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Fantasy urbaine 11 à 12 ans Lecture 25 min.

Nox le renard et la fissure dans l’air

Nox, un renard curieux vivant dans les tours des Quatre-Lierres, suit un courant d’air mystérieux jusqu’à découvrir une fissure dans l’air et des fragments éparpillés dans la ville. Il collecte ces morceaux et rassemble des indices pour comprendre l’origine de cette blessure et comment la réparer.

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Nox, renard anthropomorphe au pelage roux foncé et ventre crème, yeux grands et curieux, accroupi et concentré, recoud une fissure lumineuse dans l’air avec un petit morceau de tissu brodé; sa sacoche en toile usée et une boîte à biscuits pleine de fragments métalliques et de perles sont posées à côté de lui. Un corbeau noir luisant, perché sur un boîtier électrique proche, le regarde avec amusement, bec légèrement ouvert. Des lucioles dorées flottent dans de petits bocaux de verre suspendus autour de la salle, leurs halos chauds éclairant doucement les visages. En arrière-plan, des ascenseurs chantants : cabines en verre fumé alignées, plaques de notes de musique au-dessus, écrans éteints et câbles tombants, le tout dans une vaste salle ronde aux murs métalliques et tuyaux apparents. La fissure ressemble à une fermeture éclair mal fermée, bordée d’éclats de verre bleu et de gouttes de pluie pétrifiées; Nox pose délicatement un triangle de verre et une perle de pluie pour recoudre la déchirure tandis qu’une brise lumineuse devient un souffle doux. Atmosphère contrastée entre métal urbain froid et néons lointains, et la lumière chaude des bocaux; style manga détaillé, traits nets, couleurs saturées mais tendres. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le souffle entre les tours

La ville brillait comme une boîte à bijoux renversée : des panneaux lumineux, des rails aériens, des vitrines qui clignaient de l'œil, et, au-dessus de tout, un ciel où les drones de livraison dessinaient des constellations pratiques. Entre les tours de l'Ensemble des Quatre-Lierres, la nuit avait une odeur de pluie tiède et de métal propre.

Or, cette nuit-là, un courant d'air étrange traversait les passerelles cachées.

Nox, renard au pelage roux sombre, le sentit avant même d'ouvrir les yeux. Le souffle glissait sous la porte de sa petite alcôve, un ancien local technique devenu tanière, et venait chatouiller ses moustaches avec une insistance polie.

« Pas possible… » murmura-t-il.

Le courant d'air ne venait pas des grilles d'aération normales. Il avait un parfum différent, comme une page de livre qu'on tourne, comme une bougie qu'on vient d'éteindre. Un souffle qui n'appartenait pas aux machines.

Nox aimait réfléchir. Il aimait aussi les puzzles, surtout ceux qu'on ne sait pas encore qu'ils sont des puzzles. Dans son coin, il gardait une boîte à biscuits remplie de morceaux de choses trouvées : un éclat de miroir, une tuile de mosaïque, une vis gravée d'un symbole, un fragment de verre qui chantait quand on le frôlait. Il appelait ça « assembler des morceaux », comme on rassemble des idées.

Cette fois, il allait assembler un courant d'air.

Il sortit sur la passerelle. De jour, elle ressemblait à une bande de métal fixée entre deux immeubles, condamnée par des panneaux « Accès interdit ». Mais la nuit, les panneaux s'effaçaient pour ceux qui savaient regarder de côté. Les rambardes se couvraient de runes fines, et le sol devenait un peu plus souple, comme s'il respirait.

Le souffle venait de l'est, du côté de la Tour des Ascenseurs Chantants.

Nox huma l'air, oreilles dressées. Le courant d'air semblait appeler, sans mots, comme un secret qui laisse la porte entrouverte.

« D'accord, d'accord… j'arrive. Mais pas la peine de me tirer les moustaches. »

Et il s'élança, ses pattes silencieuses sur le métal qui vibrait doucement, comme une corde de harpe qu'on effleure.

Chapitre 2 — La passerelle qui n'existait pas

Plus Nox avançait, plus la ville changeait de texture. Les néons restaient des néons, les immeubles restaient des immeubles, mais un deuxième dessin apparaissait par-dessus : des glyphes sur les briques, des ombres qui avaient l'air de se souvenir de formes anciennes, des flaques qui reflétaient non pas les lumières… mais des étoiles.

Au croisement de deux passerelles, il s'arrêta net.

