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Fantasy urbaine 11 à 12 ans Lecture 20 min.

Marnie la gargouille et le tramway de la tempête

Dans le quartier des Gares, la gargouille Marnie accompagne un tramway anxieux durant une tempête, et ensemble ils apprennent à accepter la responsabilité et le courage pour éclairer leur chemin.

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Marnie, une gargouille de pierre assise aux fines craquelures et mousse verte, pose sa patte rugueuse sur un petit phare pour l’allumer; à côté, un tram anthropomorphe vert bouteille aux phares comme des yeux inquiets mais décidés respire un léger soulagement, tandis que, dans un dépôt cathédrale de tôle et verre aux poutres noires et flaques réfléchissantes, des rames endormies et des pigeons mécaniques observent pendant une tempête battante où le faisceau chaud de Marnie traverse la pluie bleutée, créant une ambiance intime et héroïque en gouache aux couleurs profondes et textures visibles. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Dans le quartier des Gares, les rails dessinaient des calligraphies d'acier entre les tours de verre. Les néons clignotaient comme des lucioles pressées, et les horloges, partout, chuchotaient en rythme. Pas des « tic-tac » ordinaires : des mots. Des bribes de conseils. Des souvenirs d'horaires. Des avertissements aussi.

Sur un pylône couvert d'affiches déchirées, une gargouille de pierre vivait perchée depuis si longtemps qu'elle avait pris l'habitude de respirer la pluie.

On l'appelait Marnie, parce que son menton pointu ressemblait à la proue d'un navire et qu'elle avait le caractère d'un rocher qui refuse de bouger. Elle n'était ni méchante, ni douce : juste juste. Et têtue, comme une porte qui grince mais ne cède pas.

Cette nuit-là, les horloges chuchotaient plus fort que d'habitude :

« Ça arrive… ça arrive… la tempête arrive… »

Marnie ferma ses paupières de pierre, sentit l'air. Il avait un goût métallique, celui des orages qui aiment les câbles électriques. Dans les hauteurs, les nuages s'empilaient, lourds comme des couvertures mouillées.

En bas, sur la voie numéro sept, un tramway attendait. On le voyait frissonner, et pas seulement à cause du vent. Ses vitres vibraient, ses essuie-glaces cliquetaient nerveusement comme des dents.

— Tu fais trop de bruit, lança Marnie, sa voix grave roulant sur les rails.

Le tramway sursauta, ses phares clignotèrent.

— Je… je ne fais pas exprès, grésilla-t-il. Tu as senti l'odeur ? L'ozone ! Quand ça gronde, j'oublie mes stations. J'ai peur de dérailler. J'ai peur que mes portes se bloquent. J'ai peur que la foudre me prenne pour un lampadaire.

Marnie se laissa glisser le long du pylône. Ses griffes raclèrent la peinture, et une pluie d'éclats tomba comme une poussière d'étoiles.

— La tempête n'est qu'une tempête, dit-elle. Ce qui compte, c'est ce que tu choisis d'être pendant qu'elle passe.

Le tramway fit clignoter son panneau d'affichage, et des lettres tremblées s'y dessinèrent : « DÉVIATION ».

— Facile à dire quand tu ne transportes personne.

— Personne ne monte ce soir, répondit Marnie.

— Justement ! Si personne ne monte, personne ne verra si je me trompe. Et si je me trompe, je n'aurai servi à rien.

Marnie pencha la tête. Elle comprenait ce genre de logique. Elle l'avait elle-même, quand elle refusait d'admettre qu'elle avait besoin d'aide.

Au loin, une horloge de gare, immense, murmura : « Présent augmenté… présent augmenté… » comme si chaque seconde portait une doublure secrète.

Marnie sentit, au milieu de sa poitrine de pierre, un creux. Un endroit qui n'était pas vide, mais sombre. Un phare intérieur, éteint depuis un moment. Et sans ce phare, elle se surprenait à se sentir moins sûre d'elle, comme si la nuit avait un droit de vote.

— Viens, dit-elle. Je vais te montrer comment on traverse une tempête sans se perdre. Et moi… je vais relever quelque chose en route.

— Relever quoi ? demanda le tramway.

Marnie sourit, ce qui, chez une gargouille, ressemblait à une fissure bienveillante.

