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Fantasy urbaine 11 à 12 ans Lecture 20 min.

Le carnet d’adresses et le chemin casse-cou

À Verreflore, Lina et Zoé découvrent un carnet d’adresses magique et se lancent sur un chemin casse-cou, apprenant que réparer la ville demande courage, partage et petites générosités.

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Trois personnages dans une ruelle nocturne d'une ville-jardin victorienne : Lina, 11 ans, cheveux bruns courts, manteau bleu poussiéreux, accroupie au centre, tient un carnet en cuir contre sa poitrine et déroule un fil d'argent lumineux vers une grande créature de pierre; Zoé, 11 ans, rousse en tresse, veste jaune moutarde, se tient juste derrière, prête à intervenir; et Casse-Cou, silhouette de pierres et poussière aux traits fissurés, bloque le passage. Les pavés humides vibrent d'ondes autour du fil argenté, les lampadaires en fer forgé diffusent une lumière jaune chaude, une page du carnet rayonne d'une chaleur dorée, orchidées et murs moussus ajoutent une atmosphère à la fois tendue et touchante, aux contrastes d'ombres bleutées et lueurs argentées. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La ville-jardin et le carnet qui respire

Dans la grande ville de Verreflore, les tramways grinçaient comme des violons fatigués et les lampadaires au gaz répandaient une lumière de miel. Entre deux avenues bruyantes, des allées de buis menaient à des serres immenses, des cathédrales de verre où les plantes faisaient leur propre météo.

Lina et Zoé avaient onze ans, le même âge, mais pas le même silence. Lina parlait peu, comme si elle écoutait la ville de l'intérieur. Zoé, elle, remplissait les trous avec des questions, des blagues, des “tu crois que… ?” en cascade.

Ce soir-là, elles traversaient la Serre des Orchidées Nocturnes. Les vitres étaient embuées, et de petites gouttes dévalaient comme des comètes lentes.

— Tu sens ? chuchota Zoé. Ça sent… le thé et l'orage.

— Ça sent les adresses, répondit Lina, très sérieuse.

Sous sa veste, contre son ventre, Lina protégeait un carnet d'adresses. Pas un carnet ordinaire. Sa couverture en cuir semblait tiède, presque vivante, et parfois, quand Lina était triste ou inquiète, les pages frémissaient comme des ailes.

Zoé le savait. Elle ne l'avait jamais touché, parce que Lina avait dit : “Pas sans raison.” Mais elle avait vu une fois, au coin d'une page, une écriture qui n'était pas là la veille.

Des adresses, oui. Mais aussi des noms impossibles : “Madame Poussière, 3e nuage à gauche”, “Le Tailleur de Brumes, derrière la troisième pensée”, “Monsieur Brin-de-Fougère, sous le banc qui se souvient”.

— Tu crois qu'il te choisit, ton carnet ? demanda Zoé.

Lina haussa les épaules. Ses yeux gris reflétaient les vitres.

— Il choisit surtout qui il protège.

À ce moment-là, une clochette tinta, pourtant il n'y avait aucune porte. Les orchidées, suspendues comme des lanternes, penchèrent leurs têtes. Une brise passa, pleine d'étincelles de poussière dorée.

Au bout de l'allée, près d'un bassin où nageaient des poissons-lunes, un panneau était apparu. Un vrai panneau de ville, avec des flèches, sauf que les flèches pointaient dans des directions qui n'existaient pas.

Sur la plus grande, on lisait : CHEMIN CASSE-COU — EN TRAVAUX.

Zoé éclata d'un petit rire nerveux.

— On dirait un panneau pour… pour une aventure.

Lina, elle, sentit le carnet se raidir sous sa veste. Comme un animal qui dresse les oreilles.

— On dirait surtout un appel, murmura-t-elle.

Chapitre 2 — Le chemin qui mord les chevilles

Le “chemin casse-cou” commençait là où Verreflore devenait plus bruyante : entre une boulangerie qui faisait des croissants au parfum de cannelle et un passage couvert où les affiches semblaient se décoller toutes seules pour écouter les conversations.

De jour, ce n'était qu'une ruelle pavée, un raccourci entre deux quartiers. Mais la nuit, le pavé se souvenait d'autre chose.