Devant lui, là où il n'y avait d'habitude qu'un vide entre deux tours, une nouvelle passerelle s'étirait, mince comme un trait de crayon. Elle semblait faite d'air solidifié et de fil de cuivre, et elle frissonnait comme si elle venait d'être inventée.

Nox pencha la tête. « Toi, t'étais pas là hier. »

Le courant d'air souffla plus fort, presque impatient. Il passait sur cette passerelle comme un chat sur un rebord, très sûr de lui.

Nox posa une patte dessus.

La passerelle répondit par une vibration, un petit « bonjour » dans ses os. Elle était solide. Étrangement tiède, même.

Il avança, pas après pas. Sous lui, la ville grondait doucement : trains lointains, ventilations, pubs musicales étouffées. Mais sur la passerelle, un autre son se mêlait au monde : un chuchotement de feuilles, alors qu'il n'y avait aucun arbre à des kilomètres.

À mi-chemin, il aperçut une silhouette assise sur un boîtier électrique : un corbeau noir, grand, le regard brillant comme une bille.

« Tu vas où, Renard ? » croassa-t-il.

« Je suis un courant d'air, » répondit Nox, « et lui, il me mène quelque part. »

Le corbeau pencha la tête, amusé. « Les courants d'air ne mènent nulle part. Ils dérangent seulement les plumes. »

« Celui-ci sent le mystère, » dit Nox. « Et j'aime bien quand les choses sentent autre chose que la poussière. »

Le corbeau gloussa. « Oh, le voilà, le renard penseur. Tu vas encore ramasser des bouts de rien pour en faire un tout. »

« Et toi, tu vas encore commenter depuis ta boîte, » répliqua Nox, pas méchant.

Le corbeau battit des ailes. « Si tu trouves un bout de vent en trop, laisse-le-moi. J'en ferai un poème. »

Nox sourit, puis reprit sa route. La passerelle tremblait légèrement, comme si elle retenait son souffle avec lui.

Au bout, une porte métallique était apparue sur le flanc d'une tour : une porte de service, sans poignée, avec une fente fine au bas, juste assez pour qu'un courant d'air s'y glisse.

Et derrière, le souffle faisait : viens.

Chapitre 3 — Les ascenseurs chantants

La porte céda au contact de la truffe de Nox, comme si elle attendait précisément un renard, pas un autre. Il entra.

À l'intérieur, la Tour des Ascenseurs Chantants sentait l'huile propre et le vieux papier. Les murs étaient couverts d'écrans éteints qui, pourtant, semblaient surveiller avec bienveillance. Au plafond, des câbles descendaient comme des lianes.

Et là, au centre du hall, se tenaient les ascenseurs : six cabines alignées, chacune avec des portes de verre fumé. Au-dessus de chaque cabine, une petite plaque affichait non pas des numéros d'étages, mais des notes de musique.

Do. Ré. Mi. Fa. Sol. La.

Le courant d'air se glissa dans la cabine marquée « Mi ». Les portes s'entrouvrirent, en silence.

« Tu veux que je monte… ou que je descende ? » chuchota Nox, comme si parler trop fort risquait de vexer la tour.

La cabine « Mi » vibra. Un son très doux en sortit, comme un accord tenu au piano. Ni oui ni non… plutôt une invitation.

Nox entra.

Les portes se refermèrent et, sans aucun bouton, l'ascenseur se mit en mouvement. Mais au lieu du ronronnement habituel, il chantait. Un vrai chant, un fil de mélodie qui montait et descendait, et qui faisait dresser le poil du renard, pas de peur — de reconnaissance.

Les chiffres de l'affichage ne montaient pas. Ils changeaient en symboles : une spirale, une goutte, une plume, un œil fermé.

Le courant d'air était là, tout autour, comme un passager invisible. Il caressait les coins, passait sous le ventre de Nox, et revenait lui frôler les oreilles.

« Je te suis, » dit Nox. « Mais je veux comprendre. »

Le chant de l'ascenseur répondit par un accord plus grave. Comme si la tour soupirait.

La cabine s'arrêta.

Les portes s'ouvrirent sur un couloir qui n'aurait pas dû exister. Il était éclairé par des lampadaires miniatures fixés au mur, chacun dans un bocal en verre. Des lucioles y flottaient, bien vivantes, dessinant de petites virgules d'or.

Au bout du couloir, une salle ronde : le cœur de la tour.

Et au centre de cette salle… une fissure dans l'air.