— Mon phare intérieur. Et si tu fais semblant de ne pas comprendre, c'est mieux. Ça me laisse l'air mystérieux.

Chapitre 2

Ils avancèrent ensemble. Le tramway glissait sur ses rails, et Marnie marchait à côté, sur les bordures de béton, sautant par-dessus les flaques comme si elles étaient des pièges.

La ville était pleine de petites magies qui se cachaient dans des choses ordinaires. Les panneaux publicitaires changeaient de slogan selon l'humeur du ciel. Les feux rouges soupiraient quand personne ne les regardait. Les distributeurs de tickets avaient des rêves de voyages lointains.

Et les horloges, surtout, chuchotaient à l'époque d'un présent augmenté. Parfois, elles disaient ce qui venait juste d'arriver, mais avec une seconde d'avance. D'autres fois, elles se souvenaient de demain.

Sur le quai désert, une rangée de valises sans propriétaires remuait doucement, comme des animaux endormis.

— Tu entends ? demanda le tramway. Elles respirent.

— Les valises respirent toujours, répondit Marnie. C'est leur façon de ne pas devenir des cailloux.

— Et si la tempête les emporte ?

— Alors elles apprendront à rouler plus vite.

Le tramway émit un petit bruit qui ressemblait à un rire coincé dans un moteur.

Le vent se leva. Les affiches se décollèrent et tourbillonnèrent en spirales. Une d'elles se colla sur le pare-brise du tramway, montrant une photo d'un phare sur une falaise.

— C'est un signe, dit le tramway, affolé. On parle de phares, et voilà…

Marnie arracha l'affiche et la froissa.

— Un signe, oui. Pas pour toi. Pour moi.

Elle sentit à nouveau ce creux sombre en elle. Ce phare intérieur. Relever un phare, ce n'était pas allumer une lampe avec un interrupteur. C'était plus compliqué. C'était accepter une responsabilité qu'on avait évitée, même si on avait de bonnes excuses.

Ils passèrent sous une arche de pont où pendait une guirlande de petites ampoules. Elles s'allumèrent à leur passage, une à une, comme si elles les saluaient.

— Tu vois, dit Marnie au tramway. La ville sait. Elle sait quand on fait les choses correctement.

— Et si je n'y arrive pas ?

Marnie s'arrêta net. Le tramway freina, grinçant.

— Tu n'as pas le droit de penser ça, dit-elle, plus sèchement qu'elle ne voulait. Pas parce que c'est interdit… mais parce que ça te pousse à te décharger. Et tu sais ce qui arrive à ceux qui se déchargent dans une tempête ?

— Ils… se renversent ?

— Exactement. Alors tu restes droit.

Le tramway clignota, vexé.

— Tu es rude.

— Je suis une gargouille. C'est dans ma description de poste.

Les horloges, au-dessus d'eux, chuchotèrent en chœur : « Courage… courage… »

Et la tempête, désormais, se rapprochait avec une respiration énorme.

Chapitre 3

Au carrefour des voies, la foudre fit son premier signe : un trait blanc, loin, comme une craie sur un tableau noir. Le tonnerre arriva après, en boitant, mais déterminé.

Le tramway ralentit.

— Je savais que ça viendrait, murmura-t-il. J'ai une ligne à tenir. Une ligne. Et si je glisse ?

Marnie posa sa patte sur le flanc métallique du tramway. La pierre contre l'acier. Deux matières qui se comprenaient sans se ressembler.

— Écoute-moi, dit-elle. Tu n'es pas obligé d'être parfait. Tu es obligé d'être présent. C'est ça, la responsabilité : rester là quand c'est difficile, pas quand c'est facile.

Le tramway souffla par ses grilles.

— Mais je suis plein d'électricité. La foudre aime l'électricité.

— La foudre aime aussi les arbres, et pourtant les arbres continuent de pousser, répliqua Marnie. On ne choisit pas toujours ce qu'on attire. On choisit ce qu'on fait avec.

À ce moment-là, une rafale tordit une barrière de chantier. Elle tomba sur les rails avec un fracas de tambour.

Le tramway paniqua. Ses portes s'ouvrirent et se refermèrent, clac-clac, comme un poisson hors de l'eau.

— Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! Je vais rester coincé !

