Le matin du grand baobab
Il était une fois un homme qui vivait près d'un grand baobab. Il s'appelait Kofi. Kofi aimait la terre. Kofi aimait l'eau. Kofi aimait le vent qui joue dans les herbes. Mais Kofi avait un petit vœu. Chaque soir, il posait sa tête sur son coussin et souhaitait, tout doucement, lever les yeux plus souvent. Lever les yeux vers le ciel. Il disait : "Un jour, je lèverai les yeux." Il disait cela comme un chant.
Le baobab était vieux. Ses bras étaient des branches épaisses comme des routes. Ses racines étaient des doigts qui tenaient la terre. Les oiseaux y faisaient des nids comme des petites maisons. Les enfants du village venaient toucher l'écorce. Ils disaient que le baobab racontait des histoires si on l'écoutait. Kofi écoutait aussi. Le baobab respirait comme un grand coffre. Kofi aimait ce coffre.
Un matin, Kofi se leva. Le soleil était une grosse orange douce. Les premières ombres dansaient. Kofi prit sa calebasse. Il alla au champ. Sur le chemin, il salua la fourmi qui portait son grain. Il salua la grenouille qui sautait comme une balle. Il salua le vent. Le vent répondit : "Va, lève les yeux." Kofi sourit. Il nettoya les feuilles. Il arrosa les petites pousses. Il parlait aux pousses comme à des enfants. Il disait : "Grandis, grandis." Les pousses buvaient la pluie comme un baiser.
La marche vers la colline
Le soir, Kofi monta vers la colline. Il aimait marcher là. Sur la colline, on voit loin. Kofi voulait regarder le ciel. Il voulait savoir pourquoi les étoiles brillent. Il voulait parler aux nuages comme on parle aux amis. Sa marche était lente. Sa marche était douce. Les crapauds chantaient en chœur. Les lucioles allumaient de petits lampes. Kofi regarda la lune qui était une cuillère d'argent. Il dit : "Bonsoir, lune." La lune répondit par une lumière timide.
En haut de la colline, Kofi trouva un vieil homme assis. L'homme était petit et rond comme une pierre polie. Ses yeux brillaient comme deux graines noires. Le vieil homme sourit. Il était un conteur, un griot du ciel. Il tapota le sol. Il dit : "Viens, Kofi. Assieds-toi. Le ciel a des mots." Kofi s'assit. Il sentit la chaleur de la terre. Il sentit la chanson du vent.
Le griot prit une petite flûte. Il souffla. Le son roula comme une rivière. Kofi sentit son vœu s'élargir. Il leva la tête. Le ciel était un grand tissu bleu. Il y avait des oiseaux blancs, des nuages qui bougeaient comme des moutons, et une étoile timide. Le griot dit : "Regarde bien. Le ciel est un jardin. Chaque étoile est une fleur. Chaque nuage est un champ. Si tu regardes, tu apprends."
Kofi ouvrit grands les yeux. Il vit une lucarne d'espérance. Il vit un oiseau qui portait une feuille. L'oiseau posa la feuille sur le baobab. Kofi sourit. Ses yeux se remplissaient de lumière chaude, comme du miel. Le monde semblait parler plus fort. Les arbres chantaient. Les pierres murmuraient. La terre souriait.
Le retour et le partage
Le matin suivant, Kofi descendit en sautillant. Il tenait son vœu comme une petite graine chaude dans sa poche. Il alla au marché. Il rencontra Fatou et Souleymane. Il raconta sa nuit. "J'ai levé les yeux", dit-il. "J'ai vu le ciel jardin." Les enfants rirent. Les enfants voulurent voir aussi. Kofi prit la main d'un petit garçon. Il le fit monter sur ses épaules. Ensemble, ils levèrent les yeux. Le petit garçon dit : "Oh!" Sa bouche formait un O comme une lune. Sa joie était une pluie douce.
Kofi mena les villageois vers le baobab. Tous levèrent les yeux. Les anciens dirent des bénédictions. Les femmes chantèrent un refrain. Les hommes tam-tamèrent doucement. Le baobab tendit ses branches comme pour applaudir. Les oiseaux applaudissaient aussi. Le soleil jouait à cache-cache entre les feuilles.
Kofi apprit quelque chose ce jour-là. Il apprit que lever les yeux, c'est voir ce que la terre donne. C'est remercier le ciel et la pluie. C'est écouter le chant des arbres. C'est garder la nature comme un trésor fragile. Il dit : "Si nous regardons, nous protégeons. Si nous regardons, nous comprenons." Les villageois comprirent. Ils plantèrent des graines. Ils fermèrent leurs mains sur les petites pousses comme on garde un secret.
Le soir, Kofi rentra chez lui. Il posa sa tête sur son coussin. Il leva une dernière fois les yeux vers la fenêtre. Les étoiles brillaient comme des petites lanternes. Il se sentit léger comme une plume. Il chuchota merci. Le baobab souffla une brise qui berça la maison.
Et chaque jour après cela, Kofi levait les yeux. Les enfants levaient les yeux. Le village leva les yeux. Le ciel et la terre devinrent des amis qui se parlaient. Le respect pour la nature grandit comme un grand arbre. La paix entra dans les cœurs. Le vœu de Kofi, petit et doux, devint un grand chemin. Il marchait avec les fleurs, les oiseaux et le vent. Il marchait avec la lune et le soleil. Et dans la nuit, quand tu fermes tes yeux, pense au baobab, pense au ciel, et dis doucement : "Merci."