivèrent au belvédère. Là-haut, le vent avait une voix. Il parlait en courtes phrases, comme un ami pressé.

Le belvédère surplombait deux mondes. Mina ne savait pas comment l'expliquer : à gauche, la ville normale ; à droite, la même ville, mais avec des couleurs un peu plus profondes, des ombres plus attentives, et des passages entre les immeubles qui menaient vers des ruelles inexistantes en plein jour.

— C'est la superposition, dit Armand. Le présent augmenté n'a pas inventé la magie. Il l'a seulement rendue… plus visible.

Une silhouette se tenait près d'un banc de pierre : une vieille dame en manteau violet, avec un chignon impeccable et un sac de courses. Elle donnait des miettes à… non, pas à des pigeons. À de petits oiseaux faits de papier plié, qui picoraient avec sérieux.

— Madame Soria, annonça Armand. Archiviste des Rêves Municipaux.

La vieille dame se tourna. Ses yeux étaient clairs, avec des éclats d'amusement.

— Ah, enfin. La nouvelle gardienne. Tu as l'air parfaitement inquiète. C'est bon signe, ma petite.

— Je suis Mina, dit Mina en se tenant droite. Et j'aimerais savoir qui manipule les rêves.

Madame Soria fit claquer sa langue.

— Oh, rien de plus simple… et rien de plus dangereux. Quelqu'un tire sur les fils depuis le dessous. Depuis les publicités. Depuis les affiches. Depuis tout ce qui brille assez pour qu'on le regarde sans réfléchir.

Armand soupira.

— On l'appelle le Retoucheur.

— Parce qu'il retouche les rêves ? demanda Mina.

— Oui, répondit Madame Soria. Il enlève les couleurs. Il lisse les angles. Il rend tout… rentable. Les rêves deviennent des slogans.

Mina sentit une colère froide lui monter à la gorge. Ses propres rêves étaient parfois bizarres, parfois désordonnés, mais ils étaient à elle. Personne n'avait le droit de les transformer en affiche.

Madame Soria fouilla dans son sac et en sortit une paire de lunettes, fines et noires, comme celles d'un professeur strict.

— Tiens. Ce sont des Lunettes de Détail. Elles t'aideront à voir les coutures des rêves. Et maintenant, écoute : ce soir, le Retoucheur va agir au cœur de la ville, sur l'écran géant de la place des Deux-Fontaines.

— Pourquoi là ? demanda Mina.

— Parce que tout le monde le regarde, répondit Armand. Et un rêve manipulé devant mille personnes devient une consigne.

Le vent se leva. Il apporta une odeur de pluie et de sucre brûlé.

— Et si on le laisse faire ? demanda Mina, plus doucement.

Madame Soria jeta une miette à un oiseau de papier.

— Alors demain, les enfants dessineront des rectangles. Et ils trouveront ça normal.

Chapitre 4 — La place des Deux-Fontaines

La nuit tomba comme un rideau. La ville s'alluma : vitrines, phares, enseignes. Les lunettes de Mina rendaient tout plus net, mais aussi plus étrange. Les écrans publicitaires avaient des halos, et dans ces halos, des petits poissons translucides nageaient lentement : des fragments de rêves aspirés.

Mina et Armand se faufilèrent jusqu'à la place des Deux-Fontaines. Deux jets d'eau dansaient au centre, éclairés en bleu et en rose. Tout autour, des gens marchaient vite, les yeux rivés à leurs appareils. Au-dessus, l'écran géant déroulait des images : des chaussures, des voyages, des sourires parfaits.

— Il est là, murmura Armand.

Mina leva les lunettes. Sur l'écran, elle vit une couture. Une ligne fine, comme une cicatrice au milieu des pixels. Et derrière cette cicatrice… une main.

Une main très pâle, aux doigts longs, qui semblait tirer sur des fils invisibles.

— On ne peut pas juste… l'arracher ? chuchota Mina.

— Première règle : ne jamais déchirer l'affiche, rappela Armand. Les écrans sont des affiches qui ont appris à parler. Si tu les brises, tu libères tout ce qui est coincé dedans.

La couture s'ouvrit un peu, comme une paupière. Une voix coula de l'écran, douce et séduisante :

— Tu veux dormir sans rêver, ville chérie ? Je peux arranger ça. Tu veux des nuits simples, sans monstres, sans surprises ? Je peux lisser tout ça…

Les passants ralentirent. Certains sourirent, comme hypnotisés.

Mina sentit son propre esprit glisser. L'idée d'une nuit sans rêve semblait… confortable. Pas de labyrinthes, pas de chutes, pas de questions. Juste du noir paisible.

Elle serra les poings.

— Non, dit-elle. Les rêves ne sont pas un problème à régler.

Armand lui lança un regard fier.

— Alors, gardienne, que fais-tu ?

Mina réfléchit comme elle savait faire. Étape 1 : repérer la source. Étape 2 : créer une distraction. Étape 3 : fermer le passage.

Mais comment distraire une voix qui prend toute la place ?