Pas dans un mur. Dans l'air lui-même, comme une fermeture éclair mal fermée. De la fissure sortait le courant d'air, plus froid, plus ancien, chargé de cette odeur de page tournée.

Nox s'approcha lentement. Il aperçut, collés autour de la fissure, des fragments. Des morceaux de quelque chose, comme des tessons d'un objet cassé : des plaques translucides, des éclats de métal bleu, des bribes de lumière solidifiée.

Ses yeux se posèrent sur un fragment en particulier : un petit triangle de verre qui vibrait au même rythme que sa boîte à biscuits, comme si ses trouvailles l'appelaient.

« Des morceaux… » souffla Nox.

Alors la fissure émit un bruit, minuscule : un petit gémissement d'air qui a mal.

Ce n'était pas une menace. C'était une blessure.

Et Nox, qui avait toujours eu tendance à ramasser ce que les autres laissaient tomber, sentit quelque chose de simple et solide se poser en lui : le besoin de prendre soin.

Chapitre 4 — La carte des fragments

Nox recula d'un pas. La fissure pulsait doucement, comme un cœur fatigué. Chaque pulsation faisait danser les lucioles dans leurs bocaux.

« Tu es… un passage ? » demanda-t-il.

Le courant d'air répondit en lui soufflant au museau, avec une douceur têtue. Comme pour dire : je suis ce qui reste quand on oublie de réparer.

Nox observa les fragments autour de la fissure. Ils n'étaient pas posés au hasard : ils formaient presque un cercle, mais il manquait des pièces. Beaucoup.

Il pensa à sa boîte à biscuits. À tous ces objets ramassés sur les toits, dans les cages d'escaliers oubliées, sous les passerelles. À ce qu'il avait pris pour des curiosités.

« Tu te casses, » murmura-t-il. « Ou plutôt… on t'a cassé. Et maintenant tu fuis, en courant d'air. »

Il sentit soudain que le souffle n'était pas seulement un phénomène. C'était un message en morceaux.

Alors Nox fit ce qu'il faisait toujours quand le monde devenait trop grand : il organisa.

Il sortit de sa sacoche — une vieille trousse de technicien trouvée derrière un distributeur — un morceau de craie lumineuse. Avec, il traça au sol une carte sommaire des Quatre-Lierres : les tours, les passerelles visibles, puis, en pointillés, celles qui n'apparaissaient qu'à la bonne heure.

À chaque pulsation de la fissure, la craie brillait un peu plus.

Nox plaça ensuite sur la carte un premier fragment : le triangle de verre. Il se posa tout seul, comme attiré par une aimantation. Sur la carte, une lueur se mit à ramper, et dessina une ligne vers le nord-ouest, vers la Tour des Jardins Suspendus.

« D'accord, » dit Nox. « Tu me donnes les indices. Moi, je fais le reste. »

Il s'approcha de la fissure et, avec beaucoup de précautions, posa sa patte contre l'air déchiré, sans appuyer. Juste assez pour dire : je suis là.

Le courant d'air se calma légèrement.

« Je ne vais pas te tirer dessus comme un scotch qu'on arrache, » promit-il. « Je vais te recoudre. Doucement. »

La tour semblait écouter. Les lucioles, dans leurs bocaux, clignaient comme des yeux rassurés.

Nox ramassa la craie et la carte improvisée, puis remonta dans l'ascenseur. La cabine chanta un accord plus clair, comme un encouragement.

En descendant, Nox pensa à tous ces fragments qu'il avait gardés sans savoir pourquoi. Peut-être qu'il n'avait pas collectionné des bouts de rien. Peut-être qu'il avait, depuis le début, pris soin d'une chose qu'il n'avait jamais vue entière.

Et ça, c'était un vrai mystère : le genre qui vous donne envie de courir, même quand on est un renard prudent.

Chapitre 5 — Les jardins suspendus et le morceau de pluie

La Tour des Jardins Suspendus portait bien son nom. Entre ses étages, des terrasses s'empilaient, pleines de plantes qui n'auraient pas dû pousser si haut : des fougères à spirales, des lierres lumineux, des fleurs qui s'ouvraient au bruit des moteurs.

La passerelle cachée qui y menait sentait la terre mouillée. Le courant d'air, lui, s'était fait discret, mais Nox le sentait derrière chaque odeur, comme une main invisible posée sur son épaule.

Sur une terrasse, un chat gris l'attendait, roulé sur un tapis de mousse. Ses yeux étaient deux fentes d'ambre, et sa queue battait l'air comme un métronome.