Lina et Zoé avancèrent. Le sol était humide, comme s'il transpirait.

— Je te préviens, dit Zoé, si une brique me parle, je… je lui réponds poliment.

— Ne parle pas aux briques, conseilla Lina. Elles sont susceptibles.

La ruelle semblait plus longue que d'habitude. Les réverbères clignotaient, un par un, comme une vague de lumière. À chaque pas, les pavés se déplaçaient un peu, discrètement, pour compliquer la marche. C'était un chemin qui aimait faire trébucher les gens, juste pour voir.

Un passant pressé, un monsieur en manteau noir, s'engagea derrière elles. Il avait l'air pressé, et pourtant il ralentit.

— Vous deux, faites attention, dit-il d'une voix douce. Ce chemin a faim de chutes.

Zoé se retourna.

— Vous êtes qui, vous ?

Le monsieur sourit. Ses yeux brillaient comme des pièces anciennes.

— On m'appelle l'Aiguilleur. Je mets des rails là où il n'y en a pas. Et j'enlève des rails quand ils deviennent dangereux.

Lina sentit le carnet se réchauffer. Une page tourna toute seule, et une adresse s'écrivit, comme tracée par une plume invisible : “Aiguilleur — Sous l'horloge des quais”.

— Il s'est ajouté… tout seul, souffla Zoé, fascinée.

— Le carnet note ceux qui peuvent aider, répondit Lina. Ou ceux qu'il faut surveiller.

L'Aiguilleur regarda la ruelle, puis leurs chaussures.

— Vous voulez l'aplanir, n'est-ce pas ?

— Comment vous savez ? demanda Lina.

— Parce que personne n'entre ici par plaisir. Et parce que les bons cœurs ont cette manie : ils réparent ce qui ne leur appartient pas.

Zoé leva un doigt.

— C'est pas une manie. C'est… du civisme magique.

L'Aiguilleur rit, un rire qui fit trembler une affiche “Grand Bal des Serres”.

— Aplanir un chemin casse-cou, c'est offrir à la ville un passage sûr. Mais ce chemin n'est pas seulement des pierres. Il est tissé de peurs, de mauvaises habitudes, et de petites cruautés oubliées.

Lina serra le carnet.

— Alors on défait le tissage, dit-elle.

Un pavé se souleva juste devant Zoé, comme une langue qui voulait la faire tomber. Zoé sauta en arrière.

— Hé ! protesta-t-elle. C'est un chemin, pas un crocodile !

La ruelle répondit en faisant glisser un autre pavé. Comme un sourire.

Chapitre 3 — La première adresse : le Tailleur de Brumes

Pour aplanir quelque chose d'aussi vivant, il fallait des outils. Pas des marteaux, pas des pelles. Des outils de l'autre côté des choses.

Dans le carnet, Lina trouva une page qui vibrait comme une note de musique. Une adresse était entourée d'un halo d'encre : “Le Tailleur de Brumes — derrière la troisième pensée”.

— Derrière la troisième pensée ? répéta Zoé. C'est où, ça ?

Lina ferma les yeux.

Une première pensée : “On va se perdre.”

Une deuxième pensée : “On devrait prévenir quelqu'un.”

Une troisième pensée : “Et si on faisait confiance à la ville ?”

Quand la troisième pensée arriva, l'air se plissa. Un pan de brouillard se décolla d'un mur, comme un rideau. Derrière, il y avait une boutique minuscule, coincée entre deux briques, avec une vitrine où flottait un mètre ruban tout seul.

Une cloche tinta. À l'intérieur, tout était gris clair : les étagères, les bobines de fil, les aiguilles, même l'ombre.

Le Tailleur de Brumes les attendait. Il avait une moustache fine et une veste couverte de poches. Ses doigts étaient tachés de nuée.

— Ah, des petites réparatrices, dit-il. J'ai entendu parler de vous. Enfin… j'ai entendu parler du carnet.

Zoé se rapprocha.

— On veut aplanir le chemin casse-cou.

Le Tailleur pinça ses lèvres, comme s'il goûtait les mots.