Elle regarda les deux fontaines. L'eau montait, retombait, remontait. Deux rythmes. Deux mondes. Elle eut une idée.

— Armand, dit-elle, tu peux… parler aux fontaines ?

— Je peux leur demander, répondit-il. Elles sont susceptibles.

Mina se planta face à l'écran. Elle inspira, puis elle parla, fort, clairement, comme si elle lançait une histoire au milieu d'une cour de récréation.

— Je vais vous raconter un rêve. Un vrai. Pas un slogan.

La voix de l'écran hésita, surprise.

— Un rêve ? Ici ?

— Oui. Écoutez.

Les gens autour tournèrent la tête. Même ceux qui avaient des écouteurs semblèrent entendre.

Mina ferma les yeux une seconde. Elle n'avait pas préparé. C'était justement ça, l'imagination : une porte qui s'ouvre quand on n'a pas le plan.

— Dans mon rêve, dit-elle, la ville avait des poches. Des poches cachées entre les murs, où les gens rangeaient leurs idées. Il y avait des poches à éclats de rire, des poches à chansons, des poches à “et si…”. Et dans chaque poche, un petit animal de lumière gardait le contenu.

Elle rouvrit les yeux. Autour d'elle, quelque chose changeait : de minuscules étincelles se mettaient à flotter au-dessus des têtes. Les passants clignaient, comme réveillés.

La main derrière l'écran se crispa.

— Arrête, souffla la voix. Ce n'est pas… optimisé.

— Tant mieux, répondit Mina. Parce que la vie n'est pas une brochure.

Armand, derrière, chuchota aux fontaines. Les jets d'eau augmentèrent, plus hauts, plus sauvages. La brume monta en nuage fin, et dans la brume, Mina aperçut des formes : des portes, des escaliers, des fenêtres de rêve.

La couture sur l'écran s'élargit. La main pâle apparut jusqu'au poignet. Une silhouette se dessina : un homme très mince, costume gris impeccable, visage flou comme une photo retouchée trop fort.

— Tu gaspilles l'attention, dit le Retoucheur d'une voix calme. Tu introduis du désordre.

— Oui, dit Mina. Le désordre, c'est là où se cachent les idées.

Elle continua son rêve, plus vite, comme une chanson.

— Dans ma ville aux poches, il y avait un belvédère qui regardait deux horizons. Et sur ce belvédère, une gardienne tenait une clé faite d'imagination. La clé n'ouvrait pas les portes qui existaient déjà. Elle ouvrait celles qu'on n'avait pas encore inventées.

Le Retoucheur recula, comme si les mots étaient une lumière trop forte. Mais il tenta une dernière ruse : il sourit, et son sourire fit apparaître sur l'écran une image de Mina… parfaite, lisse, sans un cheveu en bataille.

— Tu veux être comprise, murmura-t-il. Tu veux que tout soit simple. Regarde : je peux faire de toi une version idéale. Sans doutes. Sans peur.

Mina fixa l'image. C'était tentant, une Mina sans tremblements. Puis elle remarqua un détail : cette Mina-là n'avait pas de taches d'encre sur les doigts. Or, Mina avait toujours un peu d'encre. Parce qu'elle écrivait, elle gribouillait, elle essayait.

Elle éclata de rire, un rire surpris mais vrai.

— Sans peur, c'est sans courage, dit-elle. Et sans taches, c'est sans histoires.

Elle leva les lunettes de Détail vers l'écran, et chercha la couture. Elle la vit. Fine, précise. Comme une fermeture.

— Armand ! cria-t-elle. Maintenant !

Armand claqua son balai sur le sol. Les fontaines jaillirent d'un coup, et la brume enveloppa l'écran. Mina, dans cette brume, imagina une fermeture éclair géante qui se refermait.

Et la couture… se referma.

La main disparut. La voix se coupa, comme une musique qu'on éteint.

Sur l'écran, l'image changea. À la place des publicités, un ciel nocturne apparut, rempli d'étoiles dessinées comme à la craie. Les passants levèrent la tête, silencieux. Quelqu'un murmura :

— C'est beau… On dirait un rêve.

Chapitre 5 — Le dessous des affiches

La foule se dispersa lentement, comme si chacun repartait avec une petite étincelle dans la poche. Mina, elle, tremblait. Pas de peur exactement. Plutôt l'après d'un effort immense.

— On l'a… chassé ? demanda-t-elle.

Madame Soria sortit de l'ombre d'un kiosque, comme si elle avait toujours été là.

Repoussé, corrigea-t-elle. Le Retoucheur est tenace. Il adore les surfaces lisses : les écrans, les vitrines, les promesses trop parfaites. Mais ce soir, tu l'as obligé à reculer.

Armand posa une main sur l'épaule de Mina.

— Le portail derrière l'affiche t'a choisie pour une raison.

Mina regarda les fontaines. Les jets avaient repris une danse plus calme. La brume retombait en perles sur le pavé, et chaque perle semblait refléter une scène minuscule : un enfant qui court, une vieille dame qui danse, un chien qui parle. Des bouts de rêves, libres.