« Tu viens voler mes lucioles ? » demanda le chat, sans bouger.

« Elles sont en bocal, chez les ascenseurs, » répondit Nox. « Je cherche un morceau. »

Le chat bâilla, dévoilant des crocs polis. « Tout le monde cherche quelque chose. Moi, je cherche un rayon de soleil qui se serait perdu. Je ne l'ai pas trouvé. Il est probablement dans ta poche. »

« Je n'ai que des morceaux cassés, » dit Nox. « Et une promesse. »

Cette réponse fit lever une oreille au chat. « Une promesse, ça se garde au chaud. Montre. »

Nox posa sa carte au sol. Le triangle de verre vibra et la lueur se dirigea vers une petite serre en verre, coincée entre deux parois de béton.

La serre était fermée par une serrure biométrique… mais aucune patte ne pouvait l'ouvrir. Sauf que, juste au-dessus, une gouttière gouttait. Une goutte, puis une autre, comme si la pluie avait oublié de s'arrêter ici.

Nox observa la gouttière. Chaque goutte, en tombant, restait un instant suspendue, comme si le temps hésitait. Dans chaque goutte, un reflet : non pas la ville, mais un couloir étoilé.

« Un morceau de pluie, » murmura Nox.

Le chat se redressa, soudain intéressé. « La pluie qui se souvient d'ailleurs. Oui. Elle tombe parfois ici quand les mondes se frottent. »

Nox approcha doucement et, avec une précaution infinie, posa sous la gouttière un petit couvercle de métal — un de ses fragments. La goutte tomba dedans… et ne s'écrasa pas. Elle devint une perle ronde, froide, qui vibrait.

La perle se mit à briller, et la carte de Nox traça une nouvelle ligne, cette fois vers le sud, vers les anciennes galeries du métro aérien.

Le chat le fixa. « Tu répares quelque chose ? »

Nox hocha la tête. « Une blessure dans l'air. Et si je me trompe… je ne veux pas l'aggraver. »

Le chat cligna lentement des yeux, ce qui, chez les chats, est une sorte de respect discret. « Alors marche doucement. Et si tu trouves un rayon de soleil… ne le mâche pas. »

« Promis, » dit Nox.

Il rangea la perle de pluie avec soin, comme on porte un œuf. Le courant d'air, invisible, sembla ronronner autour de lui — un ronronnement fait de vent et de pages tournées.

Chapitre 6 — Le métro aérien et le morceau de chanson

Les galeries du métro aérien étaient un enchevêtrement de rails au-dessus des rues. Des trains passaient plus loin, mais ici, une portion avait été abandonnée. Les panneaux publicitaires y diffusaient des images sans son : un océan, une tasse de thé, une chaussure qui courait toute seule.

Nox grimpa le long d'une échelle de maintenance et arriva sur une plateforme où les rails s'arrêtaient net, comme une phrase interrompue.

Le courant d'air souffla plus fort. Il s'engouffrait entre les traverses, et faisait vibrer le métal avec une plainte harmonieuse.

« Je t'entends, » dit Nox. « Mais je ne sais pas ce que tu dis. »

Il posa au sol sa carte. Le triangle de verre et la perle de pluie brillèrent ensemble. La lueur indiqua un endroit précis : un vieux haut-parleur de station, accroché à un poteau, couvert de poussière.

Nox s'approcha. Le haut-parleur était fendu. À l'intérieur, au lieu de fils, il y avait… un filament de lumière enroulé, comme une corde de guitare.

Un morceau de chanson, pensa Nox. Un son qui a perdu sa bouche.

Il glissa la patte dans l'ouverture, très lentement, pour ne pas casser davantage. Le filament se tendit, puis se détacha avec un petit « pling » silencieux. Dans l'air, une note apparut, visible comme une bulle : elle monta, puis éclata en étincelles.

Le filament se roula sur lui-même et vint se poser dans la paume de Nox, léger comme une plume.

À cet instant, un essaim de pigeons mécaniques — de ceux qui nettoient les rails — passa en bourdonnant. Leurs yeux LED s'arrêtèrent sur Nox.

« Intrusion détectée. Intrusion détectée, » grésillèrent-ils, sans agressivité, mais avec l'inquiétude froide des machines qui ne comprennent pas les promesses.

Nox se figea. Il n'avait pas envie de courir et de faire tomber ses fragments.