— Ce chemin est cousu avec des nœuds. Des nœuds de “chacun pour soi”, des ourlets de “tant pis pour les autres”. Pour l'aplanir, il faut de la générosité. La vraie : celle qui coûte un peu.

Lina sentit une pointe de peur.

— Qu'est-ce qu'il nous faut ?

Le Tailleur sortit d'une poche un fil d'argent, si fin qu'on aurait dit un rayon de lune.

— Le Fil d'Attention. Il rattache les pavés à ce qu'ils devraient être : un passage, pas un piège. Mais il ne fonctionne que si vous donnez quelque chose en échange.

Zoé plissa le front.

— Comme… de l'argent ?

Le Tailleur éclata d'un rire sec.

— Oh non. L'argent ne m'intéresse pas. Donnez-moi une adresse de votre carnet.

Le silence tomba comme un rideau lourd.

Lina recula d'un pas.

— Impossible, dit-elle. Ce carnet… c'est ma mission.

Le Tailleur posa ses ciseaux sur le comptoir. Ils étaient faits de verre fumé.

— Une mission, ce n'est pas une cage. Vous voulez rendre un chemin plus sûr pour les autres. Alors vous devez accepter de partager.

Zoé regarda Lina, puis le carnet.

— Lina… peut-être qu'on peut choisir une adresse qui ne met personne en danger.

Lina ouvrit le carnet, les mains tremblantes. Les pages sentaient le papier ancien et la pluie d'été. Elle s'arrêta sur une adresse qui brillait doucement : “Madame Poussière”.

— Elle aide à nettoyer les souvenirs, murmura Lina. Elle est gentille. Et… elle n'est pas facile à trouver sans le carnet.

Le Tailleur tendit la main. Lina hésita, puis recopia l'adresse sur un petit morceau de papier gris que le Tailleur lui donna.

Au moment où l'encre sécha, Lina eut l'impression qu'un petit morceau de chaleur quittait sa poitrine. Pas une douleur, plutôt un vide léger.

Le Tailleur rangea le papier avec délicatesse.

— Voilà. C'est ça, le prix : un peu de votre sécurité, pour la sécurité des autres.

Il leur remit le Fil d'Attention, enroulé sur une bobine.

— Faites attention : le chemin va résister. Il déteste qu'on le rende utile.

Zoé attrapa la bobine, comme si c'était une grenade de lumière.

— On adore les trucs qui résistent, dit-elle. Ça rend la victoire plus savoureuse.

Chapitre 4 — La ruelle se met en colère

De retour dans la ruelle, l'air avait changé. Plus froid. Plus nerveux. Les affiches frissonnaient. Le pavé, lui, semblait gonflé d'orgueil.

Lina sortit le fil. Il brillait sans éclairer, comme si la lumière restait dedans.

— Comment on l'utilise ? demanda Zoé.

Le carnet s'ouvrit tout seul à une page blanche. Une phrase apparut, lente et claire : “Couds avec tes gestes.”

Lina s'accroupit. Elle posa le fil sur un pavé qui tremblait légèrement. Elle fit un mouvement comme pour l'attacher, et le fil obéit. Il s'enfonça dans la pierre sans la casser, comme si la pierre était de la pâte.

Zoé observa, bouche ouverte.

— On dirait que tu tricotes la rue.

— Je… j'essaie de l'écouter, dit Lina. Il faut pas le forcer. Juste… le convaincre.

Elles avancèrent de pavé en pavé, liant les pierres entre elles, dessinant une ligne invisible qui disait : “Restez à votre place. Soyez un chemin.”

Mais la ruelle n'aimait pas ça.

Un souffle monta des caniveaux, un souffle de vieux sarcasmes et de rires méchants. Les réverbères se mirent à clignoter plus vite. Un pavé se souleva sous le pied de Zoé et l'envoya presque au sol.

— Hé ! s'énerva Zoé. Je suis pas une quille !

La ruelle répondit en faisant glisser une flaque d'eau sous ses chaussures. Zoé patina, agita les bras, et se rattrapa au mur.

— Lina ! Je crois que le chemin… fait exprès !

— Oui, souffla Lina, concentrée. Il panique.