— Pourquoi il fait ça ? demanda Mina. Pourquoi voler les rêves ?

Madame Soria soupira, et son souffle fit voler une mèche de son chignon.

— Parce qu'il a oublié comment en faire. Certains adultes perdent l'accès. Alors ils copient. Ils simplifient. Ils contrôlent. Ça leur donne l'impression d'être en sécurité.

Mina pensa à la Mina parfaite sur l'écran. Elle frissonna.

— Et maintenant ?

Armand hocha la tête vers la station, au loin.

— Maintenant, tu gardes le portail. Et tu apprends. La ville a beaucoup de portes cachées. Et beaucoup de rêves qui ont besoin d'un endroit où se poser.

Mina regarda ses mains. Elles avaient des gouttes d'eau et… oui, une tache d'encre, apparue on ne sait comment, comme une signature.

— Je ne suis pas sûre d'être prête, avoua-t-elle.

Madame Soria sourit, plus douce.

— Personne ne l'est. Mais l'imagination ne demande pas la perfection. Elle demande la permission.

Mina releva la tête vers l'écran, où les étoiles à la craie scintillaient encore.

— Alors je me donne la permission, dit-elle. D'imaginer. Même si ce n'est pas bien rangé.

Armand rit.

— Voilà qui est presque révolutionnaire.

Chapitre 6 — Gardienne, pour de vrai

Quelques jours plus tard, Mina retourna à la station Belvédère-Est. L'affiche de la boisson énergisante était toujours là, bien collée, avec sa montagne bleue. Personne ne semblait remarquer qu'elle frissonnait parfois, comme un rideau quand une fenêtre s'ouvre.

Mina, elle, le remarquait.

Elle s'agenouilla, discrète, et glissa la main au bon endroit. Le petit hublot d'obsidienne apparut. Il brillait faiblement, comme une lune timide.

— Bonjour, murmura-t-elle.

Elle n'était pas seule. Un chat noir l'observait depuis un banc, l'air de juger ses choix. Une affiche plus loin clignota, mais Mina vit la couture et elle se tendit. Elle posa ses lunettes de Détail sur le nez.

Derrière elle, Armand passa avec son balai.

— Tout va bien ? demanda-t-il.

— Je crois, répondit Mina. J'ai fait une liste de règles. J'en ai ajouté deux.

— Ah oui ?

— Quatrième règle : si une chose semble trop parfaite, regarder la couture. Cinquième règle : raconter une histoire avant d'avoir peur.

Armand hocha la tête, impressionné.

— La ville a de la chance.

Mina rougit, mais elle ne détourna pas le regard. Elle appuya légèrement sur le hublot. Une sensation douce se répandit, comme si la station elle-même respirait mieux.

Elle ferma les yeux et écouta. Dans les couloirs, il y avait le bruit des pas, des annonces, des rires. Et, en dessous, un autre murmure : des rêves qui se frottaient les uns aux autres, comme des pages qu'on tourne.

Mina sourit. Elle imagina une clé faite de lumière, puis une poche secrète dans un mur, puis un escalier qui montait vers un belvédère invisible.

Et quelque part, dans la ville, une enfant se réveilla avec une idée étrange et merveilleuse : dessiner un dragon sur sa table de maths.

Le Retoucheur, cette nuit-là, chercha une surface où s'accrocher. Il ne trouva que des histoires. Des histoires avec des taches d'encre, des bords irréguliers, des étoiles à la craie.

Mina resta là un moment, gardienne derrière une simple affiche, au cœur du quotidien. La ville vibrait autour d'elle, moderne et magique, et ses deux horizons se répondaient comme deux fontaines.

Elle rentra ensuite chez elle, en marchant doucement, comme si chaque pas pouvait inventer quelque chose. Et dans sa poche, sans savoir comment, elle trouva une miette de papier plié en forme d'oiseau, chaud comme un rêve qu'on vient de sauver.

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Frissonnait
Trembler légèrement, comme quand on a froid ou qu'on ressent un petit sursaut.
Portail
Une porte ou un passage qui permet d'aller d'un endroit à un autre.
Obsidienne
Une roche noire et brillante formée quand la lave refroidit très vite.
Belvédère
Un endroit en hauteur d'où l'on peut regarder le paysage.
Superposition
Le fait de placer deux choses l'une sur l'autre, pour les voir ensemble.
Couture
Une ligne qui tient ensemble deux morceaux, comme une fermeture ou une jointure.
Hypnotisés
Très captivés ou fascinés, au point de ne plus réagir normalement.
Optimisé
Amélioré pour être plus efficace ou fonctionner mieux.
Slogan
Une courte phrase utilisée pour attirer l'attention, souvent en publicité.
Archiviste
Personne qui garde et organise des documents ou des souvenirs importants.
Repoussé
Mis à distance, rendu moins présent ou arrêté pour revenir plus tard.
Tenace
Qui continue d'agir ou de résister fort, difficile à faire partir.
Brume
Un nuage bas et fin près du sol qui rend les choses un peu floues.
étincelles
Petits éclairs de lumière, comme de très petites lueurs qui scintillent.

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