Il inspira. Puis, sans réfléchir trop longtemps, il prit le filament de chanson et le frotta doucement contre le triangle de verre.

Le triangle vibra et émit un petit accord, presque inaudible. Mais cet accord était… apaisant. Comme une berceuse.

Les pigeons mécaniques ralentirent. Leur bourdonnement devint plus régulier, moins nerveux.

« Analyse… stable, » annoncèrent-ils. « Zone… calme. »

Ils repartirent.

Nox relâcha l'air qu'il retenait. « Merci, » souffla-t-il au morceau de chanson. « Tu sais prendre soin des choses, toi aussi. »

La carte se mit à briller plus fort. Les lignes dessinaient maintenant un trajet complet, un cercle autour des Quatre-Lierres, et au centre… la Tour des Ascenseurs Chantants, là où l'air était déchiré.

Il manquait encore un dernier morceau, quelque chose qui ferait tenir l'ensemble. Un verrou. Une couture.

Le courant d'air, soudain, se fit glacial et pressé. Comme s'il sentait que la fissure s'élargissait.

Nox rangea les fragments contre son cœur et se mit à courir, pas vite, mais droit. Un renard peut être rapide. Un renard peut aussi être précis.

Et cette nuit, il fallait être les deux.

Chapitre 7 — Recoudre le vent

Quand Nox revint dans la salle ronde de la tour, les lucioles dans leurs bocaux clignotaient plus vite. La fissure dans l'air s'était élargie d'un cheveu… puis d'un autre. Elle aspirait un peu de lumière, un peu de chaleur, comme une bouche entrouverte.

Nox s'approcha, le souffle court.

« Je suis là, » dit-il, et sa voix, pourtant petite, sembla remplir la pièce.

Il posa sa carte au sol. Le triangle de verre, la perle de pluie et le filament de chanson frémirent.

Mais il restait un vide. Un emplacement que la carte dessinait sans pouvoir le nommer.

Nox fouilla dans sa sacoche, puis dans sa boîte à biscuits, qu'il avait apportée cette fois. Ses doigts griffus touchèrent tous ses trésors : la tuile de mosaïque, l'éclat de miroir, la vis gravée…

Et il s'arrêta sur quelque chose qu'il n'avait jamais réussi à comprendre : un petit morceau de tissu gris, doux, qui ne se salissait jamais. Il l'avait trouvé dans un conduit d'aération, coincé comme un soupir.

Il le posa sur la carte.

Le tissu se déplia tout seul. Dessus apparut une broderie, invisible jusque-là : une série de petits points, comme des constellations. Une couture.

« C'est toi, » souffla Nox. « Le dernier morceau. Celui qui relie. »

Le courant d'air fit un tour autour de lui, presque reconnaissant.

Nox s'approcha de la fissure. Il ne voulait pas la forcer. Il ne voulait pas la fermer d'un coup, comme on claque une porte au nez de quelqu'un. Il voulait la soigner.

Il plaça d'abord le triangle de verre près du bord de la déchirure : il se colla, comme une écaille. Puis la perle de pluie, qui glissa dans un creux et l'adoucit, humidifiant l'air comme une compresse fraîche. Puis le filament de chanson, qui se tendit en arc et vibra doucement, stabilisant le tout.

La fissure se calma un peu. Mais elle tremblait encore.

Alors Nox prit le tissu brodé. Il le posa contre l'air déchiré et, avec le bout de sa griffe, il suivit les points de couture comme on suit un chemin sur une carte.

À chaque geste, le tissu s'enfonçait légèrement dans l'air, et l'air acceptait, comme une peau qui laisse passer une aiguille.

Nox cousait sans fil, avec la patience d'un renard qui a appris à ne pas déchirer les choses fragiles. Il respirait doucement, et entre ses respirations, l'ascenseur lointain chantait, comme pour garder le rythme.

La fissure se referma lentement.

Pas complètement — pas comme si rien n'avait existé. Plutôt comme une cicatrice propre, une ligne fine qui disait : ici, on a eu mal, et ici, on a été réparé.

Le courant d'air, soudain, changea. Il n'était plus une fuite. Il devint une brise tiède, un souffle qui passait sans griffer.

Il fit un dernier tour de la salle, caressa les lucioles, et vint se poser sur le museau de Nox, léger comme un baiser de pluie.

« Tu restes ? » demanda Nox.

Le vent répondit en glissant vers les couloirs, puis en revenant. Comme pour dire : je circule. Je n'abandonne plus. Je relie.