Le fil d'argent vibra, comme s'il sentait la colère du sol. Lina tenta de continuer, mais la ruelle se contracta. Les pavés se mirent à onduler, comme un ventre qui se serre.

Et alors, une silhouette apparut au milieu de la ruelle, formée d'ombre et de poussière : un homme très grand, avec des chaussures faites de pierres.

Il pencha la tête.

— Qui ose me rendre plat ? gronda-t-il.

Zoé avala sa salive.

— Euh… bonsoir, monsieur le… chemin ?

La silhouette sourit, et ce sourire était une fissure.

— On m'appelle Casse-Cou. Je fais trébucher les pressés. Je punis les distraits. Je fais rire ceux qui regardent tomber les autres.

Lina se leva, le fil serré dans la main.

— Ça suffit, dit-elle, la voix plus ferme qu'elle ne l'aurait cru. Tu blesses des gens.

— Ils n'avaient qu'à faire attention, ricana Casse-Cou.

Zoé s'avança d'un pas, les poings sur les hanches.

— Et toi, t'avais qu'à être un vrai chemin. C'est ton boulot.

Casse-Cou s'approcha, et les pavés se soulevèrent derrière lui, prêts à les renverser.

— Vous ne pouvez pas me changer. Je suis né des petites méchancetés de la ville.

Lina sentit le carnet battre contre elle, comme un cœur affolé. Elle pensa au prix qu'elle avait payé, à l'adresse donnée.

Elle pensa à tous ceux qui passaient ici : le livreur de pain, la vieille dame avec sa canne, les enfants qui couraient trop vite.

Alors elle dit, très doucement :

— On ne te change pas pour nous. On te change pour eux.

Et elle tendit le Fil d'Attention vers Casse-Cou, non comme une arme, mais comme une main tendue.

Chapitre 5 — Le don qui éclaire

Le fil vibra plus fort, et soudain, Lina comprit : il ne fallait pas seulement coudre les pavés. Il fallait coudre une intention, un geste de générosité dans la ruelle elle-même. Quelque chose qui n'était pas un ordre, mais une invitation.

— Zoé, murmura-t-elle. On doit donner quelque chose. Pas au Tailleur. Au chemin.

Zoé cligna des yeux.

— Je peux lui donner… un chewing-gum ? Non, mauvaise idée.

Casse-Cou ricana, et une vague de pavés se souleva, prête à les faire tomber toutes les deux.

Lina ouvrit le carnet. Les pages frémirent, comme si elles avaient froid.

Elle savait ce qu'elle pouvait donner. Une autre adresse. Une autre part de contrôle.

Zoé la regarda, inquiète.

— Lina, non. T'as déjà donné une adresse.

— Justement, répondit Lina. La générosité, c'est pas “une fois et c'est bon”.

Le carnet semblait peser une tonne. Pourtant, quand Lina choisit une adresse, elle se mit à briller comme une luciole.

“Le Banc qui se souvient — au square des Tilleuls”.

— Ce banc… dit Lina, la gorge serrée. Il réchauffe ceux qui s'y asseyent quand ils sont seuls. Si je donne cette adresse… d'autres pourront le trouver.

Zoé posa une main sur son bras.

— Mais ça, c'est beau. Et un peu triste.

— Oui, admit Lina. Mais si plus de gens le trouvent, plus personne ne sera seul longtemps.

Casse-Cou s'arrêta, intrigué malgré lui.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Lina arracha doucement la page du carnet. Le papier ne se déchira pas comme du papier normal : il se détacha comme une feuille d'arbre à l'automne, sans douleur, mais avec un petit frisson.

Zoé retint son souffle.

Lina posa la page sur un pavé au centre de la ruelle, comme on pose une offrande. Puis elle passa le Fil d'Attention autour, un nœud simple, honnête.

La page s'illumina. Pas d'une lumière aveuglante : une chaleur. Une chaleur de banc au soleil, de soupe partagée, de place laissée à quelqu'un dans un tramway bondé.

Les pavés cessèrent de bouger. Les réverbères arrêtèrent de clignoter. Même l'air sembla se détendre.

Casse-Cou recula, comme si cette chaleur l'avait touché à un endroit qu'il ne connaissait pas.