Marnie avança, têtue, et planta ses griffes sous la barrière. La pierre n'était pas censée soulever du métal, mais Marnie n'était pas censée parler non plus. Elle grogna, et l'acier se dégagea, centimètre par centimètre.

— Tu vois ? dit-elle en haletant. On fait avec ce qu'on a.

— Tu es… forte, souffla le tramway.

— Non. Je suis responsable. Nuance.

La tempête s'abattit vraiment. La pluie frappa comme des poignées de billes. Les néons bavèrent en couleurs sur le bitume. Les gouttes, touchées par les courants magiques du quartier des Gares, brillaient par moments d'un bleu très doux, comme si la ville refusait d'être entièrement sombre.

Les horloges chuchotaient plus vite, comme des spectateurs excités :

« Maintenant… maintenant… garde le cap… »

Le tramway repartit, tremblant, mais en mouvement.

— Marnie, demanda-t-il, la voix plus basse, pourquoi ton phare intérieur est éteint ?

Marnie aurait pu répondre « ça ne te regarde pas ». Elle le pensa même. Puis elle se rappela qu'être juste, ce n'était pas seulement corriger les autres. C'était aussi être honnête.

— Parce que j'ai arrêté de croire que ma lumière servait, avoua-t-elle. Je garde des corniches, je surveille des toits, je grogne sur les pigeons. Tout ça… c'est utile, mais ça ne ressemble pas à une mission. Alors j'ai laissé le phare s'éteindre, en me disant que ce n'était pas grave.

— Et ça l'était ?

Marnie regarda la ville noyée, les rails luisants comme des rivières.

— Oui. Parce que quand je n'éclaire pas, je deviens seulement un bloc. Et les blocs tombent.

Le tramway hocha ses essuie-glaces, comme s'il acquiesçait.

— Alors on va le rallumer, dit-il, avec une sorte de bravoure neuve. Même si j'ai peur.

— Surtout si tu as peur.

Chapitre 4

Ils arrivèrent au dépôt des tramways, une cathédrale de tôle et de verre, où dormaient des rames alignées comme des baleines. Pas un être humain en vue : seulement des machines éveillées, des poteaux qui écoutaient, et des pigeons de métal qui surveillaient depuis les poutres.

Au fond du dépôt se trouvait une vieille cabine électrique. Sur sa porte, quelqu'un avait peint un cercle doré. Un symbole discret : le Sceau des Veilleurs de Courant, ces esprits urbains qui s'assurent que la magie et l'électricité ne se disputent pas trop.

Marnie posa sa main sur le cercle. Il vibra sous ses griffes.

La porte s'ouvrit sans grincer, comme si elle retenait son souffle.

À l'intérieur, il y avait un objet inattendu : un petit phare, pas plus haut qu'une chaise, posé sur un socle. Sa lentille était terne, comme un œil fatigué. Autour, des câbles pendaient comme des algues.

Le tramway recula d'un demi-mètre.

— Un phare… ici ?

— Le quartier des Gares aime les paradoxes, dit Marnie. C'est un endroit où on part et où on arrive. Où les secondes ont des secrets.

Les horloges du dépôt chuchotèrent toutes ensemble, si bas que cela ressemblait à une pluie intérieure :

« Lumière… responsabilité… lumière… »

Marnie s'approcha du petit phare. Elle sentit son propre creux répondre, comme si deux silences se reconnaissaient.

— Comment on l'allume ? demanda le tramway.

Marnie posa sa patte sur la lentille. Elle était froide, mais pas morte.

— On ne l'allume pas avec un bouton, dit-elle. On l'allume en promettant. En prenant quelque chose sur soi, pour de vrai.

Le tramway fit clignoter son panneau : « PROMESSE ».

— Je peux promettre ! dit-il vite. Je promets de… de ne plus avoir peur.

Marnie secoua la tête.

— Ce n'est pas une bonne promesse. La peur, c'est comme la pluie : tu ne la commandes pas. Promets plutôt ce que tu peux tenir.

Le tramway réfléchit. Ses moteurs ronronnèrent doucement, comme un chat qui calcule.

— D'accord, dit-il. Je promets de continuer à rouler même quand j'ai peur. Je promets de vérifier mes rails, de faire attention aux autres, et de demander de l'aide au lieu de paniquer.

Le petit phare émit une lueur minuscule, comme une étincelle.