La tour entière sembla se détendre. Les murs cessèrent de grincer. Les écrans éteints affichèrent, l'espace d'une seconde, une image : une passerelle lumineuse reliant toutes les tours, comme une étoile à plusieurs branches.

Nox s'assit, épuisé, mais calme. Il sentit la chaleur de la ville remonter sous ses pattes. La magie n'avait pas remplacé le monde moderne ; elle l'avait juste recousu là où il s'effilochait.

Chapitre 8 — Une brise pour les nuits ordinaires

Les jours suivants, le courant d'air ne disparut pas. Il changea de rôle.

Dans les Quatre-Lierres, on le sentait parfois dans les endroits trop tristes : sous une passerelle où l'eau stagnait, dans un escalier où les lumières clignotaient, au bord d'une terrasse où les plantes avaient soif. Là, la brise passait, pas pour effrayer, mais pour prévenir.

Nox, lui, continua d'assembler des morceaux. Sauf que maintenant, il ne collectionnait plus seulement pour comprendre. Il collectait pour aider.

Il remit en place une plaque descellée sur un muret, parce qu'une petite chouette y avait coincé une aile autrefois. Il apporta la perle de pluie près d'une fougère malade, et la fougère se redressa, comme après un verre d'eau. Il frotta le morceau de chanson contre une rambarde grinçante, et le grincement devint un léger « la » satisfait.

Le corbeau le retrouva un soir sur une passerelle.

« Alors, Renard ? Tu as trouvé où allait ton courant d'air ? » demanda-t-il.

Nox regarda la ville. Les trains passaient, les écrans parlaient, les drones filaient. Et entre tout ça, une brise douce se faufilait, attentive, comme une garde invisible.

« Il allait là où ça craquait, » répondit Nox. « Là où il fallait prendre soin. »

Le corbeau fit claquer son bec. « C'est moins poétique que ce que j'espérais. »

« Tu plaisantes, » dit Nox. « Prendre soin, c'est le plus beau des sorts. Ça ne brille pas toujours, mais ça tient les choses ensemble. »

Le corbeau le fixa, puis, contre toute attente, lui donna un petit coup d'aile sur l'épaule. « Si tu écris un jour ton histoire, fais-moi une place. En corbeau mystérieux, évidemment. »

« Évidemment, » répondit Nox.

La nuit descendit, lente et veloutée. Dans sa tanière, Nox rangea ses fragments, mais la boîte à biscuits ne semblait plus pleine de bouts cassés. Elle ressemblait à un atelier. À un endroit où l'on soigne.

Avant de s'endormir, il sentit le courant d'air passer sous sa porte. Il n'insistait plus. Il ne tirait plus les moustaches. Il se contentait de respirer avec la ville, comme si les immeubles, les passerelles et les recoins avaient, eux aussi, besoin d'une berceuse.

Nox ferma les yeux.

Et dans le silence, l'ascenseur chantant, très loin, joua un accord de « Mi » — ni triste, ni joyeux, juste parfaitement vivant.

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Alcôve
Petit espace ou renfoncement dans une pièce, souvent intime ou caché.
Tanière
Endroit où vit un animal, abri chaud et caché, comme une petite maison.
Grilles d’aération
Ouvertures pour faire circuler l'air dans un bâtiment ou une pièce.
Runes
Signes gravés ou dessinés, souvent anciens, qui ont un sens symbolique.
Mosaïque
Image faite de petits morceaux colorés collés côte à côte sur une surface.
Passerelle
Petit pont ou chemin étroit qui relie deux bâtiments ou deux endroits.
Fissure dans l’air
Déchirure imagée dans l'air, comme une ouverture invisible qui fuit.
Lucioles
Insectes qui font de la lumière la nuit, petits points brillants dans l'herbe.
Serrure biométrique
Système de fermeture qui s'ouvre grâce à une caractéristique du corps, comme une empreinte.
Perle
Goutte solide et ronde, souvent brillante, qui peut se former ou être façonnée.
Filament
Fil très fin, souvent lumineux ou fragile, qui peut produire du son ou de la lumière.
Pigeons mécaniques
Pigeons fabriqués en machine, qui ressemblent à des oiseaux mais sont robots.
Bourdonnant
Qui produit un son continu et grave, comme un moteur ou des insectes.
Compresse
Morceau doux et humide posé sur une blessure pour la calmer.
Cicatrice
Marque laissée sur la peau après une blessure qui a guéri.

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