— Je… je ne peux pas, balbutia-t-il.

— Si, dit Zoé, plus doucement. Tu peux.

Lina sentit que le fil se tendait tout seul, se propageant sous la rue, reliant les pierres à cette idée simple : “On passe ensemble.”

Casse-Cou regarda ses chaussures de pierre. Une fissure se referma. Son visage d'ombre se fit moins dur.

— Si je ne fais plus tomber… murmura-t-il, perdu, alors qui suis-je ?

Lina rangea le carnet contre elle, vide d'une page, mais étrangement plus léger.

— Tu es un chemin, dit-elle. Un vrai. Et ça, c'est important. Tu portes les gens. Tu les aides à arriver.

Zoé ajouta, avec un sourire :

— Et si t'es sage, on te mettra peut-être des jolies bordures. Genre chic victorien.

Un petit rire, timide, sortit de la gorge de Casse-Cou. Il sonna comme une pierre qu'on pose doucement, pas comme une pierre qu'on jette.

Chapitre 6 — Un passage sûr, une ville plus vaste

Le lendemain, Verreflore s'éveilla avec ses bruits habituels : les sabots des chevaux, les cris des marchands, le tintement des tasses. La Serre des Orchidées Nocturnes laissait s'échapper un parfum de vanille verte.

Lina et Zoé retournèrent dans la ruelle. De jour, elle semblait normale… sauf qu'on y marchait comme sur un tapis bien tendu. Les pavés étaient stables, presque fiers d'être utiles.

Une vieille dame passa, sa canne tapant régulièrement. Elle ne trébucha pas. Elle ne jura pas. Elle sourit même, comme si la rue lui avait fait une petite révérence.

Plus loin, un garçon avec un sac trop lourd courut et ne glissa pas. Un livreur de pain siffla, heureux d'arriver plus vite.

Zoé donna un petit coup de coude à Lina.

— On l'a fait.

Lina hocha la tête, mais ses doigts caressaient malgré elle le bord du carnet, là où une page manquait.

— On a perdu une adresse, dit-elle.

— On l'a offerte, corrigea Zoé. C'est différent.

L'Aiguilleur les attendait sous l'horloge des quais, comme promis par l'adresse. Il avait un air content, comme quelqu'un qui voit une ville respirer mieux.

— Vous avez aplani le chemin, dit-il. Et vous avez payé le prix juste.

Lina baissa les yeux.

— J'ai peur que le carnet devienne… vide.

L'Aiguilleur pencha la tête.

— Un carnet d'adresses n'est pas un coffre-fort. C'est un pont. Plus vous donnez, plus la ville vous répond.

Comme pour lui donner raison, le carnet frissonna. Une nouvelle page apparut, vierge, mais avec une petite étincelle au coin. Et une ligne se traça lentement, comme une promesse :

“Deux amies — là où la ville a besoin d'elles.”

Zoé lut, puis éclata de rire.

— Super. On est une adresse maintenant. On va finir distribuées dans tout Verreflore.

Lina sourit, un sourire rare et lumineux.

— Tant mieux, dit-elle. Si ça aide quelqu'un à trouver son chemin.

Elles repartirent ensemble, entre les serres enchantées et les avenues pleines de vapeur, dans cette ville victorienne où la magie se glissait dans les interstices du quotidien.

Et dans la ruelle, quelque chose de nouveau existait : un passage sûr, cousu d'attention et de chaleur.

Un chemin qui, au lieu de mordre les chevilles, apprenait à porter les pas.

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Recouvertes de buée, avec de petites gouttes d'eau sur la surface.
Frémissaient
Bougeaient légèrement, comme si elles avaient de petites secousses.
Serres
Grandes constructions en verre où l'on cultive des plantes protégées.
Bobines
Petits cylindres autour desquels on enroule du fil ou de la ficelle.
Ourlets
Bords d'un tissu repliés et cousus pour faire une finition propre.
Offrande
Objet posé ou donné pour honorer ou aider, comme un petit cadeau rituel.
Tissé
Assemblé en entrelaçant des fils ou des éléments pour former une surface.
Pan
Une partie ou un morceau d'une chose, comme d'un tissu ou d'un mur.
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