Marnie sentit quelque chose bouger dans son propre torse. Pas encore une lumière, mais une préparation, comme un feu qui rassemble du bois.

— À mon tour, dit-elle.

Et là, sa tête se remplit de toutes les petites fois où elle avait détourné le regard : une rame perdue qu'elle avait laissée se débrouiller, un signal affolé qu'elle avait ignoré, une horloge triste qu'elle avait trouvée « trop dramatique ».

Elle inspira, même si la pierre n'a pas besoin d'air. C'était un geste de volonté.

— Je promets, dit Marnie, de veiller. Pas seulement sur les toits. Sur ceux qui bougent. Sur ceux qui ont peur. Je promets d'être un repère, même quand ça m'ennuie, même quand ça me fatigue. Je promets de ne pas laisser ma lumière s'éteindre par paresse.

Le petit phare s'alluma d'un coup, projetant un faisceau chaud qui traversa la cabine et glissa dehors, droit dans la pluie.

Et, en même temps, dans la poitrine de Marnie, quelque chose se releva. Comme un phare qui sort de la brume. La lumière n'était pas aveuglante. Elle était stable. Sûre.

Le tramway resta silencieux une seconde, puis souffla :

— Ça te va bien.

— Ne t'y habitue pas, grogna Marnie, mais sa voix vibrait d'une douceur nouvelle.

La tempête rugit, jalouse.

Chapitre 5

La pluie redoubla. Le dépôt trembla, et un éclair frappa quelque part, si près que les vitres chantèrent.

Le faisceau du petit phare trembla… puis se stabilisa, comme s'il s'entêtait.

— La tempête veut nous tester, dit le tramway.

— Les tempêtes testent tout le monde, répondit Marnie. C'est leur hobby.

Un craquement retentit. Une portion de plafond, fatiguée, céda. Une poutre bascula, menaçant de tomber sur une rame endormie.

Le tramway recula, paniqué.

— Je ne peux pas porter ça !

— Je ne t'ai pas demandé de porter, dit Marnie. Je t'ai demandé de rester présent.

Marnie bondit. Sa lumière intérieure, désormais réveillée, ne sortait pas en faisceau comme un projecteur. Elle se diffusait dans ses gestes, donnant du poids à ses décisions.

Elle sauta sur la poutre au moment où elle tombait et la dévia juste assez pour qu'elle s'écrase à côté, dans un fracas d'orage.

La rame endormie cligna de ses feux, confuse, puis se rendormit.

Le tramway tremblait encore.

— Tu aurais pu te casser, dit-il.

— Je suis déjà pleine de fissures, répliqua Marnie. Mais j'ai appris à les faire tenir.

La pluie, dehors, s'engouffra en rideaux. Les rails se couvrirent d'eau. Les panneaux d'horaires, pourtant éteints, se mirent à afficher des mots étranges : « TIENS BON », « TOURNE À GAUCHE », « RESPONSABLE ».

Une voix très vieille, une horloge murale près de la sortie, chuchota plus distinctement que les autres :

« Le présent est augmenté… quand on y ajoute du courage. »

Le tramway inspira par ses grilles.

— Marnie, dit-il, je crois que je peux sortir.

— Bien, répondit-elle. Ta ligne t'attend.

Ils quittèrent le dépôt. La ville les reçut avec sa pluie brillante. Les trottoirs fumaient un peu, comme si le bitume rêvait de chaud.

Sur la voie numéro sept, le vent soufflait en rafales, mais le tramway gardait son axe. Ses roues chantaient sur le métal, et ce chant ressemblait à une décision.

Marnie marcha à côté, comme une ombre lumineuse.

— Tu trembles moins, remarqua-t-elle.

— Je tremble pareil, avoua le tramway. Mais je n'écoute plus le tremblement. J'écoute la voie.

Marnie hocha la tête, satisfaite, et un peu surprise par sa propre satisfaction.

Une nouvelle rafale tenta de pousser le tramway. Ses phares vacillèrent, puis se raffermirent.

— Pas aujourd'hui, tempête, marmonna-t-il.

— Tu lui parles maintenant ? demanda Marnie.

— Je crois que ça m'aide.

— Continue, dit-elle. Tant que tu ne commences pas à lui écrire des poèmes.

— Aucun risque, répondit le tramway. Je n'ai pas de rimes intégrées.

Marnie eut un rire bref, comme une pierre qui roule.

Chapitre 6

Quand l'orage commença à s'éloigner, il ne partit pas d'un seul coup. Il recula comme un animal boudeur, laissant derrière lui des gouttes lourdes et quelques éclairs lointains, pour la forme.

La ville, lavée, brillait d'un éclat sombre. Les rails reflétaient les enseignes, et les flaques semblaient contenir des morceaux de ciel.

Au bout de la ligne, là où les voies se rejoignaient près des grandes horloges de la gare centrale, le tramway s'arrêta. Son panneau d'affichage s'alluma clairement : « TERMINUS ». Pas tremblé. Net.

Les horloges chuchotaient plus doucement, comme si elles baissaient la voix pour ne pas réveiller la nuit.

— Tu as tenu, dit Marnie.

Le tramway laissa échapper un soupir qui fit frissonner ses vitres.

— Je n'ai pas fui. J'ai fait ce que je devais faire. Même sans passagers.

— La responsabilité n'a pas besoin de spectateurs, répondit Marnie. Elle a besoin de toi.

Le tramway hésita, puis demanda :

— Et ton phare intérieur ? Tu le sens ?

Marnie regarda les tours, les ponts, les fils électriques qui dessinaient des constellations au-dessus des avenues. Elle sentit en elle une clarté stable, comme une petite salle allumée dans un grand bâtiment.

— Oui, dit-elle. Il est relevé. Et il ne sert pas qu'à moi.

Le tramway clignota, comme un sourire.

— Tu vas faire quoi, maintenant ?

Marnie observa une horloge qui murmurait à peine : « Encore… encore… » Non pas une menace, mais une invitation.

— Je vais veiller, dit-elle. Sur les rails. Sur les toits. Sur les peurs qui passent. Et je vais me rappeler que la ville est un endroit vivant… qui compte sur nous autant qu'on compte sur elle.

Le tramway fit un petit bruit joyeux, un « ding » de départ, alors qu'il ne partait pas encore.

— Alors… on se revoit à la prochaine tempête ?

— Peut-être, répondit Marnie. Mais si possible, à la prochaine nuit calme aussi. Les nuits calmes ont besoin de lumière, elles aussi. Sinon elles s'ennuient et deviennent bizarres.

— Plus bizarres que des horloges qui chuchotent ?

— Beaucoup plus, dit Marnie. Et crois-moi, je m'y connais en bizarre.

La pluie s'arrêta enfin. Un souffle frais passa entre les quais, et la ville sembla ouvrir les yeux. Les horloges se turent une seconde entière — une seconde complète, ronde, parfaite — puis reprirent, en murmurant quelque chose qui ressemblait à un merci.

Marnie remonta sur son pylône. Elle se posa, solide, au-dessus des voies. Dans sa poitrine, le phare intérieur restait debout, et sa lumière, discrète mais sûre, glissait sur le quartier des Gares comme une promesse tenue.

En bas, le tramway attendait son prochain départ, rassuré. Et même si la nuit restait mystérieuse, elle n'était plus inquiétante : seulement vaste, comme une avenue qui mène quelque part.

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Calligraphies
Écritures ou tracés faits avec soin, souvent beaux et artistiques sur une surface.
Gargouille
Sculpture en pierre souvent fixée sur un bâtiment, parfois en forme d'animal ou de visage.
Proue
Avant d'un bateau, la partie qui coupe l'eau en premier.
Têtue
Qui refuse de changer d'avis facilement, reste ferme sur sa décision.
Néons
Lampes longues et brillantes qui éclairent souvent les rues ou les vitrines.
Ozone
Un gaz dans l'air qui sent parfois fort après l'orage ou l'électricité.
Rafale
Un coup de vent très fort et soudain qui dure peu de temps.
Lentille
Partie en verre qui aide à concentrer ou diriger la lumière.
Dépôt
Endroit où des véhicules ou des objets sont gardés et entretenus.
Poutre
Grosse pièce de bois ou de métal qui sert à soutenir un toit ou un plancher.
Faisceau
Groupe de rayons lumineux dirigés ensemble vers un même point.
Corniches
Bords saillants d'un toit ou d'un mur, souvent décorés.
Responsabilité
Devoir de prendre soin de quelque chose ou d'agir correctement